mardi 12 juillet 2011

Le crime complet

Sade voudrait que le crime fût plaisant. L'hédonisme oscille entre cette justification du mal par le plaisir et le plaisir moraliste et impossible qui en deviendrait acceptable et cohérent; alors que l'hédonisme présente comme faiblesse d'aboutir à l'insatisfaction et à l'illusion. L'hédonisme mène à la déprime, voire la dépression sévère, quand on se rend compte que ce qu'on tient pour le plaisir est vain, perte de temps - débouche sur la tristesse (insatisfaction et frustration). L'escroquerie de Sade : faire croire que la positivité du crime se mesure à l'aune du plaisir qu'il reçoit - le crime gratifié. Cette précipitation n'est pas seulement superficielle au sens où elle élude et simplifie la question (problématique) de la structure du réel; elle est de surcroît empiriquement fausse au sens où elle n'aboutit pas au résultat promis et escompté.
L'hédonisme moral est tout aussi fallacieux : essayant de redonner de la profondeur à la doctrine du plaisir, il produit un magnifique oxymore, qui range l'hédonisme d'obédience morale dans la catégorie des pensée promises à la disparition et au peu de valeur. Cas de La Mothe Le Vayer au Grand Siècle; cas de son disciple Onfray de nos jours. Si l'on se moque assez vite de l'hédonisme moral comme d'une alliance impossible et promise à l'écartèlement, on s'avise assez peu de la prose plus répétitive et vite insipide de Sade que de son style flamboyant si souvent vanté.
La lecture de Sade devient ennuyeuse, presque autant que le visionnage d'un film porno, mécaniste, tout à fait prévisible. On cherche à trouver Sade intéressant et transgressif (d'autant plus intéressant que transgressif) parce qu'il correspond à la mentalité de l'époque, qui estime qu'en passant du critère classique du divin à l'affirmation de la complétude de son désir, elle a gagné en affirmation de soi et en liberté. La promotion de la transgression évite autant le moralisme gauchiste d'un Onfray que le conservatisme exacerbé d'un littéralisme à la Sade (que pourraient défendre certains cyrénaïques échauffés, partouzeurs déclarés, comme on en dénombre parmi les philosophes médiatiques et creux d'aujourd'hui).
Il s'agit de se prononcer en faveur de l'intellectualisme du désir, qu'un Spinoza fondateur, puis le courant de l'immanentisme ont célébré sans verser dans les énormités plus comiques que monstrueuses de la perversité sadienne. Ce que la contemporanéité qui célèbre son Sade intellectualiste dans sa transgression promeut, ce n'est pas la banalisation des pratiques sexuelles violentes - ou des perversions érotico-criminelles, tant s'en faut; plutôt l'idée que se décèlerait la transgression intellectualiste derrière la transgression sexuelle, quelque chose comme un code derrière la description crue et scandaleuse.
C'est ce thème qui conférerait à la littérature de Sade une portée philosophique et une profondeur artistique que ne saurait posséder la pornographie, n'en déplaisent à certains de ses zélateurs, au moins aveuglés par le charme d'une certaine transgression récente, mineure - autoproclamée libertaire. La principale objection contre la portée philosophique de la transgression sexuelle viendrait de la même raison pour laquelle on n'a jamais vu d'oeuvre pornographique majeure : on ne saurait faire du sens avec du sexuel, soit avec du sensible pur et réduit d'un cran.
Le sens suppose la jonction du sensible avec la partie du réel qui n'est pas sensible, soit qui dépasse les sens pour évoquer le réel de l'intelligence : l'infini caché. Le sens dépasse les sens. L'essence du sens déborde les sens. Le sexuel exprime la réduction du sensible à une sensation fort limitée, le plaisir sexuel, essentiellement de l'ordre du toucher. Raison pour laquelle on ne peut atteindre à l'artistique en passant par de la description sexuelle. Raison pour laquelle on fait de la littérature en suggérant le sexe - on fait du pornographique antilittéraire et antiartistique (antiphilosophique également). Démenti cuisant contre ces acteurs pornographiques recyclés dans l'érotisme psycul, qui entendent faire de leur exhibition pornographique de l'Art, avec une prétention ne dépassant pas la décennie en tapage et balivernes.
Mais surtout démenti contre les projets intellectualistes, philosophiques, artistiques et culturels visant à faire du marquis de Sade un grand artiste au motif qu'il aurait utilisé le sexe dans la pornographie la plus violente (voire criminelle) pour faire passer un message philosophique. Impossible. Le projet littéraire de Sade possède au moins le mérite de nous montre vers quoi aboutit la légitimation de l'entreprise pornographique : l'apologie du crime. Ce que l'époque voudrait célébrer en Sade, derrière cette impossibilité théorique majeure de faire sens à partir du sexe cru, pornographique, c'est l'immanentisme qui dépasse le cadre de l'hédonisme et du plaisir.
On a vu que la tentation de moraliser l'hédonisme était trop inconséquente et superficielle pour durer au-delà de certaines modes, comme Onfray aujourd'hui, modes qui s'expliquent essentiellement par la tentation de rendre acceptable socialement (pour les bobos de gauche) l'hédonisme qui brut aboutit à l'apologie sordide du crime. L'immanentisme englobe de loin le projet hédoniste. Il ne s'agit plus seulement de rechercher comme Aristippe (inspirateur d'Onfray, quoiqu'Aristippe se montre plus profond et conséquent dans sa légitimation du plaisir réservé au seul sage qu'Onfray et ses balourdises bobo-égalitaristes) le plaisir, mais de fonder le désir.
D'une certaine manière, les hédonistes constitueraient des radicaux et des extrémistes de l'immanentisme, au sens où le plaisir radicalise le désir. L'immanentisme se définit par la complétude du désir. La fin de cette complétude ne tient pas au plaisir, mais à l'accroissement de la puissance, soit la légitimation de la loi du plus fort. Il est extraordinaire que les commentateurs transis de Spinoza ne remarquent pas que Spinoza reprend en la radicalisant et en la rendant philosophiquement acceptable la loi du plus fort telle qu'elle se trouve dénoncée par Platon.
Un des plus illustres commentateurs de Spinoza du moment en France, un certain Misrahi, se distingue par sa proximité idéologique avec les néo-conservateurs les plus radicaux - on comprend que le zélateur du plus fort en politique ne remarque pas les implications de la définition de la liberté selon Spinoza. La tentation de domination se trouve présente dès les limbes de l'immanentisme. L'hédonisme (antérieur) est une forme virulente de nihilisme qui entend que les meilleurs reçoivent le plaisir, les autres étant leurs esclaves (peut-être sexuels). Le thème de l'accroissement de la puissance définissant la liberté implique l'inégalitarisme de la liberté.
On ne peut être libre que si l'on domine. La liberté ne saurait être partagée; et surtout, la liberté est envisagée dans un univers stable et fixe, qui pour être complet interdit la possibilité de changement, d'expansion, d'accroissement. Avec l'immanentisme, le désir est reconnu comme ce qui ne peut accéder à la complétude qu'en dominant. L'inégalitarisme du désir vient moins du désir en tant que faculté que de sa finitude. C'est le mythe de la complétude du désir qu'il conviendrait de remettre en question. Pourquoi le modèle de réel fini et fixe engendre-t-il la domination et l'inégalitarisme?
Pourquoi ne parvient-on jamais à rendre un espace fini et fixe également partagé entre des membres en nombre calculé et raisonnable? La complétude n'est pas l'espace possible et envisageable de l'harmonie, mais le lieu de la destruction, d'une part parce que la complétude crée l'extériorité - la destruction externe; d'autre part parce que la structure du réel isolé comme complet crée la destruction. La complétude implique que le réel ne résulte pas de l'action de surmonter les contraires. En déniant cette contradiction fondamentale, ce chaos constitutif, on le crée avec usure.
Mais comment fait l'animal pour subsister dans un univers fixe et fini - quand l'homme n'y parvient qu'au prix de la destruction (après parfois un passage premier éphémère)? La fixité de l'animal, que d'aucuns admirent en ce moment, se fait au prix de la très grande fragilité de l'animal, qui ne parvient à instaurer la fixité qu'en augmentant la destruction - interne et externe. L'homme de ce point de vue propose une plus grande solidité (même si la fonction de l'homme dans l'espace est de participer à la transformation de l'espace, bien qu'il n'en soit pas le seul instigateur, ni le principal).
Où l'on voit que la stabilité et la fixité ne sont pas des avantages par rapport au changement, mais des vices, qui peuvent sembler des qualités enviables seulement pour un certain donné et un certain terme. Mais ces qualités apparentes figent le réel dans une sclérose qui dégénèrent vite en anéantissement, parce que l'ensemble du réel change et que la partie figée et sclérosée ne suit plus le mouvement général, s'en détache et se trouve condamnée à disparaître de ce fait. Règle du réel : ce qui ne change pas est détruit. La destruction caractérise l'immobilisme. A cette aune ontologique, la destruction n'est pas quelque chose de voulu ou de décidé, mais la dimension du changement qui frappe la partie réelle qui refuserait le changement.
La destruction n'est pas un châtiment, au sens d'une punition décrétée sciemment et consciemment par une puissance surnaturelle supérieure à l'homme (et invisible pour ces raisons). La destruction est l'effet face au refus du changement, qui indique que les parties du réel sont libres de leur décision, mais que cette liberté est inférieure à la nécessité pour le réel de continuer à être par le changement. Le changement n'est autre que le moyen anti-entropique pour l'homme de perpétuer le réel et de rendre le réel plus résistant qu'un simple modèle de fixité. Dans cette grille de lecture, le sadisme acquiert son sens fort en légitimant une destruction qui a au moins l'avantage de procurer du plaisir. Et tant pis si le plaisir va de pair avec le KO.

vendredi 8 juillet 2011

Faillite

http://www.rfi.fr/ameriques/20110702-faillite-le-gouvernement-minnesota-cesse-activites

Vous ne comprenez pas? Vous ne comprendrez peut-être jamais - parce que quand on ne veut pas comprendre, il est des plus difficiles de comprendre. Pourtant, ce n'est pas très compliqué : le Minnesota préfigure par sa faillite la situation qui attend les États américains plus le gouvernement fédéral américain d'ici peu. Si les Etats-Unis font faillite, c'est la zone transatlantique dans son ensemble qui sombrera - et la zone transpacifique suivra à son tour. Ne parlons pas de la situation de chaos qui prévaudra en Afrique et qui rendra les situations de Côte d'Ivoire ou du Soudan comme la règle irrationnelle et véritablement dérégulée en vigueur pour les États colonisés et sous-développés.
La réaction du gouverneur Dayton est intéressante car elle en dit long sur l'impéritie et l'incompétence de ceux qui nous gouvernent face à la catastrophe. Nos capitaines éperdus et imprudents sont incapables d'oser changer de direction et de remettre en question la politique libérale et monétariste qui a fait faillite : "Personne ne voulant céder, Dayton a décidé de mettre le gouvernement à l'arrêt, comptant sur le mécontentement populaire pour forcer les républicains à accepter une augmentation des impôts pour les plus aisés". Autant dire que l'on bricole dans la fange (le chantage) pour réduire les menaces de manière aléatoire et limitée, bien que l'on n'améliore pas une situation en s'en tenant à l'immédiateté du phénomène, mais en travaillant sur les causes pour en modifier les effets.
Tant que les dirigeants du monde ne comprendront pas que le libéralisme est mort, ils courront à la catastrophe. Tant qu'ils n'emboîteront pas le pas au nombre croissant de dirigeants politiques, syndicaux et économiques qui se déclarent en faveur du Glass-Steagall et du Bretton-Woods mondiaux, qui aurait pour effet de mettre en faillite les intérêts spéculatifs prédateurs et de proposer une politique alternative de construction instaurant une dynamique anti-entropique, ils se retrouveront acculés devant une situation d'urgence de plus en plus dangereuse : la colère populaire qui débouche sur les révoltes et espérons-le les révolutions. Car les révoltes sont destructrices autant que dépourvues d'alternatives. Tandis que les révolutions portent en elles des projets d'alternatives qui font si défaut aux soi-disant révolutions arabes, au point que l'on voit les peuples redescendre dans les rues pour les mêmes raisons que lors du Printemps arabe.

jeudi 7 juillet 2011

Nuance

Avec le cas Kadhafi et l'abominable massacre inégal et évitable commis par les Occidentaux en Libye, sous couvert d'apporter la démocratie (le fameux "droit d'ingérence" qui ne tient pas la route mais présente les impérialistes comme des humanistes), nous touchons un problème majeur dans l'art de la caricature servie par l'analyse médiatique : le manichéisme. Au-delà des propagandistes atlantistes qui nous présentent le combat du Bien (la coalition de l'OTAN) contre le Mal (le dictateur allumé Kadhafi soutenu par son clan archaïque et corrompu), nous ne pouvons accéder à la vérité du réel qu'en pratiquant l'art de la nuance. Le manichéisme oppose deux états antagonistes, soit se réclame de la structure théorique du nihilisme en matière de raisonnement. La nuance consiste à réfuter l'antagonisme et à lui opposer le raisonnement selon la croissance (l'anti-entropie) : il existe entre ces deux états antagonistes une multitude de variables d'ajustement qui instaurent le reflet infini et qui permettent à la croissance de surmonter la destruction prévisible de l'entropie (telle que l'antagonisme fondamental le laisse augurer).
On tient un cas de manichéisme patent dans le traitement de l'information et dans son analyse stratégique avec l'intervention (mineure, quoique significative) d'al Quaeda en Libye : on se souvient que le Colonel moqué par les médias atlantistes avait dénoncé la présence néfaste des terroristes d'al Quaeda et que dans une interview précédente (dans un contexte de réhabilitation) pour une chaîne d'information américaine, il avait rappelé qu'al Quaeda se trouvait à New York. Derrière cette boutade un rien allumée, al Quaeda constitue historiquement une opération fantoche (menée par les services secrets affiliés au MI-6) de mercenaires arabes, pilotée par les atlantistes contre leurs ennemis changeants du moment. Je continue à reprocher à Kadhafi un double jeu fort inquiétant, au sujet d'al Quaeda comme de son rapport à l'Occident (notamment à l'Empire britannique, dont il nie l'existence alors qu'il traitait avec certains de ses plus hauts membres), mais en même temps, on apprend que dans la guerre de déstabilisation libyenne, présentée par la propagande occidentale comme un soulèvement populaire, les mercenaires d'al Quaeda sont recyclés parmi d'autres forces hétéroclites (des extrémistes monarchistes, des intégristes islamistes autochtones, des anciens partisans de Kadhafi retournés par les services secrets occidentaux...) dans les opérationsatlantistes pour déstabiliser le régime autochtone de Kadhafi au profit du gouvernement illégitime, fantoche et impérialisé de Benghazi.
Il serait bon de rappeler le rôle-clé, dans ces coups tordus aux multiples inspirateurs, dans ces soulèvements terroristes instrumentalisés (nullement spontanés et dictés par la faim et la pauvreté, comme en Egypte ou en Tunisie), des financements saoudiens, en particulier émanant des cercles du prince Bandar, l'ancien ambassadeur saoudien sur le sol américain, un agent del'Empire britannique, qui dispose d'un trésor de guerre issu du contrat frauduleux al Yamamah, pour lancer des opérations de déstabilisation terroriste dans les pays pauvres d'Afrique (en Occident, les Etats-nations sont encore suffisamment puissants pour empêcher que des armadas de milices déferlent sur leur population, sèment la terreur et la division).
La nuance consiste à détruire le manichéisme de la propagande atlantiste et occidentaliste, relayée par les médias occidentaux complices et menteurs, tout en évitant soigneusement de verser et renverser dans le manichéisme - dans un contre-manichéisme tout aussi caricatural et simpliste, sur le mode : Kadhafi devient le Bien, les Occidentaux le Mal. Les graves dérives du régimes Kadhafi, la corruption tribaliste, l'absence d'Etat-nation, l'absence de liberté, la centralisation caricaturale autour d'un Etat sommaire et frustre resté proche du clanisme, sont toujours aussi valables, notamment celles consistant à jouer le double jeu (un jeu multiple), amadouant d'un côté les pouvoirs financiers et politiques occidentaux - et de l'autre pratiquant une politique de développement incontestable des infrastructures libyennes et de l'ensemble de l'Afrique (avec l'idée selon laquelle la Libye africaine ne peut que sortir grandie du panafricanisme).
L'art de la nuance est réaliste en ce qu'il instaure un juste milieu entre le manichéisme et lecontre-manichéisme, deux simplismes caricaturaux et statiques, et qu'il rappelle que les critiques justifiées contre Kadhafi ne signifient en rien la justification tordue à laquelle on assiste en Occident de l'impérialisme occidental et des guerres inégales qu'il livre au nom de l'ingérence démocratique et humaniste. Au passage, deux autres résultats que l'on peut apercevoir dans cette guerre libyenne impérialiste :

1° Ce que les Occidentaux nomment al Quaeda est une base de données regroupant des mercenaires islamistes arabes, qui a pour vocation la déstabilisation des régimes anti-atlantistes partout dans le monde (URSS/Afghanistan, Bosnie/Yougoslavie, maintenantLibye...). Ces mercenaires manipulés agissent sous le commandement indirect des forcesatlantistes, via leurs parrains saoudiens (le rôle des cercles autour du prince Bandar est déterminant). Nous en avions la preuve en Bosnie lors de la complexe guerre de Yougoslavie, déjà sous l'égide de l'OTAN, déjà menée avec le prétexte chevaleresque de sauver les peuples autochtones de leur dictateur criminel (Milosevic), déjà guerre civile sanguinaire ayant mené à la partition éclatée de la fédération yougoslave en une myriade de pays plus petits et malléables (le pire étant l'exemple du Kosovo).
Nous en trouvons une nouvelle preuve en Libye où des mercenaires islamistes d'al Quaeda, sortis parfois tout droit de Guantanamo, agissent sous les intérêts inavouables des atlantistesqu'ils prétendent combattre dans leurs discours enflammés. Ces mercenaires ont été maintes fois retournés. Après avoir servi les atlantistes contre les communistes sous le prétexte islamiste, puis être devenus les ennemis officiels des atlantistes lors du 911, voilà nos va-t-enguerres peu clairvoyants revenus dans le giron atlantiste contre les ennemis du moment : les régimes arabes opposés à l'Occident, via le véritable contrôleur atlantiste de la région, qui estl'Arabie saoudite - et non Israël, et qui agit pour le compte des intérêts de la City de Londres(l'Arabie saoudite des princes et rois du désert est partie intégrante de l'Empire britannique).
Les mercenaires d'al Quaeda collaborent avec d'autres mercenaires islamistes dépêchés par les monarchies pétrolières du Golfe (on le vérifie en Syrie). On se sert d'eux comme de marionnettes passant d'alliés chairs à canons à ennemis égorgeurs d'Occidentaux. L'expansion exponentielle d'al Quaeda à partir de 2001 rappelle la structure des multinationales, comme si les concepteurs de la saga al Quaeda, largement surmédiatisée depuis 2001, s'étaient inspirés d'une caricature de conglomérat, comme la firme du héros de BD Largo Winch, pour procéder au développement de leur firme terroriste, à ceci près que Largo est un héros manichéen, quand Oussama était un anti-héros tout aussi manichéen.

2° Les grossières manipulations du manichéisme sont soutenues par un arsenal propagandiste d'ordre politique (le G20), militaire (l'OTAN, juridique (le TPI), tous organismes prestigieux et imposants (incontestables?) à la solde des atlantistes impérialistes qui agissent au nom de la démocratie. Le manichéisme propagandiste qui empêche la nuance est soutenu par un arsenal d'arguties et de sophismes qui tournent autour du droit d'ingérence, une conception qui n'est pas récente, mais qui remonte (pour l'époque moderne) à la constitution des Empires européens, avec notamment l'influence juridico-philosophique de Grotius, l'un des avocats en chef de la Compagnie des Indes hollandaises. L'ingérence sert à légitimer l'impérialisme commercial, initialement le commerce maritime, mais les choses n'ont guère changé : l'ingérence sert toujours des pouvoirs impérialistes militaires et politiques comme l'OTAN, qui sont à la solde des pouvoirs financiers et commerciaux.
L'ingérence signerait une aberration mentale si son déploiement n'était aussi intéressé et tout à fait cohérent : l'ingérence au nom de la démocratie est contradictoire dans les termes. On ne peut prétendre apporter la démocratie de l'extérieur. Non seulement en pratique, les tentatives échouent toujours; mais en théorie, la démocratie ne peut venir que de l'intérieur, de luttes populaires et d'un niveau de conscience culturel en hausse.
Apporter la démocratie de l'extérieur signifierait la possibilité d'user avec succès de persuasion à l'égard d'un grand nombre de personnes et en disposant des moyens technologiques et médiatiques pour réaliser cette prouesse d'envergure. Outre que la mise en pratique du dispositif d'ingérence démocratique se révélerait très difficilement envisageable (pas tout à fait), la faculté de persuasion est tout à fait extravagante à si grande échelle, et surtout d'une manière extérieure. On ne peut persuader qu'un interlocuteur disposant déjà des pré-requispour accéder à la thèse que l'on défend.
L'ingérence démocratique serait une farce si elle n'avait été promue par des intellectuelsfavorables à l'impérialisme (autour des Compagnies des Indes européennes, singulièrement la Compagnie hollandaise qui sera assimilée dans la Compagnie des Indes britanniques, fer de lance de l'Empire britannique et promotrice de la fameuse doctrine déculpabilisatrice et persuasive de la main invisible, selon laquelle le rapport de force finit toujours par être juste).
Contredisant cette vision de plus fort et du plus juste, la nuance permet de sortir de la loi du plus fort en ce qu'elle indique qu'il existe dans le réel une multiplicité au service de l'unité -contrairement à la vision tronquée d'Aristote qui distingue une multiplicité fondamentale et seule. La multiplicité, que l'on retrouve dans le causalisme (plusieurs causes pour un effet), permet en effet la perpétuation du réel unique, au sens où toutes les multiples parties se trouvent connectées les unes aux autres.
A y bien regarder, la texture du réel sort renforcée et solidifiée par la multiplicité, alors que c'est la nécessité qui défend l'unicité et que cette unicité est fragile. Ce n'est pas la même chose de considérer que le réel suit une seule voie, qui bien que se poursuivant pour le moment risque de s'effilocher, voire de disparaître. La singularité laisse la place au non-être, tandis que la multiplicité indique que la réalisation sensible de ce qui est multiple découle de possibles pluriels et d'une autre texture que le réel réalisé (le sensible réalisé). La multiplicité se trouve au service de la pérennité du réel.
La multiplicité explique le changement anti-entropique par les différents niveaux de plate-formes, quand l'unicité rend impossible cette croissance. La croissance s'obtient en effet parl'affrontement des multiples possibles, alors que leur unicité conduit vers la staticité ou le fixisme. L'unité signifie que le réel n'est pas unique, mais que ses multiples parties sontinterconnectées entre elles, quand l'unicité signifie que ce qui est est singulier te que la singularité fait place au non-être. Le seul moyen de sauvegarder l'un tout en empêchant le non-être consiste à nier l'unicité et à lui substituer l'unité.
La nuance dans l'argumentation du discours rejoint la multiplicité au service de l'unité : la nuance accepte qu'il existe des différences d'arguments, entre les grossières arguties, les arguties plus perfides et les multiples manière tronquées d'exprimer la vérité (jusqu'à consentir à ce que l'intégralité de la vérité en puisse jamais être détenue par une partie). La nuance ne permet pas seulement de dégager un donné chamarré, mais fixe; mais au contraire de mesurer que le caractère complexe du réel est au service de l'antifixité, de l'anti-entropie, de la dynamique et du va-et-vient. La nuance renforce la pérennité du réel en encourageant le passage d'un niveau de donné à un autre niveau, supérieur.
La nuance dégage la multiplicité à l'intérieur d'un donné en encourageant le changement anti-entropique. C'est ainsi qu'en accédant à la nuance quant à la situation en Libye (être contre lenéo-colonialisme sans être pour le régime de Kadhafi, être capable de reconnaître les bienfaits de l'action de Kadhafi sans pour autant légitimer certaines de ses dérives autocratiques et népotiques), on accède à l'anti-entropie et à la dynamique, puisque la Libye représente un des principaux endroits de notre monde d'où émerge le panafricanisme et des solutions politiques qui contrecarrent l'impérialisme occidental en agonie.
Plus on trouve de nuance dans un endroit, plus c'est le signe que l'endroit constitue un ferment de dynamique anti-entropique et croissante. La Libye constitue un de ces terreaux riche en possibles de changement, et c'est avec raison que le Colonel Kadhafi, dans une de ces diatribes décousues et sincères, a eu l'habileté de rappeler que l'attaque impérialiste contre la Libye(pour tout esprit lucide) signait l'arrêt de mort des impérialistes occidentaux, qui dans leur folie se sont égarés dans le combat de trop. En somme l'unicité de l'impérialisme le pousse à la nécessité de sa disparition, quand la multiplicité triomphe par le passage à un autre niveau de réalité, supérieur et changeant.

mercredi 6 juillet 2011

Le procès de l'oligarchie


Le vaudeville glauque continue, qui habitue les peuples du monde à supporter le plus glauque et le plus sordide. A présent, une jeune femme française, bourgeoise, Blanche, belle, intelligente, journaliste et fille d'une conseillère générale socialiste (courant Strauss-Kahn!!) del'Eure accuse DSK d'un viol antérieur à l'affaire Nafissatou. Quand j'entends les torrents de boue (vrais ou faux) qui sont déversés sur la Guinéenne travaillant aux Etats-Unis, j'ai honte : où est le Prix Nobel de la Paix Barack Obama venant défendre la jeune femme victime d'un viol qui ne repose pas sur son seul témoignage ou sur des éléments fragiles, mais sur une expertise médico-légale dont il faudra qu'on nous explique comment des manipulateurs aussi ingénieuxsoient-ils ont pu la bidonner au point de faire ressortir les éléments de violence que l'on constate?
Comment le procureur Vance Jr. peut-il enterrer l'affaire de viol et accepter le non-lieu quand on connaît la teneur des violences attestées médico-légalement? Quel mépris que cette justice qui lèse les faibles comme Nafissatou et qui innocente partiellement les oligarques - comme DSK. J'ai entendu qu'on ne saurait sans doute jamais la vérité sur cette affaire, comme si c'était parole contre parole. Mais ce n'est pas parole contre parole. C'est parole de DSK (rapport sexuel librement consenti) contre l'expertise médicale scientifique (violences attestant du viol). Le témoignage de Nafissatou ne fait que corroborer (ou pas) ce qu'elle a subi. Sans autre élément venant remettre en question l'expertise médico-légale, cette affaire de viol politique tournant au nonl-lieu est un scandale éclatant d'injustice, qui par son symbolisme fort inspire le plus profond dégoût.
Du non-lieu au non-dit : comment laisser passer ce cas évident de justice oligarchique, où l'on se sert d'un viol pour discréditer le directeur du FMI partisan des renflouements financiers - et quand on obtient sa tête, on laisse tomber contre ce seigneur mondialiste les poursuites pourtant évidentes - du moins jusqu'à plus ample informé? Mais quelle fut la stratégie des avocats de DSK l'oligarque, relayée avec complaisance par les médias et par certains amis politiciens que le déshonneur posthume n'étrangle guère? Tous ont recouru à la stratégie qui s'avère payante dans le système médiatique actuel (bien que cette stratégie se révélera désastreuse sur le plus long terme) : nos rhéteurs et sophistes ont usé de rumeurs, calomnies, diversions qui ont toutes pour point commun de discréditer la victime sur de nombreux sujets, peut-être fondés, mais pas sur le point précis et fondamental de l'acte d'accusation - le viol.
On apprend que Nafissatou serait dealeuse, menteuse, prostituée, fellationneuse, bête, inculte, profiteuse, vénale... A quel moment nous délivre-t-on des éléments qui dédouaneraient son bourreau d'oligarque quant à l'accusation de viol? Je sais bien que dans de nombreuses affaires, les accusations de viol sont à prendre avec des pincettes, tant elles se révèlent pour la moitié d'entre elles fausses et fantaisistes (et je parle d'affaires portée sur le plan pénal, pas de rumeurs, ragots ou racontars déversés dans le dos d'un innocent qui ne peut répondre aux calomnies). Cette affaire d'injustice caractéristique, où l'on innocente un coupable à partir de rumeurs fondées sur la loi du plus fort et où l'on discrédite la victime sans remettre en question les preuves scientifiques de son viol fera date : symbole de la menace oligarchique, où le directeur du FMI est soutenu, malgré sa culpabilité évidente dans cette affaire - plus sa réputation désastreuse corroborant l'accusation de viol. Sous couvert de socialisme là également médiatique, nullement effectif, notre puissant valide dans le domaine privé et sexuel les principes les plus prédateurs de la finance mondiale folle.
L'histoire retiendra que ce sera suite à l'action d'une nouvelle jeune femme, sa compatriote et collègue socialiste Tristane Banon, que DSK a été mis hors d'état de jouir, pardon, de nuire. Comme si, pour qu'un oligarque se trouve condamné malgré sa culpabilité évidente, il fallait que ce soit une jeune femme venant de milieux socialement aisés, de facture oligarchique, qui l'accuse (sans doute à juste titre) - et qu'une pauvre Noire aux Etats-Unis ne pouvait recevoir la juste reconnaissance officielle, judiciaire de l'horreur qu'elle a subie.
L'injustice qui se produit dans cette affaire pourrait être résumée comme suit : la représentation prime sur le réel. Le réel : le viol. La représentation : ce qu'ont dit les protagonistes, leur réputation. On ne tient pas compte de ce qui est (l'expertise médico-légale), et l'on évacue les faits dérangeants, voire accablants, au profit de l'interprétation, du témoignage, comme si cette affaire se résumait à la crédibilité sociale de Nafissatou la menteuse contre DSK l'oligarque millionnaire, médiatisé, sioniste, influent, défendu par un bataillon d'avocats et d'enquêteurs marié à une riche héritière sioniste et fameuse journaliste française. A ce stade de rebondissements, il n'y a plus que les imbéciles fascinés depuis leur médiocrité par la puissance sociale qui défendront encore DSK le (multi)récidiviste; tandis qu'avec l'affaire Nafissatou, les moutons étaient susceptibles de défendre l'horrible prédateur politique et sexuel au nom du conformisme et du mimétisme.
Mais qu'apprend-on dans un grand journal conservateur français, qui relaye des informations internationales? Selon une adjointe du procureur Vance Jr., «une relation sexuelle est corroborée par des preuves médico-légales et la brièveté de la scène dans la suite suggère fortement un rapport non consenti».
http://www.lefigaro.fr/international/2011/07/03/01003-20110703ARTFIG00156-dominique-strauss-kahn-bientot-fixe-sur-son-sort.php
Dans ce cas, comment peut-on abandonner les charges du côté du procureur? Serait-ce qu'ils'agit d'une affaire politique, ce qui expliquerait le silence d'Obama, si prompt à enfourcher lecheval de bataille de la discrimination raciale? On tient la preuve dans cette affaire d'une justice oligarchique, une justice en faveur des riches et des puissants, méprisant les pauvres et les faibles. On le savait avec de nombreux cas politiques auparavant, mais ce procès, qui n'est pas simplement privé, n'est pas davantage seulement politique, au sens où il serait dominé par des considérations d'appartenance à des courants politiques. Il s'agit d'une affaire politique au sens où c'est le procès de l'oligarchie qui se joue.
Ceux qui ont instrumentalisé cette affaire aux fins de dégager DSK le symbole des renflouements et d'empêcher ces tsunamis avant qu'ils n'atteignent les USA, n'avaient pas prévu que le procès dépasserait le cadre d'un règlement de comptes utilisant un vice sévère et très connu de DSK pour lui conférer une portée politique universelle : la lutte contre l'oligarchie. Ce n'est pas le cas seul de Nafissatou qui nous intéresse. Est-elle vraiment cette prostituée menteuse et dealeuse - ou se trouve-t-elle calomniée? Quel degré de calomnie? A-t-on jamais osé qu'elle pourrait être innocente des rumeurs répandues complaisamment par la presse mondialiste et ordurière?
Qu'elle puisse se trouver détruite par le soutien dont bénéficie son agresseur? Qu'on peut mentir ou tromper - tout en ayant été violé? Le soutien que l'on accordera à Nafissatou ne s'établit pas à partir de la connaissance pointue des faits, mais en faveur du plus faible et surtout contre la loi du plus fort qui prévaut dans la mentalité oligarchique (dans laquelle une fois qu'on a dégagé ses concurrents dérangeants, ils redeviennent des rivaux oligarques, donc à protéger de toute déchéance sociale). Il ne s'agit plus de connaître la vérité, mais de s'en débarrasser au profit de la force sociale (pas physique).
Cette histoire restera gravée chez les historiens comme une preuve que notre époque était en voie d'oligarchisation et que la justice, un des symboles de la démocratie et de la liberté (indépendance), devenait de plus en plus soumise à la tutelle des financiers et de leurs vassaux les politiciens. Certains esprits chagrins rappelleront que la justice en Amérique n'a jamais été réputée impartiale dans les affaires politiques (ce qui serait vrai en Occident l'est a fortioridans les pays pauvres).
Revenons à cette idée effarante selon laquelle la représentation prime sur le réel extérieur. Ce n'est pas seulement Nafissatou qui risque de payer très cher cette évolution depuis une affirmation de principes républicains universels vers les arguties oligarchiques morcelées et multiples; ce ne sont pas seulement les observateurs lucides qui osent remettre en question la loi du plus fort et l'arbitraire juridique; c'est une marque historique très importante qui indique la crise violente du processus fixiste, qu'on pourrait qualifier d'antidynamique.
Si l'on décèle depuis l'Antiquité la disparition de la vérité, comme chez les sophistes (dontProtagoras), ou chez le fondateur de l'immanentisme Spinoza, c'est avec le kantisme que le symptôme de primauté de la représentation sur le réel extérieur apparaît. La démarche deKant n'est pas anodine. Je l'ai déjà analysée dans un billet précédent. Elle consiste pour restaurer la métaphysique (contre les attaques radicalement antimétaphysiques, émanant en particulier de Hume) à proposer une réduction de la métaphysique de format aristotélicien (déjà une réduction de l'ontologie platonicienne, de l'infini au fini) à une réalité qui se recroqueville dans les limites de la représentation subjective.
On comprend la fortune philosophique du kantisme (puis du néo-kantisme) à l'aune de l'évolution de l'immanentisme. Sans la mentalité croissante de l'immanentisme, qui domine à partir des Révolutions, jamais une théorie comme le kantisme n'aurait connu une telle reconnaissance. Le kantisme est une théorie bancale du réel, qui évacue le problème du réel (au départ examiné) en décrétant que seule la représentation peut être définie (reconnue comme réelle). Son succès témoigne de l'effondrement du réel, dont après avoir nié l'infini on accepte la dégénérescence, rappelant le sort de la peau de chagrin : condamnée à péricliter inexorablement, jusqu'à disparaître totalement.
C'est le destin de tout processus nihiliste et c'est le sort qui attend le diabolisme en termes religieux : le diable a peur de sa domination finissant en toute-puissance, comme s'il ne parvenait à résoudre la contradiction qu'il a posée en même temps que sa toute-puissance - et qui le détruit. La toute-puissance est ainsi contradiction fondamentale au sens où le fixe est contradiction non résolue. La destruction sanctionne la contradiction. La toute-puissance implique la fixité, sans laquelle la toute-puissance d'un état devient la faiblesse de l'état suivant et supérieur.
Ce que l'on nomme force se rapporte à la toute-puissance et se déploie dans un état donné, fini, fixe. Mais cette manière de considérer que la force, voire la toute-puissance, sont fascinantes provient d'une réduction de la réalité qui tend à rétrécir ce qui est réel à ce qui est représentation, tout en s'avérant masqué ou aveugle face aux autres parties. Comme si le réel non subjectif n'était plus représentable, mais indéchiffrable, à la manière d'inscriptions émanant d'un alphabet absolument inconnu et étranger. Le mythe de la caverne de Platondevient une incarnation ironique et saisissante avec le kantisme.
Les prisonniers qui éblouis s'avèrent incapables de sortir de la caverne et de découvrir que la réalité dépasse de loin ses projections sont ces figurines éthérées (et égarées) dans le kantisme qui prennent les représentations pour le réel et qui se montrent incapables de sortir de leur subjectivité. La loi du plus fort sanctionne toujours la faiblesse d'une position qui se voudrait inexpugnable et imprenable alors qu'elle repose sur la chimère et s'effondrera à la première bourrasque. L'oligarchie privilégie la représentation en ce qu'elle signale une réduction du réel et qu'elle ne peut pas se déployer dans un état de dynamique où le réel prévaut sur la représentation.
Quel attrait malsain et moribond pousse une époque à avaliser et adouber la mentalité oligarchique comme si elle acceptait le poison qui signe sa perte? C'est le refus du changement, qui commence avec l'affirmation conservatrice (mieux vaut cet état qu'un changement pire encore), puis finit dans la doctrine réactionnaire (c'était mieux avant). Le changement, c'est le va-et-vient croissant (antientropique), soit l'idée selon laquelle le seul moyen pour le réel de continuer à être consiste à changer dans le va-et-vient, soit à instaurer des différences, distinctions, déplacements.
Pour finir (pprovisoirement) ce billet anti-oligarchique, le procès scandaleux et injuste deNafissatou vient prolonger les abominations commises au moins de la guerre contre le terrorisme à Guantanamo : de la même manière que dans le dossier DSK, Obama protège les puissants contre les opprimés, de même n'a-t-il rien fait pour soulager les tortures et les angoisses des prisonniers de Guantanamo et des autres prisons dont les pires sont secrètes et naviguent en pleines eaux apatrides.
Qu'est-ce que Guantanamo - sinon le remake de la torture kafkaïenne? Guantanamo est le symbole du processus oligarchique parvenu à terme. Pas de jugement, de l'arbitraire, du plus fort. Dans le cas de Nafissatou, nous avons une parodie de jugement. Dans le cas deGuantanamo, c'est encore plus cru. Qui l'eût cru? Le jugement est sommaire etstructurellement injuste. Que ceux qui croient encore dans la justice américaine du moment se penche sur le lien entre le symbolique Guantanamo (incarnation de l'injustice) et le procèsNafissatou (parodie de justice). Dans les deux cas, il s'agit de souligner que c'est le procès de l'oligarchie qui a lieu et que l'oligarchie mène plus loin encore que l'injustice sommaire et douce, vers les zones les plus extrêmes et arides de l'injustice : la torture, la calomnie, la loi du plus fort.

lundi 4 juillet 2011

Au nom de la cause

L'affaire Nafissatou Diallo démontre l'oligarchisation des esprits, puisque selon les critères des médias et des dirigeants politiques, il relèverait presque du normal de recevoir l'acquitement après avoir violé une femme de ménage noire et africaine quand on sait que l'Africaine trafiquerait dans la drogue, voire la prostitution. "Shame on you", pourrait-on lancer à ces bonimenteurs oligarchisants qui ne se rendent pas compte qu'en permettant à un puissant de se réclamer de lois d'exception, ils sont en train de précipiter la dictature politique et le fascisme. Le traitement de l'affaire DSK est exemplaire de l'état délabré et lugubre de notre société mondialisée et oligarchique en phase terminale, dans laquelle on ne traite pas de la même manière un directeur du FMI ultralibéral et sioniste - et un balayeur noir du Texas.
J'aurais aimé considérer les commentaires qui se seraient appliqués à commenter une sordide affaire de viol accusant un pauvre Noir du Texas balayeur et illettré de viol. Le violeur (présumé, hein) aurait violenté une riche et célèbre économiste blanche et protestante de Yale venue donner une conférence grassement rémunérée à l'université locale. Qui aurait osé défendre ce pauvre type - insinuer que son alcoolisme débilitant ou sa consommation compulsive de haschich le rendaient perméables à des comportements monstrueux? Qui aurait osé contre-attaquer notre riche économiste blanche et protestante - en rappelant qu'elle fréquentait un dealer de marijuana sur son campus et qu'elle était réputée pour allumer les étudiants avec sa poitrine opulente et ses couettes ingénues?
Vous mesurez le racisme à l'aune du critère de mauvaise foi définissant la loi du plus fort : ce qui est admissible pour DSK devient inadmissible pour le balayeur noir texan; Nafissatou est une dealeuse doublée d'une pute, qui a (finalement et avec usure) bien mérité de se faire broyer le vagin, démonter l'épaule et éjaculer dans la bouche pour tous ses vices, dont le pire est d'avoir essayé de soutirer du fric à DSK le balèze du conglomérat de photocopies FMI (Fuck, Money & Investment), le pépère de Harvard, le présidentiable socialiste français à la sauce ultralibérale et anglo-saxonne. Au fait, pourrait-on oser que l'abréviation PS suggère moins désormais la filiation socialiste que la formule - Parti des Suceurs?
On pourrait gloser sur le jeu du deux poids deux mesures, ou sur l'oligarchie qui en appliquant sa terrible stratégie du lynchage contre le plus faible (DSK bien entendu) se tire une balle dans le pied sur le terme (déclenchant chez les peuples une aversion durable et un sentiment de colère menant à la révolte légitime); mais je retiendrai le déferlement irrationaliste qu'a charrié cette affaire sordide où l'on mesure un autre effet catastrophique de l'oligarchie - la privatisation du public. Nafissatou serait-elle dealeuse, camée, prostituée, voire proxénète (que sais-je dans ce vaudeville passionnant dévoilant les arcanes de la justice-spectacle américaine aux ordres des stratégies politiques et des luttes d'influences financières)? Mais la vraie question demeure pourtant : notre sale Black de ménage sans méninge a-t-elle été violée - oui ou non? Comment peut-on à ce point dissocier la cause et l'effet au point de nous divertir avec de fausses causes faisant disparaître l'effet?
Genre du sophisme : DSK n'a pas violé Nafissatou parce qu'elle s'adonnait au trafic de chanvre, qu'elle monnayait ses services sexuels... Et puis quoi - encore? Comment peut-on à ce point basculer dans un raisonnement irrationaliste qui légitime les raisonnements illogiques et absurdes au point de faire disparaître la notion de causalisme? Que la cause soit multiple et le plus souvent complexe, je veux bien (on en subit un cas avec cette affaire privée qui ne nous intéresse que peu, bien que les sévices sexuels assénés par un des hommes les plus prestigieux de la planète nous soient déversés tels des ordures putrides sur la place médiatique mondiale). Mais comment peut-on à ce point manifester un mépris cynique et sinistre pour la relation de cause à effet?
Si on ne se rend pas compte que la lame de fond de cette affaire contribuera à décupler la colère des peuples contre les folies prédatrices des oligarques, la négation du causalisme indique plus encore que notre époque est promise à la disparition - pour la décadence, c'est engagé et irréversible. Le propre de l'oligarchie est de détruire la possibilité du raisonnement intellectuel, qui se fonde sur le processus. Un processus suppose que l'on soit capable d'émettre un raisonnement (prédictif notamment) conjecturant d'effets à partir des causes connues. Le mécanisme est possible, à condition de prendre en compte les causes des phénomènes et surtout leur complexité. Le processus est hypothétique, puisque la texture du réel repose sur l'hétérogénéité, sorte d'incomplétude malléable et hétérodoxe qui s'oppose à la complétude homogène, tout en rendant pleine la réalité du quelque chose.
En faisant disparaître le processus, la mentalité oligarchique permet la domination des oligarques sur la masse décérébrée, puisque les opprimés n'ont plus les moyens de s'y opposer, incapables d'identifier la supercherie entre un effet et une mauvaise ou bonne cause; et pire, ne sachant même pas qu'un phénomène est toujours inséré dans un processus (relation de cause à effet). Du coup, l'instant est pris pour l'intégralité du réel évanescent et incompréhensible. Les penseurs favorables à l'oligarchie favorisent ce mode de pensée, avec une hypocrisie notable puisque l'adhésion des soumis à l'instant se fait au nom du plaisir; quand la méfiance et l'éloignement des élites autorisent l'appel à l'augmentation de la domination.
Le principal destructeur dans l'époque moderne de la causalité est Hume, un historien et penseur au service de l'Empire britannique et de son idéologie de propagande, le libéralisme. Hume décrète que rien ne permet d'inférer d'un phénomène à un autre qu'ils sont reliés par le principe de causalité. Aucun argument empirique ne vient étayer le causalisme, ce qui est un argument réducteur et mal posé (indémontrable), puisque c'est au niveau théorique que se joue la solution, pas au niveau empirique. Hume voit dans le reél une succession d'événements que rien ne permet de relier par une théorie autre que des impressions instinctives, oscillant entre habitudes et nerfs.
La théorie de Hume est bien entendu partie intégrante de l'immanentisme, mais il s'agit d'un sous-courant particulier à l'immanentisme, particulièrement virulent et réducteur, tendant à détruire tout type de réflexion dynamique pour ne conserver que le savoir le plus figé. L'intelligence se tient au service de l'impression chaotique, pas du processus théorique et théorisable. Hume aurait sans doute apprécié que la philosophie après son intervention se commue en une sorte de méthode historienne - et on comprend qu'il soit un point de référence pour le libéralisme et l'idéologie impérialiste et oligarchique qui découle de l'immanentisme. L'immanentisme originel de Spinoza essaye encore de produire une théorie dans l'immanence, quand Hume va plus loin dans le projet de destruction de la théorie en proposant que l'intelligence ne se fixe qu'à partir de nos sens et des effets intellectuels qu'ils produisent (comme les impressions).
Hume n'expliquera jamais ce qu'il y a d'autre que l'expérience et que pourtant l'expérience atteste. Il part plutôt du principe selon lequel tout ce qui n'est pas réductible à l'expérience n'existe pas - tant pis pour le risque de passer à côté de choses plus importantes que l'expérience. Hume décrète en gros que le seul réel qui vaille est le réel de domination, le réel chaotique, le réel oligarchique. Et son coup de force contre le réel consiste à décréter que n'est réel que le réel empirique. Quant à l'intervention de Kant dans ce débat faisandé et caviardé, elle n'est pas du tout la réponse du partisan antiempirique et idéaliste au sens platonicien du terme, quelque chose comme un ontologue qui répondrait que c'est par la théorie qu'on élabore le réel - et que l'empirisme ne peut qu'aboutir à la réduction la plus drastique et violente du réel.
Kant intervient dans le débat contre l'immanentisme, et la forme la plus virulente de l'immanentisme de l'époque, l'empirisme (dont sont issues des formes encore plus virulentes et réductrices, comme les formes de logique bornée), à partir d'une position qui sous couvert de sortir du dogmatisme consiste à aller pus loin encore dans les dérives issues de l'aristotélisme. Le dogmatisme que critique Kant est la scolastique aristotélicienne et ses dérivés. Kant entend critiquer la métaphysique avant lui, au sens où il viendrait corriger les erreurs de la métaphysique et expliquer pourquoi la métaphysique erre depuis tant de siècles.
Kant corrige Aristote et ses successeurs métaphysiciens. Dès le départ, il ne tient pas compte de la position de Platon et de l'histoire de l'ontologie. Peut-être ne la connaît-il pas vraiment. En tout cas, il suit un raisonnement des plus curieux : répondre à Hume implique chez lui que l'on prenne en compte le point de vue de Hume et que l'on opère un compromis en réduisant encore plus la métaphysique à des bornes qui initialement (avant Kant et depuis Aristote) se révélaient fort réduites. Si l'on récapitule la position d'Aristote (sans entrer dans le jargon assez repoussant et rébarbatif de ses linéaments ténébreux plus encore que complexes), elle consiste à définir le réel comme le fini et à expliquer que l'être multiple vient du non-être multiple.
La faille d'Aristote se situait en particulier à ce point du raisonnement : d'être incapable d'expliquer en quoi l'être vient du non-être. L'irrationalisme consiste à refuser à un moment le raisonnement et à lui substituer la violence. Cas d'un Calliclès chez Platon. Hume se situe dans cet irrationalisme, lui qui creuse toute théorisation et qui propose d'appliquer l'intelligence à l'immédiateté des sensations empiriques. Mais Aristote exprimait le parti plus conséquent du nihilisme théorique ou idéaliste (si l'on peut dire), c'est-à-dire qu'il rendait la théorie nécessaire à l'intérieur de l'espace fini de l'être et que du coup il reconnaissait la possibilité d'un processus fini (son fameux finalisme, qui implique que la fin soit vraiment la fin du processus). Tandis que Hume détruit le processus fini d'Aristote et rend impossible toute théorisation au nom du chaos fondamental et ultime, qui empêche d'aller au-delà de l'événement et de chercher la cause théorique.
La réponse d'Aristote à Hume rappelle que le courant nihiliste n'est pas homogène, mais traversé par des querelles de chapelles, des dissensions, des désaccords et des incompréhensions. Quant à l'intervention de Kant, elle se situe dans le giron d'Aristote, ce qui suffit à montrer que Kant n'est pas cet adversaire de Hume noble et généreux qui essayerait de comprendre le parti de son opposant; mais qu'il se situe à l'intérieur du même courant que Hume, sauf qu'il en exprime un point de vue nettement moins radical et virulent (plus théorique et moins empirique/empiriste).
Si l'on voulait tenter une cartographie du vaste courant nihiliste, Kant se situerait entre Aristote et Hume, ce qui suffit à montrer que Kant n'est pas du tout un idéaliste platonicien et qu'il fait montre d'une réalité qui fonctionne parce que l'immanentisme a infesté notre époque moderne de son empreinte destructrice. Il faudra bien, après l'effondrement de l'immanentisme auquel nous assistons, que tous ces immanentistes rentrent dans leur boîte et qu'on n'évoque leur grandeur philosophique qu'à partir de leur positionnement d'immanentistes.
Kant prétend réhabiliter la métaphysique en expliquant que son erreur ne consiste pas à faire du réel le fini, mais à faire de ce champ fini un domaine d'exploration et de connaissance encore trop vaste. Kant se situe du côté d'Aristote par sa volonté de sauvegarder la possibilité de connaissance à l'intérieur du fini. On peut faire de la théorie finie; mais à une condition selon Kant : réduire encore le domaine du réel. Le processus nihiliste théorique consiste à réduire toujours plus le champ d'exploration à mesure que le réel reconnu comme tel s'amenuise (détruit par le consumérisme nihiliste fini) au profit de ce que le nihilisme nomme le non-être (ou termes synonymes) et qui désigne de facto le réel non soumis à la loi humaine, en gros le réel inconnu et contradictoire pour l'homme.
La démarche de Kant est une démarche où il réduit la métaphysique à la représentation de la subjectivité, rendant étrangers, non seulement l'infini, mais désormais le réel extérieur et la notion d'objectivité. La destruction de la vérité est en germe (depuis Spinoza) dans l'ultramétaphysique de Kant par rapport à la simple et originelle métaphysique d'Aristote. On pourrait d'un point de vue psychologique diagnostiquer dans cette approche métaphysique une dimension psychotique (le réel devient morcelé, voire dénié par morceaux); on pourrait tout aussi bien relier cette démarche d'exclusion du réel extérieur devenu intolérable (caduc) avec la démarche profondément raciste de Kant, qui veut bien satisfaire à l'universalisme des Lumières pourvu que l'homme universel corresponde au Blanc/Occidental.
Derrière la polémique DSK/Diallo, DSK tentant d'échapper à la condamnation judiciaire (pour la condamnation populaire, il a perdu avec usure), Diallo de récolter quelques dédommagements judiciaires, voire pécuniaires, le fond de l'affaire ne tient pas dans ce mélodrame sordide, où quoi qu'il arrive l'opinion mondiale a fait son choix et réprouvera DSK de plus en plus avec la prise de conscience qu'il incarne dans sa vie privée comme publique les travers du dominateur prédateur et destructeur et qu'il usurpe presque totalement l'image de progressiste socialiste - même libéral.
L'important dans ce retournement des accusations est qu'aucune d'entre elles pour l'instant ne remet en question l'accusation, qui porte sur la possibilité que la jeune femme ait été violée et que l'accusation s'établit à partir de preuves médico-légales irréfutables. Le restant témoigne de l'oligarchisation des mentalités, tant dans le monde judiciaire (avec la justice-spectacle et médiatique) que chez les peuples, qui se taisent, moutonniers et consuméristes. L'oligarchisation n'est possible que parce que la capacité à voir en termes de processus a été détruite; singulièrement, le causalisme, soit la faculté à relier le phénomène incriminé à une cause plurielle et complexe, mais adéquate. C'est typiquement ce qui fait défaut dans le retournement des accusations, où l'on accuse la jeune femme de fautes peut-être vraies, mais qui en aucune façon ne sauraient entacher l'accusation de viol.
Cette destruction de la causalité est plus importante que la dynamique du processus, qui n'a jamais vraiment été répandue de manière majoritaire, seulement appliquée par certains esprits éclairés. La disparition du causalisme n'est pas une première dans l'histoire, puisqu'elle surgit lors de toutes les crises d'importance. Ce qui la caractérise cette fois, c'est qu'elle se manifeste lors de la crise du plus grand changement qu'ait connu l'humanité depuis son apparition (sans doute progressive et bien plus ancienne que ce que les paléontologues aujourd'hui de plus en plus incertains livraient comme estimations probables il y a encore une décennie).
Et la question du causalisme se pose par rapport à ce grand changement qui renouvellera la définition et la conception de la causalité. Nous avions vu que la cause une était multiple, c'est-à-dire que l'unité du réel signifie que l'ensemble des parties du réel sont interconnectées les unes aux autres; mais la multiplicité du réel signifie aussi que le processus se façonne de manière plus solide et tenace avec plusieurs causes (racines) qu'avec un monocausalisme qui rendrait la dynamique des plus incertaines. Où l'on voit d'ailleurs que l'unicité de la nécessité signe plus l'affaiblissement de la régénération dynamique que sa bonne santé pérenne et égale.
Cette multiplicité est étroitement liée à un autre facteur de la causalité : on mesure la validité d'un processus dynamique (et non un faux processus entropique) au fait qu'il permet la croissance d'une plate-forme à une autre. Si le causalisme exprime le processus dont la causalité est un rouage, tout processus authentiquement dynamique ne peut que réaliser l'antientropie ou croissance. Arrêtons notre enquête sur le causalisme ici, oublions Nafissatou et le coup tordu (au cube) du Sofitel et retenons que dans cette affaire le fait qu'on ne reconnaisse plus bine un processus causal élémentaire signifie que nous vivons une période de mutation profonde.

vendredi 1 juillet 2011

Diversion Sarkasme et Karate


"La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure."

Jean de la Fontaine, Le Loup et l'Agneau.

"Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c’est ainsi que leurs pères (aux riches, NdA) traitaient les faux prophètes."
Evangile selon Saint Luc
, 6, 20-26.

"Dominique Strauss-Kahn a déchiré ses bas, déchiré ses bas, ses collants, et le Procureur sait cela également. Chose suivante que j'aimerais vous dire, c'est que lorsqu'elle se débattait pour s'échapper, lorsqu'elle était à genoux et qu'il lui faisait subir des sévices sexuels, eh bien après cela, à la fin elle s'est levée, elle a commencé à courir, à courir vers la porte, elle a commencé à cracher le sperme de DSK, dégoûtée, par dégoût, partout dans cette chambre d'hôtel. Les preuves médico-légales soutiennent également son récit".
Témoignage publique de l'avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Thompson.

Le rebondissement instrumentalisé dans l'affaire DSK devrait inspirer le mépris face au déversement ordurier du mensonge médiatique que l'on fait subir à la victime d'un puissant. Vous voulez savoir ce qu'est la loi du plus fort? Vous avez la jurisprudence Nafissatou, contre DSK l'oligarque du FMI, dont le système médiatico-oligarchique réussit à insinuer qu'elle aurait menti dans son témoignage alors que le viol est médicalement avéré et qu'il s'agit ici seulement de protéger un oligarque contre une pauvre jeune femme noire femme de ménage. Si l'on ne se montre pas en colère face à cette manifestation d'oligarchisation rampante des esprits, qui a saisi en France et pour leur plus grande honte de nombreux journalistes du milieu médiatique parisien et surtout des représentants socialistes osant se réjouir de la libération (relative) de leur ami/allié/camarade DSK le socialiste ultralibéral, au nom de son innocence pour le moins embuée, il n'est pas possible de se révolter contre l'oligarchie et d'exiger que l'on prenne les mesures adéquates aux fins de rétablir le système républicain contre la loi du plus fort.
Il ne s'agit même pas d'exiger que l'on défende la présomption d'innocence de la victime, ce qui serait la moindre des choses quand on consulte le dossier juridique et les preuves médico-légales attestant que l'affaire n'est pas montée de toutes pièces, mais qu'il y a eu manipulation politique à partir d'un fait avéré, la violence sexuelle et prédatrice de DSK le trousseur de jupons; il s'agit de constater l'incroyable diversion double que l'on nous sert et qui nous permet de nous délecter avec voyeurisme de la saga DSK, violeur victime, baiseur baisé, alors que nous vivons la pire crise systémique de l'époque moderne (et sans doute la pire crise de l'histoire humaine connue).
- Diversion spécifique à l'affaire judiciaire DSK (et au roman à l'eau de rose médiatique bâti autour) : le mobile fondamental demeure, à savoir qu'il est prouvé que DSK et la femme de ménage ont eu une relation sexuelle violente (pour la jeune femme, c'est certain) - et qu'il faudrait vraiment être très naïf pour croire que la jeune femme de ménage a eu un coup de foudre impromptu et fatal en voyant le bedonnant et sexagénaire directeur du FMI sortir nu de sa salle de bain (selon la VO). Ensuite, elle aurait exigé qu'il lui broie le vagin et lui déchire un ligament de l'épaule. Pour remercier un si haut personnage de sa disponibilité SM matinale, entre une nuit avec une call-girl et un brunch avec sa fille, elle l'aurait gratifié d'une délicieuse fellation, puis aurait sacrifié au rituel bien connu de certaines nymphomanes, qui consiste à recracher le sperme de son amant un peu partout dans la pièce en sortant précipitamment.
(Pour ceux qui n'ont pas saisi les détails réels de l'imbroglio médiatico-jurdique, qu'ils visionnent le témoignage de l'avocat de Nafissatou Diallo Kenneth Thompson. C'est gore, c'est cru, c'est écoeurant, mais ça présente au moins le mérite de rétablir la vérité factuelle attestée par les expertises médico-légales les plus irréfutables :

).
Surtout quand on connaît les antécédents de DSK, un partouzeur bien connu pour son érotomanie compulsive et qui s'est déjà manifesté par un penchant prononcé pour la sexualité violente, voire contrainte, auprès de diverses femmes.
- Diversion générale, puisque cette affaire est politique, avec l'instrumentalisation d'une affaire privée (certes médiatique et grave) en démission officielle du directeur du FMI. Si DSK est vraiment innocent, que ne le rétablit-on immédiatement à son poste de directeur du FMI, dont il a démissionné à cause de son incarcération pour accusation de viol au profit de sa collègue et compatriote interchangeable Lagarde, elle une ultralibérale affichée et assumée?
Meyssan du Réseau Voltaire estime qu'il s'agit de la manipulation orchestrée (à partir d'une affaire d'une réputation de partouzeur violent bien connue) par la sécurité nationale américaine aux fins d'empêcher le directeur du FMI de présider à la création d'une nouvelle monnaie de réserve internationale. C'est une explication partiellement juste, mais trop courte, qui s'arrête aux portes d'un conflit américano-sioniste assez insondable (si le lobby militaro-industriel américain était l'instigateur de cette arrestation spectaculaire et politique, comment concilier la sympathie sioniste bien connue de ce milieu avec son opposition à la finance apatride, qui se révèle elle aussi sioniste? C'est la preuve que le sionisme dans cette affaire est une influence secondaire et que la lutte sur fond de privatisation du politique a eu lieu entre deux factions de la finance mondialiste). Le fond de l'affaire se comprend quand on a identifié le commanditaire (judiciaire) de l'arrestation de DSK : le procureur de New-York Schneider, qui supervise cette affaire, et dont le procureur Vance Jr. se trouve sous les ordres, s'est distingué par ses poursuites contre le monde financier de Wall Street, dans un contexte où l'on évoque de plus en plus la possibilité de rétablissement du vrai Glass-Steagall, visant à mettre en faillite les intérêts financiers mondialistes.
DSK incarnait dans les milieux de la finance mondialiste la faction favorable au renflouement par les Etats des intérêts financiers en faillite. DSK le progressiste ultralibéral est une escroquerie politique, puisque l'on voit qu'il représentait les intérêts les plus conservateurs de la finance, soit ceux prêts à couler l'ensemble du navire pour sauver quelques meubles personnels égarés. La folie de ce raisonnement rejoint la folie de DSK en matière sexuelle, notre prédateur sexuel ne se rendant pas compte que son dérangement mental est à l'image de la folie qui s'est emparée de l'impérialisme en phase terminale, prêt à toutes les violences pour une satisfaction aussi expéditive que frustrante.
Mais la diversion du feuilleton Sexe, Dollar et Pouvoir permet à la faction qui a coulé DSK d'empêcher que les peuples du monde s'intéressent au seul moyen d'empêcher les renflouements : le rétablissement du Glass-Steagall, à un niveau mondial (puisque le monde est globalisé). Ce n'est pas parce que la faction favorable au renflouement des financiers a triomphé qu'elle est vertueuse pour autant - qu'elle souhaite que cesse l'oligarchisation du monde et que la voie républicaine soit rétablie. Au contraire, les financiers qui ont empêché le renflouement en jetant comme un malpropre DSK dans sa prison dorée entendaient empêcher de couler avec ceux dont les intérêts sont condamnés.
Ils acceptent que les intérêts financiers trop en faillite coulent du moment qu'ils peuvent se sauver du carnage. Le hic dans cette stratégie, c'est que tous les intérêts financiers de la zone transatlantique sont en faillite à un haut niveau et que la mesure mondialisée du Glass-Steagall empêchera que ne revienne la spéculation débridée qui a sévi depuis la City de Londres sur nombre de places financières dans le monde (pas seulement à Wall Street ou à Chicago sur le marché des matières alimentaires notamment).
Ce que nos financiers soi-disant tempérés, en réalité fort cyniques, veulent empêcher, c'est le retour du Glass-Steagall. Ils ont déjà essayé d'imposer une première diversion avec un faux Glass-Steagall, comme celui de la loi Volcker ou celui récemment proposé en Grande-Bretagne (par des élites politiciennes sous la coupe de la City). Mais l'échec provient de ce que cette loi de fausse régulation n'empêchera jamais que les faillites s'accroissent et que l'hyperinflation n'engendre chez les peuples en colère des réactions violentes (émeutes, pillages, voire milices).
La diversion par le people trash et glauque (un feuilleton ravageur autour d'une histoire de viol) essaye de se révéler plus efficace que par le faux direct. Car la diversion directe a pour inconvénient majeur de se trouver vite dévoilée une fois que son caractère faux est manifeste. C'est ce qui se produit avec le faux Glass-Steagall, d'autant plus facile à démasquer que l'exemple grec nous offre un démenti cuisant à la bonne volonté des marchés financiers (d'autant plus anonymes que l'on cherche à préserver leur identité). Tandis que la diversion indirecte présente l'avantage de se trouver moins facilement contredite, d'une part parce qu'elle est plus complexe à détailler (l'interlocuteur se déconcentre, surtout s'il a l'habitude de suivre des séries débiles à la télé ou de jouer à la console de jeux en rentrant des cours ou du boulot); d'autre part parce qu'elle porte sur un sujet indirect et différent; enfin parce que l'explication implique une complexité théorique souvent rébarbative et indigeste.
Tel est le fond stratégique de l'affaire - non pas la question voyeurisme : viol ou pas?; mais plutôt : comment empêcher un Glass-Steagall - qui aurait pour effet immédiat de mettre en faillite, non seulement les intérêts financiers les plus endettés, mais l'insigne majorité des intérêts bancaires de stature internationale, à commencer par les intérêts gravitant directement et indirectement autour de l'Inter Alpha Group? La diversion laisse entendre que la réalisation des possibles se produit à tel endroit alors qu'il s'agit d'un mirage et d'une illusion.
Dans le cas de la métaphore, on se sert de B pour produire sur A un discours plus riche et plus réel, quoique d'une dimension majeure de réel non encore discernée. B se révèle un objet existant lui aussi, souvent en relation d'autant plus inattendue avec A qu'il se révèle proche et du coup fortement signifiant. Alors que dans la diversion, on oublie l'objet existant A en agitant un anti-objet (illusoire) B, qui non seulement ne présente aucune chance de se réaliser, mais encore se trouve sans lien (direct ou indirect) avec le véritable objet. Il s'agit dès lors moins de faire oublier A en l'éloignant que de le détruire et de le remplacer. L'illusion est meurtrière de l'existence. L'illusion du faux objet renvoie à la destruction que le non-être signale, soit au fait de créer une contradiction irrésolue (ne pouvant être résolue du fait qu'elle ne peut se réaliser).
Pour autant, la puissance du réel consiste à détruire la contradiction impossible par la production d'un système anti-entropique de non-contradiction, qui contrairement à la non-contradiction énoncée par Aristote n'est pas fixiste, mais qui pour résoudre la contradiction développe des potentialités et une existence supérieures. Le réel ne peut que triompher de l'illusion parce que l'illusion détruit par le fixisme, en entendant imposer la stabilité du réel à un certain niveau (palier). La non-contradiction d'Aristote aboutirait non pas à la cohérence logique, mais à la destruction.
C'est le même raisonnement vicieux et vicié que suivent les stratèges financiers actuels qui pensent qu'en produisant leur diversion people privée, ils parviendront à éloigner et détruite la menace Glass-Steagall. C'est oublier que la question n'est pas de savoir s'ils vont perdre, mais quand et comment ils vont perdre. L'idéal serait une confrontation sans heurt supplémentaire, dans laquelle l'adoption triomphale et facile d'un Glass-Steagall lèverait les nombreuses hypothèques de chaos qui pèsent sur la civilisation unique et mondialisée. Mais le plus probable est qu'il faille en passer par certaines violences et certaines guerres, comme ce qui se produit en Libye, où l'on espère que le peuple libyen saura repousser l'agression impérialiste et donner au peuple palestinien le courage d'agir à l'unisson contre l'impérialisme israélien, soutenu par l'impérialisme occidental dont il est issu et qui lui confère une aide capitale pour semer la zizanie suite aux accords de Sikes-Picot.
Un dernier point : dans cette affaire DSK, où l'on produit une diversion médiatique pour contrer l'affaire politique urgente et centrale (l'effondrement systémique mondialisé), alors que les éléments matériels sont accablants, l'on ose soutenir que le témoignage de la victime violée serait peu crédible du fait de relations tout à fait étrangères à l'affaire avec des dealers. De qui se moque-t-on? Y a-t-il eu relation sexuelle violente et pour le moins blessante - ou pas? Ce serait la vraie question à poser, car l'on voit mal en quoi les relations troubles et douteuses indépendantes pourraient changer la nature des faits criminels, en l'occurrence le viol. Au-delà de la justice américaine pour le moins versatile, sans doute fort injuste, suivant que l'on soit faible ou puissant, c'est l'appareil judiciaire américain qui montre dans cette affaire clairement qu'il se trouve inféodé au pouvoir politique et que sa réputation largement répandue et surfaite de probité et d'indépendance se trouve radicalement détruite par ce procès, où l'on passe d'un extrême médiatique à un autre irrationnel, comme c'est le cas de multiples autres procès politiques, où l'on emprisonne des détenus pour des motifs fallacieux, alors qu'ils sont innocents.
Je me bornerai à citer le cas du procès de LaRouche (1988), dont son avocat Ramsey Clark, ministre de la Justice du président Johnson et grand avocat du Mouvement des droits civiques, estima que « l’affaire LaRouche représente le cas le plus patent de subterfuge conscient et d’abus de pouvoir systématique, se déroulant sur une longue période et s’appuyant sur des prérogatives du gouvernement fédéral, survenu dans l’exercice de mes responsabilités ou dont j’aie pu avoir connaissance. » Ceux qui ne comprennent pas ne pourront pas venir se plaindre quand l'injustice inouïe arrivera à leur parent(e) ou leur ami(e) : nous assistons à un exemple consternant de l'oligarchisation terminale et intenable des esprits, où l'on réussit l'exploit sordide et abject de défendre un désaxé sexuel violent sous prétexte qu'il est puissant, qu'il est gentil et qu'il ne peut avoir commis ce crime.
Tous les journalistes et les politiciens qui soutiennent directement (il est innocent) ou indirectement (il est gentil) DSK sont complices de cette oligarchisation rampante - sans doute eux-mêmes imprégnés de mentalité oligarchique. Tous souscrivent à l'infamie selon laquelle la loi commune ne s'applique pas aux oligarques, soit à ceux qui font et défont les lois de ce monde. Je le dis pour finir avec provocation et vulgarité, mais DSK est ce Zeus qui du fait de sa puissance si supérieure mérite bien qu'on lui passe certaines faiblesses, y compris quand il s'agit d'exiger d'une misérable femme de ménage africaine qu'elle lui pompe le dard au petit matin - avant de prendre l'avion.

Politique du polythéisme

De la méontologie (suite).

Avant d'entrer en détail dans l'analyse de l'ontologie platonicienne, je commencerai par constater que Platon survient lors d'un moment critique de l'histoire du transcendantalisme : en pleine crise religieuse. Un peu comme de nos jours - en moins grave cependant. Son maîtreSocrate est condamné à mort sous l'accusation de pervertir la jeunesse et surtout de nier les dieux de sa cité (au point d'introduire comme divinité nouvelle son démon personnel et mystérieux). Platon est le philosophe qui donne à l'ontologie sa cohérence. Il est à ce titre le plus grand ontologue de l'Antiquité. Son nom reste aussi comme le philosophe le plus inventif de l'Antiquité (de loin).
Platon survient en tant qu'ontologue dans la crise. L'usage de la philosophie est fixé avec le personnage récurrent et emblématique de Platon Socrate (bien différent du Socrated'Aristophane, lui-même différent du Socrate de Xénophon). Socrate était peut-être le maître de Platon, mais difficile de savoir qui fut vraiment le Socrate historique débarrassé de la projection théâtrale de Platon. Socrate en dit plus long sur Platon que sur Socrate lui-même. Le Socrate de Platon reste le Socrate reconnu par l'histoire de la philosophie. La philosophie s'impose comme l'ontologie cohérente selon les codes de Platon, et depuis lors comme le discours rationaliste amorçant la résolution de la crise du polythéisme.
Qu'est-ce que la philosophie, cette pensée rationaliste (de ce fait originale) qui survient pendant la crise polythéiste et qui advient au moment où point progressivement le monothéisme? La philosophie présente la particularité du rationalisme (d'une complexité présente chez Platon et croissante depuis lors, avec l'acmé dans la métaphysique allemande d'un Hegel deux millénaires environ plus tard). Mais elle accompagne de manière saisissante l'édification progressive du monothéisme, puis sa crise, au point qu'on peut considérer que le monothéisme est autant en crise que la philosophie actuelle (oscillant entre le simplisme et l'histoire de la philosophie).
La crise du polythéisme ne renverse pas le transcendantalisme, mais le polythéisme. Letranscendantalisme mute en monothéisme. Le monothéisme est une progression dutranscendantalisme, au sens où la caducité historique (antique) du polythéisme s'explique par son ancrage dans un monde de l'homme restreint à un certain moment immobiliste - tribaliste. Le monothéisme prend acte de l'envol de l'homme vers la maîtrise de l'espace terrien, que l'on appelle aujourd'hui le processus de globalisation (mondialisation).
L'ontologie entérine ce que signe le monothéisme par rapport au polythéisme : la fin du religieux total, soit l'émergence d'une conception où le religieux relève partiellement de la raison. Le monothéisme appartient plus à l'homme que le polythéisme. L'expression prophétique du monothéisme demeure ancrée dans la révélation du divin, au fond si étrangère à l'homme en tant qu'universel qu'elle conserve cette part constitutive du transcendantalisme(davantage marquée dans le polythéisme), consistant à rendre le religieux étranger à l'homme (apporté à l'homme en offrande gracieuse par une divinité oscillant entre la toute-puissancetoute-autre et le secours généreux et gratuit); mais le monothéisme, contrairement au polythéisme, accorde un grand prix à l'usage de la raison, qui permet à l'homme de comprendre de manière imparfaite la révélation divine.
La raison joue le rôle d'intermédiaire et de courroie de transmission entre le divin et l'homme - entre le réel et l'homme, la partie et le tout. A partir du monothéisme, l'humanisation du religieux se révèle plus forte que dans le polythéisme - c'est la principale raison pour laquelle le polythéisme se trouvait en crise et devait être remplacé par le monothéisme : parce que l'homme avait besoin d'un lien entre lui et le divin qui correspondait à la raison. L'ontologie occupe le versant rationaliste du monothéisme religieux : le prophétisme rationaliste demeure incomplet; il doit être complété par le rationalisme humain (ontologique). Comme si le passage du polythéisme au monothéisme avec le rôle-clé de la raison avait engendré une carence religieuse bizarre et incomprise, y compris pour le monothéisme, qu'occupe l'ontologie.
Carence rationaliste au sens où le religieux est en devenir rationaliste inachevé et progressiste - où l'ontologie exprime cette évolution en s'imposant au fil du temps à l'intérieur du monothéisme. Le lien entre le platonisme, le néo-platonisme et le christianisme est évident, au point qu'un immanentiste terminal et dégénéré comme Nietzsche l'a diagnostiqué en fin connaisseur de la philologie, en particulier hellène. L'ontologie occupe la place du rationalisme venant de l'homme au sein de la révolution monothéiste. Ce rationalisme monothéiste est encore tronqué au sens où la philosophie n'a pas vocation à être l'expression minoritaire et radicale (purement rationaliste) du monothéisme, mais l'expression du religieux à part entière qui succède au monothéisme et qui explique la crise terrible que nous endurons et traversons : cette fois, c'est, plus que le monothéisme, le transcendantalisme dans son ensemble qui s'effondre - ce que j'ai appelé le néanthéisme.
La philosophie ne peut devenir néanthéisme que si elle résout la carence de l'ontologie à définirl'Etre. L'erreur ontologique consiste à concevoir le réel en prolongement sur le mode : être/Etre. Mais l'indéfinition de l'Etre provient précisément du fait que le réel n'est pas formé en structure homogène (prolongement/englobement); mais qu'il propose une structure hétérogène en enversion. Tous les efforts des ontologues pour définir l'Etre échoueront car la définition de l'Etre n'est pas envisageable.
Quant au cas Heidegger, il peut nous servir pour comprendre ce qui se produit en fin de philosophie monothéiste, quand, après l'amorce de réconciliation lancée par la métaphysique allemande classique (Kant, Hegel, voire Schelling), Heidegger entend avec son Daseinréconcilier enfin et de manière définitive ontologie et métaphysique. Mais la métaphysique lancée par Aristote est une réaction nihiliste à l'ontologie platonicienne. L'ontologie reprend le schéma historique selon lequel le transcendantalisme répond au nihilisme premier - l'option du quelque chose est une réaction et une réponse par rapport à l'hypothèse originelle du rien (Nietzsche ne blague pas quand il taxe le platonisme et le christianisme de réactions, mais il oublie que la réaction n'est pas forcément négative et péjorative).
La métaphysique propose de résoudre la question de l'Etre en remplaçant l'Etre par le non-être et en ne se focalisant plus que sur la seule question qui vaille : la question de l'être (fini). La métaphysique fait mine de reprendre la même question que l'ontologie, sur l'Etre, sauf qu'il ne s'agit pas du tout du même Etre : Etre ontologique = infini; quand être fini = fini. Aristote fige la métaphysique avec ses investigations logiques : il fait de la philosophie l'expression religieuse du nihilisme. Il reprend la vieille tradition nihiliste proposée par Démocrite, les sophistes ou d'autres écoles plus mineures de la Grèce antique, qui confère à la philosophie une portée religieuse en en faisant l'expression privilégiée et adéquate du nihilisme.
Sous-entendu : la philosophie exprime le nihilisme, l'ontologie est la déviation philosophique faussée de la religion classique (le polythéisme mutant en monothéisme). Pour le nihilisme, l'expression philosophique (rationalisme) diffère de l'expression transcendantaliste (révélation prophétique). Platon avait l'espoir que la crise polythéiste serait résolue par la philosophie.Il voulait faire de la philosophie l'expression du renouveau transcendantaliste, qui passe par le monothéisme. Mais l'Un, le Bien, le Beau, et tous ces concepts qui indiquent que l'ontologie tend vers le monothéisme, ne sont pas compatibles avec la démarche prophétique qu'induit letranscendantalisme.
Raison principale pour laquelle les nihilistes confisquent la philosophie comme la démarche rationaliste qui serait l'apanage du nihilisme et qui encouragerait les velléités de promotion de la science en général, voire du langage. Le nihilisme entend que l'expression rationaliste spécifique de la philosophie ne serve pas le monothéisme balbutiant; la réponse de Platons'inscrit comme la tentative de s'opposer à la tentation nihiliste de confisquer l'expression rationaliste au profit de l'ennemi du transcendantalisme.
Platon parviendra à fonder la philosophie proche du transcendantalisme, mais n'éradiquera pas le nihilisme. Aristote, le plus conséquent des nihilistes antiques, sera contraint, pour installer le nihilisme dans la pérennité, d'opérer un compromis entre l'ontologie et le nihilisme en fondant la métaphysique. Reconnaissance que le nihilisme pur est invivable (anti-monisme deGorgias ou atomisme physique de Démocrite) et que le seul nihilisme qui vaille avance biaisé. Platon avait conscience de la profonde mutation religieuse que son temps vivait, mais il échouera à faire de l'ontologie l'expression privilégiée du monothéisme. Le monothéisme sera plutôt prophétique, la philosophie sera pour une large part métaphysique (donc en partie nihiliste).
Son intuition se heurte au problème cardinal de l'être : comment faire d'une idée indéfinie (et indéfinissable car fausse) le coeur de la philosophie? Pourquoi Platon a-t-il combattu le nihilisme sans jamais le nommer ni l'affronter frontalement? Platon connaissait les théories deGorgias ou de Démocrite, mais il les tenait pour si désaxées qu'il les avait marginalisées, choisissant de railler Gorgias et d'ignorer Démocrite. Platon ne prit pas au sérieux le nihilisme, considérant qu'il oscillait entre la contradiction manifeste et la provocation brillante. Pour lui, le nihilisme ne signifie pas tant la menace de la destruction que la provocation d'une hypothèse qui tient si peu la route qu'elle se trouve, chaque fois qu'elle surgit, avec trop d'insistance contrecarrée, tant elle se révèle absurde. Mais Platon se comporterait sans doute différemment s'il détenait un modèle alternatif au nihilisme (son ontologie) qui soit parfaitement défini. Platon ne prend pas le nihilisme au sérieux parce que son propre modèle d'opposition au nihilisme, le projet ontologique, comporte de graves carences.
Platon s'appuie sur un postulat qui est évident : il y a forcément quelque chose. Et il réfute l'opposition originale du nihilisme : il y a rien à côté de quelque chose. A partir de ce postulat, Platon est persuadé qu'il se trouve sur la bonne voie et que le nihilisme fait complète fausse route. Mais il ne prouvera jamais son modèle ontologique, s'appuyant sur des confirmations expérimentales qui tiennent valeur de preuves théoriques. Platon part du principe cohérent selon lequel seul quelque chose est - et il échafaude sa théorie ontologique avec le sentiment légitime d'avoir proposé à son époque la théorie ontologique la plus solide.
Elle l'était tellement qu'elle ne fut jamais véritablement changée en profondeur durant la suite de l'histoire de la philosophie. La principale innovation de Platon est d'intégrer le non-être dans l'Etre, sans définir jamais l'Etre. Platon est condamné à rater la critique que le nihilisme intente à l'ontologie. Il réfute le nihilisme en bloc parce qu'il ne peut admettre la carencefondamentale de la doctrine de l'Etre. Écouter le nihilisme (même sans en accord avec lui) reviendrait à un geste suicidaire, car si le nihilisme propose une doctrine fausse (le non-être à côté de l'être), il adresse surtout une critique inadmissible pour un ontologue : que l'ontologie n'est pas en mesure de définir l'Etre et qu'en conséquence la doctrine de l'ontologie est fausse.
Platon réfute en bloc cette critique, dressée notamment par Gorgias, qui s'emploie d'une manière rhétorique et ludique à pointer du doigt les faiblesses du discours sur l'Etre. Il aurait gagné à nuancer son refus de la critique et à comprendre que si l'ontologie avait raison de s'appuyer sur la nécessité du quelque chose - et l'inanité du rien, l'ontologie avait tort dans sa doctrine de l'Etre. Pour Platon, l'ontologie a forcément raison à partir du moment où elle pose les bases du quelque chose intégral et universel; le nihilisme a forcément tort à partir du moment où il admet l'existence impossible et contradictoire du rien.
Platon a raison sur le principe fondamental : le quelque chose seul peut être, comme l'énonçaLeibniz. Mais Platon a tort d'oublier les nuances qui lui auraient fait voir que sa doctrine del'Etre est fausse - et qu'on peut commettre des erreurs consécutives à partir d'un fondement juste. Ce n'est pas parce qu'on part du bon principe (le raisonnement à partir du quelque chose intégral) que les choix ultérieurs sont justes. Pis, on peut faire preuve d'ingéniosité dans des résolutions de controverse sans pour autant avoir raison.
Quand Platon résout le problème fort controversé du non-être qu'il définit comme l'autre et qu'il intègre dans l'Etre, son raisonnement se montre des plus ingénieux - pour autant, il ne peut pas avoir raison, au sens où le coeur de sa théorie ontologique, l'Etre, n'est ni défini, nidéfinissable. L'erreur est d'autant plus malaisée à déceler qu'elle se fonde sur l'ingéniosité et sur la résolution partielle - deux réconforts illusoires et illusionnistes. L'ingéniosité est ici seconde, puisqu'elle se fonde sur l'erreur plus fondamentale de l'Etre pour produire la résolution secondaire de l'autre/non-être; et la résolution est partielle au sens où elle résout le problème du non-être en l'intégrant dans l'Etre, qui lui n'est pas résolu en amont - et dont le problème est si dénié qu'il n'est pas tenu pour un problème.
L'erreur consiste moins à se tromper sciemment qu'à résoudre des problèmes secondaires pour mieux s'éloigner de l'erreur initiale, fondamentale et première. On se trompe à partir du moment où l'on préfère le pragmatique au théorique - où l'on met son intelligence au service del'infra-théorique qui est l'expérimental, le pragmatique et le concret purs. Du coup, Platon a produit une ontologie remarquable qui a pour mérite majeur de contribuer à l'évolution dutranscendantalisme vers le monothéisme et de contribuer aussi résoudre la crise polythéiste. Mais en refusant d'affronter le problème de l'indéfinition de l'Etre, il laisse vacant le principal problème du monothéisme : la faille dans laquelle s'engouffrera le nihilisme et qui commence dès Platon avec la contestation métaphysique d'Aristote - pour finir de nos jours en crise si grave qu'elle implique rien de moins que le changement du transcendantalisme rongé par le nihilisme et la confrontation avec le thème récurrent que le nihilisme pose sur la table depuis toujours : l'identité non identique du réel.