mercredi 18 avril 2012

La sortie de la méontologie

De la méontologie (suite).

Aristote n'est pas pour rien l'élève de Platon. Platon est celui qui entend rien moins qu'achever l'ontologie, en particulier perfectionner les systèmes élaborés par Pythagore et Parménide. Mais Aristote n'est pas attiré par la perspective ontologique. Il remarque que Platon ne parvient pas à définir l'Etre et que s'il perfectionne le monisme de Parménide en inféodant l'autre à l'Etre, il demeure dans un système imparfait : s'il ne définit pas son fondement l'Etre, c'est que l'ontologie n'est pas une philosophie conséquente.
Aristote devient-il métaphysicien du fait de l'imperfection fondamentale de l'ontologie ou à cause de son inclination sociale et familiale envers l'oligarchie? Qu'est-ce qui a poussé Aristote vers la métaphysique? Son appartenance sociale ou son raisonnement? Je crois que c'est le théorique qui prime sur l'influence familiale, même si le raisonnement se fonde, non sur la créativité, mais sur le mimétisme. C'est ainsi que le Premier Moteur que développera Aristote pour expliquer de manière finaliste l'existence de l'univers n'explique rien, au sens où il rompt la chaîne causale sans résoudre la question de l'infini; et abolit la notion de créativité, au sens où Dieu est le Créateur. 
Chez Aristote, le mimétisme remplace dans le fonctionnement physique la possibilité de créativité. Dès lors, l'enseignement que suit Aristote ne peut que le mener à vouloir dépasser l'imparfaite ontologie de Platon par une tentative se situant dans le physique (ce que ses disciples baptiseront métaphysique). Mais là où Platon veut dépasser Parménide en perfectionnant son ontologie, ce à quoi il ne parviendra que relativement, Aristote veut sortir de l'ontologie car il estime que le système ontologique comporte une erreur interne et qu'on ne peut réformer de l'intérieur ce système sans reprendre l'erreur fondamentale de l'Etre.
Ce à quoi Aristote n'a pas fondamentalement tort, quand Marx confond le capitalisme avec le libéralisme, son erreur ne signifie pas qu'il ne faille pas dépasser le capitalisme, tant s'en faut; mais qu'il n'y parviendra pas en amalgamant et confondant libéralisme et capitalisme. Ce faisant, Marx qui entend achever le capitalisme par le communisme oublie qu'il ne peut figer l'infini de la pensée dans le terme qu'il forge : le communisme; et que l'erreur du libéralisme qu'il reprend  pour corriger le capitalisme ne peur que l'emmener à accroître son erreur fondamentale. Non seulement jamais théoriquement il ne parviendra à corriger le capitalisme, quel que soit la profondeur de nombre de ses analyses; mais pratiquement, toutes les tentatives d'appliquer aboutiront à des échecs retentissants.
La métaphysique d'Aristote connaîtra le même sort pratique, à ceci près qu'il s'agit d'une théorie philosophique qui prétend théoriser sur le réel dans son ensemble, non d'une idéologie qui se borne à analyser les comportements humains, par le prisme réducteur du social. Platon a été poussé à demeurer dans le giron de l'ontologie parce qu'il s'agit de la plus haute expression philosophique et que l'aristocrate et l'érudit qu'il est se trouve poussé à considérer que la philosophie est l'expression la plus aboutie du religieux, en particulier du monothéisme qu'il théorise à sa manière.
En particulier, Platon trouve dans l'ontologie la reconnaissance du plus haut problème qui se pose pour la pensée : l'infini. Seule l'ontologie se trouve à même de poser le problème de l'infini et c'est pourquoi il tente d'améliorer, voire de parachever la théorie telle que la laisse Parménide. Platon n'était pas insensible à la revendication des sophistes selon laquelle c'est l'homme qui engendre le raisonnement et qui se montre capable de penser. En particulier, la constitution de Thiouroi devient la matérialisation fascinante de cette conception par l'érudit Protagoras.
Platon n'a pas pris au sérieux le jeu théorique paradoxal de Gorgias, consistant à revendiquer l'irrationalisme au nom du fait que tout exercice de théorisation est vain. S'il s'est attaqué de manière aussi virulente (et assourdissante) à Démocrite d'Abdère, c'est qu'il estimait que le propre de la méontologie était de tendre vers l'effort de théorisation, alors que les sophistes refusent la théorisation, ainsi que le montre le concepteur de la constitution de Thiouroi qui déclarait dans une des rares sentences qui nous sont parvenus que « pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni qu’ils sont ni qu’ils ne sont pas, ni quel est leur aspect. Beaucoup de choses empêchent de le savoir : d’abord l’absence d’indications à ce propos, ensuite la brièveté de la vie humaine ».
Platon estime que l'effort de théorisation n'est pas possible sans la prise en compte de l'infini. Le propre de la théorisation finie de nature méontologique consiste à couper le réel entre le fini qui serait le seul être et le non-être qui remplacerait l'infini et qui n'est pas défini. Platon ne s'inquiète pas trop de cet effort et ne perd pas son temps à répondre à Démocrite : selon lui, l'inconséquence de la méontologie parle plus que la tentative de la démentir et de perdre de la sorte son temps. La méontologie ne peut rivaliser avec l'ontologie.
C'est ici qu'intervient Aristote. Au moment où Platon pense avoir résolu le principal problème du monisme ontologique de Parménide, Aristote surgit pour contester la trouvaille la plus notable et impressionnante de Platon : ce dernier, au contraire de Parménide, parvient à concilier Etre et non-être en  identifiant le non-être à l'autre et en inféodant ainsi le non-être à l'Etre. Si Aristote est venu étudier chez Platon, ce n'est pas suite à un dessein préétabli de facture complotiste, tentant de mieux comprendre la doctrine platonicienne pour détruire l'ontologie; c'est parce que l'Académie était le centre le plus performant de son temps en Grèce et que l'enseignement de Platon était le plus innovateur et profond.
Sur ce point Aristote ne s'est pas trompé. Son éducation l'a certes influencé, mais il se peut aussi que l'enseignement qu'il reçoit et dans lequel il brille par certains points le laisse indécis. Aristote penche, son coeur balance. D'un côté il est séduit par l'ontologie, de l'autre sa manière d'aborder la connaissance de l'ontologie se réduit à du savoir : au point que Platon pour le railler le comparera à un brillant singe, un érudit.
Mais que seront plus tard les péripatéticiens, les sorbonnards, les scoliastes, sinon des perroquets savants, incapables d'inventer et se bornant à répéter l'héritage métaphysicien? Aristote aborde la critique de l'ontologie (et du platonisme) sans innover, mais en essayant de ne pas répéter purement. Le compromis entre ontologie et nihilisme qu'il intente n'est pas de la pure répétition au sens scoliaste; il s'agit de combiner des donnés préexistants et de ne rien inventer de fondamental.
Platon avait inventé l'autre. Aristote se targue-t-il d'avoir inventé la multiplicité du non-être qui lui permette de relier l'être au non-être et de rendre possible la théorisation de l'être multiple? Son point de vue part du principe (hérité de son éducation oligarchique) selon lequel seul ce qui est fini peut être approché et compris par l'intelligence : la raison est ce qui cerne. Comprendre, c'est faire le tour du problème envisagé. Fort de ce principe, Aristote valide la théorisation finie.
Pour ce faire, il faut envisager la possibilité de théorisation comme l'unification dans le domaine fini. D'un côté, cette perspective rend possible l'acquisition rapide de la connaissance réduite au savoir; quand chez Platon l'extrême abstraction de l'Etre dissout la théorisation dans l'évanescent et aboutit au paradoxe selon lequel le théorique se résout par son application pratique. De l'autre, il s'agit d'expliquer pourquoi la théorie finie peut exister (est viable) : parce qu'elle n'est pas à la fois seule et finie, ce qui poserait le problème de ce qui existe à côté du total fini; mais que le non-être existe et rend possible le fini en tant que total.
Mais quel est ce non-être? Bien qu'Aristote relie le non-être à l'être par le multiple, de sorte que l'exercice de théorisation devient possible, cette unité vole en éclat du fait de l'antagonisme entre l'être et le non-être. Mais aussi parce que le non-être ne se trouve pas davantage défini que l'Etre. Aristote entend rendre la définition finie seule viable - alors que la définition infinie relèverait de l'erreur te de l'illusion. Son non-être n'est pas plus défini que l'Etre, alors qu'il dénonçait cette lacune fondamentale. Le préfixe "non" est purement négatif, ce qui ne définit rien et donne au projet grandiose de sortie de l'ontologie une saveur d'imposture théorique.
Aristote a repris le nihilisme qui le précède et lui a apporté les corrections issues de l'enseignement de Platon. Qu'Aristote ait été un élève critique de Platon, rien à redire; mais qu'il ait utilisé son esprit critique pour produire une théorie qui prétend sortir de l'ontologie, alors qu'elle ne résout rien et qu'elle se borne à corriger les erreurs nihilistes qu'il reconnaît, montre que la sortie de l'ontologie par l'option finie n'est pas viable. Au contraire, loin de corriger les erreurs nihilistes, Aristote les réintroduit dans le sein de la philosophie reconnue et académique. C'est ce que l'on nommera après lui l'histoire de la philosophie.
Aristote n'a pas nommé sa démarche "métaphysique". Il s'agit d'un terme bigarré, biscornu, qui signifie que la théorie est possible dans le prolongement du physique et contre la particularité de l'ontologie, qui consiste à proposer l'englobement de l'être dans l'Etre - alors que la méthode aristotélicienne oppose l'être au non-être tout en les reliant l'un à l'autre et en accordant la précellence au non-être. Quand Aristote décide de relier l'être au non-être par le multiple, il n'a nullement résolu le problème de l'antagonisme viscéral propre au nihilisme : d'un côté, son être est relié au non-être; de l'autre, les deux sont opposés.
Dans ces conditions, la sortie de l'ontologie s'apparente à un projet dénué de viabilité théorique et qui s'appuie sur le pratique pour triompher. Aristote reprochait à l'ontologie platonicienne de proposer une théorie séduisante qu'elle se contentait de valider par la pratique peu codifiée du dialogue socratique (dialectique en son sens classique). Lui fait pire : son pragmatisme revendiqué repose sur la théorisation bancale et sur la pratique faussée. L'opposition de l'être et du non-être en lieu et place de l'être englobé dans l'Etre isole dans un premier temps un réel très concret, très immédiat; puis dans un second temps cette concrétude contradictoire finir par se déliter, exploser. C'est historiquement ce qui s'est produit avec l'histoire de la métaphysique, qui se fige bientôt, se sclérose et finit discréditée avec la scolastique.
A tel point que la physique expérimentale moderne cherchera de nouvelles bases à la méthode scientifique, sans pour autant réussir à élaborer de théorie philosophique qui succède de manière enfin viable à la métaphysique. L'immanentisme cherchera à s'imposer comme cette succession philosophique, mais l'examen de la théorie immanentiste révèle qu'elle ne représente pas de théorie du réel, seulement la théorie qui ne s'intéresse qu'au désir en tant que le désir serait l'expression de l'activité humaine - et que le restant du réel n'intéresse pas la possibilité de théorisation.
Si Aristote n'a pas cherché de son vivant à définir la spécificité de sa philosophie, c'est qu'il ne veut pas sortir du pragmatisme et qu'il sait que sa théorie du non-être multiple reliée à l'être multiple souffre de multiples contradictions, qui ont enterré le non-être plutôt que de le résoudre. Aristote entend sortir à la fois de l'ontologie et du nihilisme avec l'innovation métaphysique, mais cette sortie se révélera insatisfaisante, car elle repose sur le pragmatisme plutôt que sur la possibilité d'expliciter le substrat théorique. D'un côté, Aristote comprend qu'on ne peut avancer le pragmatisme sans le doter d'un arsenal théorique, et il s'attache à produire cet effort inexistant avant lui.
De l'autre, il ne parvient pas à fonder de théorie conséquente de type métaphysique, si bien que son projet de sortir de l'ontologie se heurte au reproche qu'il lui adresse, tout en empêchant la théorie qu'elle promeut : si l'ontologie propose une théorie continue qui ne définit pas l'Etre, au moins cette théorie déficiente permet-elle de proposer l'harmonie du monde, soit de rendre la théorie possible (défaut paradoxal selon lequel la théorie bancale accouchant du pragmatisme scabreux, fondé sur l'innovation par la dialectique, laisse apparaître la possibilité de théorisation et d'unité); alors que la métaphysique propose la théorie bancale et contradictoire, dont le principal inconvénient est d'utiliser la possibilité théorique de ne pas définir la majeure partie du réel, soit de décider que l'on peut théoriser dans l'irrationalisme et la confusion.
C'est ici que la métaphysique s'oppose à l'ontologie dans ce qui pourrait apparaître comme leur point commun et qui n'est qu'une similitude cachant l'opposition : ne pas définir le fondement théorique et déboucher sur le pragmatisme. Si l'ontologie permet l'unité et l'harmonie, la métaphysique rejette ces deux possibilités : pas d'unité dans l'opposition de l'être et du non-être, fussent-ils reliés par l'arbitraire indécidable (le multiple); pas d'harmonie dans la vision du réel, mais la figure rédhibitoire et nullement corrigée de l'antagonisme (être/non-être), qui empêche l'avènement de la théorisation.
La fin de l'ontologie est théorique; la fin de la métaphysique serait pragmatique. La théorie ontologique bancale cherche à rendre la théorie possible; tandis que la théorie métaphysique est bancale parce qu'elle empêche l'exercice de théorisation. La théorie implique la reconnaissance de l'infini, soit que le réel ne soit pas réductible à l'exercice de finitudisation. Le réel ne peut être connu d'un coup et d'emblée par la conscience, ce qui rend le rêve d'Aristote ridicule (et après lui des métaphysiciens qui reprendront ce type de rengaines, comme Hegel dans l'époque moderne) : achever la philosophie, parvenir à la fin des questions.
Ce qu'il importe de constater pour situer le niveau de cette théorie impossible, c'est que son argument auto-apologétique consiste à louer ses résultats pratiques, d'ordre physique et scientifique. Le métaphysicien cultive l'image avantageuse de l'érudit qui privilégierait les résultats à la théorie : l'intellectuel proche du réel, en quelque sorte. On ne se demande pas à quel prix s'obtient ce pragmatisme revendiqué. La méthode métaphysique ne consiste pas à trouver du réel, au sens où le chimiste aurait isolé la molécule qu'il recherche.
Elle tend plutôt à isoler, dans tous les sens du terme, soit à détruire : quand on isole, on crée les conditions de coupure qui empêchent l'unité de la théorisation. Le propre du réel est de réunir les conditions d'antagonisme dans l'isolement : l'objet isolé se situe en antagonisme contre l'environnement extérieur. Le réel unit pour poursuivre sa pérennité, ce qui implique que la théorie délivre la possibilité de connaître - au sens de rendre pérenne l'existence particulière. La théorie permet au particulier d'accroître sa pérennité en tendant vers l'universel.
L'isolement de nature métaphysique est de l'anti-théorique, qui joue sur la réduction de la théorie au fini : la revendication d'Aristote, c'est que le réel est fini, ce qui exprimerait l'option connexe selon laquelle le réel est le physique. Théoriser le physique serait l'objectif d'Aristote. Mais il ne peut y parvenir : toute théorie du physique revient à l'englober dans l'infini, ce qui implique que ce qui est fini soit englobé et que la structure du réel soit en englobement (plus exactement en enversion, avec une hétéronomie fondamentale qui rend l'englobement homogène simpliste et incompréhensible).
La méthode métaphysique dans la sphère du physique immédiat aboutit à des résultats scientifiques qui la poussent à dire : je n'ai pas de théorie véritable, mais mes résultats plaident pour ma démarche pragmatique, pour le caractère valable de ma méthode. Je parviens à définir le réel et je le prouve, non pas par la production théorique, mais par des résultats effectifs. Cette démarche se trouve invalidée historiquement avec la faillite scientifique de la métaphysique, qui commence par figer la possibilité de recherche scientifique, puis qui aboutit bientôt à son discrédit.
Ne survit que l'exigence de réalisme pragmatique : comme le parti opposé de l'ontologie ne parvient pas à produire de définition de l'Etre, les métaphysiciens conservent leur crédit en arguant qu'ils cherchent à produire de la théorie réaliste et efficace, alors que les ontologues se perdraient dans le brillant de l'abstraction. Ils produiraient de l'abstraction profonde dénuée d'application, tandis que les métaphysiciens parviendraient sans vraie théorisation à des applications pertinentes.
Cette présentation est fausse, car il convient d'ajouter que la méthode métaphysique consiste à séparer l'objet isolé, puis à le détruire, et que c'est le résultat qui ressort avec clarté de l'histoire de la métaphysique : non seulement les résultats deviennent inopérants en moins d'un demi millénaire, mais la métaphysique en tant que théorie est décédée avec Heidegger, qui est le dernier des métaphysiciens, avec son Dasein tentant non pas de renouer avec ce qui précède l'ontologie des Grecs antiques, mais avec ce qui précède la métaphysique et qui se tiendrait chez les nihilistes explicites. Heidegger essaye d'initier un retour aux sources impossible, qui est pourtant la seule possibilité de sauver la métaphysique. Sans quoi cette option convient d'être abandonnée et ne peut parvenir à sortir de l'ontologie.
Non seulement la métaphysique ne produit aucun résultat physique sur le terme, mais son substrat théorique est dès son départ absurde. Qui cherche à rappeler le fondement de la philosophie d'Aristote, selon lequel l'être multiple est relié au non-être multiple? La métaphysique se détruit parce que son substrat théorique est absurde. Le tableau de Raphaël selon lequel le mérite de Platon serait de s'intéresser aux abstractions, et son tort de délaisser la pratique; alors qu'Aristote aurait pour mérite de chercher à concilier la théorie et le pratique; ce tableau oublie d'énoncer le titre principal d'Aristote : il agit sur le terme. Il a sacrifié le pratique à l'exigence de fini. La théorie d'Aristote est soumise aux contingences des normes finies.
En voulant sortir du nihilisme comme de l'ontologie, Aristote a conservé de l'ontologie l'exigence de théorisation et du nihilisme le réel entendu comme fini. Si la métaphysique est infestée par le nihilisme alors qu'elle proclame en sortir, c'est qu'elle ne résout pas ce qui remplace l'Etre et qui ne se trouve pas défini : le non-être. Le restant ne peut être opérant parce que l'ontologie ne définit pas l'Etre, mais essaye de s'y attaquer (de définir l'infini); tandis que la démarche métaphysique reprend la stratégie d'obscurantisme et d'irrationalisme du nihilisme en décrétant qu'il existe dans le réel une part qui ne peut être ni définie ni connue, et qui de ce fait obéit au négatif.
Le négatif signifie l'incompréhensible et le contradictoire de la présence : ce qui n'a pas été résolu. Aristote innove par rapport au nihilisme en liant l'être au non-être, soit en ne craignant pas de violer le principe de non-contradiction qu'il ne cesse de vanter. C'est le signe que pour lui le principe de non-contradiction est valable dans le domaine de l'être, mais qu'il cesse avec le non-être. On comprend pourquoi la métaphysique finit de manière aussi désastreuse dans ses résultats scientifiques et théoriques : dès le départ, elle prétend se montrer d'autant plus rationnelle que sa rationalité affichée concerne seulement le domaine du fini.
Le non-être exprime le caractère incompréhensible et destructeur de la majeure partie du réel, ce qui rend du coup les efforts scientifiques et logiques dérisoires : quoi qu'il arrive, la tentative de comprendre le réel, de le connaître, est soumise à la destruction. La sortie de l'ontologie se fait sur un constat d'échec : Aristote n'a pas donné de nom à sa philosophie, ni aux particularités "théoriques" qu'il a forgées. Sa métaphysique est un système qui est différent du nihilisme, mais qui y retourne du fait de son ancrage dans l'antagonisme être/non-être et de sa reconnaissance du non-être.
La métaphysique n'est plus du nihilisme puisqu'elle mélange subtilement nihilisme et ontologie, rendant possible la théorisation du fini. Cette sortie du nihilisme aboutit au résultat le plus calamiteux : l'illusion selon laquelle on peut philosopher et connaître le réel tout en s'attachant à un domaine circonscrit (le fini) et en rejetant le restant comme antagoniste et incompréhensible (le non-être). Le résultat pratique de cette métaphysique bancale, c'est que la méthode aboutit à des résultats épistémologiques faux et catastrophiques, s'appuyant sur une théorie bancale et assez simpliste. C'est ce qu'à terme Heidegger expérimentera avec son Dasein entouré de néant et c'est la raison pour laquelle il se fourvoya politiquement dans le nazisme, puis après son échec retentissant dans le mutisme désespéré.

vendredi 30 mars 2012

Des complots et du mauvais usage du complotisme

L'affaire Merah mérite quelques commentaires. Il serait temps de se poser les vraies questions concernant les réseaux stay-behind de l'OTAN mis en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et jamais officiellement reconnus ni démantelés, surtout à notre époque troublée où l'atlantiste Sarkozy a réintégré la France dans le giron de l'OTAN, instaurant la rupture avec le gaullisme. Au passage, ceux qui veulent que le sionisme domine l'atlantisme se trouvent démentis : c'est plutôt le sionisme (dont il faudrait préciser qu'il s'agit des factions les plus radicales et influentes) qui se trouverait sous le giron de l'atlantisme. La preuve : Israël se trouve immédiatement montré du doigt, alors que l'OTAN demeure largement ignoré, comme ce fut le cas en Libye récemment.
Peu importe la configuration des rapports de force au sein de l'oligarchie, le plus traumatisant pour moi reste la propagande moutonnière qui caractérise l'ensemble des médias dominants d'Occident, spécifiquement de France, à la suite de cette affaire. Rien ne permet en droit de caractériser la culpabilité de Merah pour le moment dans les horribles meurtres de Toulouse et Montauban (11, 15 et 19 mars). Par contre, personne ne parle du troisième attentat survenu contre l'ambassade d'Indonésie à Paris au même moment (mercredi 21 mars), ni de la vague de menaces grossièrement antisémites (terme incorrect) qui se signale depuis la mort du coupable en France (22, 23 et 24 mars), avec notamment l'implication récurrente d'al Quaeda, l'usine à gaz du terrorisme ad hoc et international :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/serie-d-incidents-graves-en-lien-avec-l-affaire-mohamed-merah-26-03-2012-1924788.php
Deux indices qui devraient rappeler (en sus de beaucoup d'autres) que, dans cette affaire plus large qu'on ne croit, aucune preuve suivant le principe fondamental de contradictoire n'indique que le probable indicateur de la DCRI et petit caïd de banlieue Merah a commis ces meurtres atroces ce Toulouse et Montauban. Par contre, les dénonciateurs du complotisme se démasquent de plus en plus pour ce qu'ils sont : des défenseurs de la loi du plus fort et du pouvoir en place. Il est deux sortes de négationnistes : les complotistes rigoureux, qui voient des complots partout et expliquent le fonctionnement humain par le complot; et ceux qui refusent que des complots surviennent, singulièrement dans les allées du pouvoir, alors que l'histoire est jonchée de complots. Encore faudrait-il préciser que le complot signale l'affaiblissement du pouvoir officiel et visible, qui essaye ainsi de prolonger son pouvoir déclinant alors qu'il ne fait que l'affaiblir.
Plus il existe de complots, plus c'est le signe que le pouvoir se trouve en crise. C'est le cas actuellement, de manière renforcée depuis le symbolique 911, qui a signifié l'avènement de cette crise systémique plus profonde qu'une simple crise financière terminale et qui n'est aussi grave que parce qu'elle est fondamentalement religieuse. Parler de complotisme revient plus encore qu'à conforter le pouvoir moribond en place à nier (au sens de négationnisme) le problème de la crise.
Mais je ne voudrais pas m'appesantir sur les multiples contradictions, mensonges et invraisemblances de cette affaire, qui indiquent que la VO est fausse et qu'il existe une bonne surprise : de nombreux institutionnels refusent la fable du pigeon sans preuve, alors que les services de l'Etat français, en particulier ses services secrets, se trouvent instrumentalisés à des fins suicidaires et destructrices, perverses et étrangères. 
J'aimerais en revenir au commentaire de cette dépêche de l'AFP, qui est l'agence natioanle et officielle française :
Mort_de_Merah_une_avocate_chargee_de_poursuivre_le_Raid_pour_assassinat66280320122104.asp

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes: trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils.
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers.
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)" 

Par ce document de l'AFP, il s'agit de vérifier que la plupart des journalistes français opèrent un travail de propagandistes, qui ne consiste pas à perpétrer des complots, mais à les couvrir sans respecter leur démarche de contre-pouvoir, agissant au contraire comme des hagiographes au service du pouvoir. Cette affaire d'Etat grave indique la fragilisation du pouvoir français et implique qu'il n'est plus indépendant, ni maître de ses actes : il serait à parier que ces attentats odieux n'aient pas été décidés par l'Etat français, mais par des cercles internationaux, dont certaines émanations en France espéreraient tirer un bénéfice électoraliste à très court terme (et peu importe qu'à plus long terme, ils s'en trouvent déshonorés et discrédités).
Dans cet article qui est une dépêche anonyme, il est important de noter que loin de se révéler un relevé factualiste et impartial de nouvelles, nous sommes confrontés à trois niveaux de discours : le premier sans guillemet émane de l'avocate du père de Merah. Le second, toujours sans guillemets, émane du propre père de Merah et peut de ce fait être considéré comme proche du discours de l'avocate, bien qu'il soit capital de relever les distinctions, même voisines. Le troisième émane quant à lui du journaliste qui écrit la dépêche et qui n'hésite pas à mêler ses propres commentaires à ceux de l'avocate et du père.
Comme ce troisième discours est opposé aux propos de l'avocate et du père et qu'il se fonde sur des assertions aussi péremptoires qu'indémontrées, le moindre qu'on puisse constater est qu'il parasite le dispositif de la dépêche et qu'il tend insidieusement à faire entendre qu'il est certain que Merah est le coupable de ces meurtres, alors qu'il n'existe aucune preuve stricte pour étayer cette accusation pourtant grave - et gratuite.
L'absence de guillemets n'est nullement un acte anodin, au sens où il permet de ne pas opérer la distinction entre les propos de l'avocate et du père et les commentaires engagés et de mauvaise foi que rajoute le journaliste. Sinon, son entreprise de propagandiste au service du pouvoir français et de sa version bancale ressortirait avec plus de netteté et de contradiction. Alors qu'en utilisant ce moyen rhétorique de brouillage, notre journaliste-déformateur fait passer le père et l'avocate pour des contestataires, non de la VO indiscutable et solide, mais de l'épisode exclusif de la mort de Merah : légitime défense, selon l'Etat français; assassinat selon le père et son avocate.
Légitime défense, ce n'est pas du tout ce que disent le père et l'avocate, ce qui fait qu'il convient d'isoler leurs deux discours pour comprendre à quel point ils s'opposent au commentaire propagandiste. En effet, selon l'ordre choisi par l'auteur de la dépêche, outre l'absence de guillemets, le lecteur se trouve confronté à des citations discontinues qui rendent difficiles l'attribution d'un sens global, pourtant existant et compréhensible si l'on restitue les trois discours tels qu'ils nous sont livrés :

1) Discours de l'avocate :
"(...)
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
(...)
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
(...)
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers".

Si l'on résume : 
- L'avocate affirme détenir des preuves que l'Etat français a assassiné Mohammed Merah.
- L'avocate critique le refus de la critique des politiciens français autour du Président Sarkozy.
- L'avocate met en doute la culpabilité de l'accusé.


2) Discours du père :

"Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils".
C'est clair et concis dans cette dépêche : le père annonce que la France a tué son fils, ce qui est une accusation grave et qui mérite d'être jugée (espérons dans l'impartialité).

3) Discours du journaliste auteur de la dépêche :

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
(...)
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
(...)
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes : trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
(...)
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)"

Si l'on résume ces commentaires ajoutés et habilement mêlés aux propos de l'avocate et du père grâce notamment au procédé de l'absence de guillemets : certains commentaires sont certes journalistiques, informatifs et non engagés. Mais le journaliste ne peut s'empêcher, dans son mimétisme peut-être plus inconscient que de mauvaise foi, d'entériner la VO de l'accusé, dont on détiendrait les preuves de sa participation à ces meurtres odieux et injustifiables. Notre journaliste a-t-il le droit d'affirmer que Mohammed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes à Toulouse et Montauban? Seulement s'il détient des faits solides. Or, en vertu du principe de contradictoire, ces éléments reposent sur les seules affirmations de la police. Doit-on croire sur parole l'accusation et permettre l'amalgame entre le juge et l'accusation? Dans ce cas, on ne se situe plus dans la justice démocratique, mais dans la vengeance et le droit du plus fort.
Alors que la justice rationnelle repose sur le principe de contradictoire et la vérification des faits, par une enquête publiquement vérifiable, le droit du plus fort justifie l'arbitraire et le sophisme. C'est ce que dénonçait Platon. On connaît l'anecdote du sophiste Protagoras qui explique à son élève Evathle que dans tous les cas il gagnerait contre lui son procès : "Alors qu'Evathle refusait de payer son maître, car il n'avait pas encore gagné de procès, Protagoras le cita en justice. De sorte que si le disciple perdait, il devrait payer son maître ; mais que s'il gagnait, il devrait aussi payer son maître, puisque la valeur de l'enseignement reçu aurait été dès lors démontrée. Apulée développe l'anecdote en mentionnant une réponse du disciple : s'il perd, il ne devra rien, puisque les leçons de Protagoras auront été inefficaces ; et s'il gagne, il ne devra rien, puisqu'il aura été absous" (Wikipédia). On notera que la loi du plus fort autorise les deux points de vue antagonistes à triompher à tous les coups (l'élève opposé au maître) selon le point de vue le plus fort. 
Dans cette affaire, c'est la même rengaine : Merah est coupable parce qu'il est coupable - à tous les coups. Circulez, y'a rien à voir. Et les journalistes médiatiques et majoritaires? Loin de mettre en place leur travail de contre-pouvoir, ils se bornent à relayer la version officielle, avouant par là même qu'ils en sont les hagiographes ou les relais-propagandistes. Ils agissent ainsi par mimétisme, fort du principe selon lequel le mimétisme est le mécanisme qui explique la loi du plus fort et qui ne considère dans le réel que sa structure finie et stable. De ce fait, la loi du plus fort se trouve légitimée - et dans cette affaire, il devient normal et légitime de se placer du côté de ceux qui sont les plus forts et dont la parole ne saurait se trouver contestée sans heurts : la police, l'Etat, les représentants institutionnels ou les politiciens élus. L'oligarchisation de notre monde en crise terminale se poursuit, et si rien n'est intenté pour endiguer la marche du NOM, nous vivrons bientôt dans une terrible dictature orwellienne, dont la caractéristique la plus terrible tiendra à l'absence criante d'esprit critique de la majorité moutonnière et lâche.

dimanche 18 mars 2012

De l'excellence médiocre

Que constate-t-on quand on parle de l'oligarchie des incapables? Loin de personnifier l'excellence, les meilleurs dans la performance académique deviennent bizarrement des médiocres, des incapables, à l'aune de critères qui devraient leur assurer leur excellence. Que s'est-il passé pour que les excellents deviennent des médiocres? Pourquoi assiste-t-on au retournement de l'excellence quantitative, qui loin de recouper le qualitatif se retourne au contraire au moment où il devrait en consacrer l'acmé?
Ce qu'on nomme le quantitatif ne recoupe pas le réel; l'excellence donnée finit par se retourner en médiocrité et par incarner la baisse de performance qualitative. La baisse qualitative surgit au moment où l'excellence quantitative est atteinte. Le quantitatif ne recoupe pas le qualitatif. L'excellence académique consiste de plus en plus à prévenir la destruction du donné. C'est la limite du quantitatif par rapport à l'excellence, qui ne peut être que qualitative - ou l'excellence quantitative renvoie à une baisse de performance illogique vers la médiocrité.
L'effondrement qualitatif s'accompagne de son déplacement dans la réduction et l'infériorité autant quantitative que qualitative. D'ordinaire, on considère que l'amélioration des performances quantitatives engendre l'amélioration d'ordre qualitatif. Un coureur de cent mètres est considéré comme d'autant plus performant qu'il court vite : le physique recouperait selon l'académisme le qualitatif, à tel point que l'on pourrait estimer détenir un critère fiable de mesure. Au contraire, le quantitatif excellent finit par correspondre à la médiocrité qualitative. Le critère n'est pas objectif au sens où il ne sert qu'à mesurer des paramètres physiques.
De même que le nihilisme se veut d'autant plus universel qu'il réduit son champ de théorisation au fini, de même le quantitatif ne recoupe pas la bonne unité de mesure et d'appréciation, mais renvoie à l'idée selon laquelle le donné est le réel. Derrière cette réduction, le phénomène inexplicable, selon lequel la courbe quantitative ne suit pas la progression qualitative, et arrive même à une inversion à partir d'un certain niveau d'excellence quantitative (l'excellence quantitative signant la médiocrité qualitative), n'est explicable que si le réel ne se résume pas au donné, autrement dit si le réel est hétérogène.
Dans un cadre quantitatif, l'excellence quantitative est toujours supérieure à ce qui lui est inférieure. Par exemple, le coureur de cent mètres le plus rapide est le meilleur. Si le quantitatif perd en excellence dans un cadre qui devient qualitatif, c'est que non seulement le qualitatif est supérieure au quantitatif, mais que l'ordre qualitatif est différent du quantitatif, et même que le quantitatif perd de son ordre en regard du qualitatif, quand il s'y trouve intégré. Pourquoi le quantitatif s'effondre-t-il en confrontation du qualitatif?
Parce que non seulement le quantitatif est intégré dans le qualitatif, mais parce que surtout le qualitatif est de structure hétérogène au quantitatif. Quand le quantitatif s'effondre, c'est parce qu'il entre en confrontation avec le qualitatif hétérogène. Le quantitatif exprime la valeur objective du donné, pas la valeur du réel. Le donné est soumis à la physique de l'entropie, ce qui implique que sa courbe d'excellence finisse par s'effondrer. Plus l'excellence est soumise à un niveau élevé d'exigence, plus elle s'effondre, alors que dans un schéma linéaire progressif, on serait en droit d'attendre que l'exigence élevée accouche de l'excellence,  non le phénomène inverse.
Si l'on observe la dissociation de l'excellence, du qualitatif et du quantitatif, c'est que le donné exprime la partie de réel qui entre en opposition avec le réel à partir du moment où elle entend en être l'exclusif représentant. Le donné exprime l'infériorité du modèle biaisé, qui aboutit à la destruction. Telle est l'explication aux résultats étranges et inattendus que l'on obtient dans l'expression de l'excellence, avec une excellence quantitative qui bientôt se révèle médiocre (d'où la réputation d'impéritie de l'oligarchie, alors qu'elle devrait incarner l'excellence).
Mais pourquoi le résultat de destruction qui découle de la médiocrité excellente, soit de l'oxymore caractérisant le critère d'évaluation quantitatif? Parce que le réel contient son facteur de pérennité le sens, principe de développement. L'accroissement du réel signifie le sens, soit le fait que le réel pour se pérenniser gagne en espace et en temps. Dans ce cadre, le sens que porte le réel soit se tourne vers le développement extérieur, soit se retourne contre lui-même. Le cercle, souvent invoqué comme figure du réel, se révèle faux et destructeur (ce qui en dit long sur le renouvellement que propose Nietzsche, avec sa sphère comme perfectionnement géométrique et sémantique du cercle). L'insécable crée les conditions de l'espace et du temps, ce qui indique que l'insécable préexiste à l'élaboration du domaine physique.
L'ordonnation passe par l'édiction de l'espace et du temps, deux catégories qui n'existent pas dans l'insécable et qui résulte de la résolution de la contradiction originelle. Le temps exprime la résolution de la contradiction : il est à la fois en tant que norme l'expression attitrée de l'ordre et en même temps il lui est postérieur. Raison pour laquelle on observe le curieux phénomène de dépérissement de l'excellence quantitative en médiocrité réelle sous l'effet du critère de qualitatif. C'est que l'ordre s'épanouit dans l'espace et le temps et que nous prenons le donné quantitatif pour le réel alors qu'il n'en est que la manifestation seconde et postérieure à l'originalité du qualitatif. Pour autant, le qualitatif ne renvoie pas à la complétude de l'Etre, mais à la contradiction, dont la résolution qualitative passe par l'ordre quantitatif.

dimanche 26 février 2012

Le bloggeur et le correcteur


Un petit billet, rare en ce moment, car je suis en relecture et j'ai du travail : tous mes blogs à relire, du triage, des découpages, des corrections, des changements... Mais il fallait bien donner au sens philosophique une viabilité plus grande et qui prendra du temps. Justement cette intervention part du constat selon lequel quand on ne fait pas une action, on change, mais on fait quelque chose d'autre, on ne fait jamais rien. En ce moment, je n'écris plus sur mes blogs, ce qui était mon initiative régulière depuis plusieurs années, mais je relis et corrige. A la limite, je pourrais ne plus rien écrire, mais alors ce n'est pas que je ne ferais rien, mais que je ferais autre chose. L'autre est plus ou moins éloigné de l'activité précédente, mais il est toujours quelque chose, jamais rien. Autant dire que l'être ne peut produire de non-être. Le fainéant ne fait pas rien, mais autre chose. 
Au pire, ce qu'il fait ne le passionne guère et il fait peu de ce qu'il entreprend, mais il continue à faire quelque chose. On comprend la définition du rien par l'autre chez Platon : non seulement le non-être se trouve ainsi intégré à l'Etre, mais Platon avait pressenti la critique que l'on peut intenter au non-être : d'être une mauvaise définition de l'autre, soit de ce qui est mal identifié. Le problème de l'autre dans l'Etre, qui justifie la persistance du non-être comme opposé à l'être, notamment dans la métaphysique du faux en lieu et place de l'autre, c'est la non définition de l'Etre, soit du quelque chose.
L'autre se trouve défini clairement comme le changement, mais le même demeure indéfini et de de ce fait mal défini. C'est le problème que pose le nihilisme en émettant son inadéquat non-être. Effectivement, le non-être ne signifie rien que la négation de ce qui est, soit l'absence de positivité. A y bien réfléchir, il faut que quelque chose soit, et quelque chose ne peut pas ne pas être. Si je fais quelque chose d'autre, certes je fais toujours quelque chose, mais comment expliquer que je puisse faire quelque chose qui soit différent de ce que je faisais et qui était - quelque chose?
La mauvaise définition de l'Etre contamine l'autre au sens où l'autre est de l'être. Comment expliquer le quelque chose qui change? Le monisme ontologique de Parménide s'explique parce que Parménide est allé au bout de la configuration de l'Etre, en décidant que seul ce qui est est, ce qui signifie que l'être est ce qui est seulement tel (qui se présente directement et franchement). Parménide est obligé pour définir l'Etre de recourir à l'immédiat, mais dans un sens inverse de l'apparence selon les sophistes : alors que les sophistes l'identifient comme ce qui apparaît et disparaît, les ontologues posent que l'Etre est ce qui apparaît et demeure à jamais.
Mais cette définition est fragile en ce que la critique ne manque pas d'objecter que ce qui est n'est pas seulement ce qui se montre et qui dure, mais aussi ce qui n'est pas remarqué de prime abord et qui pour autant ne s'en révèle pas moins vrai. Le changement en général ne s'en trouve pas expliqué; et plus évocateur pour des savants, la découverte théorique implique que le nouveau soit ce qui n'est pas considéré et qui se révèle supérieur. Le caractère hétérogène du réel apparaît ainsi et recoupe l'intuition du nihilisme selon lequel il y a opposition en antagonisme entre deux principes au sein du réel.
Le non-être résulte d'une mauvaise manière de poser le problème, car sa négativité signe son incompréhension viscérale. L'hétérogénéité ne signifie pas que le réel soit coupé, mais que ce qu'on nomme l'infini ne soit pas composé de la même texture que ce qu'on nomme le fini. Pourtant, il y a lien entre eux. Il y a unité, au sens où le réel est un et que son hétérogénéité va de pair avec son unité. L'inverse de l'hétérogène, c'est l'homogène :  l'unité est compatible avec l'hétérogène. L'hétérogène n'est pas l'antagonisme.
C'est plutôt l'explication au changement (dont la découverte) : l'être a besoin de transformer l'infini pour continuer à être et assurer sa pérennité. L'unité entre l'hétérogène du faire et l'homogène du malléable contredit le nihilisme, qui prend l'être pour le seul quelque chose, homogène, et lui oppose le non-être, déformation de l'hétérogène; mais aussi l'ontologie, qui confond l'homogène de l'être avec l'Etre dans un prolongement abusif et hallucinatoire. L'avantage de l'ontologie, c'est qu'elle réfute le non-être et qu'elle perçoit le réel comme un et seulement constitué de quelque chose.
C'est à partir de cette position qu'il convient d'envisager le changement, pas sous l'angle de l'antagonisme. Quelle est l'unité qui est hétérogénéité? C'est la croissance qui correspond en physique à la force. La compatibilité entre ce qui est et ce qui fait se mesure à la technique utilisée pour perdurer : utiliser la croissance pour rendre compatible ce qui fait, mais n'est pas, et ce qui est, mais s'épuise. L'existence est le subtil accord entre ce qui est et ce qui fait. Le changement prouve l'hétérogénéité et la croissance : si ce qui est se contentait d'être sur le même mode en empruntant de manière linéaire de quoi perdurer, le changement n'existerait que sous la forme régulière, prévisible : un changement délimité et défini.
Le caractère imprévisible et infini du changement indique au contraire que le changement se produit par rapport à l'intervention dans l'être d'un élément de réel hétérogène et différent, qui est infini et qui correspond au malléable. La croissance est l'élément théorique qui définit l'unité, soit le fait que l'être et le faire se complètent l'un par rapport à l'autre et que la croissance est le schéma qui explique la possibilité de perdurer du réel dans l'être. La croissance est le produit qui précède l'unité, car l'unité signifie la résolution de la contradiction originelle.
L'unité est l'association du faire et de son complément l'être, mais l'origine est l'incomplétude du faire. Dieu n'est pas le tout-puissant acteur qui détient la complétude et sait à l'avance ce qu'il va faire pour continuer l'Etre; pas davantage que l'on ne pose la question de la compatibilité entre la liberté et la complétude : si Dieu est complet, alors les créatures suivent la nécessité. Si les créatures sont libres, alors Dieu n'est pas complet. On voit mal comment Dieu aurait besoin de continuer à créer de l'être sensible et imparfait s'il est lui-même parfait.
Le seul moyen de comprendre la complétude de l'Etre compatible avec l'incomplétude de l'être consiste à opter pour l'irrationnel, l'idée selon laquelle la raison humaine ne peut comprendre depuis un entendement fini le problème de l'infini. Dieu peut être complet et incomplet à la fois, le complet englobant l'incomplet et pouvant tout à fait s'additionner à la liberté. L'être est la résolution du faire, tout comme l'ordre est la résolution de la contradiction. L'Etre est la dénomination mal comprise du faire, qui engendre bien des contresens, du fait qu'il décide de prolonger l'être et de créer l'englobant Etre. On comprend certaines erreurs d'interprétation, qui recoupent les erreurs liées au nihilisme et à la mauvaise compréhension contenue dans le non-être. Encore une correspondance fâcheuse qui explique le besoin de nihilisme dans le transcendantalisme, spécifiquement avec l'histoire de la métaphysique moderne.

mercredi 4 janvier 2012

Lecture

Koffi Cadjehoun vous présente ses meilleurs voeux pour 2012. L'année sera dure puisque la crise n'en est qu'à ses débuts et ne fera qu'empirer si aucune mesure n'est prise pour l'endiguer et repartir de l'avant - vers l'espace. Il reste à chacun d'entre nous à essayer de trouver des solutions nouvelles et diverses pour qu'advienne le renouveau. Mesures techniques et économiques certes; surtout mesures religieuses et culturelles : la crise est plus profonde que la superficie financière immédiate et visible - désormais. Pendant ce temps, j'occuperai le temps que je consacre à la rédaction de mes blogs à relire et trier les textes précédents. De temps à autre, je posterai quelques messages. Relisez les textes d'Au cours du réel, parcourez mes autres blogs. A bientôt et vive la crise - puisqu'elle implique le renouveau de la croissance!

dimanche 1 janvier 2012

La carence


Pourquoi le monothéisme cherche-t-il tant à trouver une conciliation avec le nihilisme?
1) Le transcendantalisme permet le nihilisme en ne parvenant pas à identifier le réel précisément sous couvert légitime de ne pas s'en tenir à une définition réduite et réductrice du réel (le sensible).
2) Le monothéisme en tant que dernière forme du transcendantalisme après le polythéisme perfectionne le polythéisme en instaurant l'idée de l'unité de l'Etre/Dieu, alors qu'auparavant la multiplicité du réel tendait à confirmer la vision nihiliste du réel morcelé jusqu'à l'antagonisme (antagonisme être/non-être). Alors le monothéisme tend à perfectionner le rapport du transcendantalisme avec le nihilisme en diminuant son influence, voire en l'éradiquant.
Mais cette unité de Dieu, qui renverse le rapport entre l'intérieur et l'extérieur en faisant de l'intérieur le sensible morcelé et de l'extérieur l'englobant détenant l'unité subsumant le morcelé sensible, contient sa limite : elle ne définit pas davantage le réel, avec une particularité monothéiste : elle gagne en unité théorique, pas en réalisme. La particularité du monothéisme est de permettre le progrès de l'unité, qui se trouve localisé dans l'extériorité (l'extériorité en question est de nature englobante). Mais l'unité théorique du réel n'engendre nullement la détention ou la saisie du réel le plus palpable, le plus concret, le plus direct.
Raison pour laquelle le monothéisme cherche une conciliation avec le nihilisme, non pas avec la conscience explicite et affichée (même de manière cachée, voire hypocrite) qu'elle se laisse aller à une manoeuvre - bien au contraire, sans quoi elle s'y opposerait en tant que le nihilisme reconnu est incompatible avec le monothéisme; mais parce que le monothéisme comporte une carence intrinsèque et une faiblesse interne qui le poussent inconsciemment et involontairement à intenter cette démarche du compromis avec le nihilisme, alors qu'il s'agit d'un aveu de faiblesse et d'un constat d'échec programmatique (ainsi que l'histoire de la métaphysique moderne le montre) : cette manière d'agir relève non pas du mimétisme, comme Girard le voudrait, mais du mimétisme comme dégénérescence de la créativité, soit de l'idée selon laquelle le mimétisme réduit le créatif à la partie du réel impossible et intenable oscillant entre contradictions, dans le domaine primitif du domaine de la contradiction.
Tant que le nihilisme détiendra sur le marché du réel sa position de force, à savoir le privilège de définir le réel le plus concret entre la contradiction, comme si le mécanisme du contradictoire parvenait à isoler le réel le plus pur et le plus dense au détriment de sa pérennité (la contradiction menant à la destruction), le nihilisme se maintiendra et le transcendantalisme recourra à lui pour compenser sa faiblesse. Il n'a pas conscience de recourir au nihilisme, il suit de manière mimétique (involontaire) le chemin qui lui semble le plus apte pour compenser sa faiblesse, soit pour parvenir à la plénitude. Par là, le mimétisme est le vrai chemin explicatif de l'action humaine inexplicable et irrationnelle : quand se produit une action collective inexplicable et inexpliquée, le recours à l'explication par le complot caché mais volontaire (émanant) peut être partiellement juste, mais toujours insuffisante et non fondamentale (accessoire). Parfois il s'agit aussi d'une impuissance logique consistant à expliquer par le caché volontaire la venue d'événements inexplicables, soit de rendre explicable de manière aberrante l'inexpliqué.
L'inexpliqué n'est pas inexplicable, mais l'explication ne se produit pas par le caché, car le caché devient démasqué et expliqué à partir du moment où il se trouve nommé. Le caché ne peut demeurer tel, au nom de la texture du réel : ce qui est est visible. Le visible est le principe du réel que l'on peut expliquer comme le principe de continuité ou de pérennité : pour devenir visible, il convient de s'agrandir, soit de proposer la développement par décalage et de devenir observable par l'observateur à partir du moment où l'agrandissement de la réalité observable rend le caché inférieur et observable de ce fait et du fait du changement de perspective. Tout ce qui est caché finit par être visible et observable du fait de ce changement de perspective croissant et anti-entropique.
Par contre, l'explication difficile pour l'observateur nécessairement limité par le mécanisme de la croissance anti-entropique propose une tentation réductrice par le recours à l'interprétation mimétique, qui correspondrait en psychanalyse à la régression (souvent infantile) : le mimétisme isole au sens chimique la portion la plus dense et pure du réel au sens où il envoie et retourne au réel primal qui est le réel contradictoire. Le mimétisme exprime le fonctionnement de la mentalité nihiliste. Le nihilisme croit d'autant plus isoler le réel le plus dense qu'il recourt en fait à l'isolement par l'environnement contradictoire. Il détruit ce qu'il prétend isoler et déceler.
L'annonce de la teneur en réel nihiliste relève de l'escroquerie patente. Pour y remédier, il convient de sortir de la conception de la créativité selon le transcendantalisme, qui repose sur le prolongement et l'englobement, soit qui dissout le réel concret et immédiat (approchable) dans une formalisation qui est universelle dans la mesure où elle est aussi indéfinissable. La tentation transcendantaliste de résoudre sa carence en réel dense par l'apport du nihilisme, tout en fournissant le cadre général de l'infini indéfini au réel, ne peut amener qu'à la destruction contenue dans la contradiction.
L'élément le plus fort dans tout corps (système) est l'élément négatif du fait que la loi de l'entropie est valable dans l'être, mais pas dans le réel - dans le fini, mais pas dans l'infini. Dans cette perspective, l'erreur transcendantaliste est contenue dans son schéma du prolongement, qui contraint pour tenter de s'améliorer de recourir au nihilisme, dans une forme de compromis qui ne peut être valide du fait de la principale caractéristique qu'il instille : le blocage de la réalité à sa réalité figée et fixe. C'est le principal reproche que l'on pourrait adresser au compromis : de figer la situation alors que le progrès s'établit seulement à partir de la croissance en être (pas en réel).
Le nihilisme représente en fait la tentation réductrice et régressive de définir le réel dans la mesure où le réel défini tend vers le réel contradictoire et originel. La définition que propose Aristote du réel fini est à cet égard remarquable de lucidité et d'authenticité - quand la définition de Spinoza du désir complet rappelle que le propre du nihilisme consiste à isoler du dense en créant autour du contradictoire destructeur. La résolution passe par l'accroissement du prolongement, pas par l'amélioration du nihilisme. Le nihilisme propose une tentative de définition du réel qui est désespérée et carencée.
Ce n'est pas la densité que propose le nihilisme qui est à retenir, mais son idée d'hétérogénéité, hétérogénéité imparfaite et carencée, puisque antagoniste, mais le nihilisme contient en son sein la positivité du négatif, soi l'idée selon laquelle le négatif contient le positif, comme le réel contient son accroissement (son augmentation) et la destruction la possibilité de sa résolution Mais travailler  partir du négatif nihiliste, c'est perdre de vue le souci d'ensemble et d'universalisme pour ne conserver que le réel fini et primitif, contradictoire et nihiliste. On ne corrige pas le transcendantalisme avec le nihilisme, comme l'aimerait la théologie monothéiste, mais on corrige le transcendantalisme en corrigeant le nihilisme.
Pas d'hétérogène antagoniste, pas d'antagonisme donc, mais de l'hétérogène en lieu et place du prolongement homogène. La correction du nihilisme qui permet de corriger le transcendantalisme de schéma supérieur, c'est d'en revenir à la source première pour mieux croître et augmenter, soit de faire de la diminution qualitative la cause de l'accroissement quantitatif. En corrigeant la schéma transcendantaliste fondé sur le prolongement par le reflet de nature hétérogène et croissant, on parvient à annihiler ce qui a provoqué la force gradatoire et terrifiante du nihilisme depuis la métaphysique de programme aristotélicienne. Le nihilisme se trouve expurgé de son principal atout : la reconnaissance de l'hétérogénéité; et corrigé dans sa principale revendication : d'isoler de la densité du réel.
Le transcendantalisme ne parvient pas théoriquement à définir ce qu'est l'Etre et ce qu'est l'infini. Alors que le néanthéisme, en proposant la définition du réel comme ce qui fait sens de manière croissante, permet de lever la contestation du nihilisme et de rendre caduque sa principale récrimination. Mais le nihilisme comme mode se trouve seulement affaibli dans sa dimension actuelle et est voué à recouvrer une validité par rapport à la carence spécifique du néanthéisme : ne pas réussir (pour le moment) à expliquer la raison de la croissance.

vendredi 30 décembre 2011

L'innovation : postcapitalisme


Une intuition qui s'ancre sur le terrain économique, mais qui tire ses racines du philosophique et dont l'expression est in fine politique : 

Le capitalisme propose un modèle d'organisation qui s'arrête à la sphère économique. Quelle est la limite de l'économie? Elle est une organisation finie et statique. Dans ce cadre, le capitalisme présente la forme la plus aboutie d'économie fixe - en attendant la prochaine forme qui lui soit supérieure. Cette forme ne sera pas définie de manière définitive, puisque le définitif fixe et fixe. Dans ce cadre, la faiblesse que l'on peut déceler et diagnostiquer dans le capitalisme résiderait dans son absence de reconnaissance pour la créativité. Cette critique du capitalisme peu créatif (voire acréatif) se trouve ébauchée chez l'économiste hétérodoxe aux normes libérales et autodidacte LaRouche (et son associé Cheminade en France dans son article sur la critique de la démarche de Marx) lorsqu'il opère la critique du marxisme en montrant que le marxisme critique d'autant plus les normes capitalistes qu'il reprend et valide pour s'y opposer les fondements de l'école libérale.
Quelle est cette créativité déniée par le capitalisme? S'il s'agissait d'un processus dont la dynamique serait infinie et absolue, on n'établirait aucune forme, on demeurerait dans l'indéfini, selon un informel accommodant qui détruirait la possibilité de changement par son expression : pratiquement, la créativité permet de passer de la forme de l'Etat-nation au planétarisme. L'Etat-nation est l'association politique qui s'avère la plus performante à l'intérieur de normes extérieures plus évasives et figées sur la limite de l'international (ou du mondial). La limite de l'Etat-nation recoupe son mode de fonctionnement capitaliste : l'absence de créativité dans le capitalisme fige la forme politique de l'Etat-nation à l'intérieur de la planète Terre.
Quel est ce changement de normes politiques (adossées à un changement de normes philosophiques) qui permet d'accéder à la forme supérieure du planétarisme? La créativité ici relevée désigne la forme permettant d'accéder au planétarisme depuis l'Etat-nation, ou de critiquer le capitalisme qui avait permis l'apport du capital dans l'édification de l'Etat-nation au-delà du tribalisme (y compris sous les formes sophistiquées de tribalisme).
On vante la rationalisation supérieure du capitalisme par rapport aux structures économiques précapitalistes du fait de l'apport ultime de fictif en forme de capital : mais cette rationalisation s'établit trop souvent comme définitive, comme si la découverte du capital comme structure économique permettant de développer et d'accroître l'économie était la fin de l'histoire au sens où un idéologue comme Fukuyama évoque cette hypothèse néo-hégélienne dans un sens déformé en faveur du libéralisme. La créativité dénote déjà le changement de paradigme : ce qui est créatif est ce qui change. Et ce qui accède au planétarisme découle d'un changement qui est accroissement politique.
Le changement de paradigme philosophique repose sur la créativité qui permet de développer et d'accroître le capitalisme - partant l'Etat-nation : cette créativité a besoin de se fixer en une forme qui soit à la fois concrète, politique, quoique reliée au théorique, philosophique, et qui en même temps ne demeure pas dans les limbes de l'informel. La forme théorique qui correspond au planétarisme, c'est dans la succession historique du capitalisme la condition qui va permettre à l'homme de l'Etat-nation, enfermé à l'intérieur de son mode mondialiste sclérosé, de sortir vers l'espace.
En ce sens, la créativité contacte l'informel qui donne la possibilité d'accroître la forme de l'être figée que l'on retrouve dans le capitalisme. L'informel n'est pas tant l'envers de la forme que la possibilité dans le réel de former l'être. Cette dimension se trouve absente du capitalisme et nécessite l'agrandissement de la forme capitaliste vers la valorisation de la créativité, soit de la faculté humaine à valoriser sa croissance au lieu d'en demeurer à une sphère relativement fixe, voire intangible. La créativité comprise dans l'organisation économique implique concrètement, dans l'entreprise, que l'on accélère le changement et que l'on accorde une valeur qui dans l'économique dépasse le capital.
La valeur suprême économique devient une valeur qui n'est plus seulement économique, au contraire du capital comme dans le capitalisme. La valeur suprême économique devient politique et permet à l'homme de se rendre dans l'espace. Les espèces (la valeur monétaire) se trouvent au service de l'espace. La créativité comme lieu informel contacte explicitement au nom de l'informel la valeur philosophique du reflet, mais en ajoutant à cette donnée du reflet son corollaire spécifique dans la sphère économique :  l'innovation. Et c'est ainsi que le capitalisme peut se réformer vers sa croissance spatiale, alors que sa sclérose inexorable sous sa forme figée le conduirait plutôt vers le spectre de la décroissance et l'appellation très impérialiste agonisant de développement durable.