vendredi 30 mars 2012

Des complots et du mauvais usage du complotisme

L'affaire Merah mérite quelques commentaires. Il serait temps de se poser les vraies questions concernant les réseaux stay-behind de l'OTAN mis en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et jamais officiellement reconnus ni démantelés, surtout à notre époque troublée où l'atlantiste Sarkozy a réintégré la France dans le giron de l'OTAN, instaurant la rupture avec le gaullisme. Au passage, ceux qui veulent que le sionisme domine l'atlantisme se trouvent démentis : c'est plutôt le sionisme (dont il faudrait préciser qu'il s'agit des factions les plus radicales et influentes) qui se trouverait sous le giron de l'atlantisme. La preuve : Israël se trouve immédiatement montré du doigt, alors que l'OTAN demeure largement ignoré, comme ce fut le cas en Libye récemment.
Peu importe la configuration des rapports de force au sein de l'oligarchie, le plus traumatisant pour moi reste la propagande moutonnière qui caractérise l'ensemble des médias dominants d'Occident, spécifiquement de France, à la suite de cette affaire. Rien ne permet en droit de caractériser la culpabilité de Merah pour le moment dans les horribles meurtres de Toulouse et Montauban (11, 15 et 19 mars). Par contre, personne ne parle du troisième attentat survenu contre l'ambassade d'Indonésie à Paris au même moment (mercredi 21 mars), ni de la vague de menaces grossièrement antisémites (terme incorrect) qui se signale depuis la mort du coupable en France (22, 23 et 24 mars), avec notamment l'implication récurrente d'al Quaeda, l'usine à gaz du terrorisme ad hoc et international :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/serie-d-incidents-graves-en-lien-avec-l-affaire-mohamed-merah-26-03-2012-1924788.php
Deux indices qui devraient rappeler (en sus de beaucoup d'autres) que, dans cette affaire plus large qu'on ne croit, aucune preuve suivant le principe fondamental de contradictoire n'indique que le probable indicateur de la DCRI et petit caïd de banlieue Merah a commis ces meurtres atroces ce Toulouse et Montauban. Par contre, les dénonciateurs du complotisme se démasquent de plus en plus pour ce qu'ils sont : des défenseurs de la loi du plus fort et du pouvoir en place. Il est deux sortes de négationnistes : les complotistes rigoureux, qui voient des complots partout et expliquent le fonctionnement humain par le complot; et ceux qui refusent que des complots surviennent, singulièrement dans les allées du pouvoir, alors que l'histoire est jonchée de complots. Encore faudrait-il préciser que le complot signale l'affaiblissement du pouvoir officiel et visible, qui essaye ainsi de prolonger son pouvoir déclinant alors qu'il ne fait que l'affaiblir.
Plus il existe de complots, plus c'est le signe que le pouvoir se trouve en crise. C'est le cas actuellement, de manière renforcée depuis le symbolique 911, qui a signifié l'avènement de cette crise systémique plus profonde qu'une simple crise financière terminale et qui n'est aussi grave que parce qu'elle est fondamentalement religieuse. Parler de complotisme revient plus encore qu'à conforter le pouvoir moribond en place à nier (au sens de négationnisme) le problème de la crise.
Mais je ne voudrais pas m'appesantir sur les multiples contradictions, mensonges et invraisemblances de cette affaire, qui indiquent que la VO est fausse et qu'il existe une bonne surprise : de nombreux institutionnels refusent la fable du pigeon sans preuve, alors que les services de l'Etat français, en particulier ses services secrets, se trouvent instrumentalisés à des fins suicidaires et destructrices, perverses et étrangères. 
J'aimerais en revenir au commentaire de cette dépêche de l'AFP, qui est l'agence natioanle et officielle française :
Mort_de_Merah_une_avocate_chargee_de_poursuivre_le_Raid_pour_assassinat66280320122104.asp

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes: trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils.
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers.
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)" 

Par ce document de l'AFP, il s'agit de vérifier que la plupart des journalistes français opèrent un travail de propagandistes, qui ne consiste pas à perpétrer des complots, mais à les couvrir sans respecter leur démarche de contre-pouvoir, agissant au contraire comme des hagiographes au service du pouvoir. Cette affaire d'Etat grave indique la fragilisation du pouvoir français et implique qu'il n'est plus indépendant, ni maître de ses actes : il serait à parier que ces attentats odieux n'aient pas été décidés par l'Etat français, mais par des cercles internationaux, dont certaines émanations en France espéreraient tirer un bénéfice électoraliste à très court terme (et peu importe qu'à plus long terme, ils s'en trouvent déshonorés et discrédités).
Dans cet article qui est une dépêche anonyme, il est important de noter que loin de se révéler un relevé factualiste et impartial de nouvelles, nous sommes confrontés à trois niveaux de discours : le premier sans guillemet émane de l'avocate du père de Merah. Le second, toujours sans guillemets, émane du propre père de Merah et peut de ce fait être considéré comme proche du discours de l'avocate, bien qu'il soit capital de relever les distinctions, même voisines. Le troisième émane quant à lui du journaliste qui écrit la dépêche et qui n'hésite pas à mêler ses propres commentaires à ceux de l'avocate et du père.
Comme ce troisième discours est opposé aux propos de l'avocate et du père et qu'il se fonde sur des assertions aussi péremptoires qu'indémontrées, le moindre qu'on puisse constater est qu'il parasite le dispositif de la dépêche et qu'il tend insidieusement à faire entendre qu'il est certain que Merah est le coupable de ces meurtres, alors qu'il n'existe aucune preuve stricte pour étayer cette accusation pourtant grave - et gratuite.
L'absence de guillemets n'est nullement un acte anodin, au sens où il permet de ne pas opérer la distinction entre les propos de l'avocate et du père et les commentaires engagés et de mauvaise foi que rajoute le journaliste. Sinon, son entreprise de propagandiste au service du pouvoir français et de sa version bancale ressortirait avec plus de netteté et de contradiction. Alors qu'en utilisant ce moyen rhétorique de brouillage, notre journaliste-déformateur fait passer le père et l'avocate pour des contestataires, non de la VO indiscutable et solide, mais de l'épisode exclusif de la mort de Merah : légitime défense, selon l'Etat français; assassinat selon le père et son avocate.
Légitime défense, ce n'est pas du tout ce que disent le père et l'avocate, ce qui fait qu'il convient d'isoler leurs deux discours pour comprendre à quel point ils s'opposent au commentaire propagandiste. En effet, selon l'ordre choisi par l'auteur de la dépêche, outre l'absence de guillemets, le lecteur se trouve confronté à des citations discontinues qui rendent difficiles l'attribution d'un sens global, pourtant existant et compréhensible si l'on restitue les trois discours tels qu'ils nous sont livrés :

1) Discours de l'avocate :
"(...)
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
(...)
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
(...)
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers".

Si l'on résume : 
- L'avocate affirme détenir des preuves que l'Etat français a assassiné Mohammed Merah.
- L'avocate critique le refus de la critique des politiciens français autour du Président Sarkozy.
- L'avocate met en doute la culpabilité de l'accusé.


2) Discours du père :

"Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils".
C'est clair et concis dans cette dépêche : le père annonce que la France a tué son fils, ce qui est une accusation grave et qui mérite d'être jugée (espérons dans l'impartialité).

3) Discours du journaliste auteur de la dépêche :

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
(...)
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
(...)
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes : trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
(...)
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)"

Si l'on résume ces commentaires ajoutés et habilement mêlés aux propos de l'avocate et du père grâce notamment au procédé de l'absence de guillemets : certains commentaires sont certes journalistiques, informatifs et non engagés. Mais le journaliste ne peut s'empêcher, dans son mimétisme peut-être plus inconscient que de mauvaise foi, d'entériner la VO de l'accusé, dont on détiendrait les preuves de sa participation à ces meurtres odieux et injustifiables. Notre journaliste a-t-il le droit d'affirmer que Mohammed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes à Toulouse et Montauban? Seulement s'il détient des faits solides. Or, en vertu du principe de contradictoire, ces éléments reposent sur les seules affirmations de la police. Doit-on croire sur parole l'accusation et permettre l'amalgame entre le juge et l'accusation? Dans ce cas, on ne se situe plus dans la justice démocratique, mais dans la vengeance et le droit du plus fort.
Alors que la justice rationnelle repose sur le principe de contradictoire et la vérification des faits, par une enquête publiquement vérifiable, le droit du plus fort justifie l'arbitraire et le sophisme. C'est ce que dénonçait Platon. On connaît l'anecdote du sophiste Protagoras qui explique à son élève Evathle que dans tous les cas il gagnerait contre lui son procès : "Alors qu'Evathle refusait de payer son maître, car il n'avait pas encore gagné de procès, Protagoras le cita en justice. De sorte que si le disciple perdait, il devrait payer son maître ; mais que s'il gagnait, il devrait aussi payer son maître, puisque la valeur de l'enseignement reçu aurait été dès lors démontrée. Apulée développe l'anecdote en mentionnant une réponse du disciple : s'il perd, il ne devra rien, puisque les leçons de Protagoras auront été inefficaces ; et s'il gagne, il ne devra rien, puisqu'il aura été absous" (Wikipédia). On notera que la loi du plus fort autorise les deux points de vue antagonistes à triompher à tous les coups (l'élève opposé au maître) selon le point de vue le plus fort. 
Dans cette affaire, c'est la même rengaine : Merah est coupable parce qu'il est coupable - à tous les coups. Circulez, y'a rien à voir. Et les journalistes médiatiques et majoritaires? Loin de mettre en place leur travail de contre-pouvoir, ils se bornent à relayer la version officielle, avouant par là même qu'ils en sont les hagiographes ou les relais-propagandistes. Ils agissent ainsi par mimétisme, fort du principe selon lequel le mimétisme est le mécanisme qui explique la loi du plus fort et qui ne considère dans le réel que sa structure finie et stable. De ce fait, la loi du plus fort se trouve légitimée - et dans cette affaire, il devient normal et légitime de se placer du côté de ceux qui sont les plus forts et dont la parole ne saurait se trouver contestée sans heurts : la police, l'Etat, les représentants institutionnels ou les politiciens élus. L'oligarchisation de notre monde en crise terminale se poursuit, et si rien n'est intenté pour endiguer la marche du NOM, nous vivrons bientôt dans une terrible dictature orwellienne, dont la caractéristique la plus terrible tiendra à l'absence criante d'esprit critique de la majorité moutonnière et lâche.

dimanche 18 mars 2012

De l'excellence médiocre

Que constate-t-on quand on parle de l'oligarchie des incapables? Loin de personnifier l'excellence, les meilleurs dans la performance académique deviennent bizarrement des médiocres, des incapables, à l'aune de critères qui devraient leur assurer leur excellence. Que s'est-il passé pour que les excellents deviennent des médiocres? Pourquoi assiste-t-on au retournement de l'excellence quantitative, qui loin de recouper le qualitatif se retourne au contraire au moment où il devrait en consacrer l'acmé?
Ce qu'on nomme le quantitatif ne recoupe pas le réel; l'excellence donnée finit par se retourner en médiocrité et par incarner la baisse de performance qualitative. La baisse qualitative surgit au moment où l'excellence quantitative est atteinte. Le quantitatif ne recoupe pas le qualitatif. L'excellence académique consiste de plus en plus à prévenir la destruction du donné. C'est la limite du quantitatif par rapport à l'excellence, qui ne peut être que qualitative - ou l'excellence quantitative renvoie à une baisse de performance illogique vers la médiocrité.
L'effondrement qualitatif s'accompagne de son déplacement dans la réduction et l'infériorité autant quantitative que qualitative. D'ordinaire, on considère que l'amélioration des performances quantitatives engendre l'amélioration d'ordre qualitatif. Un coureur de cent mètres est considéré comme d'autant plus performant qu'il court vite : le physique recouperait selon l'académisme le qualitatif, à tel point que l'on pourrait estimer détenir un critère fiable de mesure. Au contraire, le quantitatif excellent finit par correspondre à la médiocrité qualitative. Le critère n'est pas objectif au sens où il ne sert qu'à mesurer des paramètres physiques.
De même que le nihilisme se veut d'autant plus universel qu'il réduit son champ de théorisation au fini, de même le quantitatif ne recoupe pas la bonne unité de mesure et d'appréciation, mais renvoie à l'idée selon laquelle le donné est le réel. Derrière cette réduction, le phénomène inexplicable, selon lequel la courbe quantitative ne suit pas la progression qualitative, et arrive même à une inversion à partir d'un certain niveau d'excellence quantitative (l'excellence quantitative signant la médiocrité qualitative), n'est explicable que si le réel ne se résume pas au donné, autrement dit si le réel est hétérogène.
Dans un cadre quantitatif, l'excellence quantitative est toujours supérieure à ce qui lui est inférieure. Par exemple, le coureur de cent mètres le plus rapide est le meilleur. Si le quantitatif perd en excellence dans un cadre qui devient qualitatif, c'est que non seulement le qualitatif est supérieure au quantitatif, mais que l'ordre qualitatif est différent du quantitatif, et même que le quantitatif perd de son ordre en regard du qualitatif, quand il s'y trouve intégré. Pourquoi le quantitatif s'effondre-t-il en confrontation du qualitatif?
Parce que non seulement le quantitatif est intégré dans le qualitatif, mais parce que surtout le qualitatif est de structure hétérogène au quantitatif. Quand le quantitatif s'effondre, c'est parce qu'il entre en confrontation avec le qualitatif hétérogène. Le quantitatif exprime la valeur objective du donné, pas la valeur du réel. Le donné est soumis à la physique de l'entropie, ce qui implique que sa courbe d'excellence finisse par s'effondrer. Plus l'excellence est soumise à un niveau élevé d'exigence, plus elle s'effondre, alors que dans un schéma linéaire progressif, on serait en droit d'attendre que l'exigence élevée accouche de l'excellence,  non le phénomène inverse.
Si l'on observe la dissociation de l'excellence, du qualitatif et du quantitatif, c'est que le donné exprime la partie de réel qui entre en opposition avec le réel à partir du moment où elle entend en être l'exclusif représentant. Le donné exprime l'infériorité du modèle biaisé, qui aboutit à la destruction. Telle est l'explication aux résultats étranges et inattendus que l'on obtient dans l'expression de l'excellence, avec une excellence quantitative qui bientôt se révèle médiocre (d'où la réputation d'impéritie de l'oligarchie, alors qu'elle devrait incarner l'excellence).
Mais pourquoi le résultat de destruction qui découle de la médiocrité excellente, soit de l'oxymore caractérisant le critère d'évaluation quantitatif? Parce que le réel contient son facteur de pérennité le sens, principe de développement. L'accroissement du réel signifie le sens, soit le fait que le réel pour se pérenniser gagne en espace et en temps. Dans ce cadre, le sens que porte le réel soit se tourne vers le développement extérieur, soit se retourne contre lui-même. Le cercle, souvent invoqué comme figure du réel, se révèle faux et destructeur (ce qui en dit long sur le renouvellement que propose Nietzsche, avec sa sphère comme perfectionnement géométrique et sémantique du cercle). L'insécable crée les conditions de l'espace et du temps, ce qui indique que l'insécable préexiste à l'élaboration du domaine physique.
L'ordonnation passe par l'édiction de l'espace et du temps, deux catégories qui n'existent pas dans l'insécable et qui résulte de la résolution de la contradiction originelle. Le temps exprime la résolution de la contradiction : il est à la fois en tant que norme l'expression attitrée de l'ordre et en même temps il lui est postérieur. Raison pour laquelle on observe le curieux phénomène de dépérissement de l'excellence quantitative en médiocrité réelle sous l'effet du critère de qualitatif. C'est que l'ordre s'épanouit dans l'espace et le temps et que nous prenons le donné quantitatif pour le réel alors qu'il n'en est que la manifestation seconde et postérieure à l'originalité du qualitatif. Pour autant, le qualitatif ne renvoie pas à la complétude de l'Etre, mais à la contradiction, dont la résolution qualitative passe par l'ordre quantitatif.

dimanche 26 février 2012

Le bloggeur et le correcteur


Un petit billet, rare en ce moment, car je suis en relecture et j'ai du travail : tous mes blogs à relire, du triage, des découpages, des corrections, des changements... Mais il fallait bien donner au sens philosophique une viabilité plus grande et qui prendra du temps. Justement cette intervention part du constat selon lequel quand on ne fait pas une action, on change, mais on fait quelque chose d'autre, on ne fait jamais rien. En ce moment, je n'écris plus sur mes blogs, ce qui était mon initiative régulière depuis plusieurs années, mais je relis et corrige. A la limite, je pourrais ne plus rien écrire, mais alors ce n'est pas que je ne ferais rien, mais que je ferais autre chose. L'autre est plus ou moins éloigné de l'activité précédente, mais il est toujours quelque chose, jamais rien. Autant dire que l'être ne peut produire de non-être. Le fainéant ne fait pas rien, mais autre chose. 
Au pire, ce qu'il fait ne le passionne guère et il fait peu de ce qu'il entreprend, mais il continue à faire quelque chose. On comprend la définition du rien par l'autre chez Platon : non seulement le non-être se trouve ainsi intégré à l'Etre, mais Platon avait pressenti la critique que l'on peut intenter au non-être : d'être une mauvaise définition de l'autre, soit de ce qui est mal identifié. Le problème de l'autre dans l'Etre, qui justifie la persistance du non-être comme opposé à l'être, notamment dans la métaphysique du faux en lieu et place de l'autre, c'est la non définition de l'Etre, soit du quelque chose.
L'autre se trouve défini clairement comme le changement, mais le même demeure indéfini et de de ce fait mal défini. C'est le problème que pose le nihilisme en émettant son inadéquat non-être. Effectivement, le non-être ne signifie rien que la négation de ce qui est, soit l'absence de positivité. A y bien réfléchir, il faut que quelque chose soit, et quelque chose ne peut pas ne pas être. Si je fais quelque chose d'autre, certes je fais toujours quelque chose, mais comment expliquer que je puisse faire quelque chose qui soit différent de ce que je faisais et qui était - quelque chose?
La mauvaise définition de l'Etre contamine l'autre au sens où l'autre est de l'être. Comment expliquer le quelque chose qui change? Le monisme ontologique de Parménide s'explique parce que Parménide est allé au bout de la configuration de l'Etre, en décidant que seul ce qui est est, ce qui signifie que l'être est ce qui est seulement tel (qui se présente directement et franchement). Parménide est obligé pour définir l'Etre de recourir à l'immédiat, mais dans un sens inverse de l'apparence selon les sophistes : alors que les sophistes l'identifient comme ce qui apparaît et disparaît, les ontologues posent que l'Etre est ce qui apparaît et demeure à jamais.
Mais cette définition est fragile en ce que la critique ne manque pas d'objecter que ce qui est n'est pas seulement ce qui se montre et qui dure, mais aussi ce qui n'est pas remarqué de prime abord et qui pour autant ne s'en révèle pas moins vrai. Le changement en général ne s'en trouve pas expliqué; et plus évocateur pour des savants, la découverte théorique implique que le nouveau soit ce qui n'est pas considéré et qui se révèle supérieur. Le caractère hétérogène du réel apparaît ainsi et recoupe l'intuition du nihilisme selon lequel il y a opposition en antagonisme entre deux principes au sein du réel.
Le non-être résulte d'une mauvaise manière de poser le problème, car sa négativité signe son incompréhension viscérale. L'hétérogénéité ne signifie pas que le réel soit coupé, mais que ce qu'on nomme l'infini ne soit pas composé de la même texture que ce qu'on nomme le fini. Pourtant, il y a lien entre eux. Il y a unité, au sens où le réel est un et que son hétérogénéité va de pair avec son unité. L'inverse de l'hétérogène, c'est l'homogène :  l'unité est compatible avec l'hétérogène. L'hétérogène n'est pas l'antagonisme.
C'est plutôt l'explication au changement (dont la découverte) : l'être a besoin de transformer l'infini pour continuer à être et assurer sa pérennité. L'unité entre l'hétérogène du faire et l'homogène du malléable contredit le nihilisme, qui prend l'être pour le seul quelque chose, homogène, et lui oppose le non-être, déformation de l'hétérogène; mais aussi l'ontologie, qui confond l'homogène de l'être avec l'Etre dans un prolongement abusif et hallucinatoire. L'avantage de l'ontologie, c'est qu'elle réfute le non-être et qu'elle perçoit le réel comme un et seulement constitué de quelque chose.
C'est à partir de cette position qu'il convient d'envisager le changement, pas sous l'angle de l'antagonisme. Quelle est l'unité qui est hétérogénéité? C'est la croissance qui correspond en physique à la force. La compatibilité entre ce qui est et ce qui fait se mesure à la technique utilisée pour perdurer : utiliser la croissance pour rendre compatible ce qui fait, mais n'est pas, et ce qui est, mais s'épuise. L'existence est le subtil accord entre ce qui est et ce qui fait. Le changement prouve l'hétérogénéité et la croissance : si ce qui est se contentait d'être sur le même mode en empruntant de manière linéaire de quoi perdurer, le changement n'existerait que sous la forme régulière, prévisible : un changement délimité et défini.
Le caractère imprévisible et infini du changement indique au contraire que le changement se produit par rapport à l'intervention dans l'être d'un élément de réel hétérogène et différent, qui est infini et qui correspond au malléable. La croissance est l'élément théorique qui définit l'unité, soit le fait que l'être et le faire se complètent l'un par rapport à l'autre et que la croissance est le schéma qui explique la possibilité de perdurer du réel dans l'être. La croissance est le produit qui précède l'unité, car l'unité signifie la résolution de la contradiction originelle.
L'unité est l'association du faire et de son complément l'être, mais l'origine est l'incomplétude du faire. Dieu n'est pas le tout-puissant acteur qui détient la complétude et sait à l'avance ce qu'il va faire pour continuer l'Etre; pas davantage que l'on ne pose la question de la compatibilité entre la liberté et la complétude : si Dieu est complet, alors les créatures suivent la nécessité. Si les créatures sont libres, alors Dieu n'est pas complet. On voit mal comment Dieu aurait besoin de continuer à créer de l'être sensible et imparfait s'il est lui-même parfait.
Le seul moyen de comprendre la complétude de l'Etre compatible avec l'incomplétude de l'être consiste à opter pour l'irrationnel, l'idée selon laquelle la raison humaine ne peut comprendre depuis un entendement fini le problème de l'infini. Dieu peut être complet et incomplet à la fois, le complet englobant l'incomplet et pouvant tout à fait s'additionner à la liberté. L'être est la résolution du faire, tout comme l'ordre est la résolution de la contradiction. L'Etre est la dénomination mal comprise du faire, qui engendre bien des contresens, du fait qu'il décide de prolonger l'être et de créer l'englobant Etre. On comprend certaines erreurs d'interprétation, qui recoupent les erreurs liées au nihilisme et à la mauvaise compréhension contenue dans le non-être. Encore une correspondance fâcheuse qui explique le besoin de nihilisme dans le transcendantalisme, spécifiquement avec l'histoire de la métaphysique moderne.

mercredi 4 janvier 2012

Lecture

Koffi Cadjehoun vous présente ses meilleurs voeux pour 2012. L'année sera dure puisque la crise n'en est qu'à ses débuts et ne fera qu'empirer si aucune mesure n'est prise pour l'endiguer et repartir de l'avant - vers l'espace. Il reste à chacun d'entre nous à essayer de trouver des solutions nouvelles et diverses pour qu'advienne le renouveau. Mesures techniques et économiques certes; surtout mesures religieuses et culturelles : la crise est plus profonde que la superficie financière immédiate et visible - désormais. Pendant ce temps, j'occuperai le temps que je consacre à la rédaction de mes blogs à relire et trier les textes précédents. De temps à autre, je posterai quelques messages. Relisez les textes d'Au cours du réel, parcourez mes autres blogs. A bientôt et vive la crise - puisqu'elle implique le renouveau de la croissance!

dimanche 1 janvier 2012

La carence


Pourquoi le monothéisme cherche-t-il tant à trouver une conciliation avec le nihilisme?
1) Le transcendantalisme permet le nihilisme en ne parvenant pas à identifier le réel précisément sous couvert légitime de ne pas s'en tenir à une définition réduite et réductrice du réel (le sensible).
2) Le monothéisme en tant que dernière forme du transcendantalisme après le polythéisme perfectionne le polythéisme en instaurant l'idée de l'unité de l'Etre/Dieu, alors qu'auparavant la multiplicité du réel tendait à confirmer la vision nihiliste du réel morcelé jusqu'à l'antagonisme (antagonisme être/non-être). Alors le monothéisme tend à perfectionner le rapport du transcendantalisme avec le nihilisme en diminuant son influence, voire en l'éradiquant.
Mais cette unité de Dieu, qui renverse le rapport entre l'intérieur et l'extérieur en faisant de l'intérieur le sensible morcelé et de l'extérieur l'englobant détenant l'unité subsumant le morcelé sensible, contient sa limite : elle ne définit pas davantage le réel, avec une particularité monothéiste : elle gagne en unité théorique, pas en réalisme. La particularité du monothéisme est de permettre le progrès de l'unité, qui se trouve localisé dans l'extériorité (l'extériorité en question est de nature englobante). Mais l'unité théorique du réel n'engendre nullement la détention ou la saisie du réel le plus palpable, le plus concret, le plus direct.
Raison pour laquelle le monothéisme cherche une conciliation avec le nihilisme, non pas avec la conscience explicite et affichée (même de manière cachée, voire hypocrite) qu'elle se laisse aller à une manoeuvre - bien au contraire, sans quoi elle s'y opposerait en tant que le nihilisme reconnu est incompatible avec le monothéisme; mais parce que le monothéisme comporte une carence intrinsèque et une faiblesse interne qui le poussent inconsciemment et involontairement à intenter cette démarche du compromis avec le nihilisme, alors qu'il s'agit d'un aveu de faiblesse et d'un constat d'échec programmatique (ainsi que l'histoire de la métaphysique moderne le montre) : cette manière d'agir relève non pas du mimétisme, comme Girard le voudrait, mais du mimétisme comme dégénérescence de la créativité, soit de l'idée selon laquelle le mimétisme réduit le créatif à la partie du réel impossible et intenable oscillant entre contradictions, dans le domaine primitif du domaine de la contradiction.
Tant que le nihilisme détiendra sur le marché du réel sa position de force, à savoir le privilège de définir le réel le plus concret entre la contradiction, comme si le mécanisme du contradictoire parvenait à isoler le réel le plus pur et le plus dense au détriment de sa pérennité (la contradiction menant à la destruction), le nihilisme se maintiendra et le transcendantalisme recourra à lui pour compenser sa faiblesse. Il n'a pas conscience de recourir au nihilisme, il suit de manière mimétique (involontaire) le chemin qui lui semble le plus apte pour compenser sa faiblesse, soit pour parvenir à la plénitude. Par là, le mimétisme est le vrai chemin explicatif de l'action humaine inexplicable et irrationnelle : quand se produit une action collective inexplicable et inexpliquée, le recours à l'explication par le complot caché mais volontaire (émanant) peut être partiellement juste, mais toujours insuffisante et non fondamentale (accessoire). Parfois il s'agit aussi d'une impuissance logique consistant à expliquer par le caché volontaire la venue d'événements inexplicables, soit de rendre explicable de manière aberrante l'inexpliqué.
L'inexpliqué n'est pas inexplicable, mais l'explication ne se produit pas par le caché, car le caché devient démasqué et expliqué à partir du moment où il se trouve nommé. Le caché ne peut demeurer tel, au nom de la texture du réel : ce qui est est visible. Le visible est le principe du réel que l'on peut expliquer comme le principe de continuité ou de pérennité : pour devenir visible, il convient de s'agrandir, soit de proposer la développement par décalage et de devenir observable par l'observateur à partir du moment où l'agrandissement de la réalité observable rend le caché inférieur et observable de ce fait et du fait du changement de perspective. Tout ce qui est caché finit par être visible et observable du fait de ce changement de perspective croissant et anti-entropique.
Par contre, l'explication difficile pour l'observateur nécessairement limité par le mécanisme de la croissance anti-entropique propose une tentation réductrice par le recours à l'interprétation mimétique, qui correspondrait en psychanalyse à la régression (souvent infantile) : le mimétisme isole au sens chimique la portion la plus dense et pure du réel au sens où il envoie et retourne au réel primal qui est le réel contradictoire. Le mimétisme exprime le fonctionnement de la mentalité nihiliste. Le nihilisme croit d'autant plus isoler le réel le plus dense qu'il recourt en fait à l'isolement par l'environnement contradictoire. Il détruit ce qu'il prétend isoler et déceler.
L'annonce de la teneur en réel nihiliste relève de l'escroquerie patente. Pour y remédier, il convient de sortir de la conception de la créativité selon le transcendantalisme, qui repose sur le prolongement et l'englobement, soit qui dissout le réel concret et immédiat (approchable) dans une formalisation qui est universelle dans la mesure où elle est aussi indéfinissable. La tentation transcendantaliste de résoudre sa carence en réel dense par l'apport du nihilisme, tout en fournissant le cadre général de l'infini indéfini au réel, ne peut amener qu'à la destruction contenue dans la contradiction.
L'élément le plus fort dans tout corps (système) est l'élément négatif du fait que la loi de l'entropie est valable dans l'être, mais pas dans le réel - dans le fini, mais pas dans l'infini. Dans cette perspective, l'erreur transcendantaliste est contenue dans son schéma du prolongement, qui contraint pour tenter de s'améliorer de recourir au nihilisme, dans une forme de compromis qui ne peut être valide du fait de la principale caractéristique qu'il instille : le blocage de la réalité à sa réalité figée et fixe. C'est le principal reproche que l'on pourrait adresser au compromis : de figer la situation alors que le progrès s'établit seulement à partir de la croissance en être (pas en réel).
Le nihilisme représente en fait la tentation réductrice et régressive de définir le réel dans la mesure où le réel défini tend vers le réel contradictoire et originel. La définition que propose Aristote du réel fini est à cet égard remarquable de lucidité et d'authenticité - quand la définition de Spinoza du désir complet rappelle que le propre du nihilisme consiste à isoler du dense en créant autour du contradictoire destructeur. La résolution passe par l'accroissement du prolongement, pas par l'amélioration du nihilisme. Le nihilisme propose une tentative de définition du réel qui est désespérée et carencée.
Ce n'est pas la densité que propose le nihilisme qui est à retenir, mais son idée d'hétérogénéité, hétérogénéité imparfaite et carencée, puisque antagoniste, mais le nihilisme contient en son sein la positivité du négatif, soi l'idée selon laquelle le négatif contient le positif, comme le réel contient son accroissement (son augmentation) et la destruction la possibilité de sa résolution Mais travailler  partir du négatif nihiliste, c'est perdre de vue le souci d'ensemble et d'universalisme pour ne conserver que le réel fini et primitif, contradictoire et nihiliste. On ne corrige pas le transcendantalisme avec le nihilisme, comme l'aimerait la théologie monothéiste, mais on corrige le transcendantalisme en corrigeant le nihilisme.
Pas d'hétérogène antagoniste, pas d'antagonisme donc, mais de l'hétérogène en lieu et place du prolongement homogène. La correction du nihilisme qui permet de corriger le transcendantalisme de schéma supérieur, c'est d'en revenir à la source première pour mieux croître et augmenter, soit de faire de la diminution qualitative la cause de l'accroissement quantitatif. En corrigeant la schéma transcendantaliste fondé sur le prolongement par le reflet de nature hétérogène et croissant, on parvient à annihiler ce qui a provoqué la force gradatoire et terrifiante du nihilisme depuis la métaphysique de programme aristotélicienne. Le nihilisme se trouve expurgé de son principal atout : la reconnaissance de l'hétérogénéité; et corrigé dans sa principale revendication : d'isoler de la densité du réel.
Le transcendantalisme ne parvient pas théoriquement à définir ce qu'est l'Etre et ce qu'est l'infini. Alors que le néanthéisme, en proposant la définition du réel comme ce qui fait sens de manière croissante, permet de lever la contestation du nihilisme et de rendre caduque sa principale récrimination. Mais le nihilisme comme mode se trouve seulement affaibli dans sa dimension actuelle et est voué à recouvrer une validité par rapport à la carence spécifique du néanthéisme : ne pas réussir (pour le moment) à expliquer la raison de la croissance.

vendredi 30 décembre 2011

L'innovation : postcapitalisme


Une intuition qui s'ancre sur le terrain économique, mais qui tire ses racines du philosophique et dont l'expression est in fine politique : 

Le capitalisme propose un modèle d'organisation qui s'arrête à la sphère économique. Quelle est la limite de l'économie? Elle est une organisation finie et statique. Dans ce cadre, le capitalisme présente la forme la plus aboutie d'économie fixe - en attendant la prochaine forme qui lui soit supérieure. Cette forme ne sera pas définie de manière définitive, puisque le définitif fixe et fixe. Dans ce cadre, la faiblesse que l'on peut déceler et diagnostiquer dans le capitalisme résiderait dans son absence de reconnaissance pour la créativité. Cette critique du capitalisme peu créatif (voire acréatif) se trouve ébauchée chez l'économiste hétérodoxe aux normes libérales et autodidacte LaRouche (et son associé Cheminade en France dans son article sur la critique de la démarche de Marx) lorsqu'il opère la critique du marxisme en montrant que le marxisme critique d'autant plus les normes capitalistes qu'il reprend et valide pour s'y opposer les fondements de l'école libérale.
Quelle est cette créativité déniée par le capitalisme? S'il s'agissait d'un processus dont la dynamique serait infinie et absolue, on n'établirait aucune forme, on demeurerait dans l'indéfini, selon un informel accommodant qui détruirait la possibilité de changement par son expression : pratiquement, la créativité permet de passer de la forme de l'Etat-nation au planétarisme. L'Etat-nation est l'association politique qui s'avère la plus performante à l'intérieur de normes extérieures plus évasives et figées sur la limite de l'international (ou du mondial). La limite de l'Etat-nation recoupe son mode de fonctionnement capitaliste : l'absence de créativité dans le capitalisme fige la forme politique de l'Etat-nation à l'intérieur de la planète Terre.
Quel est ce changement de normes politiques (adossées à un changement de normes philosophiques) qui permet d'accéder à la forme supérieure du planétarisme? La créativité ici relevée désigne la forme permettant d'accéder au planétarisme depuis l'Etat-nation, ou de critiquer le capitalisme qui avait permis l'apport du capital dans l'édification de l'Etat-nation au-delà du tribalisme (y compris sous les formes sophistiquées de tribalisme).
On vante la rationalisation supérieure du capitalisme par rapport aux structures économiques précapitalistes du fait de l'apport ultime de fictif en forme de capital : mais cette rationalisation s'établit trop souvent comme définitive, comme si la découverte du capital comme structure économique permettant de développer et d'accroître l'économie était la fin de l'histoire au sens où un idéologue comme Fukuyama évoque cette hypothèse néo-hégélienne dans un sens déformé en faveur du libéralisme. La créativité dénote déjà le changement de paradigme : ce qui est créatif est ce qui change. Et ce qui accède au planétarisme découle d'un changement qui est accroissement politique.
Le changement de paradigme philosophique repose sur la créativité qui permet de développer et d'accroître le capitalisme - partant l'Etat-nation : cette créativité a besoin de se fixer en une forme qui soit à la fois concrète, politique, quoique reliée au théorique, philosophique, et qui en même temps ne demeure pas dans les limbes de l'informel. La forme théorique qui correspond au planétarisme, c'est dans la succession historique du capitalisme la condition qui va permettre à l'homme de l'Etat-nation, enfermé à l'intérieur de son mode mondialiste sclérosé, de sortir vers l'espace.
En ce sens, la créativité contacte l'informel qui donne la possibilité d'accroître la forme de l'être figée que l'on retrouve dans le capitalisme. L'informel n'est pas tant l'envers de la forme que la possibilité dans le réel de former l'être. Cette dimension se trouve absente du capitalisme et nécessite l'agrandissement de la forme capitaliste vers la valorisation de la créativité, soit de la faculté humaine à valoriser sa croissance au lieu d'en demeurer à une sphère relativement fixe, voire intangible. La créativité comprise dans l'organisation économique implique concrètement, dans l'entreprise, que l'on accélère le changement et que l'on accorde une valeur qui dans l'économique dépasse le capital.
La valeur suprême économique devient une valeur qui n'est plus seulement économique, au contraire du capital comme dans le capitalisme. La valeur suprême économique devient politique et permet à l'homme de se rendre dans l'espace. Les espèces (la valeur monétaire) se trouvent au service de l'espace. La créativité comme lieu informel contacte explicitement au nom de l'informel la valeur philosophique du reflet, mais en ajoutant à cette donnée du reflet son corollaire spécifique dans la sphère économique :  l'innovation. Et c'est ainsi que le capitalisme peut se réformer vers sa croissance spatiale, alors que sa sclérose inexorable sous sa forme figée le conduirait plutôt vers le spectre de la décroissance et l'appellation très impérialiste agonisant de développement durable.

mercredi 28 décembre 2011

La vie professionnelle


D'où vient la rengaine du professionnel comme fin de l'existence? Sarkozy en France lui a conféré son slogan le plus en adéquation avec la mentalité ultralibérale : "Travailler plus gagner plus", ce qui accouche dans les faits d'un éloquent "travailler plus pour gagner moins" - et qui indique que l'ultralibéralisme ne fonctionne pas et ne peut assumer ses promesses. Cette prédominance cardinale accordée au professionnel et au travail rappelle avec inquiétude un signe : les fascistes ont mis en exergue l'importance du professionnel et du travail, eux qui commencèrent par s'implanter par le corporatisme. Les pétainistes revendiquaient cette importance du travail avec le slogan : "Travail, Famille, Patrie".
Cette récurrence du thème du travail se comprend dans le libéralisme, surtout dans ses formes les plus radicales, comme la mise en valeur de l'individuel pur, qui cherche à se couper de ses racines collectives. De ce point de vue, le fascisme exprime la crise libérale, avec la recherche désespérée d'un collectif qui soit en lien avec l'individu et qui se manifesterait grâce à la violence. Évidemment cette alternative ne peut fonctionner : on voit mal comment la violence restaurera le lien collectif, ni quoi que ce soit de pérenne.
L'immanentisme entend imposer l'individu complet en lieu et place du collectif. C'est le projet du libéralisme et à ce titre la promotion du professionnel est d'autant plus une expression libérale que le libéralisme promeut à tout crin le travail comme la résolution de l'accomplissement de l'individu. Le travail exprime l'épanouissement de l'individu, la quintessence de la valeur suprême de facture : "complet du complet". Le professionnel serait l'acmé et le couronnement de l'individu en tant qu'expression de la complétude. Quand Aristote recherche le couronnement de l'individu et qu'il propose (de manière prudente et relative) le plaisir individuel comme couronnement de l'activité individuelle, nous nous trouvons déjà dans une tentative de valorisation de l'individu et de l'action individuelle. Le libéralisme ne fait que prolonger et accroître cette velléité qui est inhérente au projet nihiliste dès les limbes antiques du nihilisme.
La revendication actuelle du professionnel s'intègre dans la mentalité libérale en tant qu'expression interne et de forme idéologique de l'immanentisme, tandis que le fascisme essaye de sortir de la revendication intenable d'individualisme pur en essayant de renouer avec le collectif. Mais sa tentative ne peut être qu'un échec tragico-pathétique, en s'appuyant sur la violence. Le fascisme est imbriqué dans le libéralisme, dont il constitue la phase terminale, bien qu'il prétende se montrer plus ou moins antilibéral et surtout anticapitaliste. En ce sens il n'est pas capable de sortir du libéralisme, tout au plus de proposer la violence comme modèle de reconstruction. Hélas, derrière la violence des fascistes, on tombe sur la mort, un peu comme avec le soldat de Rimbaud. Même attirance pour la guerre, même fascination pour la Nature solaire. J'ai bien peur que le destin des disciples de Carl Schmitt soit comparable à celui de ce jeune soldat paisible et quiet : au final, "il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine/Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit".