jeudi 19 juillet 2012

L'amour créatif

L'amour serait inexplicable, irrationnel, coup de foudre, l'on ne pourrait rien faire contre sa survenue. Si l'amitié repose plus sur la complémentarité que sur la ressemblance, du fait qu'elle s'exprime par le dialogue, quand l'amour exprime la fécondité, le caractère inexplicable de l'amour vient sanctionner la volonté de ne pas comprendre. L'obscurantisme émane de la personne amoureuse, qui ne veut pas (au sens de la volonté) prendre la mesure de la personne aimée - en particulier quand cette personne diverge des critères du bien, et aussi quand, malgré une certaine chance, on fait reposer l'amour sur l'irrationnel.
L'amitié n'est pas préférable à l'amour, car l'amour est fécond, quand l'amitié repose sur des qualités intellectuelles figées. Quand Platon définit l'amour, passionnel et charnel, comme manque, il y discerne le désir sexuel qui est coupé de la vision du Beau (de l'Etre). Le manque renvoie à l'incompréhension de ce qu'est l'Etre et le non-être. Tant l'un que l'autre dénotent une mauvaise définition de ce qui existe en complément de l'être (le sensible).
L'Etre instaure la viabilité du réel, mais produit une définition en homogénéité. Le non-être perçoit confusément que le réel n'est pas formé de manière homogène, mais il produit une non-définition, qui avoue son insuffisance : le non-être est le préfixe qui ne dit rien, disant ce qui n'est pas. L'insuffisance définitoire recoupe le manque. On confond plusieurs réalités, regroupées (abusivement) derrière l'amour.
De même, on amalgame plusieurs réalités derrière le non-être. La confusion vient du fait qu'on ne les hiérarchise pas. Le clarification consiste à hiérarchiser les causes, en dégageant la principale et en montrant que l'unité du réel s'appuie sur l'unicité causale. Dans le non-être, on confond des synonymes comme : vide, non-être, néant, voire vacuité. Si certains termes présentent une signification vague, le seul un tant soit peu clarifié est : le vide, qui désigne un problème physique, de ce fait pas compatible avec le non-être (Pascal reconnaîtra le vide dans un système platonicien).
Le non-être clarifié dégage l'idée hiérarchisée de faire hétérogène. L'amour clarifié distingue la passion, l'amour courtois et la nouvelle forme que discerne le néanthéisme dans l'amour : la créativité. L'amour  abusif (comme polysémie) implique que soit démasquée la passion, qui est la norme-étalon de ce que l'on nomme (très rapidement) l'amour libre, par opposition aux mariages arrangés. L'amour libre l'est au sens où le libéralisme promeut la liberté. Il aboutit aux catastrophes prévisibles que l'on connaît, avec de nombreux divorces. Les amoureux se rencontrent sur des critères physiques, leur relation adolescente reposant sur le jeu, le divertissement et la frime - ah, paraître...
Il est normal que la passion conduise si fréquemment à des échecs, puisqu'elle repose sur la partie la plus friable du réel. La passion n'est pas l'amour, elle désigne l'amour libéral, dont la particularité est de promouvoir la liberté libérale en opposition à la forme classique, soit la domination d'une élite sur la masse. La démocratie libérale recoupe cette domination, avec un cinquième de la planète qui vit sous ce régime et qui asservit le restant.
On retrouve la définition chez Aristote : « Aimer, c’est se réjouir ». Spinoza s'inspire d'Aristote pour nous proposer sa version de l'amour. La correspondance entre le père de la métaphysique et le fondateur de l'immanentisme est d'autant plus frappante que l'immanentisme agit comme une hérésie gradatoire de la métaphysique, et surgit au moment où le cartésianisme en propose la deuxième mouture, essayant de la conformer avec la révolution de la science expérimentale.
Quant à Descartes, dont Spinoza est le disciple hérétique, il n'hésite pas, dans son denier traité cardinal, Les Passions de l'âme, à promouvoir le sujet conscient, en lui donnant le pouvoir de mieux connaître et de dominer les passions, qui ne seraient pas mauvaises si elles étaient rendu conscientes. Descartes théorise la propension à dominer et relie la conscience aux passions, non en élevant l'homme vers la conscience, mais en rabaissant la conscience au niveau des passions conscientisées. Le lien entre Descartes et Spinoza coule de source, même si Descartes sauvegarde la conscience comme faculté suprême de connaissance - Spinoza inféodant la conscience au désir.
L'idéologie postule que l'intelligence peut agir dans la transformation du monde de l'homme : elle constitue la plus pertinente application de la pensée à l'action. Elle serait l'extension du spinozisme, dans le sens où Spinoza prône le libéralisme. Elle se présente comme amélioration du spinozisme quand elle propose une idéologisation progressiste, avec l'idée que la réduction de l'éthique à l'idéologie permet ce progrès. Les revendications progressistes s'opèrent à partir de la métaphysique de mouture hégélienne, à la suite du cartésianisme; alors que le spinozisme constitue la réduction du cartésianisme : la morale devient l'éthique.
Son application (le libéralisme hollandais) n'est pas idéologique, mais penche vers une forme philosophique, dans laquelle le politique est inféodé à l'éthique. Le spinozisme contribuera à donner naissance au libéralisme, comme une expression philosophique participe à une application idéologique. L'amour est l'expression sentimentaliste de la privatisation libérale, selon laquelle l'instabilité prime et la domination l'emporte. La plupart des "amours" expriment la domination minable et débouchent sur l'instabilité, la séparation et la souffrance. Le pire est le spectacle de ces enfants vivant dans des foyers déchirés, qui sont voués à des existences chaotiques et des constructions morcelées.
L'alternative de Platon à la proposition métaphysique, condamnant la plupart des amours à dégénérer en passions éphémères, puis en souffrances durables, c'est l'amour courtois : privilégier dans la relation amoureuse le Beau. La proposition tend à nier la dimension sexuelle, ce qui aboutirait à faire de la reproduction le corollaire au service de la relation intellectuelle. Ce premier danger recoupe un second inconvénient : l'amour courtois est une expérience rarissime, une relation d'élus, qui ne peut se développer dans nos sociétés, et qui ne s'épanouirait qu'à condition de rappeler que l'idéal de Platon n'est pas applicable.
Soit l'on en arrive au modèle pratique de la passion, que défend Aristote et que reprend l'amour libéral, soit l'on opte pour des modèles supérieurs, mais peu appplicables. L'amour oligarchique frappe par son défaut de réel au nom de sa revendication de réalisme. Ce dernier peut s'énoncer comme suit : isoler une portion de réel à court terme, sans prendre en compte la viabilité de la méthode. Le nihilisme fonctionne parce qu'il produit du réel : il se réclame du pragmatisme efficient.
L'amour libéral, reposant sur la passion, et non sur l'innovation contemporaine, ne peut fonctionner. Il sanctionne les comportements de la majorité opprimée, comportements vulgaires, décérébrés, reprenant l'adage : "L'amour est irrationnel", tout comme, pour légitimer son impéritie, l'oligarchie profère le contradictoire : "Nous sommes tous différents". La passion est autodestructrice : la destruction ne fait que détruire son cercle.
Le mariage arrangé est une création pragmatique pour échapper au mariage passionnel (dont on voit le résultat dans le délire aristocratique que se portent Tristan et Iseut). Le mariage arrangé n'a fonctionné aussi longtemps que parce que la passion est une proposition pire encore, la seule par ailleurs qui soit - pas parce qu'il constituerait une technique positive. Et la proposition d'amour courtois repose sur le mythe et sur l'impossibilité, tout comme son Être n'est pas définissable (il ne le définit pas). L'amour courtois implique un idéal qui ne peut advenir si on ne lui confère pas une dimension applicable, qui passe par l'innovation idéale.
Il s'agit de parler d'amour créatif, au sens où l'amour implique que la reproduction sexuelle soit connectée à la dimension créatrice dont l'homme est capable dans ses productions culturelles, ne lien avec la dimension intellectuelle. L'homme créatif est celui qui développe son environnement, tout comme l'enfant qui naît se développe et croît. La croissance économique va de pair avec la croissance religieuse et culturelle. L'amour relié au développement humain par la croissance empêche la passion isolationniste et rend applicable l'idéal courtois. En démasquant la passion hallucinatoire, il convient de relier la reproduction à la création.

lundi 16 juillet 2012

La fosse sceptique

Montaigne se montre proche de la position de Démocrite : "Nous n'avons pas accès à l'Etre". Montaigne serait-il sceptique au sens où le scepticisme se rapporte à la position abdéritaine, même s'il ne partage pas avec lui l'atomisme et se signale par une position négativiste plus que prudente (dans un sens plus prononcé que l'éthique aristotélicienne)? Montaigne veut faire de la philosophie une réflexion moraliste, au sens que l'on donne aux moralistes français.
Les questions dernières ne seront plus traitées. Seule l'ontologie posait la question de l'Etre, du Bien, de l'Un, du Beau. La métaphysique concurrente évacue ces sujets en les traitant de manière allusive et rapide : Aristote explique de manière peu cohérente que l'être fini et multiple est engendré par le non-être multiple. Comment le sait-il? Comment explique-t-il l'irrationalisme?
Montaigne embrasse le scepticisme comme le moyen de répudier des sujets indécidables et inconnaissables. Le scepticisme considère que face à un problème, il convient de s'en débarrasser. En ne le résolvant pas, on amplifie sa portée et on le rend destructeur. Le problème renvoie à un domaine proche, qui menace le domaine résolu du monde de l'homme. Résoudre un problème engendre le changement : accroissement du domaine connu, critères de connaissance modifiés par des règles supérieures.
Le partisan de la loi du plus fort n'a pas intérêt à promouvoir le changement : le propre de la force est de dominer dans un domaine. Le changement engendrerait une modification du rapport de forces, qui ne peut se montrer favorable au dominant d'un moment. L'oligarque est le bénéficiaire et le promoteur de la loi du plus fort, comme on le voit à Athènes à l'époque de Platon. Les oligarques se partagent entre les propriétaires fonciers et les marchands, les politiciens et les guerriers, les intellectuels, dont les rhéteurs (un Gorgias symbolise l'intellectuel oligarchique, en précisant que l'oligarchie est un groupe morcelé et antagoniste, que son identité est différante et que personne ne dirige une oligarchie).
Montaigne intervient en pleine guerre de religions et joue un rôle politique de premier plan en province. Il se comporte comme le récent aristocrate qu'il est par son père, et il n'hésite pas à vivre caché et à gouverner comme un notable, fervent supporter de l'ordre oligarchique. Quand un problème est trop important, il part en voyage et déteste s'embarrasser avec les difficultés. La fuite est son mode d'évitement. Il recoupe la position sceptique expliquant que l'on ne peut savoir la vérité qui existe.
Le sceptique tend moins vers le savoir (comme les métaphysiciens), vers l'excellence rhétorique (comme les sophistes) ou vers la quête du plaisir (comme les cyrénaïques), que vers la reconnaissance que seul importe le monde singulier dans lequel il vit, monde qu'il convient de distinguer du monde de l'homme, et dont la singularité engendre la reconnaissance des castes sociales. Le sceptique juge que l'interrogation du domaine est inutile.
Les accointances entre le scepticisme et l'immanentisme sont prégnantes, mais le sceptique est plutôt un prudent qui essaye de vivre tant bien que mal dans le chaos tout en acceptant la situation, pour lui peu améliorable, qu'un théoricien qui propose une vision du monde fini dans lequel il se meut. Montaigne propose une sagesse qui soit la fin de la philosophie, et qui prétende que cette fin réside dans l'horizon pratique, sans jamais connaître l'ensemble du réel (selon l'ontologie), voire l'ensemble de l'être fini (selon la métaphysique).
Les sceptiques dont Montaigne vont plus loin que les métaphysiciens : ils réfutent la validité de la science, non en tant qu'obscurantistes, mais en prenant acte que la fin de la philosophie réside dans la sagesse et que les sciences modernes, de préférence morcelées, ont quitté du fait de leur modernisation la sphère philosophique, n'en déplaise aux métaphysiciens de dernière mouture, comme les scoliastes. Montaigne est sceptique, au sens où il cherche à vivre dans le chaos et à échapper aux contingences étrangères à son pouvoir.
Il refuse la théorisation et s'en tient à des remarques singulières, dont le mérite est de clarifier des sujets de discorde, sans chercher la systématisation. Le systématisme pose les questions dernières, la méthode sceptico-moraliste s'en tient à l'éthique au sens spinoziste et à une considération sociale oligarchique (par opposition aux marxisme). Quand on lie chez Montaigne l'intelligence au refus du systématisme, on met en exergue son refus de la théorisation, au service de sa conception oligarchique. La théorie en accroissant le domaine de connaissance favorise le changement de domination et l'intérêt général.
Montaigne n'a pas intérêt à changer de domination et ne propose pas une méthode pour que la majorité soit heureuse, comme le vantent certains historiens de la philosophie recyclés dans la sagesse, mais une méthode pour que les dominateurs soient heureux. C'est une sagesse oligarchique, pas une sagesse en faveur du peuple. Et c'est un modèle qui ne fonctionne pas, qui est une sagesse pour supporter le chaos et se satisfaire du momentané. Montaigne aurait pu intituler ses Essais : comment être heureux avant le tsunami.
Le propre de Montaigne fut de s'accommoder des coutumes de son temps, soit de se mettre du côté des dominants, quitte à ce que les valeurs soient chrétiennes. Montaigne mourut en chrétien. C'était pour sacrifier aux usages, non par hypocrisie, mais parce qu'il se montre favorable aux usages relatifs de son temps. Pour lui, la loi du plus fort est compatible avec les valeurs chrétiennes, ce que rappelle l'importance de la métaphysique dans le déploiement de la théologie chrétienne. L'amour du prochain est compatible avec un système de domination finie, dans lequel la charité désigne la philanthropie libérale : les oligarques aident les plus défavorisés, à condition que le système continue à leur profiter et que l'inégalitarisme se perpétue.
Les valeurs républicaines sont compatibles avec l'oligarchie : leur adaptation au format fini implique leur péremption. L'illusion de Montaigne : son système qui permettrait de vivre dans le chaos présente l'inconvénient de n'être pas viable (ou dans l'éphémère). Montaigne pense qu'on peut connaître la vérité en partie et que la vérité existe? Il se montre un sceptique selon lequel la vérité renvoie à l'inconnaissable. Le négatif exprime le non-être. La vérité n'est pas connaissable, parce qu'elle se révèle en grande partie négative pour ceux qui croient à l'être fini des atomes, plus tard au fini impulsé par le Premier Moteur. Et si l'on peut connaître la vérité partielle, c'est qu'on peut connaître l'être fini, sans l'antagoniste, le non-être.
Montaigne n'est pas un rationaliste qui croit la connaissance progressive possible, mais un oligarque qui croit la connaissance limitée. Croit-il que la vérité peut être connue par progrès? Non seulement il ne le croit pas, comme Aristote estimait qu'il avait fait le tour de la connaissance de son temps et que le savoir fini s'achevait avec lui (on a vu le résultat); il va d'une certaine manière plus loin, estimant que l'être est si morcelé et multiple qu'il convient seulement de s'intéresser aux préoccupations qui nous concernent. Mais qui peut s'intéresser à ses seules préoccupations personnelles? Qui présente l'otium de se pencher sur son existence? Qui dispose de l'éducation, du savoir pour réfléchir et créer?
Dans la société en guerre civile a fortiori, l'inclination de Montaigne est limpide : le profil (dont il fait partie!) correspond à l'oligarque. Seul l'oligarque peut forger une sagesse qui est le propre de la philosophie et qui est contre l'esprit de système. La sagesse populaire est dénuée de valeur - dans tous les sens du terme. L'exposition de Montaigne vaut parce qu'il dispose du vécu, de la culture, de l'intelligence pour rendre intéressants ses jugements. Le manant, le paysan, le valet ou même n'importe quel bourgeois de son temps n'ont pas la capacité de produire l'écriture Montaigne.
Et si l'exception confirmait la règle, comme pour Epictète, la contre-illustration de Molière au siècle suivant montre qu'une nouvelle classe arrive au pouvoir et qu'elle se trouve annoncée par l'avènement de bourgeois-écrivains. Montaigne est le dernier représentant du scepticisme précédant la Révolution française. S'il n'a pas su prévenir le changement qui s'annonçait, en oligarque aveuglé par le conservatisme, sa conception du réel annonce la possibilité de destruction de la société, à force de croire que l'horizon se limite, plus encore qu'au social, aux dominants.
L'observation cardinale de Montaigne possède de la force pour qu'on l'ait retenue. On avance même qu'elle symboliserait l'esprit dans les guerres de religion. Montaigne se montre sceptique, parce qu'il pense que sur les sujets essentiels, nous n'en savons rien. Montaigne joue sur du velours : Platon n'a rien défini des valeurs cardinales de son ontologie, même s'il le connaît par ouï-dire. Les sceptiques ont le mérite d'aller plus loin que les métaphysiciens en proposant que sur des sujets comme la vérité ou l'Etre, on ne puisse se prononcer; il ne s'agit pas de prétendre comme les sophistes que l'être fini n'est pas théorisable et qu'on peut s'en tenir à théoriser des sujets épars et morcelés, comme le domaine rhétorique.
Dans la période que Montaigne affronte, le scepticisme permet de vivre avec le chaos. La métaphysique nécessite qu'on résolve le chaos et qu'on crée un être fini et pacifié. Montaigne s'est penché sur la méthode qui lui permettait de vivre dans la guerre. Mais il vit de manière égoïste, rivé à son existence et en sachant que son monde peut s'effondrer d'un moment à l'autre. Le problème est que la guerre exprime l'acmé de la crise et sa résolution prochaine. La méthode de Montaigne fait du particulier le général en estimant que l'universel s'obtient par l'observation de son singulier.
Puis il estime que le scepticisme est plus adapté par temps de chaos que le cynisme ou l'hédonisme, qui sont des morales avant le déluge. Montaigne aurait pu choisir l'atomisme et son successeur modifié l'épicurisme. L'épicurisme surgit aussi dans une période troublée et entend vivre de manière paisible et retirée, à l'abri des troubles. Montaigne mâtine son scepticisme d'épicurisme, preuve qu'il trouve une certaine inclination à la doctrine d'Epicure l'atomiste postabdéritain. Ce qui importe à Montaigne, c'est de perpétuer, non le chaos, mais la sagesse adéquate pour vivre dans le chaos.
Le scepticisme offre la sécurité pour donner le sentiment (trompeur) qu'il perpétue l'oligarchie dans le chaos. En rendant indécidable ce qui sort de l'expérience moraliste, le scepticisme se met au service du chaos. On mesure la définition que revêt l'irrationalisme : le chaotique. Mais c'est une option qui est fausse : les autres sagesses antiques permettent soit d'attendre que la crise se passe (épicurisme), soit de dominer dans un système encore pérenne (les hédonistes en sont le reflet parfait, les sophistes font de l'argent avec leur savoir). Il n'est pas possible de vivre dans le chaos en n'étant pas affecté par le chaotisme en tant que morale afférente.
La proposition de Montaigne ne se révèle efficace que pour dominer dans le chaos. De ce fait, alors que nous endurons une période de crise naissante, la sagesse de Montaigne ne peut nous être d'aucune aide, à moins que nous décidions d'appartenir à l'oligarchie - et surtout que nous ne fassions partie par la naissance et les honneurs, ainsi que Descartes définissait les gens de pouvoir. L'erreur de Montaigne consiste à considérer que le chaos est positif, ce qui revient à signifier que le négatif est positif. L'hétérogène se transforme en contradiction. Montaigne passe à côté de la considération qui l'aiderait à amender son scepticisme : l'hétérogénéité du réel ne se rapporte pas à l'être seul, mais au - malléable. En d'autres termes : que philosopher, c'est apprendre à décider.

samedi 14 juillet 2012

La cerfitude volontaire

Quelle est la différence entre une racaille et un oligarque? La racaille est frustrée, l'oligarque est dominateur. L'oligarque est l'héritier qui a réussi en poursuivant l'héritage. Il a suivi un brillant parcours  académique et il applique sa réussite dans le champ social en dominant outrageusement. Les BHL, Lagardère, Seillière sont des représentants de cette mentalité, qui ne se fixe pas à quelques individus stables, mais prolifère de manière mimétique et antagoniste. La figure de lord Jacob Rothschild est emblématique de l'état oligarchique terminal : fils de la dynastie de financiers de la Couronne britannique, il se trouve à la tête de l'entreprise de destruction du Bretton Woods et de désindexation du dollar avec l'étalon-or.
L'une des rengaines à la mode est populiste dans son sens le plus nauséabond, poujadiste dans un sens qui exprime trop de ressentiment frustre pour cerner le sens qu'elle exprime : l'on entend rappeler que l'oligarque serait une racaille en col blanc, ce qui n'est pas forcément faux, à ceci près que ce n'est pas la même chose d'être une crapule de haut vol et un petit voyou dénué de complicité. 
Là n'est pas le problème. Le problème réside dans la légitimation de la crapulerie de bas étage au nom de son équivalent dans les élites. La dénonciation des élites se révèle poujadiste. C'est un moyen commode pour celui qui rate sa vie, qui se montre faible intellectuellement, qui fait partie des médiocres sociaux, de légitimer sa vulgarité par la responsabilisation des élites, définies de façon frustre par leur fortune. Les "diaboliques élites" sont parées de la toute-puissance - d'autant plus qu'elles constituent le rempart pour excuser les échecs et les compromissions.
Si l'on scrute le comportement des élites, elles se révèlent par temps de crise critiquables, cupides et désaxées, coupées des réalités et de la compagnie de la majorité qu'elles asservissent, mais la responsabilité principale incombe plus à la majorité qui se laisse asservir qu'à la minorité qui exploite. La décomposition des élites est représentative de l'état de faillite de la majorité. Plus les gens relèvent des couches sociales les plus défavorisées, plus ils baignent dans l'inculture et l'asservissement, et plus il se révèlent moutonniers et jaloux. Le plouc atavique est l'exemple de cette faillite qui touche moins les élites que la majorité. La faillite des élites indique la faillite de ceux qu'ils représentent.
Il n'y a pas dissociation entre la majorité et l'élite : l'élite est à l'image de la majorité. Quand l'élite révèle son impéritie et sa cruauté, c'est le signe qu'elle représente des masses en effondrement généralisé. Plus l'inégalitarisme grimpe, plus la majorité tend vers la nullité. C'est alors qu'intervient la phase de déculpabilisation, émanant de mentalités frustres, tendant à rendre la médiocrité positive et l'excellence critiquable. Dans la vision de faibles, on n'est plus excellent du fait de ses mérites, selon la conception oligarchique classique, exprimant le point de vue des dominateurs, mais du fait d'une vision oligarchisée simpliste, exprimant le point de vue paradoxal des opprimés soutenant à leur insu, par leur rébellion négative, l'oligarchie, dans laquelle les qualités ne sont que des prérequis donnés par la naissance, non plus des acquis obtenus par l'éducation ou les études.
En validant la thèse de l'oligarchie inévitable, subie et mauvaise, les médiocres se revalorisent et légitiment, à défaut d'expliquer, leur médiocrité : si les élites sont médiocres, les médiocres sont les valeureux. Les critères de la valeur sont faux! Cela tombe bien, ils ne correspondent pas à la valorisation des médiocres. D'ordinaire, on valorise l'intelligence, la réussite scolaire, professionnelle, sociale, l'expression artistique, la connaissance culturelle... Il convient de changer de critères et de mesurer que les critères étiquetés médiocres ne le sont qu'édictés par les plus forts, les dominants et les vainqueurs.
Les critères émanent des dominés et valent du fait de leur caractère illogique et ridicule. Au moins les dominés sont-ils gentils et aiment s'amuser. Ils vivent pour un but sympathique à défaut d'être noble : le plaisir. A la différence des poujadistes, ils ne cherchent nullement à prendre le pouvoir. Les poujadistes avancent qu'il convient de remplacer les élites corrompues par les classes commerçantes moyennement aisées, travailleuses et valeureuses. Les médiocres en voie de ploucisation ne cherchent nullement à changer l'ordre social, ni à améliorer les élites qu'ils critiquent.
Ils escomptent seulement légitimer leur médiocrité en dénonçant comme bouc émissaire de la crise les élites (anonymes et simplifiées à quelques noms, quelques organisations, voire quelques familles). Le simplisme permet de déculpabiliser la médiocrité à peu de frais. La dissociation entre les élites mauvaises et la majorité opprimée, donc bonne est fantasmatique : elle conforte la mentalité oligarchique et explique :
- pourquoi les esclaves sont favorables à leurs maîtres despotiques
- et pourquoi leur rébellion est le plus sûr instrument de la perpétuation du pouvoir oligarchique.
C'est quand l'opprimé se veut rebelle qu'il adoube la mentalité du plus fort à son détriment. C'est qu'il entend ne pas sortir de son plaisir vulgaire, dont la caractéristique est qu'il se révèle condamné à court terme. Cette rébellion se caractérise par le refus de changer, de dénigrer avec ressentiment les élites, tout en ne proposant rien pour assurer le changement de l'ordre injuste. Le médiocre ne dispose pas des armes intellectuelles pour concevoir le changement.
Le propre de l'oppression consiste à valider la conception du réel morcelé, en réduisant le réel au social, du fait de la violence que le dominé subit et qui détruit la possibilité d'unité et d'universel. Le changement ne pourrait s'effectuer que par l'unité : la vision selon laquelle l'on peut changer l'ordre puisque toutes ses parties sont liées. Au contraire, dans le morcèlement, le changement n'est pas possible, puisque les parties sont déconnectées. La mentalité oligarchique se trouvé réhabilitée. Le ressentiment de type nietzschéen s'explique : si l'on ne peut changer l'ordre, il importe de se venger en le déclarant injuste à son profit - d'autant plus néfaste qu'il est nécessaire. La libération des chaînes du ressentiment passe par la prise de conscience que la liberté s'appuie sur l'unité du réel.

mercredi 11 juillet 2012

L'ingérence démocratique

Madame Midani, présidente de l'AFAMI, intervient en anglais lors d'une émission de la BBC, vendredi 6 juillet 2012. Elle contredit BHL en fin de vidéo. J'ai recopié la traduction pour qu'on se rende compte de l'imposture qui sévit en Occident dans nos médias à propos des Printemps arabes - et que le lecteur prenne la mesure de la boucherie qui s'est déroulée en Libye. La prise de Tripoli fin août 2011 ne fut pas la délivrance pour le peuple libyen débarrassé du dictateur Kadhafi. Les Libyens ne voulaient pas du chaos orchestré par l'OTAN. Ils se sont défendus dans l'ouest et le sud avec héroïsme. Quand il a fallu après huit mois de combats acharnés prendre Tripoli et tuer Kadhafi, les avions de l'OTAN ont bombardé la capitale pendant un à deux jours; puis les hélicoptères ont mitraillé les poches de résistance pendant une journée. Enfin, les forces spéciales et les mercenaires ont pu, avec des trahisons, envahir la ville. Il y eut entre 2000 et 3000 morts, dans ce qui constitue une des pires massacres coloniaux. Ceux qui défendent cette atrocité sont complices de crimes impérialistes et n'ont aucune légitimité pour défendre la démocratie, l'humanisme, la justice et la liberté. Aujourd'hui encore, Tripoli continue à résister, par la tactique de la guérilla, sur le modèle de ce qui se passe en Irak (où la résistance inflige des pertes aux Anglo-Saxons). La situation en Syrie, aussi différente soit-elle du chaos libyen, obéit au même principe de l'ingérence démocratique.



"Je suis Madame Midani, je suis présidente d'une association ici en France. Je suis franco-syrienne. Je voudrais demander à M. Lévy... Je pense que la plus grande blague est de voir M. Lévy s'inquiéter des morts en Syrie. En partant du principe qu'il a toujours affirmé qu'il travaille pour Israël et qu'il porte Israël dans son coeur. Et c'est je pense la raison pour laquelle pour lui la Syrie est une menace, car c'est une menace peut-être pour ... 
(interrompue par le présentateur) 
C'est la première chose, laissez-moi s'il vous plaît continuer...
BHL : - Je ne vous autorise pas à dire que je travaille pour Israël...
Midani : - C'est vous qui l'avez dit!
BHL : - Non, non, non! Je ne vous autorise pas à dire que je travaille pour Israël! Tout ce que je peux vous répondre est que depuis quarante ans mon coeur est du côté de tous ceux qui souffrent dans le monde entier!
Midani : - Les gens de Gaza ne sont pas des gens?
BHL : - Partout dans le monde! Et aujourd'hui la capitale mondiale de la souffrance est Homs! est la Syrie!"
(Le présentateur veut lui enlever le micro!)
Midani : - Non, non, non! Combien de personnes ont été tuées en Libye après l'intervention de l'OTAN? 160 000 personnes! Pour en protéger 2000 comme vous disiez, alors même que HRW (Human Rights Watch, NdA), qui est une ONG pour couvrir les interventions impérialistes, ils disent eux-mêmes 200 personnes! L'intervention de l'OTAN en Libye a semé la destruction, des choses horribles, des morts. Et maintenant c'est le chaos en Libye!"
(Nouvelle intervention du présentateur pour interrompre l'intervention).

Trois remarques pour commenter ce discours de vérité : 
- Cette présidente d'une association franco-syrienne rappelle la vérité des événements face au propagandiste BHL (dont les discours sont criminels, au sens où ils cautionnent les morts au nom des plus forts) : les guerres humanitaires pour la démocratie sont des couvertures pour l'impérialisme. Ceux qui les défendent montrent leur visage de colonialistes et soutiennent les massacres des populations autochtones.
- L'imposture de la protection des populations à Benghazi (issue de la R2P) apparaît comme le prétexte pour l'intervention impérialiste : pour protéger quelques milliers (évaluation contestable) de manifestants, dont des islamistes armés par les affidés régionaux de l'OTAN, on en aura tué plus de 100 000. Je reste médusé par l'argutie, qui confond violence et démocratie : au nom de la violence minimale de la dictature, on pourrait perpétrer la violence maximale de la démocratie. Toute cette affaire a été orchestrée par les stratèges atlantistes, en jouant sur les tensions entre Cyrénaïque et Tripolitaine, en soutenant l'islamisme régional et en prenant soin d'acheter quelques chefs tribaux, plus les collaborateurs ultralibéraux de l'entourage corrompu de Kadhafi. Au final, on aura renversé un régime népotique et terroriste pour le remplacer par le chaos. Le peuple libyen a perdu les bienfaits en empirant les méfaits de l'ère Kadhafi. Il ne se libérera de son oppression qu'au prix d'une longue résistance et avec le spectre de la partition d'un pays tribaliste.
- Combien de temps allons-nous continuer à suivre la rhétorique grossière de propagandistes notoires comme BHL, qui travaille plus pour des intérêts atlantistes que pour Israël, malgré son engagement sioniste? Dans le discours manichéiste, on oppose l'atlantisme au point de vue autochtone, la démocratie contre la dictature, selon la rhétorique néo-conservatrice. Soit l'on est pour la démocratie de l'OTAN; soit pour la dictature légitimement renversée. La nuance est la définition de l'intelligence? Peut-on être contre des régimes violents tout en s'opposant à l'intervention impérialiste se masquant derrière l'humanitarisme et la démocratie? Il est conseillé de sortir des stéréotypes, de bouger les lignes avec finesse et de réfuter le manichéisme au profit de points de vue argumentés, en rappelant que le régime de Kadhafi comportait aussi des aspects positifs et que son anéantissement n'a pu qu'engendrer le chaos. L'on ne peut implanter la démocratie depuis l'étranger. L'humanitarisme belliqueux ne fonctionne que parce que les opinions en Occident se trouvent du côté des plus forts, pas avec les opprimés et les victimes.
- L'assertion de BHL selon laquelle il défend ceux qui "souffrent partout dans le monde" suivant les critères de la justice et non selon la loi du plus fort serait risible si elle ne fonctionnait depuis ... trente ans! En Afghanistan, en ex-Yougoslavie, en Géorgie, en Libye, en Syrie, notamment, BHL s'est placé du côté des plus forts, selon le point de vue atlantiste défendu militairement par l'OTAN. Il est facile de saper les prétentions mégalomanes de BHL en diffusant par exemple cet extrait :
http://www.dailymotion.com/video/xoh8z_f-helbert-vs-bhl-sur-jenine_news
Pourquoi les populations françaises acceptent-elles ces rodomontades non seulement biaisées, mais creuses et médiocres?
a) Le crédit dont jouit BHL dans les médias est épuisé. On l'a mesuré avec les bides qu'ont fait ses productions sur la Libye : son livre et son film retraçant son engagement en Libye, alors que l'opération était décidée depuis le siège de l'OTAN AFRICOM à Stuttgart, et les plans préparés depuis plusieurs années, se sont révélés de cuisants échecs commerciaux.
b) Les populations d'Occident n'ont pas intérêt à soutenir le parti du plus fort. Elles sont les victimes indirectes du colonialisme et de l'impérialisme. Si elles le font, c'est parce qu'elles se désengagent et prônent la dépolitisation. La dépolitisation souligne l'écoeurement des peuples en démocraties libérale, le fait que la démocratie libérale ne réussit plus à représenter les aspirations du peuple. Le désengagement, dont le terme exprime la mélancolie du desengano, ne voit pas d'autre horizon que le plus fort qui le dominerait outrageusement et qui se révélerait d'autant plus tout-puissant qu'il serait diabolique. Le dépolitisé avoue de go qu'il est incapable de participer à la gestion de sa société et qu'il ne lui reste que la nécessité d'attendre sur le bas-côté de la route, en attendant que les plus forts se débarrassent de lui. Ce simplisme pessimiste va de pair avec la vulgarité. La dépolitisation déculpabilise le dépolitisé de sa responsabilité de citoyen et rappelle que le principal coupable de la dépolitisation est le dépolitisé lui-même, qui adoube les chaînes de son oppression et fait mine d'opérer la distinction hallucinatoire entre le plus fort et sa victime. A condition de faire montre d'intelligence, l'esclave dispose de tous les moyens pour renverser le maître, comme Hegel l'a rappelé (tout en cherchant à conforter le parti du plus fort).

mardi 10 juillet 2012

Rappel

Suite aux atermoiements de l'affaire Merah, que je suis avec peu d'intérêt, une chaîne de télévision française connue pour sa médiocrité consumériste sort des extraits audio de négociations entre Merah et des interlocuteurs de la police (ou affiliés), qui témoigneraient de la culpabilité de Merah autant que de la véracité de la VO.
Quelques remarques de bon sens d'un citoyen critique, sans avoir perdu de temps à écouter en intégralité ces extraits : 
1) si la culpabilité partielle de Merah reste possible, nous ne détenons aucune preuve de sa participation aux meurtres qu'on lui impute;
2) au vu des éléments du dossier, Merah est un pigeon, peut-être actif, qui a obéi à des instructions, voyageant en toute impunité dans des pays terroristes, perpétrant diverses infractions en France sans en subir les conséquences judiciaires et en étant suivi avec paternalisme par des professionnels du renseignement;
3) ces vidéos sont à prendre avec pincettes : rien ne prouve quatre mois après les horribles faits qu'elles n'ont pas subi des montages, sur le modèle des apparitions d'Oussama, un pigeon plus fameux et fumeux, dont on a pu apprécier la trajectoire d'ensemble depuis son assassinat maquillé en justice;
4) loin de se clore, cette affaire mineure et rance connaît un rebondissement qui n'empêchera en rien l'éclatement de la vérité, déstabilisant au plus haut point pour les autorités françaises et la démocratie hexagonale, de moins en moins explicite;
5) la vraie question à poser serait de relier cette affaire survenue en pleine campagne présidentielle française (une mauvaise habitude...) avec les opérations sous fausse bannière depuis le changement de paradigme stratégique amorcé avec le 911 - et avec les réseaux Gladio de l'OTAN, dont l'historien Ganser donne la mesure des rouages sanglants;
6) la mention d'al Quaeda discrédite ces bande-sons : l'usine à gaz du terrorisme est utilisée ad hoc, comme ce fut le cas dans le Karachigate. L'entêtement des familles des victimes françaises à sortir la vérité a permis de prouver que l'authentification effectuée par les services du ministère de l'Intérieur de la piste al Quaeda était fantaisiste et qu'il s'agissait de barbouzes oeuvrant pour des commanditaires floués dans des scandales de rétro-commissions validées du temps de Balladur. Une fois de plus, la piste al Quaeda mène à des dédales qui ne désignent jamais un ennemi indépendant, étranger et diabolique, mais un outil de manipulation permettant à des intérêts financiers de trouver un bouc émissaire parfait pour leurs opérations de diversion. Si Merah se réclame d'al Quaeda, c'est le signe que son engagement est manipulé, tout comme l'hydre al Quaeda se trouve manipulée. Au service de qui dans le camp atlantiste?;
7) les médias officiels se discréditent toujours autant : ils instruisent à charge et se mettent toujours du côté du plus fort, en l'occurrence de la VO française. Que dit l'avocate du père de Merah, qui devait remettre ses vidéos à la Justice française? Que ne nous entretient-on des suites de l'attentat contre l'ambassade d'Indonésie survenu à la même époque?
Pour le reste, je ne vois à ce drame qu'un intérêt modéré par rapport à la crise systémique qui ravage l'Europe en ce moment et qui peut plonger l'humanité mondialisée dans un âge des ténèbres pire encore que ce que nous avons connu dans l'époque moderne. Je ne pourrais que me féliciter qu'un aussi détestable sire que ce Merah soit le plus largement possible impliqué dans les crimes. Malheureusement, je crains que sa participation soit mineure et qu'elle résulte de la stratégie du choc des civilisations, qui fut mise en lumière par le regrettable Huntington et qui permet à la civilisation occidentale et libérale en déclin de se trouver un bouc émissaire surévalué et un ennemi illusoire.

lundi 9 juillet 2012

Le désir et la volonté

Le désir et la volonté sont deux termes proches. Spinoza fait du désir la fin éthique de l'existence : rendre le désir complet, accroître sa puissance. La volonté est promue par Schopenhauer, le maître de l'absurde, qui la distingue comme faculté première, chez l'homme, mais aussi dans l'univers. La volonté renvoie à l'idée selon laquelle existe une faculté de persistance et de survivance dans l'univers, qui préexiste et excède de loin la conscience. 
Schopenhauer est un kantien particulier, qui ne retient de la Critique de la raison pure que la Première partie. Kant, en progressant dans son texte le plus théorique, s'enfonce dans le verbiage et suit une méthode édictant des catégories mentales par décret de sa raison. Schopenhauer retient l'idée selon laquelle la représentation importe sur le restant et le réel est gouverné par une faculté qui relie la représentation subjective au réel.
Schopenhauer entend résoudre l'aporie kantienne, qui ne répondra jamais au défi qu'il se pose de clarifier le fonctionnement de l'esprit humain et d'énoncer son lien avec le réel. Schopenhauer décèle dans la volonté la forme qui relie la faculté humaine cardinale et le réel. Si la volonté désigne la tendance absurde et irrationaliste, on peut se demander comment Schopenhauer parvient à la trouver, sinon par son intelligence particulière. La volonté se distingue par sa primauté sur l'intelligence, mais aussi par le fait qu'elle exclut l'intelligence de son domaine d'influence suprême.
La volonté présente pour particularité d'être étrangère à l'intelligence, ce qui implique que l'intelligence serve à décrypter la volonté, sans pouvoir la changer. Raison pour laquelle en esthétique, Schopenhauer distingue le rôle primordial du spectateur qui ressent l'émotion, en la dissociant de l'héritage kantien tendant à démontrer que l'on peut par son intelligence influer sur la création - en tant qu'acteur.
La seconde particularité de la volonté comme faculté explicative du réel absurde, c'est sa dimension stérile. Schopenhauer détestait ses semblables et considérait l'acte de procréation comme un crime. Quand il doit proposer une morale recoupant sa philosophie de l'absurde, pour ne pas en demeurer à des incantations théoriques non applicables en pratique, ce qu'on pourrait reprocher au kantisme, il propose le bouddhisme comme la destruction de son ego. 
Schopenhauer prône non le bouddhisme, mais l'absurde : il s'agit de vivre de manière individualiste et d'attendre que la mort se passe, en espérant que l'espèce humaine s'éteigne. Cette conception entropique de l'homme (appelé à disparaître) pose la question de l'absurde, qui pourrait expliquer l'hypothèse du pessimisme : qu'advient-il du réel? Est-il soumis à la démarche entropique ou perdure-t-il par la volonté absurde? Qu'est-ce que l'absurde cerné comme la volonté? Le réel s'expliquerait de manière figée : il veut être, mais il est fixe, stable, défini, donné. 
Soit de manière rationnelle le recours à l'explication par la volonté mène à l'autodestruction; soit l'irrationalisme confère sa perpétuation au réel, sans qu'on l'explique, ce qui pose la question de l'arbitraire de l'explication retenue - l'explication ne se montre guère explicable; l'irrationalisme renvoie à un défaut explicatif. On pourrait rapprocher son irrationalisme forcené à Schopenhauer, qui fait remonter son système à un principe irrationnel et contestable - le cartésianisme introduit l'irrationnel dans l'explication fondamentale, avec son deux ex machina remontant le pendule de l'univers physique, et qui introduit le rationalisme par la suite. Fonder le rationalisme sur l'irrationalisme du miracle divin : Schopenhauer est un irrationaliste fervent, qui établit que le rationalisme vaut pour le domaine de la volonté qui souffre.
On comprend pourquoi il dresse l'éloge de l'érudition, contre le pédantisme universitaire : ce n'est pas qu'il soit contre l'érudition, mais contre l'attitude qui fonde une norme générale et qui ruine le principe de singularité. Les irrationalistes sont favorables à l'érudition, qui pose que le singulier érudit est supérieur par son savoir au singulier ignorant et que le savoir traduit la supériorité singulière - définit le domaine du singulier. Les pédants proposent sa correspondance sociale à la catégorie intellectuelle de l'érudition. Ils confèrent à l'érudition sa norme : l'arrogance, la fatuité liée au savoir. 
Dans l'Antiquité, Démocrite était érudit; les sophistes étaient érudits : dans un monde de hasard et de facticité comme celui de Protagoras, le savoir est le moyen de donner à son être aléatoire une certaine consistance. Le savoir est la plus haute forme de domination, à condition de préciser que l'on entend dominer de manière intelligente, soit en condamnant la domination sociale des savants (ainsi que le fait Nietzsche), et en promouvant une domination du savoir au service de l'accroissement de la puissance personnelle. Au service du désir et de la création. L'opposition entre les spinozistes (dont Nietzsche, qui ne fait qu'infléchir les options) et Schopenhauer (l'inspirateur de jeunesse de Nietzsche, dont l'absurde diffère de l'immanentisme tardif et dégénéré que finira par tenter de proposer son disciple, avant de sombrer dans la folie) repose sur la différence entre la volonté et le désir.
La volonté est stérile, quand le désir est créatif, au sens où il permet la reproduction (la philosophie platonicienne insiste sur l'importance de l'érotisme dans la création philosophique, avec le rapport maître/élève marqué par la relation homosexuelle). Raison pour laquelle Schopenhauer conçoit le savoir comme un exercice de domination singulière, donnant au dominateur misanthrope la satisfaction de connaître avant de disparaître; tandis que les spinozistes fixent un programme créatif au savoir.
Le désir se montre créatif par opposition à la volonté stérile. La créativité intelligente ne s'oppose pas à la créativité sexuelle. Elle la domine, ce qui explique que le dominateur érudit entende obtenir des avantages sexuels de ceux qu'il domine. La reproduction sexuelle est simple mimétisme : elle reproduit ce qui est en ce qui sera. Elle est aveugle et n'aboutit à aucun changement; tandis que la supériorité de la création permet la domination de ce qui est intellectuellement supérieur sur ce qui est essentiellement physique (sexuel).
Cette conception est oligarchique : la supériorité des intelligents sur les ploucs obnubilés par le sexuel en dit long sur la représentation qui prévaut dans la mentalité oligarchique (et qui se trouve partagée autant par les opprimés aveugles que par les dominateurs). La créativité est entendue en termes de domination : il s'agit de permettre la permanence dans le changement, grâce à l'intelligence. Il s'agit aussi d'imposer la règle de la domination pour résoudre la contradiction.
On ne se contredit pas à partir du moment où l'on domine. Le talon d'Achille de cette mentalité tient à sa conception de la création : l'artiste ne change pas de monde. Chez Spinoza, il accroît sa puissance et domine dans un monde qui est viable et qui vient de se réformer de manière rassérénante (avec le cartésianisme).  
Quand la réforme cartésienne commence à s'essouffle, Nietzsche, pour la relancer et réformer à son tour l'immanentisme, propose la cohérente mutation impossible, qui aboutit à la folie de son auteur et à l'échec programmatique de l'immanentisme. La création du désir se révèle stérile. Si elle paraissait féconde, au contraire de la volonté, elle aboutit à reconnaître que sa fécondité prolonge de manière plus prolongée que la volonté, mais que la stérilité finit par s'imposer.
C'est le secret que l'immanentisme tardif et dégénéré essaye de cacher, mais que la modernité lucide reconnaîtra : Nietzsche a été le disciple de jeunesse de Schopenhauer, qui aurait rompu avec son éducateur, du fait de cette volonté stérile, rendant impossible le projet de mutation (lui-même impossible). Rosset à son tour commence par être le commentateur de Schopenhauer, puis propose sa définition de Nietzsche non assujettie aux billevesées des postmodernes gauchistes réussissant l'exploit d'idéologiser Nietzsche à la sauce gauchiste.
Rosset propose dans l'immanentisme terminal la version la plus cohérente, un conservatisme cruel légitimant la domination oligarchique et proposant en lieu et place de la mutation impossible la reconnaissance du réel tel qu'il est et tel qu'il ne doit pas être transformé. S'opposant aux velléités idéologiques de changement, comme le matérialisme marxiste, dont le postmodernisme gauchiste dominant est l'expression dans l'après-guerre, le solitaire Rosset, qui par son isolement retient la leçon de Schopenhauer prolongée par Nietzsche, exprime l'abandon du changement (qu'il nomme l'espoir) et fonde l'immanentisme réaliste : l'option selon laquelle on peut se satisfaire du réel tel qu'il est et que c'est la seule possibilité pour parvenir à la complétude.
L'immanentisme terminal s'adosse sur la stérilité : si la volonté engendre l'impossibilité à court terme, le désir finit par revendiquer le réalisme. Ce que l'immanentisme nomme réalisme, par convergence avec la philosophie analytique, c'est l'idée la plus immédiate, brute, physique, sensible, du réel. Comme l'identification du désir complet avec le réel sensible aboutit à la destruction du réel, la complétude est une peau de chagrin, dont l'issue dément le programme.

jeudi 5 juillet 2012

La partie émergée du réseau

http://www.lemonde.fr/international/article/2012/06/12/le-retour-des-barons-flingueurs_1717095_3210.html

Dans cet article, l'honorable correspondant du Monde pour la City de Londres Marc Roche nous explique l'avènement d'une alliance stratégique dans la finance mondialisée : "L'alliance stratégique conclue le 30 mai entre RIT Capital Partners, présidée par le Britannique Lord Jacob Rothschild, et la société américaine Rockefeller Financial Services, marque le retour de ces deux figures emblématiques de la finance anglo-saxonne. Grâce à deux vieux dragons qui ont repris du service - Jacob Rothschild, 76 ans, et David Rockefeller, 96 ans -, la City et Wall Street font à nouveau cause commune".
Les noms Rothschild et Rockefeller sont emblématiques de l'histoire du libéralisme anglo-saxon, au point que l'on trouve beaucoup d'analystes pour expliquer l'organisation de la finance par l'identité permanente de lignées financières. Il est complotiste dans un sens rigoureux d'expliquer la domination politique par des lignées de financiers ou d'industriels cachés mais permanents.
Cet article a le mérite de rappeler les mérites de Lord Jacob Rothschild que de David Rockefeller, qui illustrent par les actions de leur dynastie respective, l'évolution des places fortes de Wall Street et de la City vers la mondialisation. Il serait simpliste d'inférer que ces deux noms fameux sont les dirigeants occultes du capitalisme mondial.
Il n'est pas possible que le pouvoir soit rendu par les mêmes familles, sans quoi ce pouvoir serait visible et perdrait sa principale faculté  : sa solidité toute-puissante du fait de son ancrage dans le fantasme, et non dans le réel. Dans le fantasme, le principal avantage est qu'on substitue à des faits indispensables à la tenue d'une enquête rigoureuse quelques pistes vagues et quelques insinuations confuses. Les indices partiels et morcelés deviennent des évidences à partir du moment où l'on s'en tient à des rumeurs et des doutes.
David Rockefeller est milliardaire, descend d'une prestigieuse lignée pétrolière, dans laquelle son grand-père fut l'homme le plus riche du monde? Jacob Rosthchild descend des banquiers attitrés de la famille royale d'Angleterre au dix-neuvième siècle et dirige une des plus grandes compagnies d'assurance du monde (parmi d'autres actifs)? On aurait pu ajouter qu'il détient un rôle autrement plus considérable que les Rockefeller dans la finance mondiale en tant que membre de l'oligarchie de la City proche de l'aristocratie britannique et ayant participé à son haut fait, que jamais Roche ne précise et qui pourtant est l'action la plus importante de son pedigree : avoir démantelé les accords de Breton Woods en 1971 avec la dématérialisation du dollar (avec la constitution du groupe interbancaire Inter Alpha).
Lord Rothschild personnifie le passage du Big Bang de 1986 de méthodes de gestion classiques à la dérégulation qui a abouti aux excès et à la faillite. Comme un symbole, il a rompu avec la branche britannique de la banque familiale des Rothschild pour reprendre le secteur RIT et lancer des alliances avec d'autres noms influents de la finance dans la City.
Même si aujourd'hui Roche nous berce de l'air du vieux fauve réconcilié avec les siens et apaisé avec lui-même, l'on voit comment fonctionne l'oligarchie : non grâce à l'identité enfin trouvée, émanant de familles, de dynasties et d'individus aux propriétés stables, mais par l'identité morcelée, fluctuante et éphémère, friable et différante, de réseaux, dans lesquels on retrouve des familles et des individus, qui en aucun cas ne forment des identités complètes et stables.
S'il est puéril de considérer que quelques individus détiennent le pouvoir et le conservent de manière cachée, diabolique et toute-puissante, c'est que l'identité du pouvoir oscille entre deux tendances : soit il est visible, officiel et reconnu, auquel cas il peut prétendre à une certaine identité (une certaine stabilité); soit il est caché, auquel cas, il devient plus fragile, friable, éphémère et morcelé. Les tentatives de décrire un pouvoir d'autant plus néfaste qu'il serait caché ne reposent pas seulement sur la paresse intellectuelle d'esprits vulgaires trop ravis de constater qu'ils détiennent le moyen de maîtriser en quelques minutes et clics ce qui nécessitait auparavant plusieurs années de dur labeur.
Le simplisme se trouve au service de la cause que défend le complot utilisé comme explication fondamentale à l'histoire : le complot sert la loi du plus fort, non la dénonciation des puissants toujours méchants (le ressentiment et la vulgarité sont explicites, ainsi que l'ignorance et l'illusion), en proposant une conception dans laquelle le mal dirige les affaires, les hommes sont maîtres de leur histoire au point de diriger par des complots. 
Le pessimisme souffre d'une contradiction interne : il n'explique nullement comment le monde peut continuer à être tout en allant de mal en pis - comment la destruction peut être indéfinie. Si Schopenhauer est plus le maître de l'absurde que du pessimisme, son absurde recèle le même coefficient de contradiction, n'expliquant nullement comment l'absurde peut continuer à avoir du sens - comment Schopenhauer lui-même peut réussir à théoriser de manière rationnelle l'irrationalisme qu'il distingue et dont il se fait fort d'être le héraut.



"Le retour des barons flingueurs.

Au-delà de l'argent et de la réussite, de la puissance et de la gloire, ces deux noms symboles font rêver : Rothschild et Rockefeller. Ce sont des noms qui effacent les prénoms.
L'alliance stratégique conclue le 30 mai entre RIT Capital Partners, présidée par leBritannique Lord Jacob Rothschild, et la société américaine Rockefeller FinancialServices marque le retour de ces deux figures emblématiques de la finance anglo-saxonne. Grâce à deux vieux dragons qui ont repris du service - Jacob Rothschild, 76 ans, et David Rockefeller, 96 ans -, la City et Wall Street font à nouveau cause commune. Pour le meilleur comme pour le pire...
Comme il est difficile, quand on entre dans la vie professionnelle doté d'un tel patronyme, de prétendre être autre chose qu'un héritier ! Pourtant, l'intensité et la nature de la passion des deux patriarches pour les affaires font d'eux des personnages d'une autre envergure que de simples fils à papa pour qui le hasard a toujours pris l'aspect de la fortune. Refusant de vivre de leurs rentes, ils ont réussi à mêler la tradition familiale qu'ils vénèrent et le désir de se réaliser. Du grand art...
Fils du baron Victor, officier du renseignement et savant, Jacob a fondé RIT Capital à la suite de deux graves revers. Ce banquier d'affaires, rusé et ambitieux, avait d'abord perdu les commandes du vénérable établissement londonien NM Rothschild & Sons en 1980 au profit de son cousin Evelyn, le principal actionnaire hostile à son projet de mise en Bourse de la banque d'affaires.
Ensuite, sa participation, en 1989, aux côtés de deux autres raiders célébrissimes, James Goldsmith et Kerry Packer, à l'OPA gigantesque ratée contre le conglomérat britannique BAT Industries avait discrédité ce businessman hors pair.
Le quatrième baron Rothschild, si désireux d'exister par lui-même, entendait volerde ses propres ailes. Après le suicide, en 1996 à Paris, de son demi-frère Amschel, qui présidait le département gestion de patrimoine de NM Rothschild, la désignation du cousin français David de Rothschild comme dauphin de l'ennemi juré d'alors, Evelyn, l'avait éloigné de l'orbite de la galaxie familiale.
On ne présente plus David Rockefeller, ex-président de la banque de détail Chase Manhattan (qui a fusionné en 2001 avec JP Morgan). Cette star de Wall Street est le petit-fils du magnat du pétrole John D. Rockefeller, qui avait fondé en 1882 Rockefeller Financial Services pour gérer la fortune du clan. Prototype par excellence du robber baron, ces "barons voleurs" du XIXe siècle honnis en raison de leurs abus, John D. Rockefeller avait fondé le premier monopole aux Etats-Unis avec la compagnie pétrolière Standard Oil. A coups d'audace, de poigne et avec l'aide de quelques amis puissants, boucaniers de la finance et politiciens corrompus...
Rockefeller appartient aussi à une grande famille WASP (white anglo-saxon protestant, c'est-à-dire Blancs anglo-saxons protestants) de la Côte est des Etats-Unis.
Le judaïsme a cimenté la dynastie des Rothschild, "prince des banquiers et banquier des princes". Et, à l'inverse des Morgan, la lignée Rockefeller n'est pas marquée par une tendance à l'antisémitisme présente dans l'aristocratie WASP comme en témoigne l'alliance entre William Rockefeller et la banque Kuhn, Loeb & Company dans la bataille en 1901 pour le contrôle de la ligne de chemin de ferNorthern Pacific.
Fréquentant les mêmes cercles de l'establishment transatlantique, en particulier la Commission trilatérale, David Rockefeller connaît Lord Jacob Rothschild depuis des lustres.
Dernier point commun entre les deux papys de la finance, la philanthropie haut de gamme. Jacob et David apparaissent chacun comme la figure même du mécène contemporain qui encourage les arts. A la tête de la Rothschild Foundation, le premier, collectionneur raffiné dont la soif d'oeuvres n'est jamais assouvie, a ouvert les trésors de son château de Waddesdon au public.
Quant à la Rockefeller Foundation, organisation caritative privée, elle a été fondée en 1913 pour promouvoir "le bien-être de l'humanité dans le monde".
"Toute mon éducation a été guidée par la devise familiale - "concorde, travail, intégrité". On m'a critiqué par la suite pour ne pas avoir respecté le premier principe, mais je plaide non-coupable", nous déclarait Lord Jacob lors du lancement de RIT Capital. Outre l'ancrage à la dynastie Rockefeller, le financier de haut vol s'est progressivement réconcilié avec les siens.
Après une rupture de trois décennies, le milliardaire est désormais en bons termes avec son cousin Evelyn. His Lordship a soutenu le rapprochement des maisons britannique et française sous l'égide de David de Rothschild. Enfin, en son fils Nat, jongleur d'entreprises et héraut des hedge funds, le franc-tireur a trouvé un successeur digne de son épopée.
Banquier talentueux et aujourd'hui comblé, Lord Jacob, que les conventions ennuient, reconnaît un attrait pour le défi à l'ordre établi. Ainsi, il a récemment exprimé sa "sympathie" envers les "indignés", mouvement de contestation citoyen du capitalisme financier.
Ce "croisé" de la libre entreprise s'est permis une petite phrase bien provocatrice :"Une société où le chômage des jeunes dépasse les 20 % est inacceptable." Dont acte...
roche@lemonde.fr
Marc Roche, Lettre de la City"