mercredi 8 juin 2011

Splendeurs et misères

Toujours avec l'affaire DSK, riche de sens plus généraux que cette simple affaire de viol - au fond pauvre en sens et assez écoeurante (par les réactions mal ajustées et bornées qu'elle inspire le plus souvent, entre le lynchage et la défense mal venue). Alors que certains esprits empreints de fascination pour l'oligarchie osent professer un scepticisme salutaire pour relever que dans cette affaire, le jugement n'ayant pas été prononcé, nous n'en savons rien, cette position est de mauvaise foi : nous savons très bien, quoi qu'il advienne du procès, que DSKétait un prédateur sexuel violent, souvent aux limites du viol, ce depuis des décennies. Et le plus important, quoique le moins remarqué autour de cette affaire qui n'est pas un complot, mais une manipulation : nous savons très bien que cette attitude de prédateur sexuel de type privé, au fond méprisable et désaxée, recoupe une politique de prédation ultralibérale qu'il accomplissait en toute impunité à la tête du FMI (après l'avoir perpétrée en France, notamment comme ministre des Finances socialiste).
On se focalise de manière hystérique sur le caractère privé du personnage public DSK, jusqu'à parfois délirer, alors que le plus important pour l'homme demeure le caractère public et politique de son action. Pourquoi ne retenir dans l'affaire DSK que le volet privé (certes des plus scabreux) alors que la dimension politique lui est de loin supérieure et significative? Pourquoi lyncher un possible violeur tout en exemptant un prédateur politique avéré (demandez aux Grecs, aux Portugais ou aux Irlandais ce qu'il pense de DSK et du FMI; les Grecs les accusent de nazisme plus que de viol, ce qui indique le caractère politique de leur action prédatrice)?
En parlant de l'aveuglement consistant à ne pas remarquer un objet qu'on refuse d'autant plus de considérer qu'il est intrinsèquement gênant, le seul point que l'affaire DSK permet de dédouaner concerne le volet idéologique de son engagement. Peut-être est-il normal que ne considérant pas l'aspect politique, on se vautre dans le déni idéologique et qu'on ne remarque pas le comique de ce déni : DSK est un sioniste juif inconditionnel, qui se laisse aller à des déclarations choquantes quant à son identité politique, qui serait plus portée vers l'intérêtd'Israël que de la France. On peut se montrer raisonnablement opposé à l'engagement sioniste et considérer même qu'il recoupe actuellement l'appétit virulent et forcené de domination qui animait DSK tant dans le domaine privé que dans sa conception ultralibérale (économique).
Mais l'important, c'est que même si DSK est victime d'une manipulation (relative) ourdie contre son important personnage public, le traitement particulièrement sévère qui lui est infligé, dont l'injustice se caractérise par l'indulgence inversement proportionnelle dont il a joui auparavant, contredit le mythe du sionisme tout-puissant. La vision d'un grand complot mondial qui serait dominé par les sionistes (l'idéologie sioniste n'étant pas circonscrite à Israël, mais relevant d'une influence internationale) se révèle fausse par l'acharnement médiatique plus l'arrestation légale que subit DSK le sioniste déclaré.
Non pas que le sionisme soit dépourvu d'influence, ce qui serait faux et qui a été dénoncé notamment par les politologues américains Walt et Mearsheimer sur le sol américain, mais que l'influence du sionisme (indéniable et nullement à réfuter) ne relève en aucun cas de la toute-puissance qui lui est parfois prêtée de manière simpliste (j'explique le fonctionnement du monde par le monocausalisme simpliste et caricatural de la toute-puissance sioniste). Si tel était le cas, si le cas DSK n'avait pas subi le lynchage en plus de l'arrestation légale, notre serviteur zélé du sionisme international et financier aurait conservé l'impunité toute-puissante,a fortiori sur le sol américain, où la puissance du lobby sioniste est incontestable.
L'arrestation de DSK invalide définitivement le mythe de la toute-puissance du sionisme. Quoique déniée, le rapport de forces apparaît assez clairement dans cette affaire DSK - plus précisément : dans l'effondrement de l'oligarque DSK. Car DSK le sioniste ne tire pas son influence considérable du sionisme, aussi puissant les pouvoirs sionistes soient-il. DSK tire son influence du pouvoir qui rend l'idéologie sioniste si influente. Et la chute de DSK n'est possible que parce que ce pouvoir s'effondre. Je veux parler du pouvoir financier, dont la capitale est laCity de Londres et dont Wall Street n'est qu'un prolongement, aussi influent soit-il.
D'ailleurs, l'influence d'Israël s'effondre de manière impressionnante en même temps que l'effondrement financier s'accroît de manière déniée et prévisible. Demandez aux Egyptiens ce qu'il pense du mouroir de Gaza, en particulier depuis la chute du régime Moubarak. Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que le sionisme s'effondre. Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que DSK s'effondre. La véritable explication à l'effondrement de DSK implique qu'il existe un pouvoir supérieur au sionisme, ce qui discrédite du même coup l'interprétation accusatrice et haineuse selon laquelle le pouvoir mondial suprême serait aux mains des sionistes (avec une variante puérile selon laquelle ce pouvoir serait tout-puissant).
Le plus comique tient dans l'effondrement pathétique qui apporte la preuve de l'inanité de cette conception : si DSK a été arrêté de manière spectaculaire et humiliante aux Etats-Unis, c'est bien que le sionisme, aussi influent soit-il, n'est ni tout-puissant, fantasme puéril, ni le plus puissant, sur le sol américain, alors que l'on prête aux Etats-Unis un rôle de protecteur inconditionnel du sionisme. Les choses seraient-elles moins manichéennes que dans cette interprétation facile? L'interprétation selon laquelle la puissance du sionisme proviendrait de la puissance supérieure de son allié américain rendrait incohérente la position des Américains (qui auraient préféré détruire un rouage influent du sionisme plutôt que son pouvoir). Dans ce cas, les Américains ne seraient pas les alliés inconditionnels du sionisme, mais des alliés utilitaristes, quoique d'un utilitarisme souvent contre-productif, qui auraient ravalé le sionisme au rang de vassal (le sionisme se trouverait instrumentalisé, seulement soutenu dans les cas où il sert la stratégie de domination américaine).
La preuve que cette dernière interprétation demeure simpliste, quoique plus affinée que l'interprétation du sionisme dominant, voire tout-puissant, c'est qu'elle impliquerait que la domination des Etats-Unis sur le sionisme serve les intérêts exclusifs américains. Tel n'est pas le cas. Il faut être aveugle aujourd'hui pour ne pas se rendre compte que le pouvoir politique américain, dont celui d'Obama, faux Martin Luther King et vrai traître à ses promesses de campagne, se trouve sous la coupe des intérêts financiers, comme ceux de Wall Street et deChicago. Walt et Mearsheimer montrent que l'intérêt stratégique américain diverge de l'intérêt spécifique israélien et que le soutien américain à Israël ne peut pas s'expliquer par cette hypothèse, à moins de prêter aux stratèges américains une stupidité qui sur trente ans n'est pas envisageable (surtout quand on connaît l'intelligence acérée d'un Bill Clinton).
Par ailleurs, le constat de la domination des pouvoirs financiers sur les pouvoirs politiques auxEtats-Unis ne doit pas faire oublier que la capitale symbolique du financier se trouve toujours à la City de Londres, pas aux Etats-Unis. Ce que nous révèle cette affaire DSK, c'est que le sionisme est une idéologie manipulée grandement par les intérêts financiers qui ont présidé à son avènement mondial et qui n'ont jamais cessé de filer cette stratégie de manipulation. On mesure aussi que les intérêts oligarchiques ne sont pas des intérêts tout-puissants au sens où ils seraient à la fois dominateurs et unis, mais qu'au contraire l'oligarchie est un marigot où les intérêts divergents s'affrontent et où cet affrontement s'accroît à mesure que survient l'effondrement prévisible du système oligarchique.
L'effondrement vertigineux de l'influence sioniste entraîne dans sa chute la démystification de la toute-puissance sioniste. La chute du symbole DSK laisse apparaître que le sionisme est une idéologie plurielle et complexe au service historique des factions financières (et non l'inverse), qui elles-mêmes se trouvent profondément divisées, ce d'autant plus qu'elles sont confrontées à l'exacerbation des tensions internes causées par leur situation économique chaotique et condamnée (nullement toute-puissante et florissante). Au fait, qui est l'homme qui a fait tomber DSK? Cyrus Vance Jr. est le procureur de l'Etat de New York chargé d'instruire l'accusation contre DSK, mais il agit sous l'influence du Procureur général de New York qui s'appelle lui Eric Schneidermann.
En ce moment, Schneidermann s'occupe depuis le 24 mai d'approfondir une enquête lancée contre les éventuels délits de grosses banques européennes (UBS, Deutsche Bank, RBS, les intérêts Morgan), voie plus politique que juridique, vers laquelle l'a menée son action commencée avec une enquête préliminaire ouverte contre les grosses banques américaines (début 2011 avec Bank of America, Goldmann Sachs ou Morgan Stanley). Ces actions judiciaires de Schneidermann et de Vance Jr. sont des actes patriotes et civiques émanant de démocrates et contredisant les ordres donnés par Obama pour soutenir unilatéralement le pouvoir financier pourtant gravement coupable et vicié (où l'on vérifie aussi que les démocrates sont de plus en plus divisés entre eux et que les accusations de trahison à l'encontre d'Obamafleurissent dans le camp démocrate).
L'arrestation d'un ultralibéral socialiste comme DSK constitue un avertissement selon lequel le camp des progressistes lance contre ceux qui ont subverti et perverti le progressisme en l'alliant aux pires penchants du libéralisme : c'est Obama qui se trouve visé sur le sol américain par la chute de DSK, car leur profil et leur action politiques sont fort similaires. Et l'on se focalise sur l'identité du Procureur qui poursuit DSK en occultant le supérieur hiérarchique - car l'action de Schneidermann dépasse de loin le volet du crime sexuel et particulier et se révèle plus générale et politique : incriminer les méthodes destructrices des établissements financiers sous la juridiction de New-York (de laquelle relève Wall Street) bien plus que l'obsession sexuelle d'un de ses représentants au fond très dérisoire (aisément remplaçable).
Ce qui est infligé à DSK ou au sionisme recoupe le titre fameux que Balzac donna à l'un de ses romans de la Comédie humaine : Splendeurs et misères des courtisanes. Au début, aveuglé par le faste, l'on prend les vessie pour des lanternes; puis quand la maison s'effondre, on se rend compte que le carrosse doré n'a jamais été qu'une citrouille et que la principale raison de cet aveuglement impressionnant tient moins à la virtuosité des camoufleurs qu'à l'entêtement des observateurs, qui avaient les moyens de démasquer l'imposture, mais qui ont préféré la parade du paon pers.

lundi 6 juin 2011

Alternatives nouvelles

DSK a-t-il violé sa femme de ménage passagère à New York? Sans rentrer dans des faits d'accusation reconnus et graves, sur ce point précis, nous n'en savons rien (d'un point de vue policier). Par contre, nous savons que DSK le politicien médiatique est coutumier de pratiques sexuelles violentes, aux portes du viol, pratiques toujours couvertes par l'entregent du personnage et la peur de la puissance qu'inspire le pouvoir. Par ailleurs, fait plus intéressant, l'attitude politique de DSK est particulièrement destructrice, notamment depuis qu'il se tient à la tête du FMI. Déjà ce que nous pouvons savoir avec certitude est plus intéressant que ce nous savons de manière hypothétique et incertaine.
Nous savons que DSK est un ultralibéral qui pratique des politiques oligarchiques et antisocialistes perverses, puisqu'il se présente comme socialiste. En tant que directeur du FMI, notre brillant politicien a oeuvré pour détruire les peuples d'Europe en faillite comme le FMI avait l'habitude d'administrer un traitement de choc en général irrémédiable aux peuples dits du tiers-monde, par exemple en Afrique ou en Amérique latine. Bien plus qu'un violeur hypothétique (à ce stade de l'enquête déshonorante qui le ruine), DSK est un destructeur en matière politique et collective, qui travaille pour des oligarchies et contre l'intérêt général. Bel exemple de socialisme et bel exemple de perversité publique.
Que l'on comprenne bien ce qui se produit : même si le tribunal américain jugera DSK à partir due faits strictement privés et graves, l'accusation de viol, en réalité le débat portera sur la légitimité de l'oligarchie. Dans l'optique de l'oligarchie, la culpabilité de DSK ne se pose pas. DSK est un puissant haut fonctionnaire, populaire au point de prétendre au poste de Président de la République d'une grande puissance mondiale; en comparaison, la voix d'une femme de ménage qui plus est Africaine et anonyme ne compte pas.
C'est une question politique qui s'amorce et qui ne fait que commencer (qui ne se finira certainement pas avec le procès, quel que soit son verdict). On se demande ainsi s'il y a eu complot contre DSK ou s'il s'agit d'une simple affaire juridique privée. Comme si déjà l'inculpation pour viol aggravé du directeur du FMI pouvait ressortir de la catégorie de la simple affaire privée. Ensuite, le soupçon de viol ne peut se révéler pertinent, car ce n'est pas un complot qui est ici ourdi, c'est la critique virulente portée contre l'oligarchie.
On mesure l'emprise que l'oligarchie a acquise dans les mentalités, elle qui non seulement fascine les opprimés du fait qu'elle incarne la puissance fantasmée; mais en outre qui se trouve soutenue par les dominants d'Occident à partir du moment où elle se montre sous les atours hypocrites du progressisme impossible (la domination pour tous). Le procès de l'oligarchie pose le problème qui embarrasse tant les consciences. On se rend compte de manière croissante et quasiment irrépressible que le système oligarchique n'est pas tenable, qu'il mène à la ruine et qu'il est soutenu par une théorie nihiliste dont le programme est contenu dans l'énoncé.
Mais si l'on peine tant à proposer des alternatives à l'oligarchie, des programmes républicains, c'est que l'horizon alternatif antioligarchique et républicain se trouve tout simplement bouché. La caducité républicaine s'explique par l'effondrement de la théorie transcendantaliste qui la soutenait et qui se manifestait en Occident par les dogmes chrétiens et par l'ontologie de tradition platonicienne. Plus de théorie, plus d'application politique (plus de transcendantalisme, plus de république). L'oligarchie s'impose par défaut? Dès le départ, en scrutant attentivement son programme et ses applications passées, on savait que l'oligarchie menait au désastre.
Mais il est difficile d'éviter le désastre quand on ne possède pas d'autres alternatives. La chute de DSK s'inscrit dans ce contexte où l'on souhaite ardemment la chute de l'oligarchie tout en se trouvant démuni d'alternatives sérieuses (le trotskisme ou l'anrachisme relèvent de ce genre d'escroqueries inapplicables et désastreuses). Du coup, on fait chuter le symbole de l'oligarchie mondialiste balbutiante sans être en mesure d'éradiquer le fléau général et de proposer des alternatives viables et saines. On ne sait pas trop si DSK va être acquitté ou pas. Questions dérisoires, car elles ne concernent en rien le caractère monstrueux de DSK l'homme public.
Si on se pose tant de questions au fond peu importantes, c'est qu'on se trouve perdu parce qu'on ne dispose plus de repères. Impossible de suivre des repères oligarchiques. Difficile de trouver des alternatives. La chute de DSK s'inscrit dans ce cadre tortueux, voire torturé, où l'on cherche des alternatives assez désespérément et où l'on espère qu'en faisant chuter un représentant de l'oligarchie, on parviendra à susciter l'avènement d'alternatives républicaines nouvelles. Ces alternatives ne peuvent émerger qu'avec des propositions théoriques nouvelles qui viennent prendre la place du transcendantalisme caduc tout en intégrant l'impéritie inchangée du nihilisme, malgré sa mouture moderne immanentiste.
Si les théories politiques républicaines soutenues par des fondements transcendantalistes avaient été viables, jamais nous n'aurions assisté à l'éclosion de personnages aussi violents et destructeurs qu'un DSK (et ses autres acolytes du milieu politico-affairiste gravitant autour de l'ultralibéralisme). L'émergence sur la scène publique de représentants oligarchiques progressistes traduit la dégénérescence de l'oligarchie elle-même, qui structurellement est vouée à pourrir de l'intérieur en décroissant radicalement.
Toute cette mascarade entourant le processus oligarchique d'autodestruction (plus que de destruction) serait bloquée depuis belle lurette si l'oligarchie invivable n'avait pas pour seul argument sa nécessité certes désespérante, mais irréfutable. Les oligarques progressistes claironnent autour d'un Attali en France : nous n'avons d'autre choix que l'ordre oligarchique ou le désordre oligarchique. Un DSK personnifiait l'ordre oligarchique, soit le gouvernement mondial, qui était déjà une proposition émanant des cercles impérialistes britanniques progressistes autour de Keynes.
Le fait que les accusations contre DSK piège DSK par sa vie privée alors que ce qu'on cherche à déstabiliser est l'action prédatrice politique du directeur du FMI, montre le flou qui entoure l'idée de public dans son sens spécifique. L'observateur ne parvient pas à identifier ce qui est public autrement que comme le prolongement de ce qui est privé d'un point de vue collectif. Le flou de la définition du public empêche d'incriminer DSK autrement que d'un point de vue privé.
Pourtant, l'incrimination privée, pour fondée qu'elle soit (s'il n'est pas certain que DSK ait violécette fois la femme de ménage, il est irréfutable que DSK manifeste une comportement sexuel violent et destructeur), indique que la conception du public est si peu spécifique, si privatisée au sens d'une extension du privé sur le public, que le seul moyen d'empêcher via leur représentant suprême les tenants du renflouement typiquement oligarchique contre les peuples revient à poursuivre DSK à propos de sa vie privée gravement désaxée.
C'est dire que par leurs poursuites les accusateurs indiquent qu'ils ne parviennent pas à poursuivre politiquement et publiquement DSK alors qu'il est patent que le fond de l'affaire est politique et public. Mais pour poursuivre de manière hiérarchisée DSK sur le volet prioritaire du politique, encore faudrait-il que la spécificité du public existe. La preuve qu'elle n'existe pas autrement que dans un prolongement/amalgame du privé, c'est que pour empêcher DSK de nuire politiquement, on s'attaque à son dérèglement sexuel (privé).
C'est ici que l'on portera une vraie critique contre les poursuites judiciaires engagées contre DSK. Les réticences que l'on sent poindre sont souvent mal formulées, voire malhonnêtes, mais elles expriment de manière confuse le sentiment selon lequel les poursuites formulées contre DSK sont inadéquates, je veux dire qu'elles ne correspondent pas au caractère formel de la faute. La faute est publique et on la réduit au privé. Cette confusion et cette inadéquation indiquent que l'acte d'accusation demeure informulable parce que la spécificité du public par rapport au privé n'existe pas. Il faut en passer par l'accusation privée pour présenter un impact indirect de type public - et c'est la raison (principale) pour laquelle autant de réticences sont formulées dans cette affaire DSK pourtant indéfendable, dans laquelle notre oligarque désaxé et pathétique ne mérite en rien d'être défendu autrement que sur le modèle d'O.J. Simpson.

Splendeurs et misères

Toujours avec l'affaire DSK, riche de sens plus généraux que cette simple affaire de viol - au fond pauvre en sens et assez écoeurante (par les réactions mal ajustées et bornées qu'elle inspire le plus souvent, entre le lynchage et la défense mal venue). Alors que certains esprits empreints de fascination pour l'oligarchie osent professer un scepticisme salutaire pour relever que dans cette affaire, le jugement n'ayant pas été prononcé, nous n'en savons rien, cette position est de mauvaise foi : nous savons très bien, quoi qu'il advienne du procès, que DSK était un prédateur sexuel violent, souvent aux limites du viol, ce depuis des décennies. Et le plus important, quoique le moins remarqué autour de cette affaire qui n'est pas un complot, mais une manipulation : nous savons très bien que cette attitude de prédateur sexuel de type privé, au fond méprisable et désaxée, recoupe une politique de prédation ultralibérale qu'il accomplissait en toute impunité à la tête du FMI (après l'avoir perpétrée en France, notamment comme ministre des Finances socialiste).
On se focalise de manière hystérique sur le caractère privé du personnage public DSK, jusqu'à parfois délirer, alors que le plus important pour l'homme demeure le caractère public et politique de son action. Pourquoi ne retenir dans l'affaire DSK que le volet privé (certes des plus scabreux) alors que la dimension politique lui est de loin supérieure et significative? Pourquoi lyncher un possible violeur tout en exemptant un prédateur politique avéré (demandez aux Grecs, aux Portugais ou aux Irlandais ce qu'il pense de DSK et du FMI; les Grecs les accusent de nazisme plus que de viol, ce qui indique le caractère politique de leur action prédatrice)?
En parlant de l'aveuglement consistant à ne pas remarquer un objet qu'on refuse d'autant plus de considérer qu'il est intrinsèquement gênant, le seul point que l'affaire DSK permet de dédouaner concerne le volet idéologique de son engagement. Peut-être est-il normal que ne considérant pas l'aspect politique, on se vautre dans le déni idéologique et qu'on ne remarque pas le comique de ce déni : DSK est un sioniste juif inconditionnel, qui se laisse aller à des déclarations choquantes quant à son identité politique, qui serait plus portée vers l'intérêt d'Israël que de la France. On peut se montrer raisonnablement opposé à l'engagement sioniste et considérer même qu'il recoupe actuellement l'appétit virulent et forcené de domination qui animait DSK tant dans le domaine privé que dans sa conception ultralibérale (économique).
Mais l'important, c'est que même si DSK est victime d'une manipulation (relative) ourdie contre son important personnage public, le traitement particulièrement sévère qui lui est infligé, dont l'injustice se caractérise par l'indulgence inversement proportionnelle dont il a joui auparavant, contredit le mythe du sionisme tout-puissant. La vision d'un grand complot mondial qui serait dominé par les sionistes (l'idéologie sioniste n'étant pas circonscrite à Israël, mais relevant d'une influence internationale) se révèle fausse par l'acharnement médiatique plus l'arrestation légale que subit DSK le sioniste déclaré.
Non pas que le sionisme soit dépourvu d'influence, ce qui serait faux et qui a été dénoncé notamment par les politologues américains Walt et Mearsheimer sur le sol américain, mais que l'influence du sionisme (indéniable et nullement à réfuter) ne relève en aucun cas de la toute-puissance qui lui est parfois prêtée de manière simpliste (j'explique le fonctionnement du monde par le monocausalisme simpliste et caricatural de la toute-puissance sioniste). Si tel était le cas, si le cas DSK n'avait pas subi le lynchage en plus de l'arrestation légale, notre serviteur zélé du sionisme international et financier aurait conservé l'impunité toute-puissante, a fortiori sur le sol américain, où la puissance du lobby sioniste est incontestable.
L'arrestation de DSK invalide définitivement le mythe de la toute-puissance du sionisme. Quoique déniée, le rapport de forces apparaît assez clairement dans cette affaire DSK - plus précisément : dans l'effondrement de l'oligarque DSK. Car DSK le sioniste ne tire pas son influence considérable du sionisme, aussi puissant les pouvoirs sionistes soient-il. DSK tire son influence du pouvoir qui rend l'idéologie sioniste si influente. Et la chute de DSK n'est possible que parce que ce pouvoir s'effondre. Je veux parler du pouvoir financier, dont la capitale est la City de Londres et dont Wall Street n'est qu'un prolongement, aussi influent soit-il.
D'ailleurs, l'influence d'Israël s'effondre de manière impressionnante en même temps que l'effondrement financier s'accroît de manière déniée et prévisible. Demandez aux Egyptiens ce qu'il pense du mouroir de Gaza, en particulier depuis la chute du régime Moubarak. Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que le sionisme s'effondre. Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que DSK s'effondre. La véritable explication à l'effondrement de DSK implique qu'il existe un pouvoir supérieur au sionisme, ce qui discrédite du même coup l'interprétation accusatrice et haineuse selon laquelle le pouvoir mondial suprême serait aux mains des sionistes (avec une variante puérile selon laquelle ce pouvoir serait tout-puissant).
Le plus comique tient dans l'effondrement pathétique qui apporte la preuve de l'inanité de cette conception : si DSK a été arrêté de manière spectaculaire et humiliante aux Etats-Unis, c'est bien que le sionisme, aussi influent soit-il, n'est ni tout-puissant, fantasme puéril, ni le plus puissant, sur le sol américain, alors que l'on prête aux Etats-Unis un rôle de protecteur inconditionnel du sionisme. Les choses seraient-elles moins manichéennes que dans cette interprétation facile? L'interprétation selon laquelle la puissance du sionisme proviendrait de la puissance supérieure de son allié américain rendrait incohérente la position des Américains (qui auraient préféré détruire un rouage influent du sionisme plutôt que son pouvoir). Dans ce cas, les Américains ne seraient pas les alliés inconditionnels du sionisme, mais des alliés utilitaristes, quoique d'un utilitarisme souvent contre-productif, qui auraient ravalé le sionisme au rang de vassal (le sionisme se trouverait instrumentalisé, seulement soutenu dans les cas où il sert la stratégie de domination américaine).
La preuve que cette dernière interprétation demeure simpliste, quoique plus affinée que l'interprétation du sionisme dominant, voire tout-puissant, c'est qu'elle impliquerait que la domination des Etats-Unis sur le sionisme serve les intérêts exclusifs américains. Tel n'est pas le cas. Il faut être aveugle aujourd'hui pour ne pas se rendre compte que le pouvoir politique américain, dont celui d'Obama, faux Martin Luther King et vrai traître à ses promesses de campagne, se trouve sous la coupe des intérêts financiers, comme ceux de Wall Street et de Chicago. Walt et Mearsheimer montrent que l'intérêt stratégique américain diverge de l'intérêt spécifique israélien et que le soutien américain à Israël ne peut pas s'expliquer par cette hypothèse, à moins de prêter aux stratèges américains une stupidité qui sur trente ans n'est pas envisageable (surtout quand on connaît l'intelligence acérée d'un Bill Clinton).
Par ailleurs, le constat de la domination des pouvoirs financiers sur les pouvoirs politiques aux Etats-Unis ne doit pas faire oublier que la capitale symbolique du financier se trouve toujours à la City de Londres, pas aux Etats-Unis. Ce que nous révèle cette affaire DSK, c'est que le sionisme est une idéologie manipulée grandement par les intérêts financiers qui ont présidé à son avènement mondial et qui n'ont jamais cessé de filer cette stratégie de manipulation. On mesure aussi que les intérêts oligarchiques ne sont pas des intérêts tout-puissants au sens où ils seraient à la fois dominateurs et unis, mais qu'au contraire l'oligarchie est un marigot où les intérêts divergents s'affrontent et où cet affrontement s'accroît à mesure que survient l'effondrement prévisible du système oligarchique.
L'effondrement vertigineux de l'influence sioniste entraîne dans sa chute la démystification de la toute-puissance sioniste. La chute du symbole DSK laisse apparaître que le sionisme est une idéologie plurielle et complexe au service historique des factions financières (et non l'inverse), qui elles-mêmes se trouvent profondément divisées, ce d'autant plus qu'elles sont confrontées à l'exacerbation des tensions internes causées par leur situation économique chaotique et condamnée (nullement toute-puissante et florissante). Au fait, qui est l'homme qui a fait tomber DSK? Cyrus Vance Jr. est le procureur de l'Etat de New York chargé d'instruire l'accusation contre DSK, mais il agit sous l'influence du Procureur général de New York qui s'appelle lui Eric Schneidermann.
En ce moment, Schneidermann s'occupe depuis le 24 mai d'approfondir une enquête lancée contre les éventuels délits de grosses banques européennes (UBS, Deutsche Bank, RBS, les intérêts Morgan), voie plus politique que juridique, vers laquelle l'a menée son action commencée avec une enquête préliminaire ouverte contre les grosses banques américaines (début 2011 avec Bank of America, Goldmann Sachs ou Morgan Stanley). Ces actions judiciaires de Schneidermann et de Vance Jr. sont des actes patriotes et civiques émanant de démocrates et contredisant les ordres donnés par Obama pour soutenir unilatéralement le pouvoir financier pourtant gravement coupable et vicié (où l'on vérifie aussi que les démocrates sont de plus en plus divisés entre eux et que les accusations de trahison à l'encontre d'Obama fleurissent dans le camp démocrate).
L'arrestation d'un ultralibéral socialiste comme DSK constitue un avertissement selon lequel le camp des progressistes lance contre ceux qui ont subverti et perverti le progressisme en l'alliant aux pires penchants du libéralisme : c'est Obama qui se trouve visé sur le sol américain par la chute de DSK, car leur profil et leur action politiques sont fort similaires. Et l'on se focalise sur l'identité du Procureur qui poursuit DSK en occultant le supérieur hiérarchique - car l'action de Schneidermann dépasse de loin le volet du crime sexuel et particulier et se révèle plus générale et politique : incriminer les méthodes destructrices des établissements financiers sous la juridiction de New-York (de laquelle relève Wall Street) bien plus que l'obsession sexuelle d'un de ses représentants au fond très dérisoire (aisément remplaçable).
Ce qui est infligé à DSK ou au sionisme recoupe le titre fameux que Balzac donna à l'un de ses romans de la Comédie humaine : Splendeurs et misères des courtisanes. Au début, aveuglé par le faste, l'on prend les vessie pour des lanternes; puis quand la maison s'effondre, on se rend compte que le carrosse doré n'a jamais été qu'une citrouille et que la principale raison de cet aveuglement impressionnant tient moins à la virtuosité des camoufleurs qu'à l'entêtement des observateurs, qui avaient les moyens de démasquer l'imposture, mais qui ont préféré la parade du paon pers.

dimanche 5 juin 2011

La forêt cache l'arbre

Après le coup de DSK accusé de viol après de multiples affaires de moeurs (sexe violent aux frontières du viol), nous pouvions avoir l'impression tenace et lucide selon laquelle certain puissants avaient sombré dans l'oligarchie en se croyant au-dessus de la loi. Nous avions un aperçu de ce que pouvait être la réalisation effective des envolées romantico-lyriques d'un Nietzsche à propos de l'amoralisme. Loin d'amener à l'état supérieur d'un surhomme créateur de ses propres valeurs, l'amoralisme conduit de manière assez prévisible et expérimentale à l'oligarchie.
Signe que la corruption de la morale publique arrive à des sommets si avancés qu'ils ne peuvent donner lieu qu'à un grand changement passant par un bon coup de balai, voilà désormais qu'en France certains anciens ministres se trouvent accusés de pédocriminalité ou pédomanie : Jack Lang, ancien affidé de Mitterrand ou Douste-Blazy, autre ministre de la culture du temps de Raffarin et Chirac. Toutes ces affaires, avérées ou imprécises, indiquent que les élites se croient au-dessus des lois, perdent les repères qu'offre la morale désormais tant décriée par la mode d'inspiration nietzschéenne et deviennent folles (il est possible que les nombreux coups de folie sexuelle de DSK relèvent du traitement psychiatrique plus que pénitentiaire).
Il serait cependant dangereux de se laisser contaminer par la mode libérale de la privatisation tous azimuts du public, oubliant que ces cas, aussi représentatifs et lourds soient-ils, sont des arbres qui cache la forêt. Difficile de ne pas voir qu'un DSK était encore plus un prédateur public que privé par les fonctions et le programme qu'il appliquait contre les peuples ruinés depuis le FMI. La forêt, ce ne sont pas des affaires privées douloureuses et ignobles (fort fantasmatiques aussi) comme la pseudo-pédophilie, terme mal choisi quand on sait qu'il renvoie à l'amour des enfants (pédomanie serait un terme plus approprié). La forêt, ce sont les affaires publiques et politiques.
Bien entendu, le fondement du politique est le religieux, dans une acception monothéiste et avec sa variante philosophique. Il n'est pas possible de condamner les crimes privés de représentants politiques sans consacrer la prééminence du public sur le privé. Au lieu de s'en tenir à des masques comme le viol, demandons-nous pourquoi un DSK pouvait être un ultralibéral de gauche pratiquant une politique de prédation des États en faillite, tout en passant pour un modèle de réussite et de compétence politiques jusqu'à son arrestation pour des motifs privés.
Les gens en sont venus à trouver plus grave que l'on viole une victime plutôt que l'on pratique des politiques criminelles politiques, à l'échelle de millions, voire de milliards de personnes. On se focalise jusqu'à hystérie sur le viol ou la pédomanie. Aussi répugnants (et fantasmés) ces vices soient-ils, ils ne peuvent qu'amener à considérer que les pires violences sont politiques et que la violence actuelle la plus abjecte n'est pas la pédophilie. C'est la pratique oligarchique et ultralibérale consistant à renflouer les intérêts financiers en assassinant les peuples. Cette pratique conduira à la mort et à la souffrance de milliards de personnes.
Le système politique libéral est à un point de dégradation telle (avant sa chute définitive, imminente et souhaitable) qu'il en est à utiliser comme dérivatifs le viol et les pires crimes pourvu qu'ils soient privés. Un romancier américain mineur, qui symbolise plus la folie du système qu'il ne la dénonce, a écrit un roman fameux et prémonitoire en 1991 : American Psycho. Patrick Bateman est un golden boy beau, riche et célèbre, aimant la fête et ne rechignant pas à l'usage de la cocaïne pour rester dans les soirées en forme optimale. Mais notre modèle de réussite est aussi un psychopathe qui à l'abri de son luxueux appartement trouve son seul (véritable) plaisir à tuer les faibles, en particulier les animaux, les femmes et les pauvres.
L'histoire prophétique de Bateman recoupe celle de DSK dans les grandes lignes : la performance qui passe pour le modèle relève du monstrueux. Le financier riche et ultralibéral pratique des méthodes si destructrices dans le public qu'il est dans le privé un psychopathe dont la criminalité privée caricaturale renvoie à la criminalité publique non reconnue. Nous en sommes au point où la reconnaissance de la criminalité publique est déniée et où l'on préfère pour retarder le moment de la prise de conscience nécessairement universelle renvoyer vers des parades privées comme le viol. Malheureusement, la rédemption collective passe par le changement politique et public. Le seul moyen d'enrayer un système fou est de changer de système.
Si nous sommes gouvernés par des malades mentaux, pervers en particulier dans leur sphère privée, c'est que le système libéral est profondément pervers dans son expression publique. Si la main invisible qui régule le libéralisme n'existe pas, c'est que le libéralisme est en réalité pervers et qu'il cache sa soif de domination destructrice derrière la masque réconfortant de la main invisible. Tel est l'arbre qui cache la forêt. L'arbre est pervers parce que la forêt est perverse. DSK/Bateman est pervers parce que le système de la spéculation financière qui porte le système libéral est pervers. Rien ne sert de s'attarder sur l'affaire DSK ou la future affaire scandaleuse incriminant un haut dirigeant mondialiste et/ou occidental, si l'on ne change pas de système politique et de ligne publique. Le libéralisme génère des monstres à son image, à mesure qu'il en est arrivé à un point de non retour : sucer le sang des peuples pour tenter désespérément de survivre (de moins en moins longtemps).
Il est temps de renverser la privatisation du public en supériorité du public, en comprenant que l'existence du public n'est pas physique, mais qu'elle ressortit d'une forme de réel en enversion - de structure différente de la structure physique immédiatement connaissable. La pérennisation du public n'est pas un luxe ou un artifice inutiles, mais la condition sine qua nonde la conservation et du développement de l'homme. La supériorité du public sur le privé passe par leur différenciation, pas par leur prolongement, comme c'est le cas actuellement. Le prolongement pervers aboutit sous prétexte de protéger le public à le privatiser.

samedi 4 juin 2011

La loi du plus complotiste

L'affaire DSK est décidément très instructive de la chute du libéralisme dont la dernière mouture était de manière prévisible l'ultralibéralisme le plus destructeur et prévaricateur. On n'a cessé au sujet notamment du 911 de gloser sur le complotisme, à tel point que les béotiens du système libéral s'empressaient avec esprit critique et sens de la nuance de doctement déclarer qu'ils n'étaient pas complotistes (ou conspirationnistes). Avant, on savait que l'accusation de complotisme permettait de réfuter l'existence pourtant historiquement avérée des complots.
Prétendre qu'il n'y a pas de complots signifiait que l'on s'approchait de la doctrine d'un Schopenhauer selon laquelle la volonté est d'autant plus fondamentale et suprême qu'elle est aveugle et absurde. Maintenant que l'on a l'affaire DSK, président du FMI, ancien ministre français et possible candidat socialiste pour la Présidentielle de 2012, son arrestation pour viol sur le sol américain engendre des soupçons plus ou moins légitimes. Mais les mêmes qui réfutaient les complots d'Etat au nom du complotisme infamant et simpliste n'hésitent plus à évoquer un complot ourdi contre un de leurs favoris, un type brillant et si intelligent qu'il ne peut pas ne pas avoir été victime de coups tordus.
Si ce n'est pas du deux poids deux mesures, la mauvaise foi n'existe assurément pas. Nous détenons la preuve que le complotisme sert à légitimer le plus fort. Les complots existent quand ils nuisent à un puissant; la possibilité des complots disparaît quand elle se montre défavorable aux puissants (quand ce seraient des puissants qui auraient fomenté un complot). Dans le cas de DSK, nombre d'officiels et de bien-pensants parmi la société civile n'ont pas hésité à soupçonner qu'un complot avait été tramé contre DSK (oubliant la souffrance de la jeune femme violée, plus le passé pourtant limpide de DSK l'obsédé sexuel violent).
On peut parler de complot sans souffrir l'appellation de complotiste à condition que l'on défende le point de vue du plus puissant et du plus fort. Le complotisme sert la loi du plus fort, non seulement en niant l'existence des complots, mais en défendant les puissants. On complote contre des puissants, pas contre le troupeau (langage nietzschéen). Cette conception rejoint la volonté absurde et fondamentale de Schopenhauer. Cette volonté implique que le vouloir se trouve plus développé chez certains individus que chez la plupart - et c'est alors que l'on légitime le ressentiment comme chez Nietzsche l'élève dissident de maître Arthur.
Schopenhauer note que l'intelligence n'est pas la volonté, mais quant à l'homme politique (plus largement l'homme d'action), il se trouve mû par une volonté supérieure à la volonté des autres individus. Cette défense de l'inégalitarisme par l'explication de la volonté finie rend cohérente la signification oligarchique contenue dans le complotisme; mais encore il la légitime, comme s'il était normal qu'une minorité de dominateurs éclairés dirige la majorité des abrutis et des incapables. Il est vrai que Schopenhauer était un ultraconservateur dans le champ politique et il se pourrait que derrière les références pointues et fouillées aux maîtres à penser ultralibéraux, le vrai inspirateur de notre époque soit ce Schopenhauer qui passe pour un philosophe mystérieux et atrabilaire ayant inspiré largement les milieux artistiques du siècle passé.

jeudi 2 juin 2011

Sale salut

La volonté générale est à l'image des membres qui la composent. Elle en est le reflet représentatif. Quand une société ou une culture vont mal, il ne sert à rien pour déculpabiliser d'opérer une distinction hallucinatoire entre les membres et la volonté générale. Si l'Occident est actuellement en crise, c'est que les membres de ces sociétés sont eux aussi en crise. L'affaire DSK nous pose une question concernant la mentalité des membres des sociétés dominantes occidentales.
Et cette question ne se borne pas seulement à l'Occident, car la fascination pour ce genre d'hommes politiques carnassiers et hypocrites s'étend à l'ensemble du monde. Comment les Français ont-il pu se montrer aussi fascinés par un type dont on savait non seulement les travers privés (on ne voulait pas les connaître); mais dont le véritable scandale tient à la corrélation entre la violence privée et la violence publique? DSK était (je parle au passé) un homme politique connu pour son engagement dans l'ultralibéralisme. Qu'est-ce que l'ultralibéralisme?
DSK incarnait une forme internationale de subversion du socialisme en socialisme ultralibéral. Il inspirait et cautionnait des politiques très destructrices et agressives à la tête du FMI, notamment à l'encontre des pays de la zone européenne en faillite, comme la Grèce. L'entourage idéologique de DSK exprimait la trahison du socialisme à la solde du libéralisme le plus agressif. La chute de DSK en tant que violeur est surtout une bonne nouvelle politique. Elle ne doit pas seulement contenter les peuples du monde promis à sa férule de petit marquis de la cour. Le socialisme est le grand gagnant idéologique de l'effondrement du personnage de DSK, car au-delà de DSK, le traître des Jaurès, Blum et Mendès-France, c'est l'ensemble des socialistes-libéraux qui se trouvent menacés de discrédit (peut-être pas aussi violent) après cette humiliation médiatique symbolique.
La fascination qu'a engendrée un DSK de par le monde, singulièrement en France, indique que les membres de nos sociétés mondialisées sont fascinés par le libéralisme. Si le libéralisme domine, c'est parce qu'il se trouve soutenu par les membres des sociétés dominantes d'Occident. Un DSK incarnait la domination la plus présentable et excusable pour un individu moyen : non pas l'apologie débridée et franche de la domination, mais la domination travestie en égalitarisme. De même que le libéralisme cautionne la loi du plus fort par son irrationaliste loi de l'équilibre entre l'offre et de la demande (la fameuse main invisible); de même la domination socialiste prétend expliquer que tout le monde peut dominer, dans une extension et une ouverture possibles pour tous.
DSK incarnait ce discours mensonger promettant que tout le monde domine à condition au préalable que l'on domine soi-même en premier - sachant que la domination ne peut être qu'inégalitariste et forcenée. Les Français symbolisent cet impérialisme qui profite à l'Occident dans son ensemble. L'impérialisme est d'autant plus injustifiable qu'il intervient en période d'effondrement - de manière encore plus virulente et agressive. D'où l'intérêt pour la manière douce de légitimer la domination par la promesse de son extension, voire de son universalisation.
L'ultralibéralisme de gauche est porté par la séduction politique. La possibilité qu'il existe une puissance et une domination générales accroît l'horizon du bien-être commun. Nous sommes à mi chemin entre le programme de Spinoza et celui de Nietzsche : Nietzsche dit plus explicitement que la domination ne peut être que l'apanage d'une minorité d'élus (les artistes aristocrates créateurs de leurs valeurs). Il s'y montre favorable en y distinguant le seul moyen de sauver le monde. La légitimation de la domination sincère se fait par l'argument selon lequel l'amélioration du monde passe par la domination minoritaire et cruelle.
Quant à Spinoza, il se montre plus elliptique. Selon lui, accroître sa liberté, c'est accroître sa puissance. N'est jamais expliqué comment l'accroissement de la puissance individuelle peut être collectif, étendu à l'ensemble des individus. Là est le moyen de légitimer la domination : on présente individuellement ce qui serait à envisager collectivement. Cette manière de rétrécir le sujet permet de le légitimer, puisqu'à partir de là, on peut légitimer l'inégalitarisme par l'angle d'attaque réduit.
C'est ainsi que procèdent les socialistes libéraux, dont DSK manifeste la gradation dans l'hypocrisie, lui qui est un farouche partisan du socialisme ultralibéral. On sait pertinemment que les termes socialisme et libéralisme sont des oxymores insurmontables. On ne peut pas être socialiste et libéral dans une acception rigoureuse des deux termes. Allais se présentait comme socialiste libéral, mais c'était pour amender fortement les deux idéologies de telle sorte qu'il présentait plutôt la forme d'un capitalisme pérenne et extensible au collectif (un capitalisme socialiste).
Le libéralisme devient plus acceptable s'il est socialiste, mais il n'en demeure pas moins du libéralisme. DSK était un farouche représentant d'une forme de libéralisme hybride entre Keynes et Hayek, avec comme référence le comportementalisme terrifiant de son mentor Olivier Blanchard (et de la clique des comportementalistes). Mais si les Français ont pu se montrer séduits par DSK le social-ultalibéral, c'est qu'ils sont eux-mêmes des ultralibéraux espérant vaguement que l'on pourrait s'en remettre à la possibilité d'une universalisation de la domination (ce qui dédouane leur appétit d'impérialisme).
Ce progressisme-là est le plus pervers et le moins progressiste des progressismes. C'est un commode moyen de légitimer sa domination en laissant entendre qu'elle peut être étendue au restant des hommes. Sous-entendu : je peux dominer tranquillement, vous dominerez de même sous peu. Avec une variante : oubliez la question de l'égalitarisme de la domination; laissez-vous tentez par la domination, un moyen efficace de vous amener à rejeter comme incapables ceux qui ne parviennent pas à dominer. Derrière l'attrait malsain, mais tout à fait compréhensible de l'Occident pour la domination hypocrite, la domination progressiste, c'est l'attrait pour la domination chez l'homme qu'il convient de décrypter.
Dans un réel unique, la domination est dérisoire, puisqu'elle mène à la destruction. Dans un réel multiple, la domination est la fin du plaisir, puisque le réel est inégalitaire dans son fondement même. L'égal, c'est l'identique. L'inégal, c'est la différence provoquée par le non-être. La fascination pour la domination provient d'un moyen de se sauver de la destruction provisoire. La justification à l'apologie de la domination, c'est qu'il n'est pas d'échappatoire pour éviter l'emprise de la domination dans une configuration où le néant est l'issue inéluctable.
Du coup, on se montre fasciné par la domination d'autant plus que le salut envisagé est provisoire. La domination est la seule issue dans l'existence finie. Après la période d'être, on retourne au néant. La question de fond serait : comment expliquer l'être dans un système où le non-être coexiste de manière paradoxale, voire prédomine? C'est là que le bas blesse, puisqu'aucun nihiliste n'est jamais parvenu à expliquer le non-être, son lien avec l'être. Aristote est jusqu'à présent le plus grand des nihilistes, réputé comme un métaphysicien éminent relevant de la philosophie.
Il n'a jamais expliqué la multiplicité de l'être due à la multiplicité du non-être. Par contre, il a instauré cette manière de ne pas parler du non-être, parce qu'il n'en avait rien à dire. Les immanentistes dans le modernité s'en sont souvenus, notamment ce Spinoza qui passe pour un profond philosophe classique, alors qu'il a perfectionné ce système de déni et de non-dit avec son incréation, qui étant indéfinissable rétablit implicitement le non-être.
Contre la fascination pour la domination, née de l'adhésion implicite et inconsciente au système antique du nihilisme, il est une tradition qui permet d'enrayer la destruction et d'éradiquer l'appétit fasciné pour la domination : l'ontologie s'oppose historiquement au nihilisme (avec Parménide contre Gorgias par exemple) et propose une définition du réel qui aussi imparfaite soit-elle n'admet pas en son sein le vide et lui substitue le plein. L'ontologie refuse le programme du nihilisme qui prône la domination et mène vers la destruction.
La volonté générale est politiquement l'arme que propose cette tradition avec Solon comme référence antique. La création des classes moyennes par Solon permet d'enrayer l'oligarchisation de la société et un fonctionnement qui mène vers le néant. Le meilleur moyen d'éviter que les membres d'une société soient à l'image de l'état déplorable de son Etat revient à défendre la conception de la volonté générale représentative de ses membres. Dans l'oligarchie, la multiplicité sociale rend les relations entre les différentes couches inexistantes ou seulement fondées sur le rapport de force (la domination).
Droit ou adroit - il faut choisir. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil constitutionnel, grand baron d'honneur de la Miterrandie, ce qui signifie la perversion du socialisme par le libéralisme le plus nauséabond, avec de forts relents de synarchie crypto-facsiste. Pour éviter que les membres d'une société valide al domination et se montrent fascinés par l'impérialisme progressiste, il convient de leur montrer la supériorité du modèle républicain sur le modèle oligarchique. Encore est-il urgent de réformer la forme du modèle ontologique, qui d'évidence en convient plus à notre connaissance contemporaine du réel (sans quoi les propositions immanentistes aberrantes comme celle de Nietzsche ne trouveraient pas un écho aussi dithyrambique et appuyé chez ses contemporains aveuglés et ébaubis).

Droit au but

"Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice."
Mathieu, 5, 1-12.

Christophe Barbier : - Il y avait des trucs bizarres, quand même. Des apports en liquides massifs, des choses étranges, un plafond juste frôlé...
Roland Dumas : - Chacun, chacun avait une explication...
Christophe Barbier : - Et vous invalidez Jacques Cheminade alors que vous ne touchez pas aux gros?
Roland Dumas : - Mais bien sûr! Jacques Cheminade était plutôt maladroit. Les autres étaient adroits..."
(Christophe Barbier hoche de la tête et lance un petit sourire entendu et amusé).
Extrait de l'émission Face aux Français, 4 mai 2011, France 2.

En 1995, Jacques Cheminade a vu ses comptes pour la Présidentielle française invalidés pour irrégularités rédhibitoires par le Conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas. Sans nul examen approfondi, il est manifeste que les irrégularités de Cheminade sont de la petite bière à côté des graves délits commis par le candidat Balladur (entre autres). Après examen, il s'avère de surcroît que Cheminade n'a pas accompli de délits juridiquement définis et que l'acharnement dont il est victime depuis relève du harcèlement et de la calomnie.
Sur un plateau télévisé, un représentant du journalisme oligarchique à tendance progressiste, Christophe Barbier, ose demander à un représentant politique de l'oligarchie progressiste, Roland Dumas, ce qu'il pense de ce traitement injuste, sauf à avaliser le traitement de faveur en lieu et place de la justice universelle. Il est intéressant et instructif que l'aveu soit délivré par des partisans de l'oligarchie progressiste doté d'une tendance particulière : la subversion de l'idéologie socialiste par l'idéologie libérale. Dumas était un des lieutenants fidèles de Mitterrand, la figure historique du socialisme subverti par le libéralisme. Barbier intervient au moment où le libéralisme se trouve lui-même dominé par sa tendance la plus viscérale, l'ultralibéralisme. De ce fait, un Barbier devient idéologiquement proche de DSK.
Nos deux oligarques cherchent à trouver une explication au sort attristant de Cheminade : un candidat qui se retrouve ruiné et calomnié ne peut pas être victime d'injustice au sens universaliste (platonicien). L'injustice ressortit d'une mauvaise compréhension, au sens où aucune valeur n'est universelle. La valeur est relative à la force du moment, au sens où tout ordre est subordonné au non-être. Dans cette mentalité, l'universel n'existe pas; le relatif le remplace comme analyse non seulement supérieure, mais venant remplacer une mentalité naïve pour la populace par une mentalité seulement accessible à une élite ouverte intellectuellement et socialement (en particulier économiquement).
Jamais un partisan de l'universalisme n'aurait laissé passer l'explication fumiste de Dumas tant elle lui apparaîtrait malhonnête et choquante. Mais pour un tenant de l'oligarchie s'appuyant sur des références philosophiques antiques, rien de choquant à l'amoralisme. Dumas pourrait être un libertin du dix-septième siècle; quant à Barbier, son goût pour le théâtre pourrait le rapprocher du matérialisme des Lumières. Quelle justification (spécieuse) produit Dumas avant que son interlocuteur sourie et préfère le silence consentant face à une réponse désopilante qui a pour seul mérite la franchise?
Jacques Cheminade n'était pas "adroit". Qu'est-ce que l'adresse? C'est être "gros", donc puissant; mais aussi "avoir une explication", sous-entendu bien mentir. En termes vénitiens : se monter habile. A l'aune de pareilles considérations, on comprend que Dumas ait été un proche de Mitterrand le faux socialiste et vrai synarchiste, mais pas qu'il puisse défendre les mêmes principes socialistes que Jaurès ou Blum. Etre adroit, c'est se trouver du côté du plus fort; être maladroit, c'est choisir la valeur inférieure et vulgaire de la vérité.
L'adresse désigne l'endroit où il faut aller : la destination. Manquer d'adresse serait manquer de destination. Cette explication apparaît un peu courte quand on s'avise que dans une mentalité oligarchique, tout se trouve au final égalisé par le non-être. L'inégalité de la multiplicité ne saurait constituer une adresse définitive, tout juste provisoire et instable au sein de l'être. Mais l'adresse visée et désirée prend tout son sens quand on accorde au terme une connotation postale et foncière. Etre adroit, c'est jouir d'une adresse. Etre maladroit, c'est être locataire, ou, pis, SDF.
L'oligarchie a fondamentalement partie liée avec la valorisation de la propriété foncière. L'oligarque, c'est le gros propriétaire terrien, pour s'exprimer comme Barbier. La justification loufoque de Dumas pourrait apparaître comme particulièrement faible pour un esprit souscrivant à une pensée universaliste dans la lignée de Platon. Mais si l'on s'avise que Dumas est imprégné de relativisme philosophique, comme les nominalistes du Moyen-Age par exemple, on se rend compte qu'il se montre sincère à sa manière et qu'il expose avec franchise les fondements de sa mentalité : quand on est gros, on est adroit; quand on est petit, on est maladroit.
Peu importe que l'on ait raison ou tort. Ce sont des critères vulgaires et au mieux déformés. Reste à savoir si Dumas a raison dans sa bulle minoritaire (mentalité de l'oligarque inégalitariste forcené); ou s'il se trompe, ce qui ne fait qu'ajouter l'erreur à son arrogance. L'histoire montre que la conception platonicienne l'emporte sur le nihilisme au point qu'Aristote sera contraint de ruser et d'entamer un compromis avec l'ontologie (sa fameuse métaphysique désormais moribonde depuis Heidegger). La défaite programmatique et inexorable du parti oligarchique (et de son fondement philosophique le nihilisme) se trouve à mon avis pleinement exposée dans une anecdote impliquant Alexandre le Grand :
"Tel ce personnage que Quintilien et Montaigne nous livrent comme exemple de parfaite ineptie, qui réussissait à enfiler de loin les pois chiches sur une aiguille et dont Alexandre le Grand récompensa, dit-on, la virtuosité par le cadeau d'un boisseau de pois chiches."
Anecdote rapportée par Clément Rosset dans Principes de sagesse et de folie. De même que le lanceur virtuose de pois chiches accomplit un exploit dérisoire, la virtuosité des nihilistes repose sur la supercherie, à ceci près qu'elle apparaît comme moins farfelue et plus sérieuse. Le fait d'expliquer ce qu'on ne connaît pas par ce qui n'existe pas ressortit d'une façon d'expliquer l'inconnu par le plus incontestable - au sens où l'incontestable ne peut se trouver contesté parce qu'il se situe hors de portée de la vérification physique.
Quoi qu'il en soit, Roland Dumas a raison : Cheminade n'est pas adroit parce qu'il est honnête. Cette vertu suppose d'autres qualités que l'adresse. L'adresse implique au pis le relativisme, au mieux une qualité qui se trouve circonscrite au domaine physique, voire sportif. L'honnêteté relie le physique avec cette autre partie du réel qui n'est pas physique et qui n'est pas le non-être. Platon l'appelait l'Etre (suivant la doctrine enseignée par les prêtres égyptiens); nous la nommerons enversion, du fait qu'elle repose sur une structure du plein ou du quelque chose qui n'est pas homogène par rapport à la structure du réel physique.