lundi 28 avril 2008

Déments songes

Amusons-nous un instant à nous téléporter dans l'esprit d'un enquêteur habitué aux affaires criminelles. Cet individu n'a pas à instruire une instruction dans une affaire sordide de viols ou de parricide; non, il est confronté aux mensonges du 911. Prenons les plus gros et vraiment, amusons-nous un petit peu. Quand on voit l'usage que font les médias officiels de cette affaire, on a le droit après tout de s'amuser. Un droit imprescriptible.
Nous allons relever les mensonges entourant la guerre contre le terrorisme.

1) La guerre d'Irak : c'est le mensonge le plus reconnu. Pour réaliser cette guerre, l'une des plus meurtrières à coup sûr de l'histoire humaine, les Américains, les Israéliens et les Anglais ont répété une série de mensonges hallucinante qui supposait que Saddam Hussein représentait un danger majeur pour la démocratie et la liberté :
a) parce qu'il détenait des armes de destruction massive et qu'il cultivait des armes nucléaires (notamment).
b) parce qu'il était en collusion avec Oussama ben Laden et le réseau terroriste d'Al Quaeda.

Ces deux séries d'arguments se sont révélés des faux consternants. Aujourd'hui, il est admis que la guerre d'Irak ne repose pas sur les explications officielles avancées par les Américains et leurs alliés. Surtout, il est certifié par des témoignages graves et sérieux que la guerre d'Irak a été planifiée avant le 911.
Par contre, la guerre d'Irak a été motivée par le 911 et la guerre contre le terrorisme.

A ce stade de l'enquête, notre détective sidéré se demande quelle crédibilité accorder à la guerre contre le terrorisme si elle révèle des mensonges aussi graves et concordants. Surtout l'enquêteur s'appuie sur un raisonnement logique imparable : si les conséquences sont manifestement fallacieuses, manipulatrices et mensongères, que penser des causes qui les ont inspirées?

2) Avant la guerre d'Irak, la guerre d'Afghanistan, extrêmement meurtrière et tout aussi catastrophique.
La guerre d'Afghanistan est la conséquence directe des attentats du 911. La raison principale à l'invasion de l'Afghanistan par les Américains et leurs alliés, dont la France, est simple : chasser les terroristes d'Al Quaeda et leur chef Oussama ben Laden de leur repaire montagneux et accidenté, d'autant que ces dangereux terroristes étaient soutenus par les islamistes extrémistes et arriérés du mouvement taliban.
a) Aujourd'hui, il est admis par les officiels américains que le lien entre ben Laden et les attentats du 911 est indémontrable.
b) De même que pour la guerre en Irak, il est prouvé que l'invasion de l'Afghanistan était planifiée avant le 911.
c) Il faut ajouter que les Américains ont installé des bases américaines dans de nombreux pays limitrophes de l'Afghanistan, pour mieux contrôlée le pétrole et le gaz de la mer Caspienne.

A ce stade de l'enquête, notre détective est frappé par une coïncidence stupéfiante. Les deux guerres reposent sur des prétextes grossiers et mensongers : la culpabilité de ben Laden dans le 911 et le lien entre le 911 et la guerre contre le terrorisme.
Les deux guerres ont été préparées avant leur cause officielle. C'est que la cause officielle est un prétexte évident.
Les deux guerres ont pour caractéristique immédiate évidente de concerner des régions riches en pétrole et/ou gaz, alors que l'ère du pétrole bon marché touche à sa fin et que le pic pétrolier est probablement en voie d'être dépassé.
Pourtant, tous les officiels occidentaux qui ont menti sont en liberté, ne sont pas poursuivis et ont même été promus pour certains.
Notre détective comprend que la guerre contre le terrorisme utilise le 911 comme un prétexte pour légitimer des guerres dont la vraie raison repose sur d'autres raisons que le 911. Le 911 est un prétexte formidable pour légitimer ces guerres du contrôle énergétique.
Dès lors, notre détective se pose la vraie question : si le 911 est utilisé comme prétexte patent pour légitimer le mensonge, que vaut alors la version officielle du 911?

3) En se penchant sommairement sur le 911, notre enquêteur a les bras qui tombent. Les mensonges sont si nombreux et grossiers qu'il ne comprend pas comment les enquêteurs officiels n'ont pas subi des poursuites immédiates pour mensonges flagrants et comment une enquête impartiale n'a pas été (ré)ouverte séance tenante pour connaître la vérité.
Si notre enquêteur récapitule brièvement ces découvertes hallucinantes et atterrantes, il constate que :

- les pirates présumés :
* sont des doubles agents travaillant des services secrets;
* répondent à une identité fausse pour au moins 5 d'entre eux;
* sont des pilotes au mieux inexpérimentés;
* n'ont laissé aucune trace de leur montée dans les avions détournés.

- les attentats laissent planer de nombreux doutes sur leur réalisation réelle, notamment pour le WTC 7 (conséquence de l'attentat contre les WTC 1 et 2) et le Pentagone.

- Oussama ben Laden n'a jamais été inculpé pour les attentats du 911. Par contre, des témoignages concordants et sérieux signalent qu'il se trouvait en juillet 2001 dans un hôpital militaire américain de Dubaï, où il reçut la visite du correspondant local de la CIA.

- des délits d'initiés entourent les attentats, notamment sur les compagnies d'aviation victimes des détournements pirates. Il est impossible de prendre connaissance de l'identité de ces délinquants financiers, qui étaient manifestement au courant des attentats et ont spéculé à la baisse sans vergogne.

- de nombreux services secrets (américains, israéliens, saoudiens, pakistanais) sont impliqués de manière troublante (à des niveaux divers) dans le 911 sans se trouver le moins du monde inquiétés par quelques procédure que ce soit. Par contre, les officiels américains claironnent qu'ils n'étaient pas au courant de la préparation des attentats contre l'évidence, alors que leurs services étaient prévenus de menaces graves et qu'ils hébergeaient de nombreux terroristes présumés sur leurs bases en toute connaissance de cause, parfois pour des programmes d'infiltration de doubles agents terroristes, comme c'est le cas avec Able Danger.

- la défense aérienne américaine était "inopérante" au moment des attentats, notamment du fait des dizaines de simulations terroristes lancées par des services américains. Certains exercices étaient très proches des attentats effectifs. Aucune interception des avions détournés n'a pu avoir lieu car les services habilités du NORAD étaient ce jour "inopérants".

- l'emploi du temps du Président américain W. laisse apparaître des menaces graves contre sa vie et sa sécurité, ce qui expliquerait peut-être enfin pourquoi il n'a regagné la Maison Blanche qu'en fin de journée après un périple qui l'a emmené dans deux bases militaires américaines importantes. Surtout, le Secret service a reçu une menace étayée contre l'Air Force One, prévenant : "Angel is next". Cette menace ne pouvait provenir des terroristes présumés, parce qu'elle nécessitait la connaissance de codes délivrés au plus haut niveau de l'État américain.

Arrivé à ce stade de découvertes apocalyptiques, notre détective a les bras qui tombent. Pourtant, il ne saurait être surpris : quand les conséquences présentent autant de mensonges concomitants et flagrants (la fameuse guerre contre le terrorisme), pourquoi la cause se révélerait plus véridique et juste que les conséquences viciées? C'est l'inverse qui est vrai : les mensonges autour du 911 ont pour conséquence logique les mensonges de la guerre contre le terrorisme, notamment en Afghanistan, puis en Irak.
Pourtant, notre détective est fortement ébranlé et commotionné. La raison en est simple : c'est qu'il vient de comprendre ce qu'était vraiment le système des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté. Le système occidental auquel il adhérait et auquel il croyait. Un système mensonger, violent, impérialiste et destructeur. Notre détective vient de comprendre que le 911 annonçait la fin de ce système dominateur et corrompu qui se présentait comme le meilleur système qu'ait connu l'humanité (classique ritournelle de la propagande martelée avec objectivité et science par des experts au-dessus de tout soupçon et des médias officiels et irréprochables) et que cet effondrement n'était pas forcément la bonne nouvelle qui se présentait.
Car non seulement l'effondrement du système dominant laissait présager du spectre d'éventuels chaos, ce qui n'est jamais rassurant; mais surtout le système était pour la première fois mondialisé et globalisé, ce qui impliquait que son effondrement menaçait l'humanité dans son intégralité. Notre détective suait parce qu'il affrontait la seule question qu'il aurait aimé éviter : avec le 911, la fin de sa tranquillité personnelle signifiait-elle aussi la menace de disparition pesant sur les épaules de l'humanité?

dimanche 27 avril 2008

11-Septembre : un sauvetage numérique ?

Rien d'autre à ajouter que le lien de cet article (et une certaine classification) :
http://onegus.blogspot.com/2008/04/11-septembre-un-sauvetage-numrique.html
A lire très attentivement, avant de méditer sur le monde et l'époque dans lesquels nous vivons.

"Jeudi 17 avril 2008.


Deuxième partie de l'excellente analyse du traitement du 11 septembre par les médias publiée sur Agoravox par Taïké Eilée. Particulièrement d'actualité après la diffusion par canal + du reportage de Stéphane Malterre, "Jeudi Investigation : Rumeur, intox : les nouvelles guerres de l’info", qui, sous couvert de traiter de la "désinformation", participe activement à l'entreprise de d'intoxication généralisée sur le 11-Septembre...



Les médias se sont souvent dévoyés dans leur traitement du 11-Septembre : d’abord, en adoptant une hiérarchie de l’information aberrante ; ensuite, en réduisant tous les insatisfaits de la version officielle à une bande d’aliénés. Savoir hiérarchiser l’information et ne jamais pratiquer l’amalgame et le simplisme constituent pourtant deux qualités obligées du journaliste. Ce qu’on peut qualifier de "naufrage médiatique" trouve néanmoins son point d’accomplissement dans un paradoxe : en effet, si les médias soutiennent globalement l’histoire officielle, ce sont pourtant leurs propres journalistes qui ont, ici ou là, contribué à en dynamiter des pans entiers. Internet, avec ses ressources inédites, permet de s’en rendre compte et de mesurer l’ampleur du désastre. Et peut-être aussi d’y remédier. Certains s’y emploient, comme le chercheur indépendant Paul Thompson.
Cet article est la suite de 11-Septembre : un naufrage médiatique, paru le 8 avril 2008 sur AgoraVox.



1) Internet et la bataille de la mémoire.

Les médias de masse n’ont pas vraiment, c’est le moins qu’on puisse dire, poussé les gens à remettre en cause la "vérité établie" au sujet du 11-Septembre. Pourtant, près de la moitié des Américains voulaient en 2006 une nouvelle enquête sur les attentats (que 81 % d’entre eux considèrent d’ailleurs comme l’événement le plus important de leur vie). D’où une telle insatisfaction a-t-elle bien pu naître ? Peut-être de la fréquentation de ces lieux sur le Net, où de simples individus bénévoles récoltent patiemment et laborieusement toutes les informations - parfois surprenantes - qu’ils trouvent sur le 11-Septembre. Des informations sorties, bien souvent, tout droit des médias traditionnels, et même de médias de grand renom... mais qui ont réussi à passer plus ou moins inaperçues, perdues dans le flot d’informations (pas toujours essentielles) qui nous submergent chaque jour. Une info en chassant une autre, et le rythme de l’information s’accélérant sans cesse, le triomphe de l’oubli semblerait assuré...
Il serait assuré sans Internet et sa mémoire phénoménale, ses archives, ses liens par centaines, par milliers, qui permettent de retrouver et de relier entre elles des informations qu’on aurait sinon à jamais perdues... avant peut-être qu’un rat de bibliothèque, un historien, ne fasse le travail quelques années ou décennies plus tard. Internet permet de ne pas attendre cinquante ou cent ans pour réviser une histoire qui, d’évidence, nous ment (au moins dans certaines lignes). S’il ne suffit pas pour découvrir toute la vérité, le Net est une arme suffisante pour débusquer nombre de mensonges. D’autant que, si l’on en croit l’ancien analyste de la CIA Raymond McGovern, près de 80 % des informations - même sensibles - sont disponibles dans le domaine public (9/11 Press for Truth, 30e minute).
Si notre temps numérique paraît ainsi celui de la mémoire courte, de la mémoire en péril, de l’oubli instantané, il est aussi celui de la mémoire retrouvée, aussi rapidement qu’elle a été perdue. Le vagabondage, le papillonnage, l’errance hypertexte et hypermédia, auxquels prête naturellement le web, sont en effet à double facette : ils peuvent constituer tout aussi bien une ruine pour la mémoire qu’une chance unique pour sa survie et son intégrité ; aussi bien une aubaine pour les falsificateurs de l’histoire, que l’assurance de leur échec. La vigilance active des internautes connectés en réseaux est ce qui peut faire la différence ; l’activité de veille sur Internet, d’archivage et d’échanges est essentielle, que de simples individus ont d’ailleurs mis en œuvre dans le cas du 11-Septembre depuis que le doute a commencé à les tenailler.

2) Extraire les pépites de la boue : en quête des informations dissimulées.

Paul Thompson est l’un de ces veilleurs ; il est peut-être le plus emblématique. Avec lui, la mémoire du 11-Septembre est sauve. Depuis mi-2002, ce chercheur indépendant alimente la base documentaire Complete 9/11 Timeline. Chronologie détaillée époustouflante du 11-Septembre et de son contexte, qui recense, thème par thème (et ils sont nombreux), la quasi totalité des informations parues dans les médias sur le sujet. Plus de 7000 articles y étaient déjà compilés en 2006, lors de la sortie du documentaire 9/11 Press for Truth, qui en est adapté. Voici ce que Paul Thompson y déclare (31e minute) et qui éclaire bien l’intérêt de son travail : "Quand j’ai commencé mes recherches, j’ai remarqué cet étrange phénomène : il y a beaucoup d’informations explosives qui sont sorties dans la presse, mais elles ont été étouffées. [...] On peut trouver une partie d’une information importante dans la presse et une autre partie dans un journal télévisé. Si vous assemblez toutes ces parties diffuses, vous obtenez un récit très différent du 11-Septembre." Et il poursuit (36e minute) : "On pouvait trouver un article à la Une, et un autre en milieu de journal. J’ai remarqué plusieurs fois que l’article du milieu était plus important que celui de la première page." Ce travail de patience s’apparente à la reconstitution d’un puzzle. Un puzzle dont il a fallu, au préalable, aller chercher minutieusement les pièces, une par une, les doigts dans la terre, et la loupe à la main, quêtant la plus petite des pépites. Avec d’autant plus de soin que les pièces les plus importantes s’avèrent souvent être aussi les moins visibles.
Voici un exemple d’information de toute première importance, quasi imperceptible, lancée en passant, comme si de rien n’était, dans un long et dense article du Figaro du 20 juillet 2007 intitulé "Pakistan : la Mosquée rouge, centre névralgique d’al-Qaida" (un peu comme un diamant qu’on jetterait dans une mare boueuse, rendant son éclat indétectable... ou presque). Au beau milieu de votre lecture, vous tombez sur ça : "En mai dernier, en pleine crise avec les dirigeants de la mosquée, le président Musharraf avait accepté de libérer un ex-responsable de l’ISI, Khalid Khawaja emprisonné depuis plusieurs semaines. Il était accusé d’avoir introduit dans les bâtiments de la mosquée des responsables d’al-Qaida et des armes ! Ce membre de l’ISI est celui qui servait d’instructeur pour les explosifs dans les camps d’al-Qaida, notamment à Shakar Dara. C’est lui qui avait manipulé Richard Reid, cet Anglais qui avait essayé de faire exploser l’avion du vol Paris-Miami [d’American Airlines] le 22 décembre 2001 à l’aide d’explosifs cachés dans ses chaussures." Combien de lecteurs auront été suffisamment estomaqués ici pour stopper net leur lecture et se demander pourquoi ces révélations ne font pas la Une de tous les journaux de la planète ? Car que nous dit-on ? Que les services secrets militaires du Pakistan - l’ISI - ont commandité un attentat-suicide dans un avion américain trois mois après le 11-Septembre ! Qu’un membre de la coalition antiterroriste - formée par les Etats-Unis au lendemain du 11-Septembre - a projeté de dégommer un avion américain ! Rien que ça ! N’est-ce pas absolument énorme comme information ? Les auteurs de ce papier ne mériteraient-ils pas davantage d’écoute que Marion Cotillard ? Si leur information est sûre, quel scoop ! quel tremblement de terre !
L’article est signé, précisons-le, par Roland Jacquard et Atmane Tazaghart. Le premier est "Président de l’Observatoire international du terrorisme, expert auprès des Nations-unies et du conseil de l’Europe, président du Conseil stratégique de la Lettre Sentinel. Il a publié différents ouvrages de référence sur le terrorisme islamiste : Au nom d’Oussama Ben Laden (Picollec, 2001), Les Archives secrètes d’Al-Qaïda (Picollec, 2002)". Le second est un "fin connaisseur de la nébuleuse islamiste qu’il suit quotidiennement pour le compte de la revue panarabe Al-Majalla" ; il est "spécialiste de Ben Laden et d’Al-Qaïda", et collabore avec France24. Pas assez glamour pour Marianne2 ?
Cette information sur l’implication des services pakistanais dans l’attentat manqué de Richard Reid est évidemment à mettre en perspective avec toutes les autres informations qui traitent du lien entre l’ISI et le 11-Septembre, et que j’avais commencées à mettre en lumière dans un autre article publié sur AgoraVox le 11 septembre 2007. Pour ceux que l’anglais n’effraie pas, Paul Thompson a consacré une conférence à ce sujet : à écouter ici.

3) L’aiguillon du journaliste.

Avant d’énumérer d’autres informations tout aussi explosives, précisons un point important, touchant à la démarche et à l’ambition - limitée - que doit avoir le veilleur du web... s’il prend Pyrrhon comme guide.
"Le sceptique [...] ne conteste pas que tel objet lui paraisse blanc, ou que le miel lui paraisse doux. Mais le miel est-il doux ? l’objet est-il blanc ? Voilà ce qu’il ne sait pas." De même, nous ne savons pas, avec certitude, quelles sont les informations rapportées dans la presse qui sont vraies et celles qui ne le sont pas. La désinformation vient probablement se mêler à l’information, surtout dans une affaire comme celle du 11-Septembre, et ce n’est pas nous, petits citoyens sans moyens d’investigation autres que le Net, qui pouvons les démêler, et faire la part entre le vrai et le faux. L’ISI a-t-elle réellement commandité l’attentat de Richard Reid ? A-t-elle réellement financé Mohammed Atta et les pirates du 11-Septembre ? A-t-elle fait assassiner le commandant Massoud ? A-t-elle vraiment eu le projet de détruire le World Trade Center ? En bons sceptiques, nous devons dire que nous n’en savons rien. Nous constatons seulement que des journaux réputés, ou de grandes chaînes de télévision, ont livré - assez subrepticement - ces informations (voir mon précédent article). Et ces informations contredisent assurément la version officielle.
Nous constatons que ces informations sont de la plus grande importance, mais n’ont été que peu relayées. Une part infinitésimale de la population en a entendu parler. On peut alors se demander pourquoi. Deux possibilités s’offrent à nous : soit ces informations se sont avérées fausses, ou pas fiables du tout, et dans ce cas on s’attendrait à un correctif, à un démenti de la part des médias qui ont lancé ces "bombes" ; soit elles sont bel et bien confirmées, et alors on ne comprend pas pourquoi elles ne se diffusent pas partout, à tous les médias de la planète, pour accéder jusqu’à la Une du 20h. Au fond, ce que nous pouvons faire avec Internet, c’est mettre les médias face à leurs contradictions, c’est les aiguillonner, c’est leur demander de la cohérence, de la clarté, davantage de transparence.
Pour jouer ce rôle d’aiguillon, il faut, au préalable, avoir mené ce qu’on pourrait appeler une "enquête seconde", dont le terrain est le web principalement, après l’enquête première menée par les journalistes, sur le "vrai terrain". Cette enquête seconde consiste à prospecter le web, pour collecter et rassembler, thème par thème, les informations que les journalistes ont livrées de manière éparpillée, à la fois dans l’espace et dans le temps (un bout d’information dans un journal, un autre bout dans un autre, à six mois ou un an d’intervalle...). Les "journalistes citoyens" ne constitueraient-ils pas une aide précieuse pour des journalistes professionnels qui, par manque de temps ou pour d’autres raisons, ne font pas ce travail de synthèse pourtant essentiel ?
Aujourd’hui pourtant, un veilleur vigilant est snobé par les médias s’il fait ingénument remarquer que le Times of India, le Dawn, le Wall Street Journal, le Daily Excelsior, ou encore le London Times ont rapporté que, selon le FBI, le chef de l’ISI (en visite officielle à Washington le 11 septembre 2001) avait fait transférer 100 000 dollars au chef des pirates de l’air du 11-Septembre Mohammed Atta... et s’étonne que personne n’en parle... et demande pourquoi. Ces grands journaux ont-ils tous "dérapé" ? N’ont-ils fait que rapporter une rumeur ? Nous n’en savons rien ; même si des médias de premier plan se sont étonnés - entre 2004 et 2006 - que cette piste ne soit pas explorée : Asia Times, Guardian, Times of India, CBC News... Mais une chose est sûre : dans un monde où tout internaute peut accéder à la quasi totalité des sources d’information, les journalistes doivent changer de comportement ; ils doivent apprendre à rendre des comptes. Ils ne peuvent pas laisser sans réponse des lecteurs qui prennent la peine de les lire et ne comprennent pas la logique de ces lourds silences.
Précisons que cette implication pakistanaise n’est pas seulement évoquée dans quelques journaux que peu, manifestement, ont lus ; vous la retrouvez dans le best-seller de Bernard-Henri Lévy Qui a tué Daniel Pearl ?, que la plupart des (grands) journalistes ont lu, et dans le film Un Cœur invaincu avec Angelina Jolie, dont on a pu lire des critiques (très positives) un peu partout, sans qu’aucune, à ma connaissance, ne mette en exergue cette révélation.

4) La version officielle contredite par les médias.

La question de la crédibilité de l’information se pose sur de nombreux autres sujets. En effet, la version officielle, jamais mise en doute globalement par les médias, est contredite sur de nombreux points, et pas des moindres, par des articles publiés dans les journaux les plus prestigieux du monde. Voici un échantillon très synthétique de ces informations, que peu de gens connaissent, et que nos journalistes médiatiques (mal informés ?) ignorent, ou traitent comme des hérésies.

a) Al-Qaïda seul responsable des attentats du 11-Septembre ?
Officiellement, l’organisation de Ben Laden a agi seule, sans soutien étatique. Même si l’on a supposé, du côté de la Maison Blanche, dès le 12 septembre 2001 (dixit Richard Clarke et George Tenet), une implication de Saddam Hussein...
Version officielle contredite par les médias :
L’Arabie Saoudite - via ses services secrets - a appuyé au moins deux des pirates de l’air : Nawaf Alhazmi et Khalid Almihdhar étaient, en effet, en contact à San Diego avec deux Saoudiens, Omar al-Bayoumi et Osama Bassnan, probables agents du renseignement saoudien ; c’est le New York Times qui l’affirme, relayant le contenu des 28 pages du rapport du Congrès sur les attentats du 11-Septembre que la Maison Blanche a réussi à censurer. Bob Graham, président du Comité du renseignement du Sénat, a lui-même affirmé - sur PBS et au Sénat - que des Etats souverains "amis" des Etats-Unis avaient supporté "au moins quelques-uns des terroristes" du 11-Septembre, parlant même sur PBS de "preuve très convaincante", et se plaignant de la censure de George W. Bush. Ajoutée à l’implication du Pakistan, cette information suggère donc que deux pays alliés des Etats-Unis ont participé à l’organisation des attentats.

b) Le renseignement américain et la Maison Blanche ne savaient rien ?
Officiellement, ils n’ont reçu aucun avertissement avant le 11-Septembre d’une attaque terroriste à venir consistant à utiliser un avion de ligne détourné comme un missile.
Dès le 17 septembre 2001, le directeur du FBI Robert Mueller prétend qu’il n’a "eu connaissance d’aucun avertissement qui aurait indiqué ce type d’opération dans le pays". Le 26 septembre, le président Bush affirme que les terroristes "ont frappé d’une manière qui était inimaginable". Le 30 septembre, le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, interrogé pour savoir s’il avait imaginé que le Pentagone puisse être attaqué à l’aide d’un avion commercial, répond, effarouché : "Oh mon Dieu, non. Ça n’aurait jamais traversé l’esprit de quiconque..." Le 17 octobre, le chef de l’état-major interarmées, le général Richard Myers, confesse : "Nous n’avions pas pensé à cela". Le 16 mai 2002, la Conseillère à la Sécurité nationale Condoleezza Rice déclare, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche qui restera dans l’histoire : "Je ne pense pas que quiconque aurait pu prévoir que ces gens prendraient un avion et le projetteraient dans le World Trade Center, prendraient un autre avion et le projetteraient dans le Pentagone, essaieraient de se servir d’un avion comme d’un missile, d’un avion détourné comme d’un missile." Le 22 mars 2004, elle écrit dans le Washington Post : "Malgré ce que certains ont suggéré, nous n’avons reçu aucun renseignement nous indiquant que des terroristes se préparaient à attaquer notre patrie en se servant d’avions comme de missiles..." Le 8 avril 2004, elle affirme sous serment, devant la Commission d’enquête : "Les rapports de menaces que nous avons reçus au printemps et à l’été 2001 ne spécifiaient ni date, ni lieu, ni type d’attaque. [...] Il n’y avait pas d’informations sur de nouvelles menaces, elles ne concernaient aucun attentat à venir à l’intérieur des Etats-Unis." (9/11 Press for Truth, 41e minute).
Le 22 juillet 2004, le rapport de la Commission d’enquête offre sa version, exprimée pages 345 à 347 : la possibilité pour des terroristes d’utiliser un avion comme une arme avait été imaginée avant le 11-Septembre - ce qui va à l’encontre de la première version avancée par toute l’administration Bush - mais était jugée improbable, et aucune parade n’avait été suffisamment étudiée. Le rapport confirme qu’aucune alerte de ce type d’attaque n’a été reçue par les agences de renseignement.
Version officielle contredite par les médias :
Le renseignement américain avait été averti "depuis au moins 1994 et continuellement jusqu’à l’été 2001" (Associated Press) que des terroristes envisageaient d’utiliser des avions comme armes. Il savait qu’Al-Qaïda avait le projet d’un attentat de grande ampleur sur le sol américain durant l’été ou l’automne 2001 (AFP), consistant à détourner des avions de ligne pour les crasher (CBS News) dans des bâtiments symboliques (Frankfurter Allgemeine Zeitung), notamment le Pentagone et des gratte-ciel à New York (WorldNetDaily), dont le World Trade Center (Newsweek). De nombreux services de renseignement étrangers avaient apporté ce genre d’avertissements aux Etats-Unis dans les mois précédant le 11-Septembre : britanniques (Sunday Times), italiens (Los Angeles Times), allemands (FAZ), jordaniens (Christian Science Monitor), russes et bien d’autres encore (Fox News)... En avril 2000, un terroriste repenti, Niaz Khan, s’était même rendu au FBI pour raconter qu’il avait été entraîné les semaines précédentes au Pakistan par des disciples de Ben Laden pour détourner un avion de ligne et le crasher dans un building aux Etats-Unis (MSNBC). Le 10 juillet 2001, le directeur de la CIA George Tenet avait averti Condoleezza Rice : "Il va y avoir une attaque terroriste importante dans les prochaines semaines ou les prochains mois" et elle sera "spectaculaire" (Washington Post). George W. Bush fut averti au plus tard par le PDB du 6 août 2001.
Un attentat-suicide sur le World Trade Center avait même été simulé par le NORAD dès 1999 ! Un autre sur le Pentagone devait l’être en avril 2001, avant d’être finalement abandonné car jugé "trop irréaliste" par l’état-major des armées (Boston Globe). USA Today du 18 avril 2004 fit justement remarquer : "Dans les deux ans précédant les attaques du 11-Septembre, le NORAD conduisit des exercices simulant ce qui, selon la Maison Blanche, était inimaginable à l’époque..."
L’ancien directeur-adjoint de la CIA John Gannon apporta lui-même ce saisissant contre-pied à la version gouvernementale : "Si vous aviez demandé à n’importe qui si des terroristes pourraient utiliser un avion comme un missile, personne ne l’aurait exclu." Mise au point salutaire réalisée dès le 17 mai 2002 par CBS News. Quant au Wall Street Journal, il fit remarquer le 19 septembre 2002 : "Les services de renseignement étaient au courant de nombreuses menaces indiquant que des terroristes pourraient utiliser des avions comme des armes contre les Etats-Unis, bien que le gouvernement ait clamé après le 11-Septembre que les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone étaient surgies de nulle part." Un membre de la Commission d’enquête, le démocrate Bob Kerrey, interpella même assez vivement le président Bush le 8 novembre 2004 sur CNN : "Vous saviez qu’ils [les terroristes] étaient aux Etats-Unis. Vous aviez été averti par la CIA. Vous saviez en juillet qu’ils étaient à l’intérieur des Etats-Unis. Vous avez été de nouveau informé par un briefing au mois d’août qu’il s’agissait d’une terrible menace. Et qu’avez-vous fait ? Rien, comme on a pu le constater à la Commission." Est-il besoin d’en rajouter ?
La sprinteuse Marion Jones a été condamnée à six mois de prison pour avoir menti aux enquêteurs fédéraux dans une affaire de dopage. Est-il question d’emprisonner George W. Bush au terme de son mandat, ainsi que son administration, pour avoir menti "au moins 935" fois entre 2001 et 2003 au sujet de la menace que représentait l’Irak ? et combien de fois au sujet du 11-Septembre ?

c) Des terroristes inconnus ?

Officiellement, le renseignement américain n’avait identifié que deux pirates de l’air avant le 11-Septembre : "Parmi les 19 pirates, seuls Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi avaient été identifiés comme des menaces potentielles par la CIA [...]. Ni Mr. Alshehhi, ni Mr. Atta n’avait été identifié par les agences de renseignement américaines comme une menace potentielle, selon le rapport de la Commission" (New York Times).
Version officielle contredite par les médias :
Quatre futurs kamikazes - le leader Mohammed Atta et ses seconds : Marwan Alshehhi, Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi - avaient été identifiés plus d’un an avant le 11-Septembre, par l’unité de renseignement militaire Able Danger, selon le New York Times. Plusieurs membres de cette unité top secrète ont témoigné de leur découverte, dont le lieutenant-colonel Anthony Shaffer, qui rapporta d’ailleurs à Fox News les pressions qu’un supérieur hiérarchique exerça sur lui pour qu’il n’enquête plus sur Atta.
Louis Freeh, directeur du FBI de 1993 à juin 2001, a écrit le 17 novembre 2005 dans le Wall Street Journal que le rapport de la Commission avait commis "une erreur embarrassante" en prétendant qu’Atta n’avait pas été identifié, ajoutant avec beaucoup de virulence : "La Commission a inexplicablement conclu que [l’identification d’Atta en 2000] n’était "pas historiquement importante". Cette conclusion stupéfiante - ajoutée à l’échec pour lancer une enquête sur Able Danger et pour l’incorporer aux conclusions du rapport - soulève de sérieux doutes quant à la crédibilité de la Commission, et, si les faits sont avérés, pourrait juste rendre la Commission historiquement insignifiante elle-même." Le 18 septembre 2006, le Ministère de la Défense rendit pourtant ce verdict étonnant : "Bien que nous ayons entendu quatre témoins qui prétendent avoir vu un graphique représentant Mohammed Atta et d’autres possibles terroristes ou "cellules" impliqués dans le 11-9, nous avons établi que leurs souvenirs n’étaient pas précis."
La CIA, de son côté, était sur les traces de Marwan Alshehhi à Hambourg dès mars 1999, selon l’hebdomadaire allemand Stern et la première chaîne de télévision publique allemande ARD ; mais aussi de Mohammed Atta dès janvier 2000, selon Focus, le Berliner Zeitung, et l’Observer ; ce dernier journal afficha son étonnement : "La révélation qu’Atta était suivi par la police longtemps avant le 11-Septembre soulève la question de savoir pourquoi les attaques n’ont pas pu être empêchées par l’arrestation des terroristes". La CIA avait même fait interpeller Ziad Jarrah aux Emirats arabes unis, en janvier 2000 selon Stern, en janvier 2001 selon CNN et le Chicago Tribune. Notons que nous avons là trois des quatre pilotes du 11-Septembre : Atta était en effet aux commandes du vol 11 crashé sur la Tour Nord du WTC, Alshehhi aux commandes du vol 175 crashé sur la Tour Sud, Jarrah aux commandes du vol 93 crashé en Pennsylvanie. Ces identifications, ajoutées à celles de Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi à Kuala Lumpur en janvier 2000, portent au nombre de cinq les terroristes repérés par le renseignement américain avant le 11-Septembre (notons que si l’on ajoute à ces cinq noms celui d’Hani Hanjour, pilote présumé du vol 77, crashé sur le Pentagone, nous tenons les six "leaders" des kamikazes ; les treize autres avaient un rôle plus secondaire dans l’opération).
Si cela ne suffisait pas... Le 23 août 2001, le Mossad livra à la CIA une liste comportant 19 noms de terroristes vivant aux Etats-Unis, et qui semblaient se préparer pour une attaque imminente. Coïncidence ou non, 19 est le nombre des pirates de l’air du 11-Septembre. Les 19 noms ont-ils été livrés ? Seuls quatre d’entre eux ont été donnés dans la presse : il s’agit de Nawaf Alhazmi, Khalid Almihdhar, Marwan Alshehhi et Mohammed Atta. De quelles sources d’information alternatives a bien pu sortir cette improbable révélation ? Der Spiegel, Die Zeit, BBC.
Une information d’autant plus intéressante que l’on sait que cinq Israéliens ont été arrêtés à New York le matin du 11-Septembre pour leur comportement suspect face aux Tours. Selon l’hebdomadaire juif Forward, "une enquête du contre-espionnage du FBI conclut qu’au moins deux d’entre eux étaient en réalité des agents du Mossad". Selon ABC News, l’un de ces agents déclara : "Notre but était de documenter l’événement". Le Monde nous avait aussi appris l’existence d’un vaste réseau d’espions israéliens - environ 120 - infiltrés aux Etats-Unis, se faisant passer notamment pour des étudiants en art, et dont certains semblaient suivre les terroristes du 11-Septembre ou, du moins, fréquentaient les mêmes lieux. Salon rapporta que les espions avaient vécu à proximité d’au moins dix des dix-neuf pirates de l’air.
Au lieu de s’exciter sur de fumeuses rumeurs antisémites, voici des informations a priori solides sur lesquelles des journalistes d’investigation auraient été bien inspirés de travailler.

d) En guerre à cause du 11-Septembre ?

Officiellement, les Etats-Unis sont en guerre en Afghanistan et en Irak à cause des attaques du 11-Septembre. Au sujet de l’Irak, George W. Bush lança le 18 juin 2005 : "Nous sommes partis en guerre parce que nous avons été attaqués..."
Version officielle contredite par les médias :
En mars 2005, la BBC révèle que la planification de la guerre en Irak a eu lieu dès les premières semaines du mandat de George W. Bush, soit en janvier 2001, pour des motifs principalement pétroliers. Eric Laurent, dans La Face cachée du pétrole, dira la même chose en 2006 : "L’administration Bush [...] a, dès son arrivée au pouvoir, en janvier 2001, planifié l’invasion de l’Irak. Une commission secrète sur l’énergie, créée par le vice-président Cheney en a arrêté tous les détails et le 11 septembre a servi de prétexte à l’intervention militaire. Des documents de travail que cette commission a été contrainte de rendre public, montrent une carte de l’Irak où, en mars 2001, huit zones d’exploitations ont été tracées, juste à côté de la frontière saoudienne."
Parmi les politiques ayant donné leur avis sur la question, n’en citons qu’un, l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter : "Je ne crois pas que nous ayons actuellement en tête de leur remettre [aux Irakiens] la responsabilité de l’approvisionnement en pétrole et de les laisser décider qui gère le pétrole [...]. Ce que je crois, c’est qu’il y a des gens à Washington actuellement, certains de nos dirigeants les plus haut placés, qui n’ont aucunement l’intention de retirer les forces militaires d’Irak et ils se projettent 10, 20, 50 ans dans l’avenir avec cette forte présence militaire. [...] La raison pour laquelle nous sommes allés en Irak était d’établir une base militaire permanente dans la région du Golfe et je n’ai jamais entendu un seul de nos dirigeants dire qu’il s’engageait auprès du peuple irakien sur le fait que dans dix ans il n’y aurait pas de base militaire états-unienne en Irak" (CNN, 1er février 2006). Une analyse qui fait écho à la préconisation du PNAC en septembre 2000 : "Les Etats-Unis ont cherché depuis des décennies à jouer un rôle plus permanent dans la sécurité régionale du Golfe. Alors que le conflit irrésolu avec l’Irak fournit la justification immédiate, le besoin d’une forte présence des forces américaines dans le Golfe dépasse le problème du régime de Saddam Hussein" (Reconstruire les défenses de l’Amérique, page 14).
Concernant la guerre en Afghanistan, l’ancien secrétaire aux Affaires étrangères du Pakistan Niaz Naik a rapporté la tenue d’une réunion secrète, à la mi-juillet 2001 à Berlin, durant laquelle de hauts fonctionnaires américains lui firent part de plans pour mener des actions militaires contre le régime de Kaboul, et pour le renverser, s’il refusait leur plan de construction d’un pipeline sur leur sol ; l’un des Américains, Tom Simons (ancien ambassadeur des Etats-Unis au Pakistan), dit que les Taliban auraient à choisir entre un "tapis de bombes" - l’invasion - et un "tapis d’or" - le pipeline. L’opération militaire envisagée se déroulerait, selon la BBC, avant les premières neiges en Afghanistan, soit "à la mi-octobre au plus tard". Le 2 août 2001, les négociations, engagées en février 2001, entre Américains et Taliban se soldèrent par un échec cinglant (selon WSWS et l’Irish Times). Le 7 octobre débuta la guerre.

e) Ben Laden, l’homme le plus traqué du monde ?

Officiellement, Oussama Ben Laden est l’ennemi public numéro 1, réclamé "mort ou vif" par le président américain le 17 septembre 2001 ; il est d’ailleurs inscrit depuis juin 1999 sur la site des 10 criminels les plus recherchés par le FBI.
Version officielle contredite par les médias :
Selon Le Figaro et RFI, du 4 au 14 juillet 2001, Ben Laden se fait soigner dans un hôpital américain à Dubaï. Le milliardaire saoudien, qui souffre d’une affection rénale, est installé dans le très réputé département d’urologie du docteur Terry Callaway. Le 12 juillet, il reçoit la visite du chef d’antenne locale de la CIA, Larry Mitchell ! Selon Le Figaro, l’agent de la CIA "aurait même été informé sur d’éventuels attentats". Rappelons qu’au même moment, à Berlin, des diplomates font part à Niaz Naik du projet américain de bombarder les Taliban, à moins que ces derniers n’acceptent leur projet de pipeline, mais aussi et surtout "ne leur livrent Ben Laden" !
Le 6 avril 2002, le général Richard Myers, chef d’état-major et plus haut gradé de l’armée des Etats-Unis, lance sur CNN : "Le but n’a jamais été d’attraper Ben Laden", ajoutant toutefois que ce serait "souhaitable". Le 9 janvier 2005, A.B. "Buzzy" Krongard, ancien directeur exécutif et numéro 3 de la CIA, admet explicitement, dans le London Times, qu’il est préférable que Ben Laden demeure vivant et libre. Le journal note que "plusieurs officiels américains ont reconnu en privé qu’il serait mieux de garder Ben Laden cloué à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan plutôt que d’en faire un martyr ou de le traduire en justice. Mais Krongard est la figure la plus haut placée qui reconnaît publiquement que sa capture pourrait s’avérer contre-productive". Si l’on peut comprendre l’intérêt de ne pas faire de Ben Laden un martyr, on comprend nettement moins celui de ne pas le traduire en justice...
Pour se détendre un peu, on peut aller voir (à la fin de cette petite vidéo) la réaction, le 3 mars 2005 (deux mois après la déclaration de Krongard), du directeur de la CIA Porter Goss, lorsque George W. Bush lance à la presse que ses services essaient chaque jour d’obtenir des informations pour localiser Ben Laden ; appréciez la surprise mâtinée d’hilarité qui envahit son visage...
Si nous résumons les informations qui précédent, nous obtenons la version suivante : le Pakistan et l’Arabie Saoudite, deux pays alliés des Etats-Unis, ont soutenu les pirates de l’air du 11-Septembre ; le renseignement américain avait connaissance bien avant les attentats d’une mission-suicide à venir d’Al-Qaïda, et connaissait les principaux kamikazes ; les guerres d’Afghanistan et d’Irak étaient planifiées avant les attentats ; Ben Laden n’a jamais été sérieusement traqué. Version vraie ou fausse ? En tout cas, basée uniquement sur les grands médias. N’est-ce pas incroyable ? Ce travail systématique de mise en évidence des contradictions de la presse pourrait se poursuivre sur bien d’autres thèmes...

5) Limites de la presse, nécessité des veilleurs amateurs.

Les médias fournissent l’essentiel des matériaux d’information, mais ne les exploitent pas toujours. Un exemple en est ce mensonge flagrant de George W. Bush, proféré à deux reprises, et qu’aucun journaliste n’a relevé : le 4 décembre 2001, puis le 5 janvier 2002, le président américain prétend avoir vu en direct le premier attentat sur les Twin Towers, alors qu’il était en visite dans une école en Floride. Or, aucune image de cet attentat n’a été diffusée en direct. Les seules images connues de l’événement proviennent du film des frères Naudet, et elles n’ont été confiées aux télévisions que quelques heures plus tard. George W. Bush a-t-il pu confondre le premier crash avec le second ? Même pas : les images existent, qui montrent son assistant Andrew Card venir lui annoncer à l’oreille ce second crash, qu’il ne voit pas non plus en direct à la télévision.
De même, sur un sujet très controversé, celui de la chute du WTC 7, on est étonné qu’aucun média n’ait demandé des explications à John Kerry, finaliste de l’élection présidentielle de 2004, après qu’il a déclaré qu’il pensait que ce bâtiment avait fait l’objet d’une démolition contrôlée (pour des raisons de sécurité). D’où peut bien lui venir cette idée parfaitement "hérétique", qui n’a jamais été envisagée par aucun officiel ?
Sans doute peut-on davantage comprendre le silence des médias sur une pièce du dossier qui tient particulièrement à cœur aux chercheurs du web ; j’ai nommé le fameux rapport du "think tank" néoconservateur PNAC : Reconstruire les défenses de l’Amérique. Ce document, paru en septembre 2000, et auquel a pris part le noyau dur de la future administration Bush, prône un certain nombre de réformes militaires visant à assurer l’hégémonie américaine au XXIe siècle. Une phrase a beaucoup fait gloser dans ce rapport, que je fais précéder ici par une autre qui en précise la portée ; page 13, on peut lire : "L’échec à se préparer aux défis de demain sera l’assurance que l’actuelle Pax Americana touchera rapidement à sa fin". Puis, page 51 : "Le processus de transformation, même s’il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur - comme un nouveau Pearl Harbor". La catastrophe d’un nouveau Pearl Harbor apparaît ici presque souhaitée ; sans elle, "l’actuelle Pax Americana" toucherait sans aucun doute "rapidement à sa fin". Rétrospectivement, ces lignes soulèvent une inévitable suspicion ; George W. Bush ayant lui-même qualifié le 11-Septembre, le soir même de l’attaque, de "Pearl Harbor du XXIe siècle", selon le Washington Post. Mais que peut faire ici la presse ? Toute question serait tellement pleine de sous-entendus... On peut comprendre qu’il ne soit pas aisé d’aller trouver un dirigeant de son pays pour lui demander si le 11-Septembre correspond bien au "nouveau Pearl Harbor" qu’il souhaitait à demi-mot un an plus tôt... Une telle question pourrait tenir lieu d’accusation. Mais le silence est-il pour autant la meilleure attitude ? Délicate question.
Il est également délicat, on peut l’imaginer, d’enquêter sur les exercices de simulation militaires qui avaient lieu le matin même du 11-Septembre, et qui semblent avoir favorisé l’action des terroristes en semant la confusion. Cette concomitance mériterait pourtant d’être abordée, d’autant que, parmi les exercices du jour, on trouvait des détournements d’avions, comme nous l’apprend Vanity Fair d’août 2006. Un autre exercice mené par le NRO (National Reconnaissance Office) visait à simuler le crash accidentel d’un petit avion sur l’une des tours de son quartier général, nous apprend Associated Press. Cette agence du Ministère de la Défense est située à 40 km du Pentagone et à 6,5 km de l’aéroport international Dulles de Washington, d’où décolla, 50 minutes avant le début de l’exercice, le Boeing qui s’écrasa... sur le Pentagone. "Bizarre coïncidence" selon le gouvernement américain, "incroyable coïncidence" selon le porte-parole du NRO...
Enfin, la presse montre parfois son étonnement face à certains faits, mais sans pouvoir faire grand chose de plus. Citons l’exemple du Washington Post du 30 septembre 2001 face à la prouesse technique exceptionnelle qu’aurait réalisée Hani Hanjour, le piètre pilote présumé du vol 77 : "Sans aucun doute, les qualités de pilote d’Hanjour étaient faibles. Il prit des leçons dans une école de pilotage de Scottsdale, dans l’Arizona, quatre ans auparavant, mais ses instructeurs lui demandèrent finalement de partir en raison de ses pauvres compétences [...]. Il y a à peine un mois, des instructeurs du Freeway Airport à Bowie volèrent avec lui et le jugèrent inapte à piloter un avion par lui-même. Mais le matin du 11-Septembre, alors que le vol 77 se détournait de sa route vers Los Angeles pour foncer sur Washington et le Pentagone, Hanjour est censé avoir exécuté ce qu’une haute source de l’aviation a qualifié de "virage soigné et coordonné"."
En reliant des appréciations publiées dans différents journaux, l’on obtient aussi des résultats surprenants. Ainsi, le Washington Post du 12 septembre 2001 notait : "Des sources de l’aviation dirent que l’avion était piloté avec une habileté extraordinaire, de sorte qu’il était hautement probable qu’un pilote entraîné était aux commandes, peut-être l’un des pirates." ABC News rapportait le témoignage d’un contrôleur aérien : "La vitesse, la manoeuvrabilité, la trajectoire qu’il a prise, nous avons tous pensé dans la tour de contrôle, nous tous, contrôleurs aériens expérimentés, qu’il s’agissait d’un avion militaire". Or, le New York Times rapporta de son côté qu’un instructeur de vol, qui connut Hanjour sept mois avant le 11-Septembre, le considérait comme "un très mauvais pilote", allant jusqu’à dire : "Il ne pouvait pas voler du tout". CBS News rapporta qu’alors qu’il fréquentait une école d’aviation dans l’Arizona, ses instructeurs le signalèrent "au moins cinq fois à la FAA", car ils le trouvaient si mauvais qu’ils considéraient qu’il ne devait pas conserver sa licence de pilote : "Je ne pouvais pas croire qu’il avait une licence commerciale avec le niveau qu’il avait", confia l’un d’eux. A la mi-août 2001, selon Gazette, ses compétences étaient encore si pauvres qu’on lui refusa la location d’un petit avion monomoteur - Cessna - sans d’autres entraînements au préalable. Il est à noter que, selon le rapport de la Commission, Khalid Shaikh Mohammed, le "cerveau" du 11-Septembre, confia à Hani Hanjour l’attentat contre le Pentagone, car il était le plus expérimenté des pilotes de l’opération (note 147, page 530).
Est-il possible, pour la presse et nous tous, d’aller plus loin que l’étonnement ? Sans doute pas, sans une très hypothétique nouvelle enquête officielle. Mais cet étonnement est déjà un acquis essentiel, et nous le devons à la coopération - certes non voulue par les premiers - des journalistes professionnels et des "journalistes citoyens", dont la figure de proue reste probablement Paul Thompson."

Confusion et séparation

Quand on veut comprendre l'amalgame, je crois surtout qu'il faut comprendre qu'amalgamer signifie prêter une unité confuse et fallacieuse à un contenu pourtant fini. L'amalgame crée une contradiction entre unité et séparation. Selon l'amalgame, s'il y a unité, c'est après séparation. Autant dire que l'unité ainsi créée signifierait qu'une unité et un fondement peuvent être dégagés, mais seulement après qu'ils aient été séparés au préalable. L'amalgame crée une unité après séparation, qui est une unité purement manichéenne, totalement caricaturale, entre le Bien et le Mal, ce qui est avec et ce qui est contre. La tromperie de l'amalgame consiste à restaurer l'unité impossible, d'autant plus impossible qu'elle est unité après séparation.
Il faudrait savoir! Soit la séparation empêche l'unité, soit l'unification supprime la séparation. Mais postuler de manière anodine et benoîte que l'unité ne se subsume qu'après séparation, c'est créer de l'amalgame en tant que confusion entre la possibilité de l'unité après séparation et la définition de l'unité qui contredit la séparation. L'amalgame et la confusion reviennent ici à sous-entendre que l'unité après séparation rend possible l'accusation intentée contre le groupe désigné du Mal à partir de l'accusation émanant du groupe du Bien. Si l'unité n'existe pas vraiment, alors l'amalgame est impossible, tant il est ardu d'établir la distinction entre le groupe des accusateurs innocents et le groupe des accusés coupables. L'absence d'unité désamalgame en ce qu'elle rétablit le processus de séparation de manière uniforme et continue, bien au-delà de la séparation manichéenne et caricaturale que l'amalgame instaure et instille.
Contrairement à la représentation de l'unité amalgamée, il faut comprendre que toute distinction est à prendre avec des pincettes puisque l'unité est traversée de toutes parts par la séparation et la distinction. Il est impossible d'amalgamer signifie qu'il est impossible de désigner de manière stable et homogène des groupes accusés et coupables sans créer d'amalgame, soit de séparation, de distinction et de différence au sein de ce groupe. Amalgamer, c'est non seulement croire au mythe de l'unité, mais aussi au mythe connexe de la séparation unique et stable entre deux groupes caricaturaux. C'est donc suggérer qu'une accusation est possible si des groupes unis et homogènes existent une bonne fois pour toutes après séparation unique, radicale et binaire.
Au contraire, montrer que l'amalgame est un leurre signifie aussi que l'accusation est un leurre qui engendre toujours la même extrémité : l'impossibilité d'accuser sans amalgamer et commettre de redoutables injustices. Dès lors, l'accusation est prendre avec des pincettes et toujours en désamalgamant : soit en réfutant la possibilité d'incriminer des groupes homogènes (les Juifs, les conspirationnistes...) et en refusant le principe de l'accusation stable et définitive.

samedi 26 avril 2008

Un certain vide

Je crois surtout que l'amalgame signale le refus de l'incertitude, qui entache pourtant toute chose dans le réel, et le besoin logiquement contraire d'asseoir sa certitude en quelque fondement. Le principe de l'homme est bel et bien de trouver une certitude sur laquelle s'assoir, ainsi que le formule Parménide dans un essai de jeunesse de Nieztsche (de mémoire : Considérations inactuelles). Mais le socle de la certitude repose forcément sur le mensonge et l'illusion, puisque la certitude absolue n'existe pas, sauf à décréter que l'incertitude absolue est absolument certaine (variante du fameux : je sais que je ne sais pas).
Pourtant, quel est ce socle? Ce ne peut être que le socle de la réduction : réduire le réel à l'ensemble des choses qui sont certaines. Grosso modo, c'est donc l'immédiat. Trouver un fondement, c'est par conséquent avancer un mensonge fumant et trébuchant. Mais réduire, c'est aussi généraliser, par le fait que la réduction implique dans un mouvement connexe que l'on réduise l'ensemble au singulier. Dès lors, réduire l'ensemble au singulier, c'est aussi généraliser le singulier à l'ensemble.
On tient dès lors l'amalgame, qui est à la fois et en même temps généralisation hâtive et réduction présomptive. Pourquoi ce double mouvement ou cette double réalité? Parce que précisément la certitude n'existe pas; parce que le principe d'incertitude peut étreindre toute manifestation de réalité. Dès lors, on touche du doigt ce que signifie l'amalgame : faire croire que la certitude existe alors que la certitude n'existe pas.
Le singulier peut être le général dans l'exacte mesure où le général peut se réduire au singulier. Finalement, il est impossible de prouver que ce qui n'existe pas n'existe pas ou que ce qui existe existe. L'amalgame joue sur ce registre de l'incertitude. Mais le mécanisme de l'amalgame est encore un peu plus insidieux : il s'agit de jouer sur le mécanisme de l'indicible alors que la certitude est. On est certain que le réel existe bien, mais on est impossible de le définir.
Autrement dit, l'amalgame consiste à généraliser et/ou réduire dans la mesure où l'on sait d'autant plus qu'il y a quelque chose qu'on est incapable de dire quoi. L'amalgame joue sur l'incertitude quant au certain. On est ainsi incertain de ce qui est certain. Le fondement existe bien, mais quel est le fondement? L'incertitude n'est ainsi pas le fait de douter de la réalité, mais de douter de ce qui est réel ou ne l'est pas.
Récapitulons : je suis certain que le réel existe, mais je suis incertain quant à la définition de ce réel. L'amalgame joue plus sur le conflit entre deux niveaux d'appréciation ou de capture du réel chez l'homme : le sentiment et la raison. Dans le sentiment gît la certitude; dans la raison se tapit l'incertitude. L'incertitude n'affecte pas la réalité ou l'existence, mais le langage de sa représentation.
L'amalgame joue sur la tension hétéroclite entre la représentation et la réalité. Impossible de réduire ou de généraliser si les deux termes se rejoignaient. Comme ils se disjoignent et se chevauchent de manière laborieuse et imparfaite, le jeu (dans tous les sens du terme) entre les deux ne permet pas une réconciliation et une pacification du réel et de la représentation. C'est ce que l'amalgame signale : le conflit violent et irréductible entre la représentation et le réel.
L'amalgame part du postulat indémontrable que le fondement existe bien. Si le fondement existe, on peut dire ce qui est réel et ce qui ne l'est pas - ce qui est illusoire et ce qui ne l'est pas. L'amalgame consiste à avancer que le fondamental et le certain sont représentables et qu'en conséquence, ils sont intouchables et inattaquables. Si le certain est connu, on peut en effet dire ce qui est de l'ordre de l'amalgame, soit de l'illusion par généralisation/réduction.
On peut rejeter et opposer parce qu'on peut séparer. Mais l'amalgame consiste à rendre impossible d'attaquer ce qui est au nom du fait que l'amalgame renverrait à ce qui n'est pas. Dès lors, l'amalgame reproche l'amalgame dans le moment où il amalgame. Amalgamer, c'est toujours prétendre se situer en dehors de l'amalgame. Qui amalgame se présente comme en dehors de tout processus d'amalgame.
L'amalgame est ainsi une manipulation consistant à faire croire qu'on détient la certitude qui vous délivre de l'erreur amalgamante et une subversion qui joue sur la nécessaire incertitude qui assaille le fondement fièrement exhibé de la certitude. Laisser croire que ce qui est est certain et que ce qui n'est pas est certain, tel est l'amalgame. L'amalgame se noue dès que l'on évacue l'incertitude.
Le fait de séparer porte à l'amalgame. Autrement dit, le meilleur moyen d'éviter l'amalgame consiste à tout rendre incertain, ce qui signifie aussi bien : à tout rendre confus. Dès qu'on accuse, on amalgame. Entre la confusion de l'incertitude absolue, quelque chose comme le doute pyrrhonien porté à son paroxysme intenable, et la confusion de la certitude absolue, qui pousse à tout hiérarchiser de la plus arbitraire et scandaleuse des manières, l'amalgame est le moyen le plus prudent et le plus pragmatique de mettre un peu d'ordre dans le joyeux bordel de l'incertitude.

Des élites à la masse

Ayant oublié ce que je voulais écrire présentement, j'en reviens à ce que je voulais exprimer auparavant et dont l'idée précédente m'a détourné. Il s'agit des rapports entre élitisme et masses. J'aimerais répéter cette idée qui me tient à coeur concernant l'élitisme, qui est le symptôme de la décadence des élites.
Souvent, l'on en vient à penser que les élites sont responsables, du fait de leur mainmise, de l'état de décadence qui grève le système. Autrement dit, le système serait sain et serait vicié par le détournement qu'opèrent les élites. Dans ce schéma, les élites sont responsables de la décrépitude, tandis que les masses qui composent et font le système sont des victimes innocentes et des boucs émissaires qui n'ont rien à voir avec le détournement pervers et le piratage des élites.
Il est vrai que l'élitisme correspond en tous points au schéma mondialiste, mais il est faux de dissocier ainsi arbitrairement, dans un acte de duplication hallucinatoire et fantomatique cher à Rosset, la responsabilité des élites et la responsabilité des masses dans le phénomène de décadence. Si le système est en décadence, c'est précisément parce qu'il suppose que la décadence n'est pas seulement le fait des élites, mais aussi le fait des masses.
La décadence des élites est le symptôme le plus visible, la partie immergée de l'iceberg, mais elle est étroitement reliée à la décadence majoritaire. Que l'on réfléchisse une seconde : si la majorité état saine, elle ne se laisserait pas ainsi vicier par une minorité certes agissante, mais qui n'en demeure pas moins une minorité. Il faut postuler au contraire que la décadence touche les élites quand le système est vicié, plutôt que ce soit les élites qui corrompent un système jusqu'alors parfaitement sain.
C'est ainsi que dans le cas et le cadre du 911, on s'étonne d'une décadence aussi soudaine et l'on oppose l'impossibilité de cette décadence soudaine aux arguments pourtant solides qui prouvent que le 911 marque l'état de crise profonde et systémique. Mais c'est oublier que le 911 ne traduit pas l'effondrement du système à cause de sa confiscation abusive par quelques groupuscules élitistes et impitoyables.
Non, le 911 signifie avant tout que le système immanentiste était corrompu et gangréné et que c'est du fait de cet état lamentable qu'il a pu être piraté et pris en otage par des élites peu scrupuleuses et mues par le cynisme éhonté. N'inversons pas l'ordre finaliste des évidences et des priorités, aurait dit Aristote, soit l'enchaînement de la cause et la conséquence. C'est bien la décadence du système qui engendre l'élitisme et non l'élitisme qui engendre la décadence du système.

L'interprétation des faits : traduction et trahison

Il est capital pour le philosophe contemporain de penser l'événementiel en ce que penser l'événementiel n'est plus seulement le moyen de fuir la métaphysique ou l'ontologie. On sait que le propre d'un philosophe, ce qui le distingue de l'intellectuel, et, pis, de l'expert, c'est de creuser la réalité tapie sous les événements. Justement.
Jusqu'à présent, l'analyse de l'événementiel servait certainement à reproduire le factuel sans chercher ce qu'il contenait d'autre que son apparition immédiate et phénoménale. Cette approche était celle du journalisme, selon lequel dire le factuel en ce sens précis, c'est s'approcher au plus près de l'objectivité et de l'impartialité, puisque le plus sûr moyen d'être impartial était encore de dire les faits - et rien que les faits.
Il n'en demeurait pas moins que cette démarche critique n'obère nullement la démarche de l'interprétation : car dire les faits, les restituer dans leur vérité factuelle et crue, implique encore plus après coup que ces faits soient analysés et décortiqués. Autrement dit, la démarche factuelle ou journalistique ne supprime nullement la démarche interprétative. Elle prétend seulement dire le factuel et éviter que la manipulation ne se déroule sur le terrain du factuel. Exemple : rappeler que la Seconde guerre mondiale a débuté en 1939 permet d'éviter les manipulations qui insinueraient qu'elle a commencé en 1938.
Une fois le fait rappelé, l'interprétation est encore plus nécessaire. Il convient seulement de séparer le factuel de l'interprétatif. Il est certains évènements qui incitent à accroître le pouvoir de la critique et de l'interprétation. Le 911 est de ceux-là. Très peu d'événements appartiennent à cette cohorte de faits qui ne renvoient pas à la surface, mais contiennent dans leur manifestation et leur apparence beaucoup plus que cette simple manifestation et cette seule apparence.
Le 911 peut être nommé systémique en ce qu'il dévoile le fonctionnement du système au-delà des apparences que veut bien donner le système. Pis - ou mieux : le 911 dévoile le fonctionnement de l'esprit humain (notamment dans le fonctionnement des médias) et le modus operandi du comportement humain. Interroger le 911, c'est ainsi pénétrer dans l'intimité et la profondeur du sens. Dès lors, comprendre le 911, c'est accéder au factuel, au critique/interprétatif, mais aussi et surtout au religieux dans un sens qui n'est pas circonscrit à telle chapelle ou telle coterie, mais au phénomène religieux qui lie, qu'on le veuille ou non, le culturel au cultuel, et ce, depuis l'avènement des homo sapiens, soit bien avant le monothéisme.
Dans mon message précédent, j'analyse le lien entre la déontologie mutante et propagandiste des médias actuels et le postulat de l'ontologie contemporaine, selon laquelle plus que jamais, le réel est l'immédiat.
http://aucoursdureel.blogspot.com/2008/04/les-mdias-de-limmdiat.html
Mais il faut ajouter maintenant que cette ontologie fausse, fondée sur la proposition réductrice et simpliste phénomène = réel, est également manipulatoire. Car il ne suffit pas d'énoncer que le réel ne se réduit pas à ses manifestations immédiates, que le reél n'est pas transparent, que l'officiel n'est pas la vérité, il faut aussi remarquer le caractère doublement inconséquent de la vérité officielle contemporaine :
1) de se prétendre vérité parce qu'immédiate (fait déjà observé et énoncé).
2) de confondre fait et interprétation au nom de l'idéologie de l'immédiateté.
Je n'ai pas insisté sur ce fait et il est pourtant capital : car que fait la version officielle contemporaine sinon énoncer au nom des faits l'interprétation? Si la version officielle confond (au sens de confusion) les faits et l'interprétation, c'est qu'elle reconnaît implicitement et à mots couverts qu'elle n'est pas parvenue à résoudre la relation entre les faits et l'interprétation, entre l'immédiat et le profond.
Que fait la version officielle quand elle nous dit ce qui s'est passé?
1) Elle fournit les faits en nous les présentant comme l'ensemble des faits.
2) Elle nous fournit une interprétation à partir de ces faits.
Mais l'interprétation officielle ainsi proposée n'est jamais qu'une interprétation qui n'a pas perdu son caractère interprétatif, du fait qu'elle procéderait des faits. Pourtant, la version officielle oublie cette distinction, cette étape, cette différence, cette nuance, et elle produit un amalgame redoutable et peu observé entre faits et interprétation.
Elle fait comme si l'interprétation immédiate serait aussi objective et impartiale que les fiats proposés au nom du fait qu'elle émanerait de l'ontologie de l'immédiateté. C'est un mensonge pourtant patent : ce n'est pas parce que l'on tire une interprétation de faits qu'elle perd du coup son caractère interprétatif. Tout au contraire, rien n'a changé. Peut-être simplement peut-on suggérer que tirer des interprétations à partir de faits montre une démarche plus rigoureuse que tirer des interprétations indépendamment des faits.
Cependant, cette démarche n'est nullement nouvelle et nullement circonscrite à l'époque moderne ou à la sphère occidentaliste. Par contre, le fait de gommer l'étape interprétative contenue derrière toute donnée factuelle est éminemment immanentiste et moderne : car la propagande officielle cherche ainsi à suggérer qu'elle est parvenue à résoudre le principal problème de l'évaluation et que du coup :
1) son ontologie est la bonne (contrairement aux autres ontologies, qui peinaient à relier l'Etre et les étants, pour reprendre la terminologie heidegerrienne).
2) Son estimation/évaluation d'être le Bien ou du côté du Bien n'est plus partiale, dogmatique/idéologique ou dément, puisque le caractère incertain et critiquable de l'évaluation est assurément résolu.
Ergo : si le problème de la vérité est définitivement résolu et enterré, l'application concrète et pratique pour le pouvoir est qu'il a désormais les mains libres pour claironner qu'il est l'émanation du vrai, du bien, du bon. La vérité officielle est irréfutable parce qu'elle a gommé le lien entre factuel et interprétatif. Il reste à se demander si cette revendication repose sur du réel ou sur des fantasmes.
Malheureusement, c'est bien sur des fantasmes que l'ontologie moderne repose et c'est la raison pour laquelle le plus tenace reproche que l'on puisse adresser à la modernité est de résoudre le problème en évacuant le problème, soit d'amplifier le problème en prétendant l'avoir résolu. C'est la vengeance du reél sur le mensonge de la représentation humaine et c'est aussi ce qu'annonce le 911 : en s'effondrant, les Twin Towers ont aplati aussi le mensonge sur lequel la construction occidentaliste reposait.

vendredi 25 avril 2008

Les médias de l'immédiat

Pourquoi les médias ne font-ils que relayer peu ou prou (et de plus en plus) la parole officielle, la version officielle de la vérité? Pourquoi l'homme a-t-il besoin, au moins à l'époque contemporaine, de croire de plus en plus à la version officielle? Sans doute pourrait-on suggérer que ce qui est officiel rassure parce qu'il émane du pouvoir et parce que le pouvoir actuellement dominant se place du côté du Bien (de la démocratie, de la liberté et autres valeurs absolues et positives).
Mais il y a aussi une autre explication : c'est que la conception implicite et inconsciente le plus souvent qui explique la croyance quasi aveugle accordée à l'officiel tient aussi à l'ontologie de l'immédiateté : l'époque moderne est l'époque qui a répudié l'ontologie classique et la distinction entre Etre et phénomènes sensibles (ou Etre/étants selon Heidegger). Désormais le nieztschéisme annonce que c'est l'apparence qui a détrôné Platon et le mythe de la caverne.
Autrement dit, le réel désigne ce qui apparaît dans l'immédiat, soit aussi l'exact sens de phénomène. Hormis l'apparence, point de réel. Sans doute cette conception découle-t-elle de la Raison (mutante) et de son obsession de tout expliquer du réel. Il est plus facile sur ce point de réduire le reél aux apparences que d'introduire dans son sein des éléments indéfinissables comme l'Etre (Heidegger ne définit jamais l'Etre).
Quand surgissent des événements qui remettent en question le dogme de l'immédiat et de l'apparence, le premier réflexe porte à croire la version officielle. Après tout, c'est la plus sûre. Et puis l'homme a besoin de se rassurer en se répétant que le réel finit toujours par se montrer juste et honnête. Pour ce faire, il suffit de croire et d'écouter les instances officielles.
Il n'est dès lors plus si invraisemblable de constater que la version officielle est suivie et crue comme un phare dans la tempête. C'est que l'officiel est un peu la boussole et que l'homme préfère la certitude à l'incertitude. Peu importe que le certain soit mensonger et que la vérité nécessite d'en passer par l'incertain.
L'essentiel si l'on peut dire, pour cette époque de refus de l'essence et de culte de l'apparence, c'est de constater que les médias sont organisés de telle sorte qu'ils répercutent de manière intime l'ontologie de l'immédiateté et de l'Hyperréel. On sait que la télévision est le centre médiatique de l'Hyperréel. Mais que l'on s'avise de la formation des journalistes : ne sont-ils pas les serviteurs, voire les prêtres de l'événementiel? N'ont-ils pas fait des faits leur credo et leur confiteor officiels?
Pourtant, le dérivé de ce culte de la vérité appert si l'on s'avise que l'événement et les faits désignent ici l'apparence et l'immédiateté. La représentation artistique est bien placée pour nous rappeler ce qu'est un fait : précisément un objet dont la définition varie selon les artistes. D'ailleurs le propre d'un grand artiste est de proposer une définition de l'objet le plus courant, que personne jusqu'alors n'avait perçue.
C'est dire que l'art apporte de la profondeur à l'objet banal et connu et que le culte de l'immédiat condamne son serviteur zélé et objectif à la déformation et à la défiguration. Comprend-on désormais ce qu'est le journaliste? Propagateur de l'ontologie de l'immédiat, il est le propagandiste d'une représentation du réel qui est immanentiste. Le journaliste n'est certainement pas le traître conscient de mentir et de manipuler. Il est simplement celui qui suit la formation qu'on lui a dispensée.
Adhérer à l'ontologie de l'immédiat revient à déformer le réel et à croire en la version officielle. Dans les périodes où le pouvoir se porte bien, la contradiction est d'autant plus envisageable que le pouvoir n'a pas grand chose à se reprocher dans les antres de son fonctionnement systémique. Dans les moments plus difficiles, par exemple quand le pouvoir est en délitement et décomposition, il reste aux médias de l'immédiat (cela ne s'invente pas!) deux possibilités :
- soit se rabattre sur des sujets privés, qui ne remettent pas vraiment en cause le dogme de l'immédiat, ou de manière superficielle (sur le mode : l'exception confirme la règle).
- soit évoquer des sujets publics qui n'attentent pas fondamentalement au fonctionnement du système.
C'est les usages auxquels s'emploient les médias, qui oscillent ainsi en ce moment entre la culotte de Britney Spear, et autre variantes qui indiquent la publicité faite au privé transformé en sujet public, et les JO de Pékin, comme s'il n'était pas plus urgent d'aborder par exemple le vrai thème systémique caché derrière ces JO, non le Dalaï-Lama ou les JO de la corruption et du dopage, mais les liens financiers et politiques exacts entre l'État chinois et l'État américain, en particulier concernant la guerre d'Irak.
En gros, avec l'idéologie de l'immédiat, on aimerait tant que la vérité soit transparente et qu'elle apparaisse immédiatement dans la complétude de son phénomène. Malheureusement, c'est exactement l'inverse qui est vrai : contrairement à ce qu'on nous fait croire, la vérité suppose l'approfondissement, puisque le phénomène tel qu'il apparaît est toujours parcellaire. Montrer le phénomène dans sa complexité et rappeler que le phénomène n'est jamais qu'une apparition, soit une forme parcellaire dont il est impossible de rendre compte totalement (ainsi que l'enseignait déjà Démocrite notamment), telle serait la véritable vocation du journaliste.
Au lieu de quoi le journaliste mérite d'être appelé propagandiste, en ce qu'il se contente de transmettre le phénomène tel qu'il apparaît. On mesure que l'apparence est moins le produit d'une définition claire que la représentation qu'en donne la forme institutionnelle et officielle. Ce que l'on nomme apparence, ses contours et ses normes sont bien le produit de certaines valeurs et conventions dont la garantie n'est pas objective et impartiale, mais fixée et codifiée par les conventions d'un pouvoir donné, en l'occurrence le pouvoir (f)actuel, fondé sur la Raison mutante et le mythe de la modernité.
Oublier ce fait capital, c'est se condamner à mésestimer à quel point la propagande officielle actuelle ne fait autre chose que de laisser croire qu'elle oeuvre pour le Bien et la Vérité. En vérité, ces termes en veulent pas signifier grand chose d'autre que le fait que le pouvoir se présente comme positif et digne de louanges. On voit mal quel intérêt il aurait à agir autrement, mais ce faisant, il ne fait jamais qu'agir comme tous les autres pouvoirs, avec la même possibilité de mensonge, de manipulation et de mauvaise foi. Contrairement à ce qu'essaie de nous faire croire le pouvoir actuel, il n'est certainement pas meilleur que les autres pouvoirs historiques, parce qu'il reposerait sur la démocratie et la liberté.
Il révèle au contraire la faculté de manipulation qui se tapit dans les valeurs dont le pouvoir se réclame pour asséner sa propagande manichéenne et partiale/partielle. Il reste à examiner en quoi l'approfondissement diffère radicalement du mythe (au sens réduit de mensonge et manipulation) selon lequel la vérité est cachée.
Ce slogan fameux, dû à une célèbre sérié télévisée, signifie en effet que la vérité a opéré une action intentionnelle, imputée à la volonté ou au désir. Pour reprendre la doctrine de Schopenhauer, la vérité s'est cachée parce qu'elle a voulu se cacher. C'est une chose que d'imputer l'action de se cacher à une volonté d'apparaître différente de ce que l'on est (manipulation intentionnelle); c'en est une autre de prétendre que la vérité n'est pas cachée, mais qu'elle ne réside pas dans l'apparence. C'est pourquoi j'opposerai l'idée d'approfondissement à celle de présence cachée derrière l'apparence.
Dans un cas, rien d'intentionnel, mais une réalité ontologique : la vérité n'est pas entièrement contenue dans le phénomène, simplement parce que le phénomène est la représentation finie et réductrice du réel, sans qu'entre dans cette constatation rien de volontaire ou d'intentionnel; dans l'autre, l'action de se cacher est volontaire, intentionnelle, et correspond à un procédé de manipulation dont on mesure la connotation paranoïaque, soit l'excès de raison.
Car il est certain qu'il est hyperrationnel de prêter au réel des caractères et des attributs humains, ainsi que Spinoza le savait trop bien, réflexe qu'il nommait d'ailleurs anthropomorphisme et que nous baptiserons dans son sillage : projection anthropomorphique. Pour en revenir à nos moutons immédiats : c'est suite à une projection très/trop anthropomorphique que les médias en viennent à insinuer que le réel se réduit aux représentations et aux phénomènes que l'homme distingue et discerne.