Koffi Cadjehoun vous présente ses meilleurs voeux pour 2012. L'année sera dure puisque la crise n'en est qu'à ses débuts et ne fera qu'empirer si aucune mesure n'est prise pour l'endiguer et repartir de l'avant - vers l'espace. Il reste à chacun d'entre nous à essayer de trouver des solutions nouvelles et diverses pour qu'advienne le renouveau. Mesures techniques et économiques certes; surtout mesures religieuses et culturelles : la crise est plus profonde que la superficie financière immédiate et visible - désormais. Pendant ce temps, j'occuperai le temps que je consacre à la rédaction de mes blogs à relire et trier les textes précédents. De temps à autre, je posterai quelques messages. Relisez les textes d'Au cours du réel, parcourez mes autres blogs. A bientôt et vive la crise - puisqu'elle implique le renouveau de la croissance!
mercredi 4 janvier 2012
dimanche 1 janvier 2012
La carence
Pourquoi le monothéisme cherche-t-il tant à trouver une conciliation avec le nihilisme?
1) Le transcendantalisme permet le nihilisme en ne parvenant pas à identifier le réel précisément sous couvert légitime de ne pas s'en tenir à une définition réduite et réductrice du réel (le sensible).
2) Le monothéisme en tant que dernière forme du transcendantalisme après le polythéisme perfectionne le polythéisme en instaurant l'idée de l'unité de l'Etre/Dieu, alors qu'auparavant la multiplicité du réel tendait à confirmer la vision nihiliste du réel morcelé jusqu'à l'antagonisme (antagonisme être/non-être). Alors le monothéisme tend à perfectionner le rapport du transcendantalisme avec le nihilisme en diminuant son influence, voire en l'éradiquant.
Mais cette unité de Dieu, qui renverse le rapport entre l'intérieur et l'extérieur en faisant de l'intérieur le sensible morcelé et de l'extérieur l'englobant détenant l'unité subsumant le morcelé sensible, contient sa limite : elle ne définit pas davantage le réel, avec une particularité monothéiste : elle gagne en unité théorique, pas en réalisme. La particularité du monothéisme est de permettre le progrès de l'unité, qui se trouve localisé dans l'extériorité (l'extériorité en question est de nature englobante). Mais l'unité théorique du réel n'engendre nullement la détention ou la saisie du réel le plus palpable, le plus concret, le plus direct.
Raison pour laquelle le monothéisme cherche une conciliation avec le nihilisme, non pas avec la conscience explicite et affichée (même de manière cachée, voire hypocrite) qu'elle se laisse aller à une manoeuvre - bien au contraire, sans quoi elle s'y opposerait en tant que le nihilisme reconnu est incompatible avec le monothéisme; mais parce que le monothéisme comporte une carence intrinsèque et une faiblesse interne qui le poussent inconsciemment et involontairement à intenter cette démarche du compromis avec le nihilisme, alors qu'il s'agit d'un aveu de faiblesse et d'un constat d'échec programmatique (ainsi que l'histoire de la métaphysique moderne le montre) : cette manière d'agir relève non pas du mimétisme, comme Girard le voudrait, mais du mimétisme comme dégénérescence de la créativité, soit de l'idée selon laquelle le mimétisme réduit le créatif à la partie du réel impossible et intenable oscillant entre contradictions, dans le domaine primitif du domaine de la contradiction.
Tant que le nihilisme détiendra sur le marché du réel sa position de force, à savoir le privilège de définir le réel le plus concret entre la contradiction, comme si le mécanisme du contradictoire parvenait à isoler le réel le plus pur et le plus dense au détriment de sa pérennité (la contradiction menant à la destruction), le nihilisme se maintiendra et le transcendantalisme recourra à lui pour compenser sa faiblesse. Il n'a pas conscience de recourir au nihilisme, il suit de manière mimétique (involontaire) le chemin qui lui semble le plus apte pour compenser sa faiblesse, soit pour parvenir à la plénitude. Par là, le mimétisme est le vrai chemin explicatif de l'action humaine inexplicable et irrationnelle : quand se produit une action collective inexplicable et inexpliquée, le recours à l'explication par le complot caché mais volontaire (émanant) peut être partiellement juste, mais toujours insuffisante et non fondamentale (accessoire). Parfois il s'agit aussi d'une impuissance logique consistant à expliquer par le caché volontaire la venue d'événements inexplicables, soit de rendre explicable de manière aberrante l'inexpliqué.
L'inexpliqué n'est pas inexplicable, mais l'explication ne se produit pas par le caché, car le caché devient démasqué et expliqué à partir du moment où il se trouve nommé. Le caché ne peut demeurer tel, au nom de la texture du réel : ce qui est est visible. Le visible est le principe du réel que l'on peut expliquer comme le principe de continuité ou de pérennité : pour devenir visible, il convient de s'agrandir, soit de proposer la développement par décalage et de devenir observable par l'observateur à partir du moment où l'agrandissement de la réalité observable rend le caché inférieur et observable de ce fait et du fait du changement de perspective. Tout ce qui est caché finit par être visible et observable du fait de ce changement de perspective croissant et anti-entropique.
Par contre, l'explication difficile pour l'observateur nécessairement limité par le mécanisme de la croissance anti-entropique propose une tentation réductrice par le recours à l'interprétation mimétique, qui correspondrait en psychanalyse à la régression (souvent infantile) : le mimétisme isole au sens chimique la portion la plus dense et pure du réel au sens où il envoie et retourne au réel primal qui est le réel contradictoire. Le mimétisme exprime le fonctionnement de la mentalité nihiliste. Le nihilisme croit d'autant plus isoler le réel le plus dense qu'il recourt en fait à l'isolement par l'environnement contradictoire. Il détruit ce qu'il prétend isoler et déceler.
L'annonce de la teneur en réel nihiliste relève de l'escroquerie patente. Pour y remédier, il convient de sortir de la conception de la créativité selon le transcendantalisme, qui repose sur le prolongement et l'englobement, soit qui dissout le réel concret et immédiat (approchable) dans une formalisation qui est universelle dans la mesure où elle est aussi indéfinissable. La tentation transcendantaliste de résoudre sa carence en réel dense par l'apport du nihilisme, tout en fournissant le cadre général de l'infini indéfini au réel, ne peut amener qu'à la destruction contenue dans la contradiction.
L'élément le plus fort dans tout corps (système) est l'élément négatif du fait que la loi de l'entropie est valable dans l'être, mais pas dans le réel - dans le fini, mais pas dans l'infini. Dans cette perspective, l'erreur transcendantaliste est contenue dans son schéma du prolongement, qui contraint pour tenter de s'améliorer de recourir au nihilisme, dans une forme de compromis qui ne peut être valide du fait de la principale caractéristique qu'il instille : le blocage de la réalité à sa réalité figée et fixe. C'est le principal reproche que l'on pourrait adresser au compromis : de figer la situation alors que le progrès s'établit seulement à partir de la croissance en être (pas en réel).
Le nihilisme représente en fait la tentation réductrice et régressive de définir le réel dans la mesure où le réel défini tend vers le réel contradictoire et originel. La définition que propose Aristote du réel fini est à cet égard remarquable de lucidité et d'authenticité - quand la définition de Spinoza du désir complet rappelle que le propre du nihilisme consiste à isoler du dense en créant autour du contradictoire destructeur. La résolution passe par l'accroissement du prolongement, pas par l'amélioration du nihilisme. Le nihilisme propose une tentative de définition du réel qui est désespérée et carencée.
Ce n'est pas la densité que propose le nihilisme qui est à retenir, mais son idée d'hétérogénéité, hétérogénéité imparfaite et carencée, puisque antagoniste, mais le nihilisme contient en son sein la positivité du négatif, soi l'idée selon laquelle le négatif contient le positif, comme le réel contient son accroissement (son augmentation) et la destruction la possibilité de sa résolution Mais travailler partir du négatif nihiliste, c'est perdre de vue le souci d'ensemble et d'universalisme pour ne conserver que le réel fini et primitif, contradictoire et nihiliste. On ne corrige pas le transcendantalisme avec le nihilisme, comme l'aimerait la théologie monothéiste, mais on corrige le transcendantalisme en corrigeant le nihilisme.
Pas d'hétérogène antagoniste, pas d'antagonisme donc, mais de l'hétérogène en lieu et place du prolongement homogène. La correction du nihilisme qui permet de corriger le transcendantalisme de schéma supérieur, c'est d'en revenir à la source première pour mieux croître et augmenter, soit de faire de la diminution qualitative la cause de l'accroissement quantitatif. En corrigeant la schéma transcendantaliste fondé sur le prolongement par le reflet de nature hétérogène et croissant, on parvient à annihiler ce qui a provoqué la force gradatoire et terrifiante du nihilisme depuis la métaphysique de programme aristotélicienne. Le nihilisme se trouve expurgé de son principal atout : la reconnaissance de l'hétérogénéité; et corrigé dans sa principale revendication : d'isoler de la densité du réel.
Le transcendantalisme ne parvient pas théoriquement à définir ce qu'est l'Etre et ce qu'est l'infini. Alors que le néanthéisme, en proposant la définition du réel comme ce qui fait sens de manière croissante, permet de lever la contestation du nihilisme et de rendre caduque sa principale récrimination. Mais le nihilisme comme mode se trouve seulement affaibli dans sa dimension actuelle et est voué à recouvrer une validité par rapport à la carence spécifique du néanthéisme : ne pas réussir (pour le moment) à expliquer la raison de la croissance.
vendredi 30 décembre 2011
L'innovation : postcapitalisme
Une intuition qui s'ancre sur le terrain économique, mais qui tire ses racines du philosophique et dont l'expression est in fine politique :
Le capitalisme propose un modèle d'organisation qui s'arrête à la sphère économique. Quelle est la limite de l'économie? Elle est une organisation finie et statique. Dans ce cadre, le capitalisme présente la forme la plus aboutie d'économie fixe - en attendant la prochaine forme qui lui soit supérieure. Cette forme ne sera pas définie de manière définitive, puisque le définitif fixe et fixe. Dans ce cadre, la faiblesse que l'on peut déceler et diagnostiquer dans le capitalisme résiderait dans son absence de reconnaissance pour la créativité. Cette critique du capitalisme peu créatif (voire acréatif) se trouve ébauchée chez l'économiste hétérodoxe aux normes libérales et autodidacte LaRouche (et son associé Cheminade en France dans son article sur la critique de la démarche de Marx) lorsqu'il opère la critique du marxisme en montrant que le marxisme critique d'autant plus les normes capitalistes qu'il reprend et valide pour s'y opposer les fondements de l'école libérale.
Quelle est cette créativité déniée par le capitalisme? S'il s'agissait d'un processus dont la dynamique serait infinie et absolue, on n'établirait aucune forme, on demeurerait dans l'indéfini, selon un informel accommodant qui détruirait la possibilité de changement par son expression : pratiquement, la créativité permet de passer de la forme de l'Etat-nation au planétarisme. L'Etat-nation est l'association politique qui s'avère la plus performante à l'intérieur de normes extérieures plus évasives et figées sur la limite de l'international (ou du mondial). La limite de l'Etat-nation recoupe son mode de fonctionnement capitaliste : l'absence de créativité dans le capitalisme fige la forme politique de l'Etat-nation à l'intérieur de la planète Terre.
Quel est ce changement de normes politiques (adossées à un changement de normes philosophiques) qui permet d'accéder à la forme supérieure du planétarisme? La créativité ici relevée désigne la forme permettant d'accéder au planétarisme depuis l'Etat-nation, ou de critiquer le capitalisme qui avait permis l'apport du capital dans l'édification de l'Etat-nation au-delà du tribalisme (y compris sous les formes sophistiquées de tribalisme).
On vante la rationalisation supérieure du capitalisme par rapport aux structures économiques précapitalistes du fait de l'apport ultime de fictif en forme de capital : mais cette rationalisation s'établit trop souvent comme définitive, comme si la découverte du capital comme structure économique permettant de développer et d'accroître l'économie était la fin de l'histoire au sens où un idéologue comme Fukuyama évoque cette hypothèse néo-hégélienne dans un sens déformé en faveur du libéralisme. La créativité dénote déjà le changement de paradigme : ce qui est créatif est ce qui change. Et ce qui accède au planétarisme découle d'un changement qui est accroissement politique.
Le changement de paradigme philosophique repose sur la créativité qui permet de développer et d'accroître le capitalisme - partant l'Etat-nation : cette créativité a besoin de se fixer en une forme qui soit à la fois concrète, politique, quoique reliée au théorique, philosophique, et qui en même temps ne demeure pas dans les limbes de l'informel. La forme théorique qui correspond au planétarisme, c'est dans la succession historique du capitalisme la condition qui va permettre à l'homme de l'Etat-nation, enfermé à l'intérieur de son mode mondialiste sclérosé, de sortir vers l'espace.
En ce sens, la créativité contacte l'informel qui donne la possibilité d'accroître la forme de l'être figée que l'on retrouve dans le capitalisme. L'informel n'est pas tant l'envers de la forme que la possibilité dans le réel de former l'être. Cette dimension se trouve absente du capitalisme et nécessite l'agrandissement de la forme capitaliste vers la valorisation de la créativité, soit de la faculté humaine à valoriser sa croissance au lieu d'en demeurer à une sphère relativement fixe, voire intangible. La créativité comprise dans l'organisation économique implique concrètement, dans l'entreprise, que l'on accélère le changement et que l'on accorde une valeur qui dans l'économique dépasse le capital.
La valeur suprême économique devient une valeur qui n'est plus seulement économique, au contraire du capital comme dans le capitalisme. La valeur suprême économique devient politique et permet à l'homme de se rendre dans l'espace. Les espèces (la valeur monétaire) se trouvent au service de l'espace. La créativité comme lieu informel contacte explicitement au nom de l'informel la valeur philosophique du reflet, mais en ajoutant à cette donnée du reflet son corollaire spécifique dans la sphère économique : l'innovation. Et c'est ainsi que le capitalisme peut se réformer vers sa croissance spatiale, alors que sa sclérose inexorable sous sa forme figée le conduirait plutôt vers le spectre de la décroissance et l'appellation très impérialiste agonisant de développement durable.
mercredi 28 décembre 2011
La vie professionnelle
D'où vient la rengaine du professionnel comme fin de l'existence? Sarkozy en France lui a conféré son slogan le plus en adéquation avec la mentalité ultralibérale : "Travailler plus gagner plus", ce qui accouche dans les faits d'un éloquent "travailler plus pour gagner moins" - et qui indique que l'ultralibéralisme ne fonctionne pas et ne peut assumer ses promesses. Cette prédominance cardinale accordée au professionnel et au travail rappelle avec inquiétude un signe : les fascistes ont mis en exergue l'importance du professionnel et du travail, eux qui commencèrent par s'implanter par le corporatisme. Les pétainistes revendiquaient cette importance du travail avec le slogan : "Travail, Famille, Patrie".
Cette récurrence du thème du travail se comprend dans le libéralisme, surtout dans ses formes les plus radicales, comme la mise en valeur de l'individuel pur, qui cherche à se couper de ses racines collectives. De ce point de vue, le fascisme exprime la crise libérale, avec la recherche désespérée d'un collectif qui soit en lien avec l'individu et qui se manifesterait grâce à la violence. Évidemment cette alternative ne peut fonctionner : on voit mal comment la violence restaurera le lien collectif, ni quoi que ce soit de pérenne.
L'immanentisme entend imposer l'individu complet en lieu et place du collectif. C'est le projet du libéralisme et à ce titre la promotion du professionnel est d'autant plus une expression libérale que le libéralisme promeut à tout crin le travail comme la résolution de l'accomplissement de l'individu. Le travail exprime l'épanouissement de l'individu, la quintessence de la valeur suprême de facture : "complet du complet". Le professionnel serait l'acmé et le couronnement de l'individu en tant qu'expression de la complétude. Quand Aristote recherche le couronnement de l'individu et qu'il propose (de manière prudente et relative) le plaisir individuel comme couronnement de l'activité individuelle, nous nous trouvons déjà dans une tentative de valorisation de l'individu et de l'action individuelle. Le libéralisme ne fait que prolonger et accroître cette velléité qui est inhérente au projet nihiliste dès les limbes antiques du nihilisme.
La revendication actuelle du professionnel s'intègre dans la mentalité libérale en tant qu'expression interne et de forme idéologique de l'immanentisme, tandis que le fascisme essaye de sortir de la revendication intenable d'individualisme pur en essayant de renouer avec le collectif. Mais sa tentative ne peut être qu'un échec tragico-pathétique, en s'appuyant sur la violence. Le fascisme est imbriqué dans le libéralisme, dont il constitue la phase terminale, bien qu'il prétende se montrer plus ou moins antilibéral et surtout anticapitaliste. En ce sens il n'est pas capable de sortir du libéralisme, tout au plus de proposer la violence comme modèle de reconstruction. Hélas, derrière la violence des fascistes, on tombe sur la mort, un peu comme avec le soldat de Rimbaud. Même attirance pour la guerre, même fascination pour la Nature solaire. J'ai bien peur que le destin des disciples de Carl Schmitt soit comparable à celui de ce jeune soldat paisible et quiet : au final, "il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine/Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit".
dimanche 25 décembre 2011
Le déni
Le déni est un terme psychanalytique qui désigne le mécanisme du refoulement, voire de la forclusion. Il est voisin de la mauvaise foi sartrienne en philosophie. Le déni psychanalytique serait inconscient quand la mauvaise foi philosophique serait consciente. L'histoire du nihilisme repose sur l'inobservé, le caché - le déni. Le nihilisme n'est pas une démarche philosophique qui serait spécifique et indépendante de l'expression religieuse. Au contraire, le nihilisme en tant que forme d'expression religieuse antagoniste du transcendantalisme se sert du rationalisme philosophique comme d'un moyen spécifique de langage religieux.
Le déni exprime le refus du changement au sens où quand on refuse de considérer qu'une réalité est, on ne peut le faire qu'au service du faux, non de l'autre (selon les termes platonicien et aristotélicien). Si on le faisait au service de l'autre, plus on dénierait, plus on ferait advenir l'autre radical et étranger. Le déni réfute l'existence en général sous prétexte de dénier l'existence particulière pour imposer l'immobilisme. L'immobilisme découle du schéma antagoniste être fini/non-être, qui fixe la réalité d'une manière intangible et inchangée. Avec l'autre, l'erreur est au service du changement; tandis qu'avec le non-être, le faux est au service de l'immobilisme.
L'erreur consiste à accélérer le changement. La différence entre erreur et déni tient à l'occultation accrue du réel par le déni. Le déni avance que ce qui existe n'existe pas; quand l'erreur reconnaît l'existence de ce qui existe, mais lui prête une forme fausse et hallucinatoire. L'erreur fait plus le jeu de ce qui existe, quand le déni fait le jeu avancé de ce qui n'existe pas. Le déni est l'expression de la mentalité nihiliste qui instaure l'équilibre précaire entre ce qui existe et ce qui n'existe pas, avec une régénération violente et virulente de l'être au contact antagoniste de ce qui n'existe pas. Le déni sert cette rencontre explosive et destructrice (l'ordre par le chaos), dont l'autodestruction engendre le changement régénérateur.
Le faux aristotélicien est au service du changement. Ce n'est pas un hasard si Aristote s'oppose à l'autre de Platon par son faux : le faux en lieu et place de l'autre permet cette rencontre du changement par l'explosion, alors que dans le cadre de l'autre, le faux est compris dans le processus de l'autre et du coup tend à nier l'existence paradoxale de ce qui n'est pas. Le faux réhabilite le non-être dans l'être, car si le faux existe en tant que faux, le non-être existe en tant que non-être - tandis que le faux englobé et subsumé dans l'autre apparaît seulement comme la mauvaise image de ce qui est.
mercredi 21 décembre 2011
Le désir du même
Juste quelques bribes de réflexion à propos de l'homosexualité, non pour porter atteinte à l'homosexuel,, mais pour s'interroger sur le stéréotype (véhiculé par la psychanalyse) estimant que l'homosexualité masculine découlerait d'une mère castratrice et d'un univers familial trop féminisé; quand l'homosexualité féminine serait profanation perverse de la figure paternelle, voire du mâle. Je me demande si l'hypothèse inverse ne serait pas plus valide, tant cette interprétation à partir du parent de sexe opposé dissocie l'homosexualité masculine de l'homosexualité féminine, alors qu'elle s'appuie sur l'observation la moins scientifique (l'homosexuel féminisé est une constante qui ne représente pas la majorité des cas, de même que l'homosexuelle masculinisée n'est pas la lesbienne-type).
Deux questions dans ce cadre :
1) L'homosexualité masculine survient-elle quand le fils veut prendre la place du père qu'il considère comme déficient pour bonifier la relation avec la mère? L'homosexualité se déploierait parce que la relation sexuelle avec la mère est impossible (incestueuse). La structure familiale sexuée est archétypale de la structure sexuée de type social : elle y renvoie, d'où la primauté du sexuel sur le familial (et du social sur le familial). Mais le social est partie du politique, qui est partie du religieux. Du coup, il s'agit de réfuter le changement et de prôner à la place le même pur qui se trouve exprimé dans le préfixe d'homosexualité.
2) L'homosexualité féminine survient-elle quand la fille veut prendre la place de la mère qu'elle considère comme déficiente par rapport au père? L'homosexualité féminine ne renverrait plus au désir pervers de profaner le père, mais à la volonté de lui venir en aide.
D'une manière générale, les deux homosexualités consisteraient moins en une réaction contre les sexes opposés, notamment parentaux, qu'en une tentative d'aide envers le parent de sexe opposé considéré comme faible et démuni. Prendre la place du parent de même sexe aboutit à une contradiction, puisque l'instauration radicale de ce même expurgé de toute différence implique dans le même temps, de façon contradictoire, la différence induite dans l'acte de prendre la place de, de se substituer à. Cette aide sclérosante aboutit à l'impossibilité de la reproduction, car la reproduction sexuelle implique la rencontre extrafamiliale, tandis que l'homosexualité s'enferre dans le même pur et absolu et affirme l'impasse sexuelle adossée sur l'impasse ontologique. Cette conception de l'homosexualité, loin de dévaloriser les individus, insiste sur le caractère non pérenne de l'homosexualité - sexualité adossée au même pur en tant qu'approche ontologique autodestructrice.
dimanche 18 décembre 2011
Foi de folie
Que penser d'une personne soumise à des accès de délire qui présente pour particularité théorique (et clinique) de mal reconnaître la différence entre fiction et réel (une bonne définition de la folie)? Je me fais cette réflexion plus générale à propos de la folie : une femme d'âge mûr propose la caractéristique remarquable d'avoir dépassé les quarante années, accumulé les coups durs, subi les épisodes psychopathologiques les plus pénibles, les déceptions sentimentales dépréciantes, j'en passe et des pires - et malgré ces coups qui devraient logiquement (du moins rationnellement) l'inciter à la remise en question et la retenue, voire le détachement, notre quadragénaire adulescente (version périmée), toujours puérile - au sens où elle prend tout au premier degré au point de ne pas apprendre de l'existence, de se trouver dépourvue de jugement mémoriel, ose encore se comporter avec la candeur de la virulence, comme si elle n'avait pas pris acte de ses délires cliniquement traités.
Le propre de la folie conduirait à ne jamais se remettre en question malgré l'évidence? Comment expliquer qu'une hystérique aigrie estime qu'en agressant et en calomniant, elle se retrouverait dans la position inversée de l'agressée qui se défend? Sentiment de toute-puissance bien connu et qui caractérise la perversion, mais - à quoi renvoie cette toute-puissance perverse, où le fou se prend pour le Dieu et décrète son pouvoir absolu (et fantasmatique) sur les autres, surtout quand ceux-ci sont lointains et ne lui ont rien demandé? La toute-puissance renvoie à la complétude. On est tout-puissant quand on maîtrise l'intégralité du réel. La folie tournerait autour de la complétude du désir - la folie étant le désir qui se prétend d'autant plus complet qu'il souffre de déficiences profondes et pathétiques.
Mais si la folie émane d'un désir faussement complet, force est de constater que le programme des immanentistes posé par un Spinoza débouche sur la folie. Pourtant, Spinoza n'était pas fou, quoique Nietzsche ait fini fou, qu'Heidegger ait adhéré un temps au nazisme (perversion du jugement oligarchisé et nihilisé), que Deleuze se soit défenestré dans un acte de souffrance ou que Rosset soit un dépressif chronique. La perversité qui voisinerait de la folie s'approcherait de la complétude du désir - ce qui indique que le programme immanentiste est plus dangereux que faux. Que manque-t-il à la complétude du désir perverse pour renvoyer à la folie?
La différence entre l'immanentisme fondateur et la phase gradatoire interne de l'immanentisme tardif et dégénéré, c'est l'irrationalisme accru, soit la réduction accrue (alors que l'immanentisme constitue une réduction par rapport au nihilisme dès son expression initiale). La folie renverrait à l'alliance de la complétude avec la fixité arbitraire, d'où le décalage croissant et tragique entre ce qui est (le mouvant et le changeant) et le point de vue fou, complet et fixe. La perversion serait adaptée au réel parce qu'elle respecte des conditions précaires, partielles, quoique fondamentales du changeant, tout en réclamant la seule complétude; quand la folie ajouterait à la complétude la fixité, au sens où elle ne retient du réel que le fixe. D'où la paranoïa, moyen de se méfier du changement et d'aduler ce qui est passé et qui est mort; d'où l'hystérie, scandale virulent et incontrôlable face à ce qui change; d'où la projection, qui habille le changeant de tous les maux pour blanchir définitivement le fixe.
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