lundi 8 juin 2009

Encore?

Saga 911. A lire pour ceux qui n'ont pas pigé.

http://www.alterinfo.net/Autoriser-les-auteurs-allegues-du-11-9-a-plaider-coupable,-puis-les-condamner-a-mort-sans-proces,-serait-l-obstruction_a33145.html

Le complot du conspirationnisme

Bien entendu, le conspirationnisme est aussi faux que fou. Le complotisme aussi, puisque la différence entre ces deux appellations est ténue, voire inexistante. Mais il est pire que d'adhérer au conspirationnisme : c'est d'amalgamer conspirationnisme et conspiration - complotisme et complot. Nous nageons en pleine confusion, en plein délire, et c'est l'intention sordide que nourrissent les propagandistes du mondialisme et de toutes les idéologies qui lui sont affiliées : amalgamer les complots et les dérives paranoïaques, monodéterministes et sursignifiantes comme le complotisme/conspirationnisme.
Désormais, je parlerai de conspirationnisme pour désigner le phénomène également baptisé de complotisme. C'est un terme plus rare que complotisme. L'appellation de complotisme ayant été usagée par des pseudo-théoriciens comme Taguieff, elle me colle l'urticaire. Conspirationnisme, donc. Le conspirationnisme, c'est le fait de voir des conspirations partout. En gros, c'est expliquer toutes les productions humaines, tous les phénomènes qui concernent de près ou de loin l'homme, par des conspirations. Ce monodéterminisme grossier, simpliste, réducteur exprime une propension abusive et fantasmatique de l'esprit humain de proposer une explication qui présente le mérite de rendre compte du monde de l'homme.
Le conspirationnisme est toujours d'allure modeste : il se garde bien de définir le reél. Il s'attache aux productions humaines - au monde de l'homme. Pour autant, il en va du monde de l'homme comme du reél. Le reél est d'autant plus complexe qu'il ne se laisse pas définir. Proposer une définition unique du monde de l'homme, c'est résoudre le principal problème ontologique (définir le reél pour comprendre le monde de l'homme), en se gardant bien cependant de définir le reél et en se contentant modestement de ne définir que la cause du monde de l'homme.
Néanmoins, l'homme se trouve défini par ce monodéterminisme hâtif et présomptueux. Cette modestie contemporaine concorde avec la mode des sciences humaines, qui depuis la fin du dix-neuvième siècle accompagne l'avènement de l'immanentisme tardif et dégénéré. Nieztsche appelait à la modestie. Il fut servi par les sciences humaines. Les sciences humaines prétendent examiner scientifiquement le monde de l'homme. Le complotisme serait la science des sciences qui proposerait une cause première au monde de l'homme, comme le Premier Moteur aristotélicien explique le reél.
La mode du complotisme va de pair avec une forme déguisée et implicite de positivisme ou de scientisme, latent à notre époque de progrès technologiques et scientifiques tous azimuts. Pourtant, de même que les résultats scientifiques des sciences humaines laissent à désirer quant aux attentes initiales et à la qualité des productions (postérieures), si vite périmées et si vite périmables, on sait bien que l'homme n'a pas le pouvoir de contrôler l'ensemble des productions du monde de l'homme, encore moins les productions du réel. Où l'on considère que le complotisme vise à substituer l'homme à Dieu - aspiration moderne.
Le conspirationnisme n'est pas possible et repose sur une erreur manifeste d'explication. L'examen des cas de conspirationnisme ne laisse aucun doute à ce sujet. A chaque fois, l'erreur conspirationniste va de pair avec la haine : désigner un bouc émissaire (innocent ou partiellement coupable) en tant que cause unique et fantasmatique. Par contre, les conspirations existent bel et bien, tout autant attestées factuellement. Elles pullulent au cours des âges, ce dont l'examen des lieux de pouvoir montre aisément. Il y a complot à chaque fois que plusieurs individus (au moins deux) se fédèrent en secret pour mener une action qui sert leurs intérêts et qui nuise au groupe dont ils font partie (directement à certains membres de ce groupe, indirectement à l'ensemble du groupe).
Bref : autant le complotisme n'existe pas, autant les complots existent. L'amalgame entre complot et complotisme est rendu possible par la structure même de l'amalgame, qui est l'opération de confusion préférée des outils de propagande : on amalgame quand on associe des éléments réels avec des éléments illusoires. L'amalgame est le suivant : associer le complot (élément reél) avec le conspirationnisme (élément illusoire).
La dénonciation du conspirationnisme sera valable chaque fois qu'elle s'attachera à dénoncer des raisonnements conspirationnistes. La dénonciation du conspirationnisme sera fallacieuse quand elle s'attachera à dénoncer des conspirations. Mettre en garde contre le conspirationnisme quand on évoque telle conspiration n'est pas très sérieux. Si un historien vous parle de la conspiration qui conduisit à la mort de César, que rétorquerait-on à un opposant qui taxerait l'historien de conspirationnisme?
Dénoncer des conspirations comme conspirationnistes, c'est dénoncer la conspiration et la révélation de la conspiration - l'effet et la cause. L'amalgame conspirationniste sert clairement à protéger la conspiration. Le conspirationnisme, paranoïaque ou propagandiste, sincère ou manipulatoire, ce n'est pas sérieux. Dès lors, il faut examiner les conspirations modernes comme c'est le cas pour la plus grande conspiration planétaire, intentée autant qu'attentée à l'heure des médias mondialistes : le 911.
Le refus de l'examen historique et factuel sous le prétexte du conspirationnisme renvoie à ce que cache l'écran de fumée qu'est le conspirationnisme. Le concept de conspirationnisme, son usage abusif par amalgame, sert bien moins à dénoncer les délires conspirationnistes qu'à empêcher l'examen des conspirations. C'est ici que le bas blesse. L'usage propagandiste du conspirationnisme sert à cacher que les complots existent bel et bien (derrière la protection accordée aux comploteurs qui s'ils ne sauraient exister ne sont pas condamnables). Deux remarques :
1) Les complots impliquent une négation du pouvoir démocratique qui réduplique la négation constitutive du pouvoir traditionnel (d'essence aristocratique).
2) Les complots sont facilités par l'incroyable progrès technologique, ainsi qu'en attestent les terribles attentats du 911, dont la version officielle est une galéjade époustouflante.
Il est certain que la démocratie est incompatible avec le complot, puisque le complot détruit le fonctionnement démocratique de type libéral, fondé sur la transparence et l'idée que le monde politique s'exprime dans la superficie et l'apparence. Le complot subvertit le fonctionnement de l'apparence en introduisant la possibilité du secret et de la manipulation derrière les apparences démocratico-libérales. C'est en quoi le complot est insupportable et en quoi il est amalgamé au conspirationnisme.
On notera que les accusations de conspirationnisme émanent de cercles cooptés par les milieux réflexifs de la démocratie libérale. Ainsi des productions d'un Taguieff, qui est un chercheur coopté par le système et qui réfléchit sur le système en avalisant le fonctionnement du système. Taguieff est ainsi juge et partie du système.
Dès lors, ce que le fonctionnement démocratique laisse entendre, c'est que l'existence des complots n'est pas possible en régime démocratique. Ontologiquement, l'immanentisme interdit les complots en supprimant les arrières-mondes (pour s'exprimer comme un Nieztsche adepte de la profondeur de la superficie). La critique du conspirationnisme qui amalgame le complot et le conspirationnisme est légitime : elle s'énonce comme une défense de la démocratie, sans jamais ajouter le corolaire indispensable - que la démocratie moderne est d'inspiration et d'organisation libérales.
Le progrès technologique, contraction commode de technique et de scientifique, n'a fait qu'accroître les possibilités de complot. Cette donnée est d'autant plus occultée que le progrès technologique est associé à la démocratie par la propagande démocratique. Les forces favorables à la démocratie répètent que la meilleure preuve de la valeur de la démocratie réside dans l'expression de la technologie. Si la démocratie rend caducs les complots, alors la technique ne saurait en aucun cas favoriser les complots...
On le voit, l'amalgame entre conspirations et conspirationnisme est facile à démonter et à décrypter, en particulier les incohérences du conspirationnisme quand il prétend critiquer les conspirations et les réduire au délire conspirationniste. Ce qui devient factuellement plus difficile, voire carrément impossible à admettre, tant l'évidence est douloureuse à réaliser, c'est de remonter jusqu'aux causes du conspirationnisme. L'écran de fumée déployé ne fonctionne que parce qu'il sert à protéger le fonctionnement démocratique.
La vraie conclusion est la suivante : le complot est d'autant plus un interdit démocratique qu'il détruit la démocratie. Le complot détruit les institutions contre lesquelles il complote. A fortiori détruit-il les institutions démocratiques qui ne sont pas en mesure d'affronter les complots. Raison du refus de réalité : le complot est incompatible avec l'exercice de la démocratie. C'est ainsi que les complotistes qui ont assassiné JFK et perpétré un coup d'État antidémocratique ont détruit la démocratie américaine.
On commence à l'admettre aujourd'hui. Pourtant, malgré la reconnaissance d'une Commission parlementaire à la fin des années 70, il est tabou aujourd'hui d'évoquer publiquement le complot contre JFK. Un silence apeuré est opposé à quiconque ose contrevenir à cette règle. Le tabou est l'interdit placé vis-à-vis d'une réalité dangereuse. Le tabou est littéralement un sens interdit qui met en danger le fonctionnement de la réalité. Le tabou est ainsi un moyen de défense.
Le tabou de l'inceste permet la viabilité du fonctionnement social et familial. Le tabou sur les complots permet ainsi la viabilité du fonctionnement démocratique. Celui qui recourt à l'inceste détruit sa famille comme celui qui recourt au complot détruit la démocratie. Problème : le tabou est démuni face à la manipulation du tabou, soit face au pervers qui viole le tabou tout en opposant le tabou aux dénonciateurs.
Cette attitude revient à prendre un sens interdit consciemment tout en dénonçant le danger des chauffards qui grillent les sens interdits. In abstracto : le nié est utilisé. L'existence est à la fois niée et utilisée. L'interdit possède un rôle de conservation/protection autant que de manipulation/perversion. C'est dire que le tabou, dont on retrouve une trace contemporaine dans le conspirationnisme abusif et courant, joue un rôle de déni aussi positif que négatif.
Rosset pointe du doigt les dénieurs du réel comme si dénier le réel était toujours négatif et critiquable. En réalité, c'est un attitude grossière face au déni. Le déni sert autant à protéger qu'à manipuler. On protège de ce qu'on connaît mal : le reél est mal connu puisque malaisément définissable. Mais l'inconnaissabilité du reél encourage aussi la perversion qui consiste à retourner le sens. On ne peut subvertir le sens qu'à partir du moment où le sens n'est pas connu dans son intégralité. C'est le cas du reél, dont on sait qu'il existe sans savoir dans quelle mesure il existe.
L'amalgame n'est ainsi possible que parce que la protection est nécessaire. Le fond du problème réside dans la difficulté à définir le reél. Le symptôme de l'amalgame est encouragé par la confusion au niveau du sens. Quand le sens est confus, l'amalgame prospère. L'amalgame n'est que la réaction négative face à la confusion. Le tabou est la réaction positive (quoique aussi confuse) en ce qu'il exprime une protection.
C'est ainsi que les pseudo-attitudes rationalistes des philosophes sont inconséquentes puisqu'il est aberrant de démonter le tabou sans préciser le sens général. C'est détruire la protection en encourageant la confusion qui est la cause du tabou/protection. Pour empêcher la confusion, il est impératif d'éclaircir le sens. Un sens éclairci rend malaisé l'amalgame et peu indispensable le tabou. Plus il y a de sens, moins il y a d'amalgames et de tabous.
En guise de codicille, comme dirait Brassens, si le complot JFK a signifié la fin de la démocratie américaine, puisque le peuple américain était incapable de réagir au complot qui le détruisait en tant que peuple démocratique, le 911 a prolongé l'entreprise de destruction. Désormais, le complot 911 a détruit bien plus que la démocratie américaine. Il a détruit la démocratie occidentale - et l'Occident tout court.
L'absence de réaction des peuples d'Occident ne fait qu'entériner et accroître leur destruction à terme. Pis, les peuples d'Occident pratiquent la politique de l'autruche, soit le déni. Déni de destruction/perversion bien plutôt que de protection/prudence. Il faut dire que les peuples pseudo-démocratique sont bien plus des peuples libéraux que des peuples démocratiques. Ils ont l'habitude d'exercer leur liberté individuelle qui est incompatible avec l'exercice de la responsabilité démocratique d'obédience collective.
Les peuples libéraux ont laissé faire (c'est le cas de le dire!) la destruction de la démocratie et la perversion de la démocratie parce qu'ils n'étaient pas des peuples, tout au plus des additions d'individus égotistes et raffinés. Les peuples libéraux sont devenus des peuples néo-libéraux, ce qui signifie que l'entreprise dégradation et de déliquescence s'est accentuée. Dès lors, l'effondrement de l'Occident est la seule issue à cet enchevêtrement de causes taboues.

dimanche 7 juin 2009

Le sacre du 911

Le 911 n'était pas un sacrifice conscient. Ce n'en était pas moins un sacrifice.

Venons-en au sacrifice. Ne sacrifions pas à la mode immanentiste qui veut qu'on ne parle pas de ce qui est religieux. Parlons de religieux. Evidemment, le nihilisme n'est pas du religieux explicite. Evidemment, le nihilisme ne fonctionne que s'il est dénié par ses usagers et ses sectateurs. Quand un financier se comporte en immanentiste (nihiliste moderne), il n'en a pas conscience, mais il poursuit de manière aveugle et superficielle la quête de son plaisir immédiat : toujours plus de fric, toujours plus de profit.
Quand on a compris que l'immanentisme désignait une mentalité déniée, ignorée, ignorante aussi, et pas un processus reconnu et officiel, on se penche sur ce qu'est le nihilisme. Réponse : la religion du diable. La meilleure ruse du diable consiste à avoir fait croire qu'il n'existait pas. La meilleure ruse de la religion nihiliste consiste à avoir fait croire qu'elle n'existait pas. La meilleure ruse des nihilistes consiste à croire qu'ils ne sont pas nihilistes. On a même des doctes et des pédants qui expliquent savamment, fiers de leur invention conceptuelle, que l'homme occidentaliste, l'homme supérieur, l'aboutissement du cheminement historique de l'être humain, ce curieux roseau pensant est l'espèce qui a achevé la sortie de la religion.
Maintenant, l'une des principales innovations du monothéisme consiste à avoir aboli le sacrifice humain et à l'avoir remplacé par un sacrifice symbolique. C'est ainsi que les musulmans remplacent Isaac par un mouton lors d'une de leurs fêtes principales. Les chrétiens vont encore plus loin puisqu'ils considèrent que le sacrifice est définitivement aboli ou reporté du fait de la Passion. Le Christ par son sacrifice ultime a aboli les rites sacrificiels.
Le seul penseur à s'être penché sérieusement sur la question du sacrifice est aussi le plus grand penseur du vingtième siècle (ou l'un des plus grands) : Girard. Girard comprend que le christianisme n'est pas un mythe et que ce qu'on nomme mythe en tant qu'explication religieuse polythéiste dépassée ne correspond pas au religieux monothéiste, encore moins au christianisme. Précisons que Girard est chrétien catholique et qu'il serait illusoire d'attendre de lui de l'objectivité. Comment être juge et partie?
La question du sacrifice hante le courant monothéiste. Le sacrifice semble aujourd'hui un rituel aussi infâme qu'inutile, lors duquel on allait jusqu'à mettre à mort des hommes. Non seulement le sacrifice est inutile, mais il est associé au monstrueux, au sanglant. Les positivistes actuels, qui s'ignorent en tant que positivistes et qui se donnent des noms positifs, comme démocrates ou laïcs, se montrent bien contents de ne pas appartenir à des âges aussi sombres que ceux durant lesquels on sacrifiait des hommes.
On a eu la Préhistoire, lors de laquelle l'homme mangeait de la viande quasi crue et peinait à entretenir le feu; et on a eu les sacrifices, qui sont des traditions heureusement oubliées. Juste après, on trouve les horribles supplices du Moyen Age européen, durant lesquels on faisait brûler des sorcières et des contestataires. Mais par-delà de ces images d'obscurantisme heureusement dépassé par la Civilisation, le Progrès, la Modernité : qu'est-ce que le sacrifice?
Rendre sacré : telle est l'étymologie (transparente) de ce terme. Abolir le sacrifice revient à abolir le sacré. Sacré sacrifice! Feu d'artifice! Abolir le sacré n'est possible que dans une mentalité de désacralisation, soit dans une mentalité qui réfute le sacré. Peut-être considère-t-elle que le sacré est dépassé, que nous somme sortis du sacré, que nous fonçons tête haussée vers le désacré...
Après tout, la laïcisation traduit au niveau politique et juridique cette mentalité qui consiste à sortir du noeud religieux. Sortir du religieux pose un problème insurmontable : l'homme étranger au religieux ne comprend plus le religieux. C'est-à-dire que la sortie de la religion masque la religion du déni de la religion. Comment comprendre le diable quand on postule que le diable n'existe pas? Comment comprendre ce qu'on dénie?
Nous nous mouvons en terre immanentiste, soit dans une mentalité qui rend impossible la compréhension du religieux et qui y ajoute (avec usure) la destruction du religieux. Étymologiquement le religieux, c'est le lien ou la cueillette. Que l'on lie ou que l'on cueille, le sens de religieux découle d'une volonté de fonder, puisqu'il s'agit d'embrasser le champ du reél et de lui donner un sens. Cette définition du phénomène religieux est bien plus profonde que la définition que l'on attache d'ordinaire à la philosophie, soit à une sous-branche du religieux, ainsi qu'en témoigne explicitement la démarche de Platon et l'influence de la tradition égyptienne, partagée notamment par Pythagore.
Le religieux ne se comprend que si on le rapproche du sacré. Pratiquer une religion, ce n'est rien d'autre que finitudiser le sacré. La pratique religieuse, le rite, la spiritualité, toutes les formes religieuses que l'on peut rassembler sous le phénomène universel du religieux, ne se laissent entendre et saisir que si on comprend que le religieux permet surtout, avant tout, parmi ses mille sens et ses attributions multiples, certaines totalement sorties de leur contexte premier, de sacraliser.
Le religieux a un sens qui est un sens très concret et très profond. Le sens au départ, c'est la direction. Avoir du sens, c'est proposer une direction qui vaille. L'homme qui a du sens, c'est l'homme qui propose une direction à sa communauté, une pérennité, une viabilité. Idem pour le religieux : le religieux est cette démarche humaine primordiale, essentielle, sans laquelle aucune démarche ne vaut, de sacralisation.
Girard relie la culture au culte, histoire de montrer que toute démarche humaine n'était pas possible sans religieux. C'est malheureusement vrai, et je laisse méditer sur la valeur/teneur de notre époque qui bannit le religieux. Et si le diabolique était le dégénéré? On sait que le diable ne tient pas la route, mais ce qui ne tient pas la route, c'est ce qui perd son genre, son sens et sa valeur.
Le principe du religieux, c'est de sacraliser : rendre sacré - quoi? Rendre sacré le fini. Sacraliser le fini. La culture humaine n'est possible qu'à partir de cette sacralisation. En termes ontologiques, la sacralisation aboutit à la transformation de l'absolu en fini. En gros, c'est le principe de différence ou de changement. Sans sacralisation, le fini demeure identique, immuable et s'épuise. Tel un champ qui n'est pas cultivé (d'où l'autre sens de culture), il s'appauvrit jusqu'à devenir stérile et inutilisable.
Sans sacralisation, le monde de l'homme disparaît et c'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui : après avoir cessé de sacraliser, nous avons épuisé notre monde immanentiste et ce dernier s'en va à la dérive, menace de faire de l'homme une espèce sur le déclin, bientôt en voie de disparition, peut-être à même de rejoindre le musée des espèces disparues et glorieuses, dont les dinosaures sont un exemple fameux et époustouflant.
C'est dire que le nihilisme annonce explicitement le destin qu'il réserve à ses sectateurs : le néant, soit la destruction. Etre nihiliste, c'est à terme accepter sa disparition. Bien entendu, quelqu'un qui vous expliquerait froidement qu'il travaille à sa disparition passerait pour fou. Le moins qu'on puisse noter, c'est que le nihilisme est un programme fou - inconséquent. Religion du déni de religion, hein? Conséquence de l'inconséquence conséquente?
Refuser la sacralisation, c'est se condamner à la disparition. Refuser le religieux, c'est refuser la sacralisation. Le nihilisme est l'élan religieux qui refuse le religieux, comme le diable est l'Ange qui refuse Dieu. En termes ontologiques, le diable est le sensible pur et Dieu est le reél. Le diable refuse le reél et réduit la définition du reél au sensible pur. Quelle sont les formes de sacralisation? Au fond, c'est toujours fort simple, étant entendu que le reél est une présence fort simple - raison pour laquelle toute explication véritable repose sur la simplicité.
Sacraliser revient à introduire dans le reél de l'absolu. A chaque fois que le monde de l'homme change, on a sacralisé. Autant dire que la sacralité s'exprime dans la culture. On discerne le lien entre culture et culte. Le culte sacralise explicitement quand le geste culturel est l'actualisation de ce sacre. La sacralisation se manifeste dans tout type de culture, travail (au premier rang agriculture), arts, pensée, j'en passe et des meilleures. Dans ce cas dira-t-on, quelle différence accorder à une culture qui dénie le sacré et le religieux?
Cette pseudo-culture qui n'est pas culte n'est déjà plus culture. La différence essentielle entre la culture religieuse et la culture nihiliste intervient dans le résultat : l'absence de renouvellement, de différence est le marque de fabrique de la culture nihiliste. Le nihilisme est mimétisme. Plus le mimétisme est pur, moins la différence s'exprime et plus la culture s'étiole - jusqu'à disparaître. Comment susciter la différence? En l'appelant de ses voeux. Le gratuit est le primordial.
On croit en Dieu quand on appelle Dieu. On se montre religieux quand on croit dans la religion. On se montre nihiliste quand on réfute Dieu, quelles que puissent être les subtilités inépuisables dont nous gratifient les philosophes contemporains, qui chacun présente et propose sa manière unique et indépassable de surmonter Dieu et de surpasser le religieux. Et quand une culture s'épuise, est-elle nécessairement nihiliste?
Point du tout, il faut différencier le nihilisme de la décadence. Le propre du nihilisme est de détruire de telle manière que l'herbe ne repousse point là où il est passé. Le nihilisme est l'Attila de la culture. Le propre du nihilisme culmine dans sa manifestation moderne et immanentiste de projet mondialiste unique : si le projet échoue, que devient la culture humaine? Là où la décadence et la disparition d'une culture classique autorisent et préparent le changement - et l'avènement d'une nouvelle culture, la décadence et la disparition d'une pseudo-culture nihiliste sont définitives.
Le nihilisme est ainsi ce qui interdit le changement et la différence. Voilà qui indique que le projet de répétition n'est pas du tout l'apothéose du fini ou l'incarnation de l'Idéal tel qu'on le dépeint traditionnellement, mais un faux reél ou un reél réducteur. Nous ne nous mouvons pas dans un reél qui serait dégénéré par rapport à un reél parfait, mais dans une partie du réel qui évoque fidèlement le tout du reél. Ce qui change est bien ce qui est reél, n'en déplaise aux adorateurs de l'Etre immuable, qui sont de faux réalistes.
L'homme transcendantaliste, qui se meut dans une culture typiquement religieuse, et qui souffre des inconvénients de la mentalité religieuse (certaines scléroses, certains défauts), ce transcendantaliste sacralise, c'est-à-dire qu'il instaure la pérennité de l'homme. Sans culture, l'avenir de l'homme est compromis. Si les cultures changent, la culture perdure. L'homme demeure quelles que soient ses demeures.
C'est ici qu'intervient le sacrifice. Rendre sacré est un projet impressionnant, à condition de différencier le sacré du sacrifice. Le sacrifice n'est pas le sacré. Le sacrifice est la manière spécifique de sacraliser pour que le reél suive le cours de ses voeux. Le propre du sacrifice est de permettre de changer le changement. Le sacrificateur sacrifie pour changer le cours du reél de telle manière que le réel agrée à ses attentes.
Dans cette compréhension de l'ordre des choses, le sacrifice est parade à la démesure au sens où la démesure consiste à estimer que l'homme peut changer les choses sans sacrifice, ce qui signifie sans sacrifice qui touche le sacrificateur. Dans le récit biblique, Abraham accepte de sacrifier Isaac, soit de sacrifier son fils unique sur commande divine. Sacrifier son fils unique, surtout pour un patriarche, c'est un geste fort, terriblement abominable, qui suffit à montrer que le sacrifice implique que le sacrificateur donne un sacrifice qui lui est particulièrement cher.
On comprend que le sacrifice au sens véritable concernait des hommes, soit des êtres qui sont chers à l'homme, puisqu'ils appartiennent à la même espèce. Quand on assiste à des sacrifices de prisonniers ennemis, l'ennemi n'est autre que celui qu'on aime, ainsi que le savent fort bien les tragédiens. On enseigne que la haine et l'amour sont des sentiments fort proches. Par ailleurs, nous avons une flopée d'histoires toutes plus horribles les unes que les autres sur le sacrifice d'enfants, de parents ou d'amis. Je ne retiendrai que le sacrifice d'Iphigénie par son père Agamemnon, qui retient une bonne part de la littérature grecque et qui n'est un mythe universel que parce qu'il est avant tout un récit religieux (soit l'autre sens de mythe, le plus profond).
Le sacrifice second et dérivé d'animaux en lieu et place des êtres humains signifie tout simplement que l'on atténue l'efficacité du sacrifice en estimant que le sacrifice n'est plus aussi impérieux qu'à une certaine époque. On a moins besoin de sacrifier parce qu'on estime que l'on maîtrise mieux le reél. L'abolition du sacrifice dans le monothéisme chrétien signifie que ce monothéisme considère le sacrifice inutile parce que le reél est désormais maîtrisé suite à la Passion.
L'erreur du christianisme repose sur cette idée de maîtrise totale, qui est peut-être voisine de l'idée que l'Apocalypse est proche. Elle engendre la sortie de la religion, car l'absence de sacrifice induit que le sacrificateur disparaisse et que le cours des choses ne soit plus profitable à celui qui auparavant consentait à sacrifier. En tout cas, le dernier monothéisme, l'Islam, rétablit le sacrifice intermédiaire, soit la substitution du sacrifice humain de type polythéiste et originaire par le sacrifice de type animal. Quoi qu'il en soit, le sacrifice animal, qui est intenté par des éleveurs, voire des bergers, concerne aussi des sacrifices qui sont chers.
Pour que le sacrifice fonctionne, il faut ainsi que le sacrifice soit cher. Prix qui est peut-être un prix matériel élevé, comme c'est le cas pour un enfant, voire, dans une moindre mesure, pour un animal de son troupeau. Allez demander à un paysan ce que représente pour lui le prix d'une bête! Nous y sommes : le prix désigne une valeur infinie ou absolue, soit une valeur qui dépasse toute estimation matérielle ou sensible.
Le sacrifice ne fonctionne que s'il vient à remplacer un être cher. Dans ce cas, le sacrifice qui ne fonctionne pas consiste à sacrifier quelque chose qui n'est pas cher au lieu de quelque chose qui l'est. C'est un geste qui induit une grossière et inutile arnaque. Ce faux sacrifice revient dans le même temps à concevoir le sacrifice comme quantitatif et non qualitatif. On fixe un prix matériel et étranger. Cette manière de concevoir renvoie au 911. Le 911 est un faux sacrifice de type nihiliste.
Les sacrificateurs ont certes sacrifié des êtres humains par grand nombre. Mais c'était des étrangers, des individus qu'ils considèrent comme du troupeau, des serfs, du bétail remplaçable. On peut sacrifier quelque chose qui ne vous est pas cher, mais alors le sacrifice ne fonctionne pas. Le sacrifice n'est pas seulement inutile. Il se retourne contre vous. Ce que vous avez sacrifié libère un espace qui est occupé par des éléments aussi réels que destructeurs.
Le principe du sacrifice réussi apparaît en contrepoint du principe du sacrifice raté : libérer de l'espace fini qui sera remplacé par du sensible favorable au sacrificateur. En lieu et place du résultat défavorable, on obtient un résultat positif et agréable. On peut citer l'exemple du sacrifice d'Iphigénie. Iphigénie n'est pas sacrifiée gratuitement.
Elle est sacrifiée pour permettre le départ de la flotte grecque et surtout pour permettre le déroulement de la guerre de Troie. Agamemnon n'est pas un père infanticide désaxé et pervers, comme on aime à nous repaître de modèles de tueurs en série ou de violeurs en série. Le must est le pervers polymorphe qui tue, viole et supplicie des enfants. Le goût morbide que les spectateurs du médiatisme gâteux et mensonger affichent en dit long sur leur bêtise et leur inclination pathologique et simpliste pour les stéréotypes de propagande. Bêtise qui contraste le plus souvent avec l'exhibition de leurs diplômes impressionnants et ronflants!
Le 911 est l'opposé du sacrifice classique qu'Iphigénie pourrait inspirer et qu'Isaac dénoue (Yahvé ordonne de ne plus sacrifier d'humains chers). Le 911 est un sacrifice nihiliste/immanentiste. Les commanditaires du 911 étaient-ils des sacrificateurs conscients? Pas impossible que oui, vu que la plupart appartiennent à des sectes religieuses pseudo-chrétiennes et typiquement diaboliques et païennes (d'obédience babylonienne et de cultes autour de Mithra). Mais plus probable que non : après tout, le propre de l'immanentisme est de reposer sur le déni.
Le 911 est un sacrifice nihiliste parce que les commanditaires ont détruit sous prétexte de sauver. Les commanditaires du 911 ont voulu sacrifier les 3000 victimes de leur holocauste matérialiste pour changer le cours des choses et empêcher l'effondrement systémique qui a commencé depuis lors et qui se manifeste sous les crises de la crise économique.
Le 911 est un sacrifice qui est condamné à échouer et qui montre la différence abyssale et irréconciliable entre le sacrifice authentique et le pseudo-sacrifice d'inspiration nihiliste. Le 911 a accentué et accéléré le processus de décomposition systémique, alors qu'il était censé le transformer en bien. Quand on comprend que le 911 est un processus de destruction manifestement involontaire au sens où le diabolique est involontaire, on comprend le lien entre le sacrifice et l'absolu d'un côté; le pseudo-sacrifice et le fini de l'autre.
Je veux dire que le 911 est un complot et que le complot n'est jamais que le synonyme et l'expression du pseudo-complot de facture nihiliste et de réalisation finie. Autant le vrai sacrifice est l'anti-complot par excellence, qui touche à l'infini et qui ne peut que changer de manière favorable à partir de ce qui est cher; autant le pseudo-sacrifice ne change pas ce qui est de manière favorable mais le change de manière défavorable pour le sacrificateur.
Il serait temps de relier le pseudo-sacrifice qui ne sacrifie pas ce qui lui est cher et sacrifie au contraire ce qui lui est étranger (ou hostile); au complot qui est un sacrifice d'expression finie. Le véritable sacrifice ne peut qu'aboutir à la transformation d'infini en fini, ce qui implique que le sacrifice authentique soit un sacrifice en lien avec l'infini; quand le complot est un pseudo-sacrifice en ce que c'est un sacrifice absolument fini (si je puis m'exprimer avec cet oxymore).
Si l'on résume la disjonction radicale :
- le sacrifice sacrifie ce qui est cher et en rendant sacré le sacrifié cher rend favorable le cours des choses détourné par l'adjonction d'absolu dans le sensible;
- le pseudo-sacrifice sacrifie ce qui est au mieux étranger et qui est fini.
Le sacrifice de fini ne peut qu'engendrer l'échec, puisqu'en détruisant du fini, on appauvrit le donné constitué et qu'on n'est pas prêt de l'enrichir, sauf à sacrifier (c'est le cas de le dire) à la mode immanentiste qui explique faussement et pompeusement que le néant régénère. Le néant n'existe pas positivement, mais ce n'est sans doute pas le plus important pour ces tarés dégénérés et désaxés.
Le plus important pour un nihiliste est de fomenter un complot à peu de frais, un complot qui n'engage jamais que ce qui n'engage pas - ou si peu. Le lien entre le fini et l'étranger est patent dans le pseudo-complot de facture nihiliste. Ce qui n'est pas cher est fini. Cet adage signifie tout simplement que le matériel est dénué de valeur véritable et que la valeur véritable s'obtient par le contact avec l'absolu et par la transformation de l'absolu en fini (projet qui fonde le religieux et qui est ce à quoi participe le sacrifice).
Voilà qui montre le lien entre complot et sacrifice. Le complot est un pseudo-complot d'essence nihiliste. Le sacrifice est une manifestation du religieux. Le religieux est la transformation de l'absolu en fini. Cette opération nous ramène à la cueillette en tant que le meilleur moyen de comprendre ce qu'est le religieux et ce qu'est le sacrifice est l'opération du paysan qui cultive sa terre. La cultivateur n'est pas quelqu'un de cultivé. C'est quelqu'un qui pratique la culture dans son sens premier. La culture, c'est le culte. Cultiver son champ, c'est pratiquer le culte.
C'est rien moins que montrer la transformation de l'absolu en fini dans le labourage. C'est définir le travail comme cette transformation. C'est comprendre pourquoi le religieux sanctifie le travail humain et le rattache au péché de l'homme (dans la tradition monothéiste chrétienne surtout). Le sacrifice est en fait la manière de sacrifier une partie du champ parce que la récolte ne donne pas. En échange, on escompte que la récolte donne enfin et que ce qu'on a sacrifié débouche sur du positif : la récolte pour l'ensemble du champ. Le pseudo-sacrifice sacrifie une partie du champ pour que le champ entier donne. Au final, loin du résultat escompté, la récolte ne donne pas du tout et à ce premier inconvénient vient maintenant s'en ajouter un second : le champ est atteint par une maladie qui le rend stérile pour plusieurs années.

Toreromeno

Le dribbleur est un torero. Garrincha l'avait montré sur son aile droite quasi immuable. Ronaldo est son héritier. Feinte, danse, le football est fondé sur le sens du rythme.



Terre aux risques

Lise la suite, vous allez vite comprendre ce que signifie l'expression terrorisme d'État et pourquoi le terrorisme d'État joue un tel rôle dans la carte du terrorisme (carte dans laquelle on attribue une part fantasmatique au terrorisme des groupuscules incontrôlables et spontanés).

http://www.reopen911.info/News/2009/06/06/soa-ou-lecole-du-terrorisme-a-lamericaine/

vendredi 5 juin 2009

Destinée

J'ajoute à l'épisode nanothermite l'interview du principal scientifique qui a mis à jour cette fâcheuse présence irréfutable. Discutez, polémiquez, distinguez, vous n'échapperez pas à votre destinée.

http://www.reopen911.info/News/2009/06/04/nanothermite-le-dr-niels-harrit-repond-aux-questions-des-internautes/

mardi 2 juin 2009

Le démon du diable

"Le diable est une mentalité, pas une créature."

Dans le film de facture hollywoodienne L'Associé du diable, je retiens deux caractéristiques en plus de l'interprétation haute en couleur d'Al Pacino : le diable est à la tête d'un cabinet d'avocats; à la fin du film, le diable donne sa meilleure ruse : faire croire qu'il n'existe pas. Certes, le film est un peu ampoulé et didactique, surtout la scène finale, que je trouve grandiloquente. Mais à notre époque d'immanentisme terminal, alors que notre monde s'écroule, que nous avons connu le 911 comme attentat diabolique et que le NOM pointe le bout de son museau décati, il est vraiment bon d'associer le diable avec les affaires (en cours).
J'écoute une émission de France Culture consacrée au diable.
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=61583
Le présentateur Enthoven Jr., qui aimerait tant être philosophe alors qu'il n'est au mieux que professeur ou présentateur (de philosophie), reçoit le philosophe nihiliste Clément Rosset. Deux complices, deux symptômes de notre époque. La problématique de leur conversation assez inutile : le diable n'existe pas. Prévisible, car spinoziste - en diable.
On pourrait commencer par s'étonner de ce postulat antireligieux et pseudo-spinoziste en se remémorant un épisode typiquement diabolique (au sens classique) de la vie d'Enthoven Jr. : on lui prête, d'après de nombreuses sources, d'être sorti avec la maîtresse de son père, cette Carla B. qui depuis a fait du chemin. Dans l'Associé du diable, où le diable viole et supplicie la femme de son fils, le propre du diable est d'être un avocat à la tête d'un cabinet new-yorkais. Le propre du diable est d'occuper un poste symbolique de réussite sociale.
Le propre du diable est d'être communément admis dans la société des gens respectables et du monde marchand, libéral et bourgeois. Le diable est ainsi non pas l'extraordinaire, mais le plus ordinaire. L'ordinaire : évidemment, le diable n'existe pas si d'aventure on veut le faire figurer sous les traits de la créature surnaturelle à cornes et sabots d'ange. Mais l'existence du diable en tant que banal renvoie à ce que le diabolique désigne : la réduction du réel au sensible. Le diable est ainsi un phénomène qui désigne une mentalité, celle des gens qui ne croient que dans l'existence du sensible.
Du coup, il appert que nous vivons une époque diabolique. D'autant plus diabolique qu'elle prétend que le diable n'existe pas! Le déni, le déni... Autre péché capital et capiteux! Le diabolisme est un terme religieux. L'abondance des références mythologiques monothéistes autour du diable suffit à en montrer l'importance. Le diable est le premier des anges, celui qui s'est révolté contre Dieu. Si l'on transcrit en termes ontologiques le sens religieux, le diable désigne le sensible. Pas n'importe quel sensible. Le sensible absolutisé, la réduction du reél au sensible.
Cette opération curieuse, qui consiste à définir le reél comme le sensible, libère inévitablement l'espace du néant. Autant dire qu'il est diabolique de prendre la partie pour le tout. Diabolique de postuler la complétude du désir, ainsi que l'établit Rosset après Nieztsche ou Spinoza. Diabolique d'estimer en fait que la partie peut être complète. Nous y sommes : le nihilisme est le terme ontologique qui désigne la mentalité diabolique. Ajoutons que le nihilisme n'est pas seulement un courant philosophique, mais qu'il exprime l'alternative au religieux classique. Le transcendantalisme recoupe le polythéisme et le monothéisme.
Le nihilisme est la religion du déni de la religion, pour parodier ceux qui parlent avec emphase et superficialité du christianisme comme religion de la sortie de la religion. Le déni pose la vraie image du néant : le néant n'existe pas en tant que néant, mais existe sous une forme autre. Dans le reél, il y a toujours quelque chose et il n'y a jamais rien. Explicitation de la question : pourquoi quelque chose plutôt que rien?
Le rien est impossible positivement. Quelque chose doit être nécessairement. Le diable est précisément celui qui ruse pour libérer de l'espace au néant. Sa stratégie passe par la définition réductionniste du reél (au sensible). L'intérêt du diable dans cette ruse est simple : s'assurer le maximum de pouvoir. Pouvoir absolument fini, soit domination absolument sensible. Et le châtiment qui attend le diable, ou quiconque de ses sectateurs trompés (Faust, Valentin, ...), est conséquent : la destruction.
A la fin de l'Associé du diable, le diable perd de manière minable et naïve contre son fils, un avocat mégalomane et vaniteux. Mais pas diabolique. Le diable perd toujours. Le fils a juste besoin de se loger une balle dans le crâne et d'échapper à la proposition diabolique du diable. Le fils avait juste besoin d'un peu de Dieu - d'un peu de reél. Dieu est à entendre comme le reél. Un Rosset se drape d'autant plus dans les atours du reél qu'il promeut en fait un reél typiquement diabolique, soit un reél nihiliste et immanentiste.
A noter que le phénomène du diable, si on ne prend pas le phénomène de personnification au pied de la lettre, est éternel, comme son essence d'ange l'annonce : tant qu'il y aura du fini ou du sensible, le diable existera. Le diable est ainsi susceptible de subsister à l'homme, qui n'institue que le monde de l'homme parmi le champ du sensible. En tout cas, une fois qu'on a compris que le diable néantise et que le nihilisme est une expression religieuse atavique et repoussée par le transcendantalisme, il importe de comprendre que l'immanentisme en tant que forme moderne du nihilisme est d'expression diabolique. Notre époque est une époque diabolique dont le comique consiste à se montrer d'autant plus diabolique qu'elle abolit le problème du diable.
Face à un problème dérangeant, faites disparaître le problème! Il vous reviendra avec usure - en pleine figure! Syndrome du boomerang que les financiers contemporains semblent ne pas connaître. C'est normal : le propre du diable est de prendre par surprise. Il importe pour que l'immanentisme fonctionne qu'il agisse comme une mentalité ignorée parce que déniée. Principe d'autant plus efficace et actif qu'il est inconnu du bataillon, en somme. C'est le fonctionnement de la différance : au départ, la différance est un gros mot théorisé par les déconstructeurs sous la houlette de maître Jacques - Derrida.
Ces épigones de l'immanentisme et du postmodernisme en tant que forme archétypale de l'immanentisme tardif et dégénéré ne se rendent pas compte qu'ils popularisent (de manière fort élitiste, ampoulée et absconse) un terme qui recèle en fait un sens différent de celui qu'ils entendent. Sens heureusement plus riche et profond. La différance diffère au sens où elle détruit le sens. Loin d'y gagner en complétude ou en bonheur (l'aspiration individualiste par excellence), on y perd au contraire du tout au tout : on assiste à l'éclatement du sens en tant que manifestation sensible de la destruction du sens.
Les différants sont ainsi d'autant plus incomplets qu'ils se déclarent avec arrogance et démesure complets. Les différants sont d'autant plus démunis qu'ils ont les poches pleines. Les différants sont d'autant plus désarçonnés et impuissants qu'ils se croient lucides. Ainsi ne cernent-ils pas tout à fait le sens de différance, mais aussi d'immanentisme (en particulier chez Spinoza ou Nietzsche)... Il est vrai qu'il ont aboli le sens et qu'on ne peut précisément attendre d'un boiteux qu'il ne boite pas, sauf à se situer dans l'univers loufoque et inconséquent du déni! Mais nos différants sont des êtres de déni et de pacotille.
Ils ne valent pas grand chose au sens où la différance du sens équivaut à la répudiation de la valeur. La partie qui se prend pour le tout est condamné à la destruction, comme la grenouille qui se prend pour le boeuf éclate après avoir enflé. Au passage, on conclura que le diable est une mentalité, pas une créature. Mentalité extrahumaine sans doute, mais qui implique au premier chef les comportements humains en ce que l'homme est le seul animal (connu) à posséder la faculté de se rendre compte et de rendre compte. En tout cas, avec le diable les comptes sont toujours mauvais et les affaires toujours catastrophiques. Le diable est l'escroc qui vous promet le paradis sur Terre.
Au (deuxième) passage, on appréciera le caractère à la mode, totalement subjugués par l'époque, des philosophes parisianistes et normaliens de France Culture, qui répètent paresseusement les poncifs de leur époque en guise de vérités. Cependant, pour n'importe quel nihiliste, la vérité n'existe pas. Se rendent-ils compte, ces petits diablotins insipides et désaxés, qu'ils colportent en colporteurs infréquentables des denrées putrides et nauséeuses?
Adhérer à la mentalité diabolique pour un peu de domination, c'est aussi ridicule que vendre son âme au diable. C'est toujours pour des biens matériels, soit sensibles et finis, que l'on consent à la transaction. Toujours pour des bonnes raisons que l'on commet le mal. Si l'on n'a jamais raison d'avoir tort, on a toujours une bonne raison d'avoir tort. La domination matérielle est toujours finie au sens de périmée et de peu de prix.
C'est ce qu'il faudrait répéter à nos financiers modernes qui ne se rendent pas compte qu'ils courent d'autant plus après le fric qu'ils en perdent leur froc. Le temps ne fait rien à l'affaire : les honneurs ou l'honneur, il faut choisir. Les valeurs ou la valeur - itou. Dans ce grand jeu de dupes, on comprend la sagesse de Diogène : "Ote-toi de mon soleil!" est une insolence fort sage et sagace lancée à l'adresse du maître du monde de l'époque.
Aussi puissant soit-il, le pouvoir d'Alexandre n'est rien. Il est appelé à disparaître. La sagesse de Diogène en comparaison est d'un tel prix qu'elle n'est d'aucun prix. Valeur qui dépasse les valeurs au sens où il manifeste de l'absolu ou de l'indivisible : preuve connexe et parallèle que le reél dépasse de très loin sa manifestation sensible. C'est en ce sens qu'on peut s'amuser à oser que le diable est un phénomène qui se cantonnerait dans sa phénoménalité.
Aussi grand soit-il, notre Alexandre n'est jamais qu'un homme, soit une créature qui dans sa finitude retournera à la poussière. Encore Alexandre est-il un personnage politique considérable, dont la fin tragique et tout à fait banale en dit long sur la faiblesse ontologique ou religieuse. Mais des philosophes de cour! Des minables petits snobs qui pansent leurs plaies identitaires! Des misérables diables qui n'ont de philosophes que le nom! Gageons qu'en comparaison d'Alexandre, élève d'Aristote, ils passeraient pour de l'assez petite bière.
Dans notre commisération, prions pour ces larves de volcan qui n'ayant pas compris le reél ne peuvent jamais que produire des diplômes au sens où le diplôme incarne le fait sensible dans toute sa splendeur. Rien à redire au lanceur virtuose de pois - rien, à part de lui offrir un boisseau. Rien à ajouter non plus au surdiplômé qui ne fait que répéter et imiter. Peut-être lui offrir un perroquet? Lui offrir un crâne en hommage au bourrage de crâne ou au crâneur qu'il est inévitablement (le diabolique frime forcément et avec fierté)?
Ce qu'il importe de retenir d'une émission anodine, d'une mentalité sardonique ou d'une mode diabolique, c'est que le déni apporte la gradation et l'usure du refoulé. En avançant que quelque chose n'existe pas, on privilégie les conditions de destruction et de déstructuration. C'est la leçon que reproduisent nos marquis penseurs, qui sont des nihilistes qui s'ignorent (fatalement) et dont le mobile de la destruction est patent : la domination. Inutile. Mesquine. Brutale. Perverse.