vendredi 18 mai 2012

Vieilles lunes


http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/15/les-vieilles-histoires-de-jpmorgan_1701494_3232.html

Dans un article conformiste, l'honorable correspondant du Monde à la City de Londres Marc Roche explique qu'il n'a jamais apprécié les méthodes de la banque Morgan et qu'à titre personnel, il a même subi l'opprobre de son arrogant P-DG, l'inénarrable Dimon, parangon du spéculateur financier qui se prend en toute ubris pour le maître du monde, voire un dieu régnant sur l'Olympe des marchés dérégulés. Pour Roche le plus important n'est pas là. 
Le plus important réside dans l'antisémitisme forcené qui marque la maison Morgan, surtout aux temps de sa splendeur, à la fin du dix-neuvième siècle, quand il fut le plus grand conglomérat de l'histoire financière mondiale. Roche précise qu'une évolution importante a eu lieu depuis (... la dérégulation du Big Bang de la City de Londres, mais cette précision est superflue, n'est-ce pas), et qu'à la ségrégation religieuse a succédé le cosmopolitisme utilitariste. Cette évolution est-elle vraie?
Un journaliste avisé des intrigues de l'oligarchie britannique ne peut ignorer que la banque américaine Morgan est issue de la City de Londres, plus précisément de sa branche Morgan Grenfell, et que cet empire américain n'est pas dirigé depuis Wall Street et la Côte est des Etats-Unis, à moins d'ignorer ce que Roche précise lui-même : les élites de cette Côte est oligarchique regroupent les grandes familles WASP et les lords issus de la tradition de l'aristocratie britannique et formés par les plus prestigieuses écoles de cet univers feutré. 
C'est dire à quel point l'influence historique de l'Empire britannique sur la banque Morgan recoupe la suprématie de la City de Londres sur Wall Street comme deux places financières liées par une hiérarchie qui n'a jamais évolué. Les oligarques britanniques ont tellement influencé le milieu de la Côte est américaine qu'il est oiseux d'un point de vue historique d'envisager  une domination financière qui n'a jamais existé (la suprématie de Wall Street) et qui ne saurait s'expliquer par des motifs aussi improbables que la domination WASP.
Parler de "suprématie de Wall Street", c'est oublier que les valeurs dominantes de la Côte est américaines sont issues de l'Empire britannique, avec un mimétisme qui évoque le petit frère singeant son aîné. C'est oublier également que la domination politique des États-Unis est intervenue chaque fois qu'ils ont suivi leur propre modèle de développement et qu'ils se sont affranchis de la tutelle britannique - comme lors de la politique de Roosevelt, qui permit de sortir de la crise financière ayant amené la Seconde guerre mondiale. Le principal problème à l'heure actuelle des États-Unis provient du fait qu'ils sont sous la coupe des intérêts financiers de l'Empire britannique qui régissent Wall Street et l'empire Morgan (désormais empire plus protéiforme, hétéroclite et morcelé).
Don't forget it : le monde de la finance a toujours été apatride. Deux de ses secrets ne sont jamais répercutés par les bien informés journalistes : 
1) l'Empire britannique existe toujours depuis son démantèlement politique, sous une forme mondialisée, avec ses paradis fiscaux, sa City névralgique et son Commonwealth très influent.
2) les banques américaines centrées autour de Wall Street, l'omnipotente place financière de la Côte est (méprisant les codes de sous-prolétaires frustrés du rap US se réclament lui aussi, par un mimétisme de capitalisme frustré, de cette proverbiale Côte), proviennent de racines britanniques, à tel point que l'oligarchie britannique fonctionnant en réseaux complexes et mouvants contrôlent les intérêts Morgan (ce que les complotistes simplificateurs présentent comme la subordination stable, pyramidale et cachée des intérêts Morgan aux intérêts Rothschild).
Quand on énonce qu'il n'y a pas de fumée sans feu, on oublie de mentionner quelle est cette fumée et d'où elle vient - la fumée indique l'existence d'un feu, non son identité. Ce qu'il convient de comprendre dans cette subordination stratégique des milieux financiers à la City de Londres (notamment les milieux américains de la Côte est), c'est que, contrairement à ce qu'assène Roche, les relations ont été fondées par l'intérêt utilitariste et libéral, transcendant les clivages entre obédiences religieuses (souvent voisines). Outre qu'il serait bon de rappeler le lien entre les WASP et l'anglicanisme, il serait surtout avisé de comprendre que le monde financier suit l'intérêt comme fin première et que les clivages d'ordre religieux sont assujettis à cet utilitarisme financier.
Quand on pointe du doigt l'antisémitisme de la maison Morgan, non sans bien-pensance de nos jours, on oublie que les milieux catholiques, qui ont ressenti d'hypocrites réserves vis-à-vis du monde de l'argent et de ses méthodes de spéculation (les princes veulent bien du pouvoir que procure l'argent, à condition de fermer les yeux sur les méthodes de leurs collaborateurs). Pourtant, la judéophobie (terme plus exact que l'antisémitisme) s'est accommodé des intérêts supérieurs de la spéculation financière. On connaît l'usage que les familles régnantes d'Europe firent de certains milieux juifs pour leur confier les basses-oeuvres déconsidérées de la gestion bancaire.
Si l'on confiait à des minorités aisées (comme certaines milieux juifs, mais pas seulement) la gestion d'aspects fondamentaux, quoique méprisés des affaires publiques, la culture protestante a assoupli d'une manière très hypocrite la mentalité catholique, en valorisant le mérite personnel et en permettant l'enrichissement valorisé à condition qu'il profite aux dominants. La constitution de l'Empire britannique valorise le pouvoir financier autour de la City de Londres à condition qu'il bénéficie à l'oligarchie britannique : l'aristocratie des lords et ladies réunie autour de la Couronne.
Dans cet enchevêtrement de valeurs classiques (religieuses) et balbutiantes (idéologiques), l'on encouragea, pour les mêmes raisons sociales sus-mentionnées, l'accession de petits milieux juifs à la gestion financière, de telle sorte qu'ils pouvaient servir de paratonnerre à l'oligarchie les contrôlant et qu'ils commencèrent à jouer leur rôle historique au service des puissants. C'est ainsi que certains milieux juifs introduits dans l'expertise bancaire, comme les fameux et fantasmés Rothschild (même si lord Jacob Rothschild est une locomotive du monde des affaires, selon l'expression de Roche, et le symbole métonymique du Big Bang de la City), ont joué un rôle important dans le milieu financier, bien que leur pouvoir soit sous la coupe constante des intérêts de l'oligarchie qu'ils servaient.
Les banquiers juifs depuis presque mille ans ont appris à servir les intérêts de ceux qui les utilisaient et n'hésitaient pas en cas de problèmes à les traiter en boucs émissaires. Du coup, ce que Roche présente comme un fait récent, le caractère cosmopolite de la finance mondialisée, résulte d'un processus connexe au développement moderne de la finance. Dans ces milieux, on travaille de manière utilitariste. Cet oubli de Roche lui permet de glisser sur le fait que les Morgan ont travaillé sans vergogne avec des banquiers juifs (comme certains banquiers de la maison Lazare), avec cette précision que ce beau monde ne raisonnait pas en termes d'identité religieuse, mais d'intérêt financier à court terme.
L'antisémitisme est subordonné à l'utilitarisme dénié, inhérent à la mentalité des réseaux financiers. La maison Morgan n'a pas été un cartel bancaire antisémite, au sens où elle aurait refusé de travailler avec des juifs, mais un milieu soumis à la loi du plus fort : on travaille cependant avec des juifs s'ils sont adoubés par les milieux britanniques dont on est issu et dont on revendique sur la Côte est les valeurs si délicieuses et traditionnelles. C'est ce qui s'est passé avec les intérêts Morgan, qui ont travaillé avec des milieux juifs dans la haute finance, pourvu qu'ils soient adoubés par la City et l'oligarchie britannique.
Cette évidence historique n'est pas antithétique avec le fait que ces milieux juifs (promoteurs du sionisme mélangeant idéologie et religion) aient travaillé avec des antisémites ou se soient accommodés de l'antisémitisme de certains de leurs parrains et supérieurs : ces milieux juifs sont mus par l'enrichissement personnel et l'utilitarisme. Ils se moquent tellement d'autres types de valeurs, sinon de manière secondaire, qu'ils agissent par intérêt et qu'ils furent capables de soutenir des causes antisémites du moment qu'ils estimaient qu'elles satisfaisaient à leurs intérêts à court terme - et tant pis s'il fallut ensuite retourner casaque du fait du caractère destructeur du régime nationale-socialiste et de l'engagement de l'Empire britannique dans la Seconde guerre mondiale du côté des Alliés et contre le bellicisme des fascismes au sens large.
L'inconséquence de la stratégie financière s'explique par sa vision à très court terme : l'utilitarisme. Cette stratégie put pousser certains financiers de l'Empire britannique à soutenir le sionisme non pas par attachement à la cause idéologique ou par philanthropie judéophile, mais parce que cette oligarchie estimait que le sionisme se trouvait utile. Idem avec les fascismes, dont le nazisme.
3) Il eût été bon que Roche mentionnât cette particularité : l'on peut être antisémite et travailler par utilitarisme avec des financiers juifs, qui eux-mêmes ne sont pas mus par le communautarisme religieux ou idéologique : tous ont pour point commun de poursuivre la fin de l'utilitarisme.
Roche aurait dû se rappeler que certains de ses confrères ont diffusé un instrutif documentaire sur France 5 qui rappelle que la City de Londres constitue le fondement du système mondial des marchés financiers et que Wall Street n'en est qu'un dérivé puissant, mais secondaire. Roche serait cohérent avec son raisonnement : il convient d'identifier le fondement du processus (la City et l'oligarchie afférente), non de s'en tenir aux émanations, aussi influentes soient-elles (Wall Street & Co.).
Roche devrait accepter de perdre son prestigieux emploi de correspondant à la City pour le compte du plus prestigieux des journaux du progressisme oligarchique français. On prétend que dans la vie, c'est soit l'honneur, soit les honneurs. Roche a fait son choix. Il lui reste à nous entretenir, avec gourmandise, des évolutions de la royauté britannique ou à s'en prendre aux activités toxiques de certaines grandes banques américaines (Goldmann Sachs servant de bouc émissaire à des pratiques généralisées). Il nous divertit avec le secondaire en omettant de le relier au principal : non l'antisémitisme, non l'hégémonie des institutions financières de Wall Street, mais les pratiques autour de la City de Londres, notamment les marchés des devises et des produits dérivés.
Ce serait plus courageux. Emblématique de la plupart des grands journalistes français, Roche aura voué sa vie aux honneurs : la loi du plus fort, le prestige social, l'arrivisme médiatique. Ce n'est pas ainsi qu'on rend témoignage à la vérité. Mais c'est ainsi qu'on collabore au journal français qui, après avoir dénoncé la Collaboration, est devenu le porte-voix des intérêts financiers internationaux, certains français, et qui finira lui-même en collaborateur attitré de ce qu'il a initialement dénoncé.

Je joins l'article en question :

"Les "vieilles histoires" de JPMorgan

LE MONDE |  • Mis à jour le 

JPMorgan, première banque par les actifs aux Etats-Unis.
La banque américaine JPMorgan Chase est aujourd'hui l'objet de toutes les moqueries. Depuis l'annonce, le 10 mai, de la perte d'au moins 2 milliards de dollars dans les opérations de courtage de sa filiale londonienne, son PDG, Jamie Dimon, fait rire - jaune - à la mesure de son arrogance donneuse de leçons et de l'autoproclamation de son génie. Surtout, du haut de son Olympe, "Jamie le magnifique" ne souffrait aucune critique.
L'auteur de ces lignes a fait l'expérience du mépris affiché par Jamie Dimon à l'égard de ses contradicteurs. Un article intitulé "Une vieille rivalité entre banque protestante et banque juive" en avait été la cause. Ce texte, publié dans Le Mondedu 8 octobre 2008, à propos du rôle de JPMorgan dans la faillite, trois semaines auparavant, de Lehman Brothers, avait mis en exergue l'antisémitisme affiché de la maison Morgan au XIXe siècle et jusqu'à la seconde guerre mondiale.
"Comment osez-vous remuer ces vieilles histoires ?", s'était plaint le porte-parole de la banque sur un ton péremptoire. Du jour au lendemain, pour avoir rappelé un fait historique indéniable, le correspondant du Monde à Londres était devenu persona non grata à la cour du roi Jamie. Il y avait pourtant beaucoup à dire.
ANTISÉMITISME
A la fin du XIXe siècle, la maison Morgan, alors le plus grand conglomérat de l'histoire financière mondiale, et ses acolytes protestants bon chic bon genre sont omnipotents. J. Pierpont Morgan (1837-1913) représente alors l'Amérique des mille et une nuits, mais aussi ses excès, ses abus, ses "barons voleurs" tant honnis.
Sa puissance repose sur trois banques : JPMorgan à New YorkMorgan Grenfellà Londres et Morgan & Compagnie à Paris. A l'époque, cet univers huppé américano-européen mêle grandes familles WASP ("White Anglo-Saxon Protestant", c'est-à-dire Blanc, anglo-saxon et protestant) de la Côte est desEtats-Unis, lords passés par Eton puis Oxford ou Cambridge et continentaux au sang bleu.
J. Pierpont Morgan est aussi un virulent antisémite. Ce fleuron du protestantismedit haut et fort le malaise qu'il ressent en présence de ses confrères juifs. Morgan, mais aussi Kidder, Peabody & Co, First Boston ou George F. Baker, précurseur de Citigroup, refusent de traiter avec les compagnies juives. Sujets alors à une véritable ségrégation, les établissements israélites sont systématiquement exclus des grands financements industriels, l'automobile, l'acier, le pétrole.
Ils doivent se contenter des secteurs moins nobles de la distribution, du textile ou de l'agroalimentaire. Les Kuhn Loeb, Lehman ou Goldman Sachs feront avec, en se montrant particulièrement novateurs en matière de montages financiers au profit des nouveaux acteurs économiques, en particulier dans le secteur desservices, alors en voie de création.
Les catholiques ne sont guère mieux lotis. Confrontés au même ostracisme, ils se réfugient dans la banque commerciale. La seule banque d'affaires "papiste" estMerrill Lynch, fondée par un Irlandais.
SOUTIEN DISCRET AU REICH
Dans les années 1930, Morgan critique en public la persécution des juifs dans l'Allemagne nazie. Mais, en privé, l'enseigne s'accommode très bien d'un régime qui, à l'écouter, combat le même ennemi : le communisme. L'entreprise Morgan à Londres espère que ce soutien discret au Reich et à la politique d'apaisement envers Hitler lui permettra de se faire rembourser l'énorme paquet de dette allemande liée aux réparations de la première guerre mondiale qu'elle détient.
Il faudra attendre 1984 pour qu'un dirigeant juif accède au poste de numéro deux de JPMorgan. A Londres, au même moment, Morgan Grenfell (aujourd'hui intégrée à la Deutsche Bank) n'employait pas de juifs à l'international.
Heureusement, l'époque où le facteur religieux dominait la vie des affaires est bel et bien révolue. Sous les coups de la déréglementation et de la mondialisation, la religion a disparu comme valeur dominante. Seule reste la compétence. Une salle de marché est aujourd'hui une tour de Babel (... mais où tout le monde parle anglais !). Tout se ramène au diptyque : acheter ou vendre. La finance est devenue un village "global", cosmopolite et transfrontalier. Ainsi, dans le scandale qui frappe actuellement JPMorgan, le courtier responsable, Bruno Michel Iksil, est français, son chef à Londres est grec et la responsable de son département, leChief Investment Office, est américaine.
PEU DE REPENTIR
Depuis longtemps, il n'est plus utile, pour faire carrière, d'être protestant chez JPMorgan - Jamie Dimon est grec orthodoxe - ou juif chez Goldman Sachs. L'hostilité historique entre les deux confessions concurrentes qui se partageaient la haute finance anglo-saxonne jusqu'aux années 1960, en raison notamment de la pudeur du catholicisme à l'égard de l'argent ou de l'hostilité de l'islam aux prêts à intérêts, a tout simplement disparu.
Reste que JPMorgan n'a jamais exprimé publiquement son repentir sur sa période antisémite, qui a correspondu à son âge d'or. D'ailleurs, à l'étage des salles àmanger, au siège de Park Avenue, J. Pierpont est omniprésent, par ses portraits, son secrétaire, ses livres rares. Plus on fait fortune avec l'avenir, plus on a tendance à se réfugier dans un passé qui autorise toutes les indulgences.
roche@lemonde.fr

mardi 1 mai 2012

Les deux intelligences : mimétisme et création

Nous sommes confrontés à deux types de bêtise : la bêtise qui ne comprend pas le réel, qui n'est pas capable d'interpréter; et la bêtise qui comprend ce qui est donné (déjà), mais qui est incapable de créer. D'où deux types d'intelligence connexes : l'intelligence qui comprend ce qui est donné et l'intelligence qui est créatrice. Comment se peut-il que des gens ayant reçu des diplômes soient considérés comme se comportant de manière bête? Parce que le diplôme sanctionne un niveau donné et renvoie à la bêtise anti-créatrice ou infracréatrice.
J'opposerais l'intelligence créatrice à l'intelligence mimétique pour mieux comprendre pourquoi il est deux types de bêtise : l'intelligence créatrice est supérieure à l'intelligence mimétique. La créatrice se caractérise par le fait de croître en créant. La mimétique, par le fait d'associer de manière pertinente des éléments qui existent déjà, ce qui explique pourquoi elle finit par s'étioler et sombrer dans la bêtise - et pourquoi Aristote estimait confusément qu'il frisait la fin de la philosophie en tant que science des sciences (métaphysique). 
On peut ainsi se montrer des plus brillants dans l'intelligence mimétique : il s'agira d'associer des éléments complexes pourvu qu'ils existent déjà. Raison pour laquelle on valide tant la synthèse de nos jours dans les milieux brillants d'Occident, notamment en France pour le prestigieux concours de l'ENA. A y bien regarder, l'exercice de synthèse se trouve plus dissimulé dans l'art de la dissertation, mais fondamentalement présent : il s'agit d'épreuves historiques et non créatrices, où l'on attend des candidats plus qu'ils problématisent à partir du savoir donné qu'ils se lancent dans de la philosophie créatrice.
L'intelligent mimétique caractérisé ne peut que sombrer dans la bêtise, au sens où il associe avec virtuosité des éléments qui existent déjà sans jamais s'attacher à relever la supériorité de la création. Son activité débordante finit par engendrer la dégénérescence. Ce qui sauve l'appréciation sur sa qualité s'explique par le fait que le processus de dégénérescence durera plus longtemps que sa propre action mimétique, évitant un jugement pour le coup inféodé au mimétique : immédiat. On relève souvent que l'action de fort brillants académistes consiste à sombrer dans une certaine forme de bêtise totalement inexplicable : c'est qu'ils dégénèrent au fi du temps.
Par ailleurs, le manque de jugement est souvent remarqué comme principale critique à adresser aux excellents mimétiques : il est normal que les intelligents mimétiques manquent de jugement car ce qu'ils ont appris et qu'ils savent reproduire avec brio réside dans le mimétisme, pas dans l'évaluation que signifie le jugement. Pour s'intéresser à la pertinence du jugement, il convient de prendre en compte la supériorité de l'intelligence créatrice.
L'intelligence créatrice ne désigne pas tout acte revendiqué tel de création, car nombre de créations repose sur le mimétisme, soit le fait de prétendre créer tout en demeurant confiné dans l'espace donné et préexistant. La création désigne physiquement la capacité à croître et à proposer théoriquement des principes qui permettent à l'homme de subsister dans le réel. A quoi sert l'homme? A permettre la pérennisation du réel en encourageant sa propre domination sur son espace.
La supériorité de l'intelligence créatrice sur l'intelligence mimétique implique que l'on soit intelligent dans le mimétisme, mais que la limite au mimétisme revienne à prôner la contradiction. L'intelligence créatrice commence par reprendre le mécanisme mimétique, mais rapidement elle le dépasse et passe à autre chose, ce qui explique pourquoi le changement de paradigme et la discontinuité sont les deux caractéristiques majeures de la création.
Le mimétisme continue à approfondir le donné jusqu'au moment où il arrive à son impasse qu'il prend pour son faîte : la fin peut être glorifiée, mais son résultat effectif ne sera ni efficient ni glorieux - fini. La création suppose le changement de paradigmes, de fondements, d'axiomes, qui n'est pas un changement de type immanent, ou métaphysique, au sens où le meta s'oppose au transcendant, mais un changement croissant, au sens où la création surmonte et domine - donc englobe. L'intelligence créatrice est incomprise par l'intelligence mimétique au sens où elle représente un changement paradigmatique, donc une remise en question du domaine dans lequel s'ébat le mimétisme.
Le mimétisme ne peut comprendre la création, comme l'académisme passe à côté de ce qui est original et nouveau (supérieur et croissant). L'infériorité du modèle mimétique est d'autant plus scandaleuse pour l'excellence mimétique que le mimétisme tend précisément à l'excellence dans la limite du mimétisme. Il est impossible pour un érudit qui a tant travaillé pour maîtriser le champ vaste et impressionnant de son savoir d'admettre le changement créatif, qui passe par le dépassement de son donné et par la production d'un domaine supérieur et englobant. Il est impossible pour un scientifique sorbonnard d'admettre soudain que son modèle scientifique va être remplacé et dépassé par la science expérimentale.
C'est un affront pour l'intelligence mimétique que d'admettre que son modèle est inférieur, alors qu'elle a accompli tellement d'efforts pour maîtriser son savoir. La distinction entre connaissance et savoir recoupe la différence qualitative entre mimétisme et création. Le mimétisme apporte des savoirs : des contenus figés. La création apporte la connaissance, soit la faculté de croître et de passer d'un domaine délimité à un modèle englobant et supérieur. Que le mimétisme finisse en bêtise est plus difficile à comprendre que la bêtise pure ou que l'intelligence créative supérieure à son modèle.
Le constat implique que la bêtise soit aussi intelligente, soit que l'on intègre dans le raisonnement non-contradictoire la contradiction. Mais c'est que le moyen de sortir de la contradiction passe par la créativité, comme le propre du mimétisme est de demeurer dans la contradiction, et que son action finit dans la destruction. C'est ce qui est survenu avec la métaphysique, qui pour avoir décrété que le réel était fini a inscrit son action dans la finitude, si bien que l'on peut proclamer que la métaphysique est finie, non le réel.
La mentalité mimétique empêche de voir la dimension créatrice qui est inscrite dans le réel et qui se révèle supérieure au mimétisme : selon elle, le domaine fini n'est pas soumis à la contradiction, ce qui lui permettrait de percevoir la nature impossible de son raisonnement et de son inclination, mais elle est au contraire le seul moyen de trouver de la non-contradiction en l'expurgeant d'un domaine délimité vers le non-être indéfini et indéfinissable. Ce que le mimétique a du mal à comprendre, c'est qu'il rétablit la contradiction entre être et non-être, car s'il ne définit pas le non-être positivement, il l'oppose négativement à l'être.
La créativité est supérieure au mimétisme en ce que le mimétisme ne permet pas de sortir de la contradiction et agit comme une mentalité de reproduction qui est inférieure à l'opération de prise de conscience (conscientisation, selon un terme peu élégant). Seule la créativité permet l'opération de prise de conscience, pour une raison qui a trait à la conscience partielle : seule la conscience totale (divine) pourrait cerner l'ensemble du réel. La conscience partielle ne peut accéder à la conscience en tant que processus total puisqu'elle fait partie de ce qu'elle entend analyser. Elle utilise pour ce faire l'opération de décalage, qui consiste, non pas à différer au sens de la différance postmoderne (mineure mais emblématique d'un mode de diversion confusionnel), mais à croître par le décalage produit.
La conscience partielle n'est pas totale, tant s'en faut; mais permet d'obtenir un savoir suffisant pour poursuivre la croissance physique et la pérennité du réel (dont le mode d'action humain n'est qu'un des moyens dans un ensemble qui le dépasse et que l'homme impute au divin, faute de pouvoir pour le moment l'expliquer mieux). Quand on entend que la connaissance progresse, la progression en question désigne la croissance physique, ce qui implique que le décalage relève de la progression. C'est cette démarche consciente qui traduit l'intelligence créatrice, quand l'intelligence mimétique se place dans la volonté métaphysique ou immanentiste de demeurer dans un certain donné, un certain ordre, de la stabilité.

mercredi 18 avril 2012

La sortie de la méontologie

De la méontologie (suite).

Aristote n'est pas pour rien l'élève de Platon. Platon est celui qui entend rien moins qu'achever l'ontologie, en particulier perfectionner les systèmes élaborés par Pythagore et Parménide. Mais Aristote n'est pas attiré par la perspective ontologique. Il remarque que Platon ne parvient pas à définir l'Etre et que s'il perfectionne le monisme de Parménide en inféodant l'autre à l'Etre, il demeure dans un système imparfait : s'il ne définit pas son fondement l'Etre, c'est que l'ontologie n'est pas une philosophie conséquente.
Aristote devient-il métaphysicien du fait de l'imperfection fondamentale de l'ontologie ou à cause de son inclination sociale et familiale envers l'oligarchie? Qu'est-ce qui a poussé Aristote vers la métaphysique? Son appartenance sociale ou son raisonnement? Je crois que c'est le théorique qui prime sur l'influence familiale, même si le raisonnement se fonde, non sur la créativité, mais sur le mimétisme. C'est ainsi que le Premier Moteur que développera Aristote pour expliquer de manière finaliste l'existence de l'univers n'explique rien, au sens où il rompt la chaîne causale sans résoudre la question de l'infini; et abolit la notion de créativité, au sens où Dieu est le Créateur. 
Chez Aristote, le mimétisme remplace dans le fonctionnement physique la possibilité de créativité. Dès lors, l'enseignement que suit Aristote ne peut que le mener à vouloir dépasser l'imparfaite ontologie de Platon par une tentative se situant dans le physique (ce que ses disciples baptiseront métaphysique). Mais là où Platon veut dépasser Parménide en perfectionnant son ontologie, ce à quoi il ne parviendra que relativement, Aristote veut sortir de l'ontologie car il estime que le système ontologique comporte une erreur interne et qu'on ne peut réformer de l'intérieur ce système sans reprendre l'erreur fondamentale de l'Etre.
Ce à quoi Aristote n'a pas fondamentalement tort, quand Marx confond le capitalisme avec le libéralisme, son erreur ne signifie pas qu'il ne faille pas dépasser le capitalisme, tant s'en faut; mais qu'il n'y parviendra pas en amalgamant et confondant libéralisme et capitalisme. Ce faisant, Marx qui entend achever le capitalisme par le communisme oublie qu'il ne peut figer l'infini de la pensée dans le terme qu'il forge : le communisme; et que l'erreur du libéralisme qu'il reprend  pour corriger le capitalisme ne peur que l'emmener à accroître son erreur fondamentale. Non seulement jamais théoriquement il ne parviendra à corriger le capitalisme, quel que soit la profondeur de nombre de ses analyses; mais pratiquement, toutes les tentatives d'appliquer aboutiront à des échecs retentissants.
La métaphysique d'Aristote connaîtra le même sort pratique, à ceci près qu'il s'agit d'une théorie philosophique qui prétend théoriser sur le réel dans son ensemble, non d'une idéologie qui se borne à analyser les comportements humains, par le prisme réducteur du social. Platon a été poussé à demeurer dans le giron de l'ontologie parce qu'il s'agit de la plus haute expression philosophique et que l'aristocrate et l'érudit qu'il est se trouve poussé à considérer que la philosophie est l'expression la plus aboutie du religieux, en particulier du monothéisme qu'il théorise à sa manière.
En particulier, Platon trouve dans l'ontologie la reconnaissance du plus haut problème qui se pose pour la pensée : l'infini. Seule l'ontologie se trouve à même de poser le problème de l'infini et c'est pourquoi il tente d'améliorer, voire de parachever la théorie telle que la laisse Parménide. Platon n'était pas insensible à la revendication des sophistes selon laquelle c'est l'homme qui engendre le raisonnement et qui se montre capable de penser. En particulier, la constitution de Thiouroi devient la matérialisation fascinante de cette conception par l'érudit Protagoras.
Platon n'a pas pris au sérieux le jeu théorique paradoxal de Gorgias, consistant à revendiquer l'irrationalisme au nom du fait que tout exercice de théorisation est vain. S'il s'est attaqué de manière aussi virulente (et assourdissante) à Démocrite d'Abdère, c'est qu'il estimait que le propre de la méontologie était de tendre vers l'effort de théorisation, alors que les sophistes refusent la théorisation, ainsi que le montre le concepteur de la constitution de Thiouroi qui déclarait dans une des rares sentences qui nous sont parvenus que « pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni qu’ils sont ni qu’ils ne sont pas, ni quel est leur aspect. Beaucoup de choses empêchent de le savoir : d’abord l’absence d’indications à ce propos, ensuite la brièveté de la vie humaine ».
Platon estime que l'effort de théorisation n'est pas possible sans la prise en compte de l'infini. Le propre de la théorisation finie de nature méontologique consiste à couper le réel entre le fini qui serait le seul être et le non-être qui remplacerait l'infini et qui n'est pas défini. Platon ne s'inquiète pas trop de cet effort et ne perd pas son temps à répondre à Démocrite : selon lui, l'inconséquence de la méontologie parle plus que la tentative de la démentir et de perdre de la sorte son temps. La méontologie ne peut rivaliser avec l'ontologie.
C'est ici qu'intervient Aristote. Au moment où Platon pense avoir résolu le principal problème du monisme ontologique de Parménide, Aristote surgit pour contester la trouvaille la plus notable et impressionnante de Platon : ce dernier, au contraire de Parménide, parvient à concilier Etre et non-être en  identifiant le non-être à l'autre et en inféodant ainsi le non-être à l'Etre. Si Aristote est venu étudier chez Platon, ce n'est pas suite à un dessein préétabli de facture complotiste, tentant de mieux comprendre la doctrine platonicienne pour détruire l'ontologie; c'est parce que l'Académie était le centre le plus performant de son temps en Grèce et que l'enseignement de Platon était le plus innovateur et profond.
Sur ce point Aristote ne s'est pas trompé. Son éducation l'a certes influencé, mais il se peut aussi que l'enseignement qu'il reçoit et dans lequel il brille par certains points le laisse indécis. Aristote penche, son coeur balance. D'un côté il est séduit par l'ontologie, de l'autre sa manière d'aborder la connaissance de l'ontologie se réduit à du savoir : au point que Platon pour le railler le comparera à un brillant singe, un érudit.
Mais que seront plus tard les péripatéticiens, les sorbonnards, les scoliastes, sinon des perroquets savants, incapables d'inventer et se bornant à répéter l'héritage métaphysicien? Aristote aborde la critique de l'ontologie (et du platonisme) sans innover, mais en essayant de ne pas répéter purement. Le compromis entre ontologie et nihilisme qu'il intente n'est pas de la pure répétition au sens scoliaste; il s'agit de combiner des donnés préexistants et de ne rien inventer de fondamental.
Platon avait inventé l'autre. Aristote se targue-t-il d'avoir inventé la multiplicité du non-être qui lui permette de relier l'être au non-être et de rendre possible la théorisation de l'être multiple? Son point de vue part du principe (hérité de son éducation oligarchique) selon lequel seul ce qui est fini peut être approché et compris par l'intelligence : la raison est ce qui cerne. Comprendre, c'est faire le tour du problème envisagé. Fort de ce principe, Aristote valide la théorisation finie.
Pour ce faire, il faut envisager la possibilité de théorisation comme l'unification dans le domaine fini. D'un côté, cette perspective rend possible l'acquisition rapide de la connaissance réduite au savoir; quand chez Platon l'extrême abstraction de l'Etre dissout la théorisation dans l'évanescent et aboutit au paradoxe selon lequel le théorique se résout par son application pratique. De l'autre, il s'agit d'expliquer pourquoi la théorie finie peut exister (est viable) : parce qu'elle n'est pas à la fois seule et finie, ce qui poserait le problème de ce qui existe à côté du total fini; mais que le non-être existe et rend possible le fini en tant que total.
Mais quel est ce non-être? Bien qu'Aristote relie le non-être à l'être par le multiple, de sorte que l'exercice de théorisation devient possible, cette unité vole en éclat du fait de l'antagonisme entre l'être et le non-être. Mais aussi parce que le non-être ne se trouve pas davantage défini que l'Etre. Aristote entend rendre la définition finie seule viable - alors que la définition infinie relèverait de l'erreur te de l'illusion. Son non-être n'est pas plus défini que l'Etre, alors qu'il dénonçait cette lacune fondamentale. Le préfixe "non" est purement négatif, ce qui ne définit rien et donne au projet grandiose de sortie de l'ontologie une saveur d'imposture théorique.
Aristote a repris le nihilisme qui le précède et lui a apporté les corrections issues de l'enseignement de Platon. Qu'Aristote ait été un élève critique de Platon, rien à redire; mais qu'il ait utilisé son esprit critique pour produire une théorie qui prétend sortir de l'ontologie, alors qu'elle ne résout rien et qu'elle se borne à corriger les erreurs nihilistes qu'il reconnaît, montre que la sortie de l'ontologie par l'option finie n'est pas viable. Au contraire, loin de corriger les erreurs nihilistes, Aristote les réintroduit dans le sein de la philosophie reconnue et académique. C'est ce que l'on nommera après lui l'histoire de la philosophie.
Aristote n'a pas nommé sa démarche "métaphysique". Il s'agit d'un terme bigarré, biscornu, qui signifie que la théorie est possible dans le prolongement du physique et contre la particularité de l'ontologie, qui consiste à proposer l'englobement de l'être dans l'Etre - alors que la méthode aristotélicienne oppose l'être au non-être tout en les reliant l'un à l'autre et en accordant la précellence au non-être. Quand Aristote décide de relier l'être au non-être par le multiple, il n'a nullement résolu le problème de l'antagonisme viscéral propre au nihilisme : d'un côté, son être est relié au non-être; de l'autre, les deux sont opposés.
Dans ces conditions, la sortie de l'ontologie s'apparente à un projet dénué de viabilité théorique et qui s'appuie sur le pratique pour triompher. Aristote reprochait à l'ontologie platonicienne de proposer une théorie séduisante qu'elle se contentait de valider par la pratique peu codifiée du dialogue socratique (dialectique en son sens classique). Lui fait pire : son pragmatisme revendiqué repose sur la théorisation bancale et sur la pratique faussée. L'opposition de l'être et du non-être en lieu et place de l'être englobé dans l'Etre isole dans un premier temps un réel très concret, très immédiat; puis dans un second temps cette concrétude contradictoire finir par se déliter, exploser. C'est historiquement ce qui s'est produit avec l'histoire de la métaphysique, qui se fige bientôt, se sclérose et finit discréditée avec la scolastique.
A tel point que la physique expérimentale moderne cherchera de nouvelles bases à la méthode scientifique, sans pour autant réussir à élaborer de théorie philosophique qui succède de manière enfin viable à la métaphysique. L'immanentisme cherchera à s'imposer comme cette succession philosophique, mais l'examen de la théorie immanentiste révèle qu'elle ne représente pas de théorie du réel, seulement la théorie qui ne s'intéresse qu'au désir en tant que le désir serait l'expression de l'activité humaine - et que le restant du réel n'intéresse pas la possibilité de théorisation.
Si Aristote n'a pas cherché de son vivant à définir la spécificité de sa philosophie, c'est qu'il ne veut pas sortir du pragmatisme et qu'il sait que sa théorie du non-être multiple reliée à l'être multiple souffre de multiples contradictions, qui ont enterré le non-être plutôt que de le résoudre. Aristote entend sortir à la fois de l'ontologie et du nihilisme avec l'innovation métaphysique, mais cette sortie se révélera insatisfaisante, car elle repose sur le pragmatisme plutôt que sur la possibilité d'expliciter le substrat théorique. D'un côté, Aristote comprend qu'on ne peut avancer le pragmatisme sans le doter d'un arsenal théorique, et il s'attache à produire cet effort inexistant avant lui.
De l'autre, il ne parvient pas à fonder de théorie conséquente de type métaphysique, si bien que son projet de sortir de l'ontologie se heurte au reproche qu'il lui adresse, tout en empêchant la théorie qu'elle promeut : si l'ontologie propose une théorie continue qui ne définit pas l'Etre, au moins cette théorie déficiente permet-elle de proposer l'harmonie du monde, soit de rendre la théorie possible (défaut paradoxal selon lequel la théorie bancale accouchant du pragmatisme scabreux, fondé sur l'innovation par la dialectique, laisse apparaître la possibilité de théorisation et d'unité); alors que la métaphysique propose la théorie bancale et contradictoire, dont le principal inconvénient est d'utiliser la possibilité théorique de ne pas définir la majeure partie du réel, soit de décider que l'on peut théoriser dans l'irrationalisme et la confusion.
C'est ici que la métaphysique s'oppose à l'ontologie dans ce qui pourrait apparaître comme leur point commun et qui n'est qu'une similitude cachant l'opposition : ne pas définir le fondement théorique et déboucher sur le pragmatisme. Si l'ontologie permet l'unité et l'harmonie, la métaphysique rejette ces deux possibilités : pas d'unité dans l'opposition de l'être et du non-être, fussent-ils reliés par l'arbitraire indécidable (le multiple); pas d'harmonie dans la vision du réel, mais la figure rédhibitoire et nullement corrigée de l'antagonisme (être/non-être), qui empêche l'avènement de la théorisation.
La fin de l'ontologie est théorique; la fin de la métaphysique serait pragmatique. La théorie ontologique bancale cherche à rendre la théorie possible; tandis que la théorie métaphysique est bancale parce qu'elle empêche l'exercice de théorisation. La théorie implique la reconnaissance de l'infini, soit que le réel ne soit pas réductible à l'exercice de finitudisation. Le réel ne peut être connu d'un coup et d'emblée par la conscience, ce qui rend le rêve d'Aristote ridicule (et après lui des métaphysiciens qui reprendront ce type de rengaines, comme Hegel dans l'époque moderne) : achever la philosophie, parvenir à la fin des questions.
Ce qu'il importe de constater pour situer le niveau de cette théorie impossible, c'est que son argument auto-apologétique consiste à louer ses résultats pratiques, d'ordre physique et scientifique. Le métaphysicien cultive l'image avantageuse de l'érudit qui privilégierait les résultats à la théorie : l'intellectuel proche du réel, en quelque sorte. On ne se demande pas à quel prix s'obtient ce pragmatisme revendiqué. La méthode métaphysique ne consiste pas à trouver du réel, au sens où le chimiste aurait isolé la molécule qu'il recherche.
Elle tend plutôt à isoler, dans tous les sens du terme, soit à détruire : quand on isole, on crée les conditions de coupure qui empêchent l'unité de la théorisation. Le propre du réel est de réunir les conditions d'antagonisme dans l'isolement : l'objet isolé se situe en antagonisme contre l'environnement extérieur. Le réel unit pour poursuivre sa pérennité, ce qui implique que la théorie délivre la possibilité de connaître - au sens de rendre pérenne l'existence particulière. La théorie permet au particulier d'accroître sa pérennité en tendant vers l'universel.
L'isolement de nature métaphysique est de l'anti-théorique, qui joue sur la réduction de la théorie au fini : la revendication d'Aristote, c'est que le réel est fini, ce qui exprimerait l'option connexe selon laquelle le réel est le physique. Théoriser le physique serait l'objectif d'Aristote. Mais il ne peut y parvenir : toute théorie du physique revient à l'englober dans l'infini, ce qui implique que ce qui est fini soit englobé et que la structure du réel soit en englobement (plus exactement en enversion, avec une hétéronomie fondamentale qui rend l'englobement homogène simpliste et incompréhensible).
La méthode métaphysique dans la sphère du physique immédiat aboutit à des résultats scientifiques qui la poussent à dire : je n'ai pas de théorie véritable, mais mes résultats plaident pour ma démarche pragmatique, pour le caractère valable de ma méthode. Je parviens à définir le réel et je le prouve, non pas par la production théorique, mais par des résultats effectifs. Cette démarche se trouve invalidée historiquement avec la faillite scientifique de la métaphysique, qui commence par figer la possibilité de recherche scientifique, puis qui aboutit bientôt à son discrédit.
Ne survit que l'exigence de réalisme pragmatique : comme le parti opposé de l'ontologie ne parvient pas à produire de définition de l'Etre, les métaphysiciens conservent leur crédit en arguant qu'ils cherchent à produire de la théorie réaliste et efficace, alors que les ontologues se perdraient dans le brillant de l'abstraction. Ils produiraient de l'abstraction profonde dénuée d'application, tandis que les métaphysiciens parviendraient sans vraie théorisation à des applications pertinentes.
Cette présentation est fausse, car il convient d'ajouter que la méthode métaphysique consiste à séparer l'objet isolé, puis à le détruire, et que c'est le résultat qui ressort avec clarté de l'histoire de la métaphysique : non seulement les résultats deviennent inopérants en moins d'un demi millénaire, mais la métaphysique en tant que théorie est décédée avec Heidegger, qui est le dernier des métaphysiciens, avec son Dasein tentant non pas de renouer avec ce qui précède l'ontologie des Grecs antiques, mais avec ce qui précède la métaphysique et qui se tiendrait chez les nihilistes explicites. Heidegger essaye d'initier un retour aux sources impossible, qui est pourtant la seule possibilité de sauver la métaphysique. Sans quoi cette option convient d'être abandonnée et ne peut parvenir à sortir de l'ontologie.
Non seulement la métaphysique ne produit aucun résultat physique sur le terme, mais son substrat théorique est dès son départ absurde. Qui cherche à rappeler le fondement de la philosophie d'Aristote, selon lequel l'être multiple est relié au non-être multiple? La métaphysique se détruit parce que son substrat théorique est absurde. Le tableau de Raphaël selon lequel le mérite de Platon serait de s'intéresser aux abstractions, et son tort de délaisser la pratique; alors qu'Aristote aurait pour mérite de chercher à concilier la théorie et le pratique; ce tableau oublie d'énoncer le titre principal d'Aristote : il agit sur le terme. Il a sacrifié le pratique à l'exigence de fini. La théorie d'Aristote est soumise aux contingences des normes finies.
En voulant sortir du nihilisme comme de l'ontologie, Aristote a conservé de l'ontologie l'exigence de théorisation et du nihilisme le réel entendu comme fini. Si la métaphysique est infestée par le nihilisme alors qu'elle proclame en sortir, c'est qu'elle ne résout pas ce qui remplace l'Etre et qui ne se trouve pas défini : le non-être. Le restant ne peut être opérant parce que l'ontologie ne définit pas l'Etre, mais essaye de s'y attaquer (de définir l'infini); tandis que la démarche métaphysique reprend la stratégie d'obscurantisme et d'irrationalisme du nihilisme en décrétant qu'il existe dans le réel une part qui ne peut être ni définie ni connue, et qui de ce fait obéit au négatif.
Le négatif signifie l'incompréhensible et le contradictoire de la présence : ce qui n'a pas été résolu. Aristote innove par rapport au nihilisme en liant l'être au non-être, soit en ne craignant pas de violer le principe de non-contradiction qu'il ne cesse de vanter. C'est le signe que pour lui le principe de non-contradiction est valable dans le domaine de l'être, mais qu'il cesse avec le non-être. On comprend pourquoi la métaphysique finit de manière aussi désastreuse dans ses résultats scientifiques et théoriques : dès le départ, elle prétend se montrer d'autant plus rationnelle que sa rationalité affichée concerne seulement le domaine du fini.
Le non-être exprime le caractère incompréhensible et destructeur de la majeure partie du réel, ce qui rend du coup les efforts scientifiques et logiques dérisoires : quoi qu'il arrive, la tentative de comprendre le réel, de le connaître, est soumise à la destruction. La sortie de l'ontologie se fait sur un constat d'échec : Aristote n'a pas donné de nom à sa philosophie, ni aux particularités "théoriques" qu'il a forgées. Sa métaphysique est un système qui est différent du nihilisme, mais qui y retourne du fait de son ancrage dans l'antagonisme être/non-être et de sa reconnaissance du non-être.
La métaphysique n'est plus du nihilisme puisqu'elle mélange subtilement nihilisme et ontologie, rendant possible la théorisation du fini. Cette sortie du nihilisme aboutit au résultat le plus calamiteux : l'illusion selon laquelle on peut philosopher et connaître le réel tout en s'attachant à un domaine circonscrit (le fini) et en rejetant le restant comme antagoniste et incompréhensible (le non-être). Le résultat pratique de cette métaphysique bancale, c'est que la méthode aboutit à des résultats épistémologiques faux et catastrophiques, s'appuyant sur une théorie bancale et assez simpliste. C'est ce qu'à terme Heidegger expérimentera avec son Dasein entouré de néant et c'est la raison pour laquelle il se fourvoya politiquement dans le nazisme, puis après son échec retentissant dans le mutisme désespéré.

vendredi 30 mars 2012

Des complots et du mauvais usage du complotisme

L'affaire Merah mérite quelques commentaires. Il serait temps de se poser les vraies questions concernant les réseaux stay-behind de l'OTAN mis en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et jamais officiellement reconnus ni démantelés, surtout à notre époque troublée où l'atlantiste Sarkozy a réintégré la France dans le giron de l'OTAN, instaurant la rupture avec le gaullisme. Au passage, ceux qui veulent que le sionisme domine l'atlantisme se trouvent démentis : c'est plutôt le sionisme (dont il faudrait préciser qu'il s'agit des factions les plus radicales et influentes) qui se trouverait sous le giron de l'atlantisme. La preuve : Israël se trouve immédiatement montré du doigt, alors que l'OTAN demeure largement ignoré, comme ce fut le cas en Libye récemment.
Peu importe la configuration des rapports de force au sein de l'oligarchie, le plus traumatisant pour moi reste la propagande moutonnière qui caractérise l'ensemble des médias dominants d'Occident, spécifiquement de France, à la suite de cette affaire. Rien ne permet en droit de caractériser la culpabilité de Merah pour le moment dans les horribles meurtres de Toulouse et Montauban (11, 15 et 19 mars). Par contre, personne ne parle du troisième attentat survenu contre l'ambassade d'Indonésie à Paris au même moment (mercredi 21 mars), ni de la vague de menaces grossièrement antisémites (terme incorrect) qui se signale depuis la mort du coupable en France (22, 23 et 24 mars), avec notamment l'implication récurrente d'al Quaeda, l'usine à gaz du terrorisme ad hoc et international :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/serie-d-incidents-graves-en-lien-avec-l-affaire-mohamed-merah-26-03-2012-1924788.php
Deux indices qui devraient rappeler (en sus de beaucoup d'autres) que, dans cette affaire plus large qu'on ne croit, aucune preuve suivant le principe fondamental de contradictoire n'indique que le probable indicateur de la DCRI et petit caïd de banlieue Merah a commis ces meurtres atroces ce Toulouse et Montauban. Par contre, les dénonciateurs du complotisme se démasquent de plus en plus pour ce qu'ils sont : des défenseurs de la loi du plus fort et du pouvoir en place. Il est deux sortes de négationnistes : les complotistes rigoureux, qui voient des complots partout et expliquent le fonctionnement humain par le complot; et ceux qui refusent que des complots surviennent, singulièrement dans les allées du pouvoir, alors que l'histoire est jonchée de complots. Encore faudrait-il préciser que le complot signale l'affaiblissement du pouvoir officiel et visible, qui essaye ainsi de prolonger son pouvoir déclinant alors qu'il ne fait que l'affaiblir.
Plus il existe de complots, plus c'est le signe que le pouvoir se trouve en crise. C'est le cas actuellement, de manière renforcée depuis le symbolique 911, qui a signifié l'avènement de cette crise systémique plus profonde qu'une simple crise financière terminale et qui n'est aussi grave que parce qu'elle est fondamentalement religieuse. Parler de complotisme revient plus encore qu'à conforter le pouvoir moribond en place à nier (au sens de négationnisme) le problème de la crise.
Mais je ne voudrais pas m'appesantir sur les multiples contradictions, mensonges et invraisemblances de cette affaire, qui indiquent que la VO est fausse et qu'il existe une bonne surprise : de nombreux institutionnels refusent la fable du pigeon sans preuve, alors que les services de l'Etat français, en particulier ses services secrets, se trouvent instrumentalisés à des fins suicidaires et destructrices, perverses et étrangères. 
J'aimerais en revenir au commentaire de cette dépêche de l'AFP, qui est l'agence natioanle et officielle française :
Mort_de_Merah_une_avocate_chargee_de_poursuivre_le_Raid_pour_assassinat66280320122104.asp

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes: trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils.
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers.
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)" 

Par ce document de l'AFP, il s'agit de vérifier que la plupart des journalistes français opèrent un travail de propagandistes, qui ne consiste pas à perpétrer des complots, mais à les couvrir sans respecter leur démarche de contre-pouvoir, agissant au contraire comme des hagiographes au service du pouvoir. Cette affaire d'Etat grave indique la fragilisation du pouvoir français et implique qu'il n'est plus indépendant, ni maître de ses actes : il serait à parier que ces attentats odieux n'aient pas été décidés par l'Etat français, mais par des cercles internationaux, dont certaines émanations en France espéreraient tirer un bénéfice électoraliste à très court terme (et peu importe qu'à plus long terme, ils s'en trouvent déshonorés et discrédités).
Dans cet article qui est une dépêche anonyme, il est important de noter que loin de se révéler un relevé factualiste et impartial de nouvelles, nous sommes confrontés à trois niveaux de discours : le premier sans guillemet émane de l'avocate du père de Merah. Le second, toujours sans guillemets, émane du propre père de Merah et peut de ce fait être considéré comme proche du discours de l'avocate, bien qu'il soit capital de relever les distinctions, même voisines. Le troisième émane quant à lui du journaliste qui écrit la dépêche et qui n'hésite pas à mêler ses propres commentaires à ceux de l'avocate et du père.
Comme ce troisième discours est opposé aux propos de l'avocate et du père et qu'il se fonde sur des assertions aussi péremptoires qu'indémontrées, le moindre qu'on puisse constater est qu'il parasite le dispositif de la dépêche et qu'il tend insidieusement à faire entendre qu'il est certain que Merah est le coupable de ces meurtres, alors qu'il n'existe aucune preuve stricte pour étayer cette accusation pourtant grave - et gratuite.
L'absence de guillemets n'est nullement un acte anodin, au sens où il permet de ne pas opérer la distinction entre les propos de l'avocate et du père et les commentaires engagés et de mauvaise foi que rajoute le journaliste. Sinon, son entreprise de propagandiste au service du pouvoir français et de sa version bancale ressortirait avec plus de netteté et de contradiction. Alors qu'en utilisant ce moyen rhétorique de brouillage, notre journaliste-déformateur fait passer le père et l'avocate pour des contestataires, non de la VO indiscutable et solide, mais de l'épisode exclusif de la mort de Merah : légitime défense, selon l'Etat français; assassinat selon le père et son avocate.
Légitime défense, ce n'est pas du tout ce que disent le père et l'avocate, ce qui fait qu'il convient d'isoler leurs deux discours pour comprendre à quel point ils s'opposent au commentaire propagandiste. En effet, selon l'ordre choisi par l'auteur de la dépêche, outre l'absence de guillemets, le lecteur se trouve confronté à des citations discontinues qui rendent difficiles l'attribution d'un sens global, pourtant existant et compréhensible si l'on restitue les trois discours tels qu'ils nous sont livrés :

1) Discours de l'avocate :
"(...)
M. Merah s'est présenté hier (mardi) dans notre cabinet à Alger pour nous charger formellement de poursuivre les services de sécurité français (Raid) pour n'avoir pas respecté la procédure pendant la tentative d'interpellation de Mohamed Merah et son assassinat, a déclaré à l'AFP Me Mokhtari.
M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a-t-elle indiqué. Nous commencerons la procédure dès l'enterrement achevé.
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
(...)
Nous détenons des preuves qui nous sont parvenues de personnes qui étaient au coeur de l'événement et qui ont le souci de faire éclater la vérité, a-t-elle ajouté. Les preuves, nous les présenterons au moment opportun devant le tribunal.
Je n'aurais pas acceptée une telle affaire s'il n'y avait pas assez de preuves que la procédure n'a pas été respectée par les services de sécurité français (Raid), a-t-elle affirmé.
(...)
Selon l'avocate, la procédure judiciaire est un droit garanti par toutes les constitutions du monde, dont celles de l'Algérie et de la France.
Nous allons soutenir nos arguments devant la justice française connue pour son intégrité qui donne le droit à toute personne de traduire en justice même les autorités du pays tels les services de sécurité, a-t-elle dit en référence au Raid.
Me Mokhtari s'en est prise aux personnalités politiques françaises qui ont critiqué les déclarations de M. Merah lorsqu'il annonçait à l'AFP son intention de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils.
Pourquoi ont-elles (les personnalités politiques françaises) dénigré au plaignant qui a perdu son fils le droit d'aller devant la justice ?, s'est-elle interrogée. Laissez à la justice le soin de se prononcer. Nous nous conformerons à sa décision quelle qu'elle soit.
Prenant soin de dénoncer les actes criminels commis à Toulouse et Montauban quel qu'en soit l'auteur, Me Mokhtari a mis en doute les aveux du jeune homme aux policiers".

Si l'on résume : 
- L'avocate affirme détenir des preuves que l'Etat français a assassiné Mohammed Merah.
- L'avocate critique le refus de la critique des politiciens français autour du Président Sarkozy.
- L'avocate met en doute la culpabilité de l'accusé.


2) Discours du père :

"Lundi, le père du tueur avait déclaré à l'AFP : je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais. Je vais porter plainte contre la France pour avoir tué mon fils".
C'est clair et concis dans cette dépêche : le père annonce que la France a tué son fils, ce qui est une accusation grave et qui mérite d'être jugée (espérons dans l'impartialité).

3) Discours du journaliste auteur de la dépêche :

"Mort de Merah: une avocate chargée de poursuivre le Raid pour assassinat.

ALGER - Une avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, a annoncé mercredi à l'AFP avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française, pour l'assassinat de son fils, qui a tué sept personnes en France.
(...)
Me Mokhtari a précisé qu'une convention signée entre la France et l'Algérie autorise les avocats des deux pays de plaider devant leur tribunaux respectifs.
L'avocate est connue à Alger pour avoir gagné en 2005 un procès devant le tribunal de Memmengen (Allemagne) pour appartenance à Al-Qaïda d'un Algérien, Ibrahim Badaoui, qui a été libéré et est rentré en Algérie. Elle a par la suite fait annuler en 2008 en Algérie une condamnation à mort par contumace de Badaoui.
(...)
Mohamed Merah, 23 ans, a été tué le 22 mars lors de l'intervention des policiers de l'unité d'élite du Raid dans son appartement à Toulouse (sud-ouest). Il avait abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes : trois parachutistes ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs à Toulouse et dans la ville voisine de Montauban.
(...)
(©AFP / 28 mars 2012 21h02)"

Si l'on résume ces commentaires ajoutés et habilement mêlés aux propos de l'avocate et du père grâce notamment au procédé de l'absence de guillemets : certains commentaires sont certes journalistiques, informatifs et non engagés. Mais le journaliste ne peut s'empêcher, dans son mimétisme peut-être plus inconscient que de mauvaise foi, d'entériner la VO de l'accusé, dont on détiendrait les preuves de sa participation à ces meurtres odieux et injustifiables. Notre journaliste a-t-il le droit d'affirmer que Mohammed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars, sept personnes à Toulouse et Montauban? Seulement s'il détient des faits solides. Or, en vertu du principe de contradictoire, ces éléments reposent sur les seules affirmations de la police. Doit-on croire sur parole l'accusation et permettre l'amalgame entre le juge et l'accusation? Dans ce cas, on ne se situe plus dans la justice démocratique, mais dans la vengeance et le droit du plus fort.
Alors que la justice rationnelle repose sur le principe de contradictoire et la vérification des faits, par une enquête publiquement vérifiable, le droit du plus fort justifie l'arbitraire et le sophisme. C'est ce que dénonçait Platon. On connaît l'anecdote du sophiste Protagoras qui explique à son élève Evathle que dans tous les cas il gagnerait contre lui son procès : "Alors qu'Evathle refusait de payer son maître, car il n'avait pas encore gagné de procès, Protagoras le cita en justice. De sorte que si le disciple perdait, il devrait payer son maître ; mais que s'il gagnait, il devrait aussi payer son maître, puisque la valeur de l'enseignement reçu aurait été dès lors démontrée. Apulée développe l'anecdote en mentionnant une réponse du disciple : s'il perd, il ne devra rien, puisque les leçons de Protagoras auront été inefficaces ; et s'il gagne, il ne devra rien, puisqu'il aura été absous" (Wikipédia). On notera que la loi du plus fort autorise les deux points de vue antagonistes à triompher à tous les coups (l'élève opposé au maître) selon le point de vue le plus fort. 
Dans cette affaire, c'est la même rengaine : Merah est coupable parce qu'il est coupable - à tous les coups. Circulez, y'a rien à voir. Et les journalistes médiatiques et majoritaires? Loin de mettre en place leur travail de contre-pouvoir, ils se bornent à relayer la version officielle, avouant par là même qu'ils en sont les hagiographes ou les relais-propagandistes. Ils agissent ainsi par mimétisme, fort du principe selon lequel le mimétisme est le mécanisme qui explique la loi du plus fort et qui ne considère dans le réel que sa structure finie et stable. De ce fait, la loi du plus fort se trouve légitimée - et dans cette affaire, il devient normal et légitime de se placer du côté de ceux qui sont les plus forts et dont la parole ne saurait se trouver contestée sans heurts : la police, l'Etat, les représentants institutionnels ou les politiciens élus. L'oligarchisation de notre monde en crise terminale se poursuit, et si rien n'est intenté pour endiguer la marche du NOM, nous vivrons bientôt dans une terrible dictature orwellienne, dont la caractéristique la plus terrible tiendra à l'absence criante d'esprit critique de la majorité moutonnière et lâche.

dimanche 18 mars 2012

De l'excellence médiocre

Que constate-t-on quand on parle de l'oligarchie des incapables? Loin de personnifier l'excellence, les meilleurs dans la performance académique deviennent bizarrement des médiocres, des incapables, à l'aune de critères qui devraient leur assurer leur excellence. Que s'est-il passé pour que les excellents deviennent des médiocres? Pourquoi assiste-t-on au retournement de l'excellence quantitative, qui loin de recouper le qualitatif se retourne au contraire au moment où il devrait en consacrer l'acmé?
Ce qu'on nomme le quantitatif ne recoupe pas le réel; l'excellence donnée finit par se retourner en médiocrité et par incarner la baisse de performance qualitative. La baisse qualitative surgit au moment où l'excellence quantitative est atteinte. Le quantitatif ne recoupe pas le qualitatif. L'excellence académique consiste de plus en plus à prévenir la destruction du donné. C'est la limite du quantitatif par rapport à l'excellence, qui ne peut être que qualitative - ou l'excellence quantitative renvoie à une baisse de performance illogique vers la médiocrité.
L'effondrement qualitatif s'accompagne de son déplacement dans la réduction et l'infériorité autant quantitative que qualitative. D'ordinaire, on considère que l'amélioration des performances quantitatives engendre l'amélioration d'ordre qualitatif. Un coureur de cent mètres est considéré comme d'autant plus performant qu'il court vite : le physique recouperait selon l'académisme le qualitatif, à tel point que l'on pourrait estimer détenir un critère fiable de mesure. Au contraire, le quantitatif excellent finit par correspondre à la médiocrité qualitative. Le critère n'est pas objectif au sens où il ne sert qu'à mesurer des paramètres physiques.
De même que le nihilisme se veut d'autant plus universel qu'il réduit son champ de théorisation au fini, de même le quantitatif ne recoupe pas la bonne unité de mesure et d'appréciation, mais renvoie à l'idée selon laquelle le donné est le réel. Derrière cette réduction, le phénomène inexplicable, selon lequel la courbe quantitative ne suit pas la progression qualitative, et arrive même à une inversion à partir d'un certain niveau d'excellence quantitative (l'excellence quantitative signant la médiocrité qualitative), n'est explicable que si le réel ne se résume pas au donné, autrement dit si le réel est hétérogène.
Dans un cadre quantitatif, l'excellence quantitative est toujours supérieure à ce qui lui est inférieure. Par exemple, le coureur de cent mètres le plus rapide est le meilleur. Si le quantitatif perd en excellence dans un cadre qui devient qualitatif, c'est que non seulement le qualitatif est supérieure au quantitatif, mais que l'ordre qualitatif est différent du quantitatif, et même que le quantitatif perd de son ordre en regard du qualitatif, quand il s'y trouve intégré. Pourquoi le quantitatif s'effondre-t-il en confrontation du qualitatif?
Parce que non seulement le quantitatif est intégré dans le qualitatif, mais parce que surtout le qualitatif est de structure hétérogène au quantitatif. Quand le quantitatif s'effondre, c'est parce qu'il entre en confrontation avec le qualitatif hétérogène. Le quantitatif exprime la valeur objective du donné, pas la valeur du réel. Le donné est soumis à la physique de l'entropie, ce qui implique que sa courbe d'excellence finisse par s'effondrer. Plus l'excellence est soumise à un niveau élevé d'exigence, plus elle s'effondre, alors que dans un schéma linéaire progressif, on serait en droit d'attendre que l'exigence élevée accouche de l'excellence,  non le phénomène inverse.
Si l'on observe la dissociation de l'excellence, du qualitatif et du quantitatif, c'est que le donné exprime la partie de réel qui entre en opposition avec le réel à partir du moment où elle entend en être l'exclusif représentant. Le donné exprime l'infériorité du modèle biaisé, qui aboutit à la destruction. Telle est l'explication aux résultats étranges et inattendus que l'on obtient dans l'expression de l'excellence, avec une excellence quantitative qui bientôt se révèle médiocre (d'où la réputation d'impéritie de l'oligarchie, alors qu'elle devrait incarner l'excellence).
Mais pourquoi le résultat de destruction qui découle de la médiocrité excellente, soit de l'oxymore caractérisant le critère d'évaluation quantitatif? Parce que le réel contient son facteur de pérennité le sens, principe de développement. L'accroissement du réel signifie le sens, soit le fait que le réel pour se pérenniser gagne en espace et en temps. Dans ce cadre, le sens que porte le réel soit se tourne vers le développement extérieur, soit se retourne contre lui-même. Le cercle, souvent invoqué comme figure du réel, se révèle faux et destructeur (ce qui en dit long sur le renouvellement que propose Nietzsche, avec sa sphère comme perfectionnement géométrique et sémantique du cercle). L'insécable crée les conditions de l'espace et du temps, ce qui indique que l'insécable préexiste à l'élaboration du domaine physique.
L'ordonnation passe par l'édiction de l'espace et du temps, deux catégories qui n'existent pas dans l'insécable et qui résulte de la résolution de la contradiction originelle. Le temps exprime la résolution de la contradiction : il est à la fois en tant que norme l'expression attitrée de l'ordre et en même temps il lui est postérieur. Raison pour laquelle on observe le curieux phénomène de dépérissement de l'excellence quantitative en médiocrité réelle sous l'effet du critère de qualitatif. C'est que l'ordre s'épanouit dans l'espace et le temps et que nous prenons le donné quantitatif pour le réel alors qu'il n'en est que la manifestation seconde et postérieure à l'originalité du qualitatif. Pour autant, le qualitatif ne renvoie pas à la complétude de l'Etre, mais à la contradiction, dont la résolution qualitative passe par l'ordre quantitatif.

dimanche 26 février 2012

Le bloggeur et le correcteur


Un petit billet, rare en ce moment, car je suis en relecture et j'ai du travail : tous mes blogs à relire, du triage, des découpages, des corrections, des changements... Mais il fallait bien donner au sens philosophique une viabilité plus grande et qui prendra du temps. Justement cette intervention part du constat selon lequel quand on ne fait pas une action, on change, mais on fait quelque chose d'autre, on ne fait jamais rien. En ce moment, je n'écris plus sur mes blogs, ce qui était mon initiative régulière depuis plusieurs années, mais je relis et corrige. A la limite, je pourrais ne plus rien écrire, mais alors ce n'est pas que je ne ferais rien, mais que je ferais autre chose. L'autre est plus ou moins éloigné de l'activité précédente, mais il est toujours quelque chose, jamais rien. Autant dire que l'être ne peut produire de non-être. Le fainéant ne fait pas rien, mais autre chose. 
Au pire, ce qu'il fait ne le passionne guère et il fait peu de ce qu'il entreprend, mais il continue à faire quelque chose. On comprend la définition du rien par l'autre chez Platon : non seulement le non-être se trouve ainsi intégré à l'Etre, mais Platon avait pressenti la critique que l'on peut intenter au non-être : d'être une mauvaise définition de l'autre, soit de ce qui est mal identifié. Le problème de l'autre dans l'Etre, qui justifie la persistance du non-être comme opposé à l'être, notamment dans la métaphysique du faux en lieu et place de l'autre, c'est la non définition de l'Etre, soit du quelque chose.
L'autre se trouve défini clairement comme le changement, mais le même demeure indéfini et de de ce fait mal défini. C'est le problème que pose le nihilisme en émettant son inadéquat non-être. Effectivement, le non-être ne signifie rien que la négation de ce qui est, soit l'absence de positivité. A y bien réfléchir, il faut que quelque chose soit, et quelque chose ne peut pas ne pas être. Si je fais quelque chose d'autre, certes je fais toujours quelque chose, mais comment expliquer que je puisse faire quelque chose qui soit différent de ce que je faisais et qui était - quelque chose?
La mauvaise définition de l'Etre contamine l'autre au sens où l'autre est de l'être. Comment expliquer le quelque chose qui change? Le monisme ontologique de Parménide s'explique parce que Parménide est allé au bout de la configuration de l'Etre, en décidant que seul ce qui est est, ce qui signifie que l'être est ce qui est seulement tel (qui se présente directement et franchement). Parménide est obligé pour définir l'Etre de recourir à l'immédiat, mais dans un sens inverse de l'apparence selon les sophistes : alors que les sophistes l'identifient comme ce qui apparaît et disparaît, les ontologues posent que l'Etre est ce qui apparaît et demeure à jamais.
Mais cette définition est fragile en ce que la critique ne manque pas d'objecter que ce qui est n'est pas seulement ce qui se montre et qui dure, mais aussi ce qui n'est pas remarqué de prime abord et qui pour autant ne s'en révèle pas moins vrai. Le changement en général ne s'en trouve pas expliqué; et plus évocateur pour des savants, la découverte théorique implique que le nouveau soit ce qui n'est pas considéré et qui se révèle supérieur. Le caractère hétérogène du réel apparaît ainsi et recoupe l'intuition du nihilisme selon lequel il y a opposition en antagonisme entre deux principes au sein du réel.
Le non-être résulte d'une mauvaise manière de poser le problème, car sa négativité signe son incompréhension viscérale. L'hétérogénéité ne signifie pas que le réel soit coupé, mais que ce qu'on nomme l'infini ne soit pas composé de la même texture que ce qu'on nomme le fini. Pourtant, il y a lien entre eux. Il y a unité, au sens où le réel est un et que son hétérogénéité va de pair avec son unité. L'inverse de l'hétérogène, c'est l'homogène :  l'unité est compatible avec l'hétérogène. L'hétérogène n'est pas l'antagonisme.
C'est plutôt l'explication au changement (dont la découverte) : l'être a besoin de transformer l'infini pour continuer à être et assurer sa pérennité. L'unité entre l'hétérogène du faire et l'homogène du malléable contredit le nihilisme, qui prend l'être pour le seul quelque chose, homogène, et lui oppose le non-être, déformation de l'hétérogène; mais aussi l'ontologie, qui confond l'homogène de l'être avec l'Etre dans un prolongement abusif et hallucinatoire. L'avantage de l'ontologie, c'est qu'elle réfute le non-être et qu'elle perçoit le réel comme un et seulement constitué de quelque chose.
C'est à partir de cette position qu'il convient d'envisager le changement, pas sous l'angle de l'antagonisme. Quelle est l'unité qui est hétérogénéité? C'est la croissance qui correspond en physique à la force. La compatibilité entre ce qui est et ce qui fait se mesure à la technique utilisée pour perdurer : utiliser la croissance pour rendre compatible ce qui fait, mais n'est pas, et ce qui est, mais s'épuise. L'existence est le subtil accord entre ce qui est et ce qui fait. Le changement prouve l'hétérogénéité et la croissance : si ce qui est se contentait d'être sur le même mode en empruntant de manière linéaire de quoi perdurer, le changement n'existerait que sous la forme régulière, prévisible : un changement délimité et défini.
Le caractère imprévisible et infini du changement indique au contraire que le changement se produit par rapport à l'intervention dans l'être d'un élément de réel hétérogène et différent, qui est infini et qui correspond au malléable. La croissance est l'élément théorique qui définit l'unité, soit le fait que l'être et le faire se complètent l'un par rapport à l'autre et que la croissance est le schéma qui explique la possibilité de perdurer du réel dans l'être. La croissance est le produit qui précède l'unité, car l'unité signifie la résolution de la contradiction originelle.
L'unité est l'association du faire et de son complément l'être, mais l'origine est l'incomplétude du faire. Dieu n'est pas le tout-puissant acteur qui détient la complétude et sait à l'avance ce qu'il va faire pour continuer l'Etre; pas davantage que l'on ne pose la question de la compatibilité entre la liberté et la complétude : si Dieu est complet, alors les créatures suivent la nécessité. Si les créatures sont libres, alors Dieu n'est pas complet. On voit mal comment Dieu aurait besoin de continuer à créer de l'être sensible et imparfait s'il est lui-même parfait.
Le seul moyen de comprendre la complétude de l'Etre compatible avec l'incomplétude de l'être consiste à opter pour l'irrationnel, l'idée selon laquelle la raison humaine ne peut comprendre depuis un entendement fini le problème de l'infini. Dieu peut être complet et incomplet à la fois, le complet englobant l'incomplet et pouvant tout à fait s'additionner à la liberté. L'être est la résolution du faire, tout comme l'ordre est la résolution de la contradiction. L'Etre est la dénomination mal comprise du faire, qui engendre bien des contresens, du fait qu'il décide de prolonger l'être et de créer l'englobant Etre. On comprend certaines erreurs d'interprétation, qui recoupent les erreurs liées au nihilisme et à la mauvaise compréhension contenue dans le non-être. Encore une correspondance fâcheuse qui explique le besoin de nihilisme dans le transcendantalisme, spécifiquement avec l'histoire de la métaphysique moderne.