mardi 15 septembre 2009

Mal Un

Qui se croit trop malin fait le Malin.

Perversion : nous sommes d'une époque diabolique. Les temps sont diaboliques. Le diable est moins une créature fumeuse fumiste que la faculté à renverser le sens. Le diable est la propension à définir le réel comme le sensible. Le diable est le correspondant religieux du nihilisme ontologique. Par les temps qui courent, on entend souvent que le diable n'existe pas : c'est la preuve que nos temps sont diaboliques. Pas que nos temps sont rationnels et débarrassés des superstitieux modernes.
Le fondateur de l'immanentisme clame que le diable appartient à la superstition, qui est à bannir et à reléguer aux oubliettes de l'obscurantisme dépassé par la Raison. Spinoza prouve seulement son diabolisme de blasphémateur plus polisson que polisseur. En clamant que le diable n'existe pas, nos moutons modernes, qui se parent des vertus de la pensée alors qu'ils ne sont que des répétiteurs pédants et roboratifs, ne se rendent pas compte que leur raison dévoyée leur fournit les raisons de leur aveuglement face aux maux réels. Raisons de la colère.
Une des pires explications pour expliquer l'aveuglement hallucinant et hallucinatoire des épigones du diable à son endroit réside dans le renversement du sens. Alors qu'en réalité ils accomplissent le programme du diable, qui consiste à amener la discorde et la destructions sous prétexte de définir le reél par le sensible, la confusion des esprits de ses disciples les pousse à accorder l'exclusive prééminence à leur désir en lieu et place de la réalité. Le diable est le synonyme du néant, du menteur et du malin. Le diable est surnommé avec effroi le Malin. Cette dénomination terrifiante indique ainsi que l'intelligence inspire méfiance et qu'une trop grande foi dans l'intelligence pousse au diabolisme. Qui se croit trop malin fait le Malin, en somme.
Avant de désigner l'intelligence, le malin désigne ce qui est derrière ce type d'intelligence : la ruse. L'étymologie de malin renvoie à la méchanceté et à ce qui est malsain. Le diable est malin en ce qu'il est malsain. La ruse est de faire passer le malsain pour l'intelligence. Le malsain est ce qui porte atteinte au salut. Le malin se croit intelligent en ce qu'il ruse. Il ne ruse pas sur des broutilles et des peccadilles. Il ruse sur le reél. Le malin produit du réel une définition nihiliste qui réduit le reél au sensible et qui libère le néant. Le malin ruse en ce qu'il ne produit pas directement et explicitement cette ruse.
La ruse consiste à présenter sous des atours séduisants le néant. Dans le mythe, le néant est figuré sous les atours de l'Enfer. Selon le diable, l'Enfer est le Paradis. Le diable promet à Faust toutes les jouissances matérielles - tous les biens sensibles. Logique : le diable maîtrise du réel l'intégralité du sensible. Pas davantage. Dans le mythe, le désespéré qui accepte le pacte avec le diable escompte en tirer profit : la jouissance sensible n'obère en rien de la vie après la mort. Après tout, un être aussi puissant et bienfaiteur que le diable ne saurait être foncièrement mauvais.
Justement : le diable n'est pas mauvais. Il est destructeur. Il ne peut garantir que la toute-puissance de ce bas-monde, soit du sensible. A partir du moment où le reél ne se réduit pas au sensible, le pouvoir du diable est des plus limités : sa limite, c'est le limité - le sensible. Le diable détruit parce qu'il perd l'entièreté du reél pour une pincée - de sensible. La contradiction entre la ruse diabolique et l'effectivité du reél est la contradiction du nihilisme. Le nihilisme se prétend synthèse et résolution supérieure du transcendantalisme dans la mesure où il est menteur et pervers. Quand on renverse le sens, on se condamne à la contradiction.
Quand on ne définit pas le reél, peut-on produire une définition du réel? Le nihiliste est celui qui réduit le reél au sensible et qui en même temps ne définit pas le reél ou le déclare indéfinissable. Voyez par exemple Rosset, qui s'en tire par une pirouette rhétorique, qu'un Platon aurait taxée de sophisme : selon lui, le reél est tautologique, ce qui induit que si on peut tout en dire, on ne peut rien en dire du tout - non plus. Le réel est le réel. Circulez, il n'y a rien à voir. Ce qui implique que l'on ait le sentiment du reél - ou qu'on ne l'ait pas.
S'il est certain que le principe de contradiction mérite d'être dépassé constamment pour que la raison humaine accroisse son pouvoir de connaissance du reél, il est tout aussi certain que la contradiction est le principe qui permet de démêler ce qui est vrai de ce qui est faux. Ce n'est pas le principe de contradiction qui se trouve pris en défaut quand la contradiction d'un système donné se trouve dépassé par l'apport d'un nouveau système. Le principe de contradiction s'ajuste à un certain système. Si les coordonnés changent, le verrou de la contradiction donnée saute. Cependant, le dépassement d'un certain niveau de contradiction n'est possible que par l'apport d'un nouveau principe qui dépasse la contradiction.
Sans l'apport de ce nouveau principe, le principe de contradiction se trouve restauré. Sans l'apport de ce nouveau principe, le principe de contradiction est réfuté de manière fausse, ce qui implique la mauvaise foi et le mensonge du contradicteur. C'est exactement ce qui se produit avec le nihilisme : l'immanentisme prétend dépasser le transcendantalisme, mais il ne dépasse en rien la définition du transcendantalisme. Il prospère sur la constatation lucide que le transcendantalisme est caduc.
Il se contente d'enregistrer la mort de Dieu, son assassinat par son successeur auto-désigné, l'homme humaniste. Frime et vacuité du nihilisme. Quand on annonce le néant, on est vain. Loin de dépasser le transcendantalisme dépassé, le nihilisme se contente d'instaurer le règne de la mauvaise foi. La question du transcendantalisme, l'être englobé dans l'Etre, serait résolue si en lieu et place de l'Etre caduc, l'immanentisme produisait une alternative supérieure et plus explicative.
Si l'immanentisme n'explique rien de ce qui est devenu inexplicable, il sombre dans la contradiction et la mauvaise foi. L'immanentisme ne produit rien. Il restaure la contradiction impossible entre le sensible et ce qui lui est nécessairement adjoint. En faisant mine de résoudre cette contradiction, Spinoza pose l'incréé, concept qui est typiquement irrationaliste et qui ne désigne rien de nouveau. Pis, les distinction entre la substance, les attributs et les modes sont fallacieusement géométrique et logiques. En réalité, l'irrationalisme et l'illogisme sont au menu de ce programme savant et faussement réjouissant : ces différences fausses restaurent le principe de contradiction, soit la déchirure entre la représentation et le reél - la partie et le tout.
Il faut se rendre à la raison : le programme immanentiste n'est qu'une vulgate nihiliste qui impressionne les gogos et qui insupporte les lucides. Elle revient à répéter bêtement la salade défraîchie du nihilisme atavique, qui consiste à opposer sous prétexte de réconciliation le reél au néant.
La réconciliation tant vantée s'en tient au minimalisme partiel et caricatural de la représentation réconciliée avec la partie. En fait, la représentation se réconcilie avec le sensible et ce faisant se fâche avec le reél. L'homme se réconcilierait avec l'homme en se fâchant avec le divin? Absurde! C'est pourquoi le dépassement tant vanté de l'immanentisme aboutit, quand on presse son thuriféraire citronné, à l'aveu de son erreur mensongère. Je ne crois pas qu'il faille essayer d'expliquer la mauvaise foi par une faute de goût ou une déficience du jugement. Le nihiliste ment comme le diable. Il ruse et se croit le plus malin. Entre deux flammes, il jure s'en sortir toujours.
L'irrationalisme consiste à proposer un faux dépassement qui surmonterait la contradiction. Comme le dépassement est faux, la contradiction est restaurée. C'est ainsi que Rosset, qui avoue parce qu'il est exténué par son immanentisme terminal, finit par lâcher que sa définition du reél est inexistante. Produire une définition inexistante de l'existence, faut le faire! Comme Calliclès dans Platon (et d'autres modèles avoisinants), l'irrationalisme est l'arbitraire qui correspond à la loi du plus fort. La loi du plus fort repose sur la contradiction et l'injustifiable.
Idem pour l'irrationalisme. Rosset est obligé de postuler que l'adhésion au réel est l'apanage de quelques élus qui légitiment l'élitisme forcené de toute la philosophie nihiliste, en particulier de l'immanentisme. Nietzsche détestait la démocratie au nom du droit des forts à se protéger des faibles. Rosset ne fait que prolonger cette propension à l'arbitraire et à la force, qui est indissociable de la doctrine de l'unicité.
C'est ainsi qu'il ne faut pas chercher de contradiction dans la doctrine nihiliste au motif qu'elle définirait et ne définirait pas le reél. C'est la mauvaise foi et le mensonge qui définissent plus que le déni la propension à définir et ne pas définir. Il serait illusoire de chercher une erreur dans le raisonnement critique du nihilisme au motif qu'il contiendrait une contradiction fondamentale et inexpugnable.
C'est précisément l'erreur du nihilisme qui se signale ici : l'irrationalisme est la forme logique (donc illogique) de l'erreur et de la mauvaise foi. On est irrationnel quand on avalise l'impossible, soit la contradiction, en particulier non dépassée. De là il appert que le rationnel sanctionne le reél. Le mot de Hegel, selon lequel la non-contradiction pourrait être source d'inconséquence, est à ne pas prendre au pied de la lettre.
Evidemment, si l'on en reste à l'objectivité intangible du principe de non-contradiction, on se heurte à l'impossibilité du changement, en particulier du dépassement. En même temps, impossible de réfléchir si l'on sanctionne le rationalisme et que l'on sanctifie en lieu et place l'irrationalisme. Il n'est possible de dépasser que dans les normes du rationalisme. Le rationalisme correspond au reél, quand l'irrationalisme réduit le reél - au sensible.
La contradiction qui est perceptible dans la démarche nihiliste (définir et ne pas définir - le réel) et dans la doctrine fondamentale (le monisme se veut le tout et libère en même temps le néant, qui est l'impensé radical et majeur de l'ontologie spinoziste) est non la marque d'un dépassement inaperçu, mais d'une répétition fausse. Dans ces conditions, le mot de Nietzsche sur la profondeur du masque a valeur d'aveu et s'explique parce que le masque est ce qui cache, déforme et protège. On a besoin de protection quand le fond de votre pensée repose sur l'erreur et le mensonge. L'immanentisme a besoin de protection parce que l'immanentisme ment. C'est fort gênant.
Le masque cache l'erreur et l'appelle rationalisme radical et étriqué (Spinoza); ou irrationalisme tautologique (Rosset) - c'est selon. Le rationalisme de Spinoza n'est jamais que l'irrationalisme de Rosset. Correspondances, quand tu nous tiens. Sans doute Rosset voit-il plus clair que Spinoza, mais en même temps Rosset intervient à la fin de l'immanentisme, dans sa phase terminale, quand on en est à baisser les cartes et qu'on s'avise que le roi est nu. Joker - n'a rien à cacher.
Nietzsche avait défini la démarche immanentiste au stade de l'immanentisme tardif et dégénéré. Plus on progresse dans un mouvement, plus son processus est porté au grand jour. Nietzsche explicite la démarche que Spinoza porte de manière implicite et inconsciente. C'est ainsi que Nietzsche, qui prophétise plus qu'il ne rationalise, ce qui là encore est signe d'explicitation, annonce à grand renfort de moulinets extatiques le renversement de toutes les valeurs. A vrai dire, quand on a fini d'assister au dynamitage des valeurs classiques (comme les Twin Towers?), on a envie de savoir le mot de la fin : quelles valeurs à la place? L'absence de valeurs sanctionnerait le voleur.
Le voleur des valeurs. C'est là qu'on se trouve déçu. Nieztsche brave plus qu'il ne propose. Nietzsche n'a pas grand chose d'autre à proposer que la figure centrale de l'immanentisme : l'impossible. L'incohérence. On comprend pourquoi Rosset se livre à l'apologie de l'irrationalisme au nom de la tautologie et autres savantes considérations. Le grand reversement des valeurs sonne comme un pétard mouillé, tonitruant peut-être, mais avant tout trompeur. Attentat garanti. Effet annulé.
Nieztsche est le chantre de la mutation impossible, alors que Spinoza était l'apôtre de l'ontologie impossible. Et Rosset? En tant que représentant archétypal de l'immanentisme terminal, il se contente d'entériner la mort du sens. Rosset en reste au sensible et ce seul programme mérite bine qu'un de ses amis, un nihiliste malsain, l'éditeur et psychanalyste Jaccard, le surnomme le naufrageur de la philosophie. Le sensible : vous savez, ce que l'immanentiste Rosset nomme le reél et qu'il fait mine de ne pas définir pour ne pas engendrer controverses et réfutations. Les aspects les plus convaincants de la pensée de Rosset (la joie, le choix des mots, le tragique) ne valent que si l'on met entre parenthèses le fondement irrationaliste et immanentiste, bancal et erroné : le diable est ici moins dans les détails que dans les fondements.

samedi 12 septembre 2009

Exécutif unique

"On m'élit roi, mon peuple m'aime;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,
Je suis Gros-Jean comme devant."

Jean de La Fontaine, La Laitière et le pot au lait.

Dans un système nihiliste, le monisme se veut l'incarnation de la réconciliation apaisée, au sens où il détiendrait la clé de l'unité - de l'énigme. Le nihilisme serait le monisme, la personnification de l'unicité autant que de l'unité. Le monisme nihiliste détiendrait l'apanage exclusif et transcendant de l'unité et de la réconciliation, quand les systèmes métaphysiques ou ontologiques majoritaires égareraient le chaland en instaurant le dualisme, soit la partition fausse de la réalité. Cette conception devient ridicule et ampoulée quand on s'avise que le monisme nihiliste repose sur la véritable partition du réel, qui accouche d'un dualisme forcené.
Qu'est-ce que le dualisme? L'opposition de deux éléments implique qu'ils soient antagonistes. Le nihilisme oppose le néant au sensible/réel. Le nihilisme est le dualisme véritable. Quant au dualisme décrié, la métaphysique classique, qui ressortit du transcendantalisme, ce que l'on désigne sous le terme fallacieux et péjoratif de dualisme, ainsi que le fait Nietzsche, est la partition entre la partie et le tout. Les commentateurs contemporains sont tellement imbibés de Nietzsche et d'immanentisme tardif et dégénéré qu'ils en oublient la réalité des doctrines.
Platon, qui est l'âme, la racine et le maître de la métaphysique occidentale, ne scinde nullement la réalité. Il faut un sacré culot de propagandiste immanentiste acculé pour oser pareille absurdité. En outre, Nietzsche, qui connaissait mal les philosophes, mais qui était philologue éclairé, ne pouvait ignorer la doctrine platonicienne et ses racines pythagoriciennes remontant directement à certaines thèses religieuses égyptiennes (et nullement perses ou hindoues comme une certaine tradition raciste occidentaliste nous le fait accroire au motif que l'ancêtre de l'Occident remonte en Inde et que jamais des Africains ne pourraient accéder à la pensée).
Platon parle de l'Un comme étant le réel - et l'équivalent du Dieu suprême. De ce point de vue, Platon oscille entre le polythéisme, qui reconnaît toujours un dieu suprême et originaire, et le monothéisme, qui instaure sous prétexte de cohérence supérieure l'unicité du divin. Platon scinde explicitement la représentation de la partie avec l'objectivité du Tout. Cette partition recoupe en fait le morcèlement ontologique qui fait que le réel se présente sou la forme d'une infinité d'objets épars. Selon Platon, nous faisons nous-mêmes partie d'un grand corps qui forme la totalité du réel.
Évidemment, cette histoire africaine, qui n'est pas sans évoquer la monadologie leibnizienne, pose plus de questions qu'elle ne résout de problèmes, en premier lieu le problème ontologique (la question de l'Être). Elle est la preuve de la fausseté manifeste de la doctrine immanentiste, notamment de son prophète Nietzsche. Qu'aujourd'hui si peu de voix se lèvent pour protester contre la déformation grossière de la doctrine ontologique grecque en dit long sur le degré de dépravation de nos élites intellectuelles, des plumitifs savants, des perroquets désaxés et enragés, qui vous mordent la main à la première contestation, surtout si cette dernière s'avère un tant soit peu fondée.
Quand on a rétabli la véritable opposition, on arrive à la conclusion stupéfiante que le véritable dualisme est nihiliste et que la partition ontologique classique repose moins sur le dualisme antagoniste que sur le dualisme de prolongement. Moins sur une opposition que sur un complément. C'est gênant comme déformation. Qui est dualiste? Le nihilisme ou le transcendantalisme? Le nihilisme, sans hésitation. C'est ce qu'on appelle, non un faux sens, mais un contresens, un sens pervers, et l'on peut se demander dans quelle mesure l'erreur obvie ne résulte pas de l'intention du faussaire. La crapule ici est moins la brute malhonnête que le faussaire du faux sens.
L'unité nihiliste travestie en panthéisme, monisme et unicité est en fait le lieu de l'opposition, du déchirement, de la tragédie. On comprend pourquoi Nietzsche et à sa suite Rosset accordent une place de choix à la tragédie. Si l'on intègre que l'unicité du réel désigne bien plutôt l'unicité du sensible seul, soit la réduction unilatérale et irrationnelle du réel aux normes du sensible, rien d'étonnant à ce que les régimes politiques autoritaristes promeuvent l'exécutif unitaire fort comme la doctrine intangible.
Dans cette transposition des spéculations ontologiques dans la pratique politique vérifiable, on se rend compte de l'extrême violence et de l'extrême fragilité qui animent les régimes oligarchiques et les systèmes nihilistes. Le nihilisme ne survient qu'en périodes de déclin et de faiblesse insignes. Le terme même de nihilisme indique son programme dans sa formation étymologique : la destruction et le néant.
Nul besoin de chercher trop loin l'erreur nihiliste qui se manifeste moins dans les recherches spéculatives que dans la réalité de l'application sensible. Le nihilisme ne tend vers l'unité que parce qu'il est épuisé. L'unicité traduit moins la découverte de la cohérence suprême et indépassable que l'effondrement du sens qui ne parvient plus à distinguer autre chose qu'un seul type de réel. Le réel le plus immédiat, le plus palpable, le plus apparent : le réel le plus sensible. Quand on tend vers l'unicité, c'est qu'on se trouve au bord du gouffre. La variante à l'unicité qui restaure au final le désir, l'irrationnel et le sensible, c'est l'absence de sens.
Ainsi des ces foulosophes postmodernes qui en dignes successeurs des sophistes contemporains de Platon clament à leurs admirateurs riches et aveuglés que le sens n'existe pas et que c'est dans cette découverte révolutionnaire que se situe enfin le dépassement du sens. Plus de sens - plus de problème. Face à un problème, clamez que le problème n'existe pas. Cette unicité manifeste l'épuisement du sens. Ce n'est pas par élévation ou supériorité que le sens s'unifie, mais par délabrement. Abondance de biens ne nuit pas. C'est dans la profusion que s'exprime la force.
De ce point de vue, le monothéisme exprime peut-être l'affaissement du religieux transcendantaliste et explique pourquoi l'immanentisme a pu prendre la place du monothéisme aussi facilement. La faiblesse mortifère qu'indique l'unicité dans tous les domaines vient du fait que cette unicité est le masque de la violence extrême et de la destruction. Cette violence caractéristique se manifeste par la tension qui ne peut être qu'extrême quand l'opposition oscille entre le néant et le sensible. Opposition irréductible et nécessaire : autant le néant contraint par tous les moyens le réel à exister, autant le réel est condamné à exister - par tous les moyens.
C'est en quoi la pluralité est signe de bonne santé : ainsi que dans le polythéisme, elle indique simplement que les sens abondent et que le sens est prodigue - présent. La pluralité signe la bonne santé comme la partie qui n'est pas le tout et qui se montre plurielle. L'unicité intervient quand le fantasme de réunion de la partie et du tout se produit. Mauvais présage, donc. Les Anciens appelaient cette attitude démesure et l'expression prendre ses désirs pour des réalités convient à merveille à la situation. Dans tous les cas, on en arrive à l'unicité, qui traduirait au départ la concorde et qui signifie en fait la discorde. Le résultat édifie : au final, à cause de ses chimères, Perrette ne perd pas seulement ses inexistants châteaux en Espagne, mais son très réel pot de lait. Elle risque au surplus une sévère correction de la part de son mari le laitier.
Dans la doctrine spinoziste, qui est le fondement de l'immanentisme et sa théorie la plus conséquente, ainsi que Rosset ne s'y est pas trompé, l'unicité moniste ou panthéiste est indissociable de la nécessité. Accessoirement, derrière l'occultation forcenée du néant par des artifices qui ont pour nom la substance incréée et les attributs infinis, on retombe nécessairement sur la centralité du désir, avec ce conatus qui n'exprime jamais que l'individu interprété comme une pulsion individualiste dont l'individualisme sert seulement le fonctionnement mystérieux et irrationnel du réel.
La nécessité est indissociable de l'unicité parce que la lutte du sensible contre le néant est la définition de cette nécessité. Autrement dit, l'unicité en question est toujours le dualisme nihiliste masqué et pervers. Cependant, on se souviendra avec profit que Nietzsche a expliqué que ce qui est profond aime le masque. Pourrait-on ajouter en pastichant à peine notre effrayant prophète de la folie (immanentiste) que tout ce qui est pervers aime la masque? Ce serait aussi bien vrai.
Reste à opérer le lien entre cette unicité ontologique, dont le vrai visage transparaît derrière la séduction rhétorique, et le système oligarchique chauffé à blanc et poussé à bout : c'est la doctrine de l'exécutif unitaire, qui comme par hasard se réclame de la nécessité et du pragmatisme. Dans l'histoire récente le grand théoricien de ce type de conception politique n'était autre que le juriste du Troisième Reich, l'infâme postnietzcshéen radical - le regrettable plus que regretté Carl Schmitt.
L'exécutif unitaire est toujours justifié par des motifs d'urgence, d'exception (qui s'installe et perdure), de bien et de confiance. Ceux qui requièrent cet État d'unicité sont mus par les meilleurs sentiments et obéissent à la nécessité des évènements. Ils affrontent la violence prévisible du chaos, qu'ils transforment en lutte contre un ennemi de toute manière imaginaire. Les nazis combattaient contre l'idée de désordre, quand les atlantistes terminaux s'en prennent à un bouc émissaire parfaitement invisible, mystérieux et inexistant, qui incarne le réceptacle de la violence et du chaos.
Dans tous les cas, l'exécutif unitaire est adossé aux mesures autoritaristes d'urgence et d'exception parce que la doctrine nihiliste existe sur fond d'affrontement entre le sensible/réel et le néant. Les promoteurs de l'unicité politique radicale sont imprégnés de la mentalité nihiliste et livrent un combat religieux contre l'anéantissement. Simplement, ils ne se rendent pas compte qu'ils détruisent sous prétexte d'éviter la destruction. Leur vision binaire, simpliste et manichéenne du réel les conduit à croire que la lutte contre le néant implique la destruction de toute menace contre le réel/sensible.
Ces Cassandre ne se rendent pas compte de la tragédie de leur jeu mensonger qui les pousse à projeter sur un ennemi fictif la violence dont ils sont les vecteurs effectifs. Tels des Œdipe traquant le monstre, ils sont le monstre lui-même. Le seul moyen pour un enquêteur de ne pas retrouver le criminel est d'être le criminel lui-même. C'est exactement ce qui se produit avec l'unicité du réel et du pouvoir : le seul moyen de tendre vers la destruction généralisée consiste à être l'instrument privilégié de la destruction autant que son ennemi déclaré. L'aveuglement s'explique par l'enfermement dans lequel se tient l'unicité : incapable de comprendre qu'elle révèle le stade terminal, elle postule qu'elle incarne l'excellence.
Tout comme les pédantes pédagogies des systèmes scolaires occidentaux louent la qualité de leurs spéculations à proportion de leur faillite réelle et grandissante, la doctrine indémontrée et indémontrable de l'unicité incarne la perversité du sens : son renversement. Le pervers est selon Rosset celui qui voit le feu rouge et explique qu'il est vert. Renversement du sens - qui est pourtant la marque de fabrique de Rosset - justement. On comprend que Rosset voit clair le jeu pervers : sa pensée est elle-même perverse. Il est vrai que l'immanentisme dans son ensemble est pervers, de Spinoza à Rosset, en passant par Nieztsche.
Rosset est celui qui voit que le réel excède le sensible et qui en déduit de manière littéralement renversante que le reél se réduit au sensible le plus immédiat. C'est aberrant et pourtant : manière de penser des immanentistes - d'un Rosset en particulier. Rien ne sert de pointer les erreurs et folies de Platon si c'est pour les remplacer par des erreurs et folies plus importantes encore. C'est pourtant ce que fait l'immanentisme qui commence par pointer du doigt la faille du transcendantalisme, en particulier du prolongement sensible/Etre, pour remplacer cette erreur par une plus énorme, l'erreur en chef, qui est l'opposition dualiste véritable entre le sensible et le néant.
Le sensible équivaut au réel et c'est ainsi qu'il faut comprendre la formule tautologique de Rosset, selon lequel le réel est le reél. Si Rosset ne parvient pas à définir le reél, c'est parce qu'une définition trop précise ferait apparaître de manière incontestable la fausseté de sa vision. L'irrationalisme est bien ce qui est à la foi indéfinissable et en même temps faux. Indéfinissable parce que faux. La preuve. Le diabolisme de cet irrationalisme faux est évident une fois qu'on met en correspondance le mythe de Faust illustré par la peau de chagrin chère à Balzac : la peau de chagrin réduit et l'unicité répercute le mode opératoire de la réduction en les fardant des atours pervers et trompeurs de l'accomplissement.
Si s'accomplir, c'est réduire, alors la peau de chagrin est l'excellence par excellence! L'unicité aussi. L'unicité est l'unique dans la mesure où l'unique exprime le point terminal de la peau de chagrin. Quand on diminue, on en arrive à l'unicité avant le néant. Belle unité que cette unicité qui renvoie au néant! Avec ce type de raisonnement, on peut inférer du néant qu'il est supérieur à l'Etre au motif qu'il égalise tout. Fort de cette constatation en peau de chagrin, l'unicité constate que son système est sur le point de s'effondrer et déclare in abrupto qu'elle se porte comme un charme.
La coexistence de la violence, de l'unicité, de la nécessité n'est possible que dans un système en phase terminale, en décomposition avancée, qui ne comprend pas que la destruction contre laquelle il lutte est aussi la destruction qu'il suscite et qui a déjà tellement détruit qu'il ne laisse plus que le choix imposé d'une solution aussi unique qu'exsangue. Choix imposé, à l'insu de mon plein gré : ces formules oxymoriques dénotent quel est le type de nécessité qui se tapit derrière l'annonce triomphante que l'on a dépassé les valeurs de la métaphysique classique, en premier lieu la liberté du libre-arbitre si honni et si faux : la bonté et le bonheur du pouvoir exécutif unique sont les caractérisations perverses d'un pouvoir en fin de course, expression d'un système ontologique immanentiste en fin de course.
On est bon dans la mesure où l'on est unique. A la limite, l'adoration que Rosset témoigne envers le meilleur des mondes de Leibniz provient de ce type de raisonnement typiquement pervers. Le meilleur des mondes n'est le meilleur que dans la mesure où il est aussi le seul. La bonté est bonne dans la mesure où elle est la seule. Et tant pis (ou tant mieux) si cette bonté se manifeste en tous points par la méchanceté caractéristique et indéniable ( à la manière de Françoise dans Proust).
Où l'on voit pour finir que l'unicité de la nécessité recoupe le tragique - et ce qu'il y a de pervers dans le tragique d'héritage nietzschéen. Tout accepter, y compris le pire. Etre Surhomme dans la mesure où l'on accepte précisément le pire et où l'on souhaite que le pire revienne surtout. Le tragique de la nécessité consiste à faire de la destruction et de la violence la bonté et la beauté. L'affirmation selon laquelle le pouvoir exécutif unique découle de la conjonction de la nécessité et de la bonté s'explique par la perversion de l'autoritarisme qui se légitime dans le confort de son unité unique. Sa solitude.

mercredi 9 septembre 2009

Sans interdit

Des analystes intelligents et violents comme Alain Soral en France l'ont constaté : le tabou suprême résiderait dans l'antisémitisme. Le problème avec ce genre de constatation uniciste, c'est qu'elle est fausse. Les bien-pensants d'Occident sont incapables de remettre en question l'antiantisémitisme, qui prospère sur les ruines des conséquences désastreuses et apocalyptiques de l'antisémitisme, notamment la maudite Shoah. L'antiantisémitisme ressortit de la réaction stupide et amalgamante. Tel l'antiracisme primaire et idéologique, promu par la bande à BHL en France, l'antiantisémitisme supprime la possibilité de la critique au nom de la démocratie.
Alors que l'antiracisme primaire consistait à hurler au racisme à chaque critique intentée contre une "race" différente (à supposer qu'on adhère moralement à cette conception des races à l'intérieur de la race humaine), l'antiantisémitisme consiste à prôner l'antisémitisme à chaque critique contre un juif, selon la ligne de conduite des cercles atlanto-sionistes comme ceux d'un Pipes et son fumeux nouvel antisémitisme (CFR américain). Pour sortir de l'obsession antisémite, et retomber sur une autre forme d'obsession, on peut protester contre l'attitude de Mouloud sans amalgamer Mouloud avec les musulmans ou les Arabes, les Maghrébins - ou que sais-je. C'est du bon sens, de la lucidité et de la nuance.
Idem avec les juifs : on peut critiquer (c'est même signe de bonne santé!) BHL sans amalgamer ce Lévy peu orthodoxe, fort peu juif et fort atlanto-sioniste, avec les juifs, les Israéliens - ou les sionistes. J'aimerais rappeler les arguments qui rendent le terme antisémite non seulement impropre, mais encore tout à fait partial et pervers. Le but de l'antisémitisme n'est pas de dénoncer un certain type de harcèlement religieux - ou raciste. C'est d'encourager l'amalgame et d'attiser le conflit pour mieux servir les intérêts occidentalistes.
Vous en doutez? Vous haussez les épaules en prétextant que le terme est étymologiquement faux, mais qu'il est le terme usuel - et que rien ne sert de changer un usuel? Ah bon? Si sous le vocable d'antioccidentalisme, on définissait non les raisonnements antioccidentaux, mais les raisonnements spécifiquement et exclusivement antifrançais, que penserait-on? A quelle forme de manipulation sémantique se livrerait-on?
Les mots ont un sens, ne l'oublions jamais. Quand on commence à déformer la langue et à tirer le sens clair vers des directions confuses et amalgamantes, c'est qu'on poursuit un but - inavouable. Un but de confusion, de chaos et d'amalgame. Le but de l'antisémitisme n'est pas de lutter contre les pulsions haineuses de nature antijuive. Il va de soi que toute forme de violence à l'encontre d'un juif est méprisable, non parce qu'il s'agit d'un juif, mais parce qu'il s'agit d'un religieux. Il convient de protéger les religions et les religieux.
Alors rappelons brièvement en quoi l'antisémitisme est sémantiquement un terme pervers et dévoyé, qui en dit long sur la perversion et le dévoiement de la mentalité qui meut l'insigne majorité des Occidentaux. Vous protestez? Eh bien, voyez la perversion occidentaliste à la lumière de la perversion sémantique du terme antisémitisme - qui permet d'agiter l'épouvantail de l'antiantisémitisme, plus stupide encore que l'antiracisme primaire, dont on voit l'aboutissement avec la consternante affaire française de l'antiraciste compulsif Dray.
1) les Sémites ne sont pas les juifs.
2) Le judaïsme renvoie à une religion, quand le sémitisme renvoie à une origine géographique, au départ autour de la Mésopotamie.
3) Les Israéliens contemporains ne sont pas majoritairement des Sémites, plutôt des communautés occidentales converties durant le premier millénaire chrétien à une religion sémite, le judaïsme - au contraire des Arabes, qui sont des Sémites, même s'ils n'en sont qu'une partie.
4) L'annexion du sémitisme par le judaïsme est la conséquence du sionisme, qui est une idéologie, pas une religion.
5) L'amalgame est double : le religieux est amalgamé au tribalisme géographique et le religieux est amalgamé à l'idéologie.
Le point capital de cet amalgame sémantique et historique grossier, c'est l'identification abusive et fallacieuse d'une religion avec une tribu. Dans une tribune engagée, le propagandiste atlanto-sioniste BHL a expliqué que la critique des religions était illimitée, alors que la critique des peuples était interdite. Notre pécheur impénitent désignait par peuple, terme polysémique, l'origine géographique - nullement l'identité religieuse. Derrière le raisonnement pervers et fou d'un intelectuaillon français dont les écrits partent en lambeaux avant leur rédaction, heureuse justice immanente, un romanquêteur qui ne dure que par la grâce de ses soutiens logistiques et financiers, la caractéristique majeure de ce discours désaxé et incohérent est d'amalgamer la religion et la géographie. La religion disparaît derrière la géographie.
L'amalgame peuple/religion implique que l'on décide de faire d'Israël un peuple et de muter l'histoire religieuse du judaïsme en histoire géographique et tribaliste. L'antisémitisme implique que l'on ait décidé, dans les rangs du bailleur de fond du sionisme, l'Empire britannique, d'encourager la mutation idéologique du religieux. En quoi? Dans la mentalité immanentiste, le religieux classique n'a plus de valeur. Il est dépassé. Par l'idéologie. L'idéologie est adaptée au traitement nihiliste de l'idée, qui passe d'un statut absolu et suprême, comme c'est encore le cas chez Platon, à un statut purement pragmatique et fini, comme c'est le cas chez les idéologues, au sens littéral d'abord, puis au sens courant et figuré, avec notamment le libéralisme et le marxisme en figures de proue.
Les experts d'aujourd'hui incarnent le stade terminal de l'idéologie, où l'idée a tellement dégénéré que le sensible ne sert plus le réel, mais où le réel équivaut au sensible. Dans cette mentalité, l'idée est exclusivement au service du politique, ce qu'annonçait déjà Marx, et le statut sensible de l'idée inféode l'idéation (les processus réflexifs) aux émotions, soit à des formes primaires de vie, qui débouchent de surcroît sur l'irrationalisme, soit l'idée que la raison est au service des émotions.
Pourquoi cette mutation du religieux en idéologie? Pourquoi aussi le choix du sionisme pour incarner cette mutation du judaïsme? Dès le départ, le judaïsme occupe un statut bien à part dans l'histoire religieuse. Il n'est pas question de dénier au judaïsme sa légitimité religieuse ni d'encourager des persécutions stupides à son encontre. A l'encontre de certaines réactions violentes, la noblesse de la laïcité, ce qui ne légitime en rien son fond de mouvement immanentiste, consiste à instaurer des lois de tolérance qui protègent les juifs comme n'importe quelles communautés religieuses minoritaires des persécutions et des vengeances.
Sans verser dans l'antijudaïsme primaire, ainsi qu'un Nietzsche, qui consiste à accuser le judaïsme de péchés de religiosité ou de monothéisme, commençons par constater. Comprendre. Le judaïsme n'est pas une forme de religieux classique. Dans l'histoire du transcendantalisme, le judaïsme occupe une place si particulière que l'on ne parvient pas à reconstituer la genèse de son avènement. Qui étaient les juifs? Le récit biblique littéral ne tient pas la route. Les juifs ne sont pas ce peuple esclavagisé et déporté en Égypte par les Égyptiens. Par ailleurs, les recherches archéologiques les plus récentes accréditent la thèse de populations bien plus restreintes que les grandioses descriptions données du peuple hébreu, sous Moïse ou Salomon, pour ne donner que deux exemples.
Qui était Moïse? Vraie question. Quant à Salomon, il ne serait qu'un roitelet à l'influence locale assez contestée et mineure. Nous voilà bien loin des munificences d'un grand Roi des rois au rayonnement éclatant. Il en va de même pour le judaïsme. La grandeur du judaïsme est incontestable si l'on étudie la qualité des textes des diasporas antiques. Mais cette grandeur n'a acquis son rayonnement actuel que par le truchement de l'histoire ultérieure du monothéisme, en particulier des christianismes. N'excluons pas l'Islam du champ de l'influence.
La grande caractéristique du judaïsme est d'être une religion de l'entre-deux. Pas de ne pas être une religion, mais d'être une religion de la transition et d'une certaine ambigüité. Ce n'est pas que le judaïsme vaut religieusement moins qu'une autre religion, une religion plus stable ou plus établie, moins persécutée et mieux définie, c'est que ses formes sont typiquement celles de la transition transcendantaliste. C'est aussi la raison pour laquelle le judaïsme frappe autant les esprits, tant il est certain que son impact sur les mentalités dépasse de loin son rayonnement culturel effectif.
1) Entre-deux entre le polythéisme et le monothéisme.
2) Entre-deux entre le tribalisme et l'universalisme.
L'histoire du transcendantalisme est vue par le petit bout de la lorgnette, le prisme déformateur du monothéisme, qui exprime la phase finale du transcendantalisme. On a beaucoup sous-estimé et déprécié le polythéisme, en oubliant de préciser que l'immense majorité de l'histoire transcendantaliste a été polythéiste et que le polythéisme occupe la part la plus solide et stable du transcendantalisme. Le judaïsme n'est plus vraiment un polythéisme, sans être encore tout à fait un monothéisme. Dans son histoire sacrée, cette évolution se traduit par l'emploi (notamment) d'Elohim (les Nuées) qui cède peu à peu le pas à Yahvé (le Dieu des juifs).
Le monothéisme véritable suppose le passage du tribalisme à l'universalisme. De nos jours, cet universalisme est incarné par les deux grands monothéismes universalistes, l'Islam et le christianisme. L'historien israélien Sand nous informe que durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, le judaïsme procédait lui aussi à des conversions de type universaliste., l'instar du concurrent chrétien, qui d'ailleurs se différenciait mal du judaïsme (les premiers chrétiens se présentaient parfois comme des juifs). Le judaïsme a-t-il ambitionné de se commuer définitivement en monothéisme sous la pression du succès du christianisme naissant?
En tout cas, soit sa mutation a échoué du fait du succès du christianisme, soit le christianisme incarne l'universalisation réussie et achevée du judaïsme, ainsi qu'il se présente d'ailleurs explicitement (poursuivant cette évolution, l'Islam se présente quant à lui comme le couronnement définitif du judaïsme et du christianisme, quelque chose comme l'achèvement du monothéisme). La régression du judaïsme au stade de l'intermédiaire perpétuel, de la religion de l'entre-deux, entre monothéisme et polythéisme, universalisme et tribalisme, fait du judaïsme une religion pour le moins ambigüe. Propice à toutes les récupérations et les manipulations identitaires. C'est ainsi que l'on a pu gloser sur l'élitisme de cette religion qui ne retient qu'un seul Dieu et qui le réserve cependant pour un seul peuple (au grand dam de la mentalité polythéiste).
Allons plus loin : historiquement, ainsi que Sand le démontre de façon irréfutable, la filiation des juifs avec les Hébreux de la Bible est fausse. C'est dire que l'élitisme du judaïsme s'appuie sur un mensonge identitaire, qui est le mensonge religieux par excellence, et qui consiste à se présenter sous les traits conjoints de l'identité impossible (identité de l'entre-deux) et de l'identité fausse (filiation spirituelle controuvée). C'est sans doute la raison pour laquelle le judaïsme a été retenu pour incarner la nouvelle identité immanentiste, qui découle directement de l'idéologie sioniste et de l'incarnation ad hoc de l'Etat d'Israël en tant que projet de coloniser le reél par le désir d'Hyperréel.
Evidemment, toute intention antijuive ou judéophobe est déplacée, puisque la pratique religieuse du judaïsme n'est pas en cause tant qu'elle se montre modérée. Mais il est plus que temps de distinguer le judaïsme du sionisme, le religieux de l'idéologie. Il est urgent de discuter de l'identité juive sans accepter les attaques anticritiques et intolérantes utilisant le cheval de Troie de l'antisémitisme. Antisémitisme : il est temps de rendre ce terme caduc. L'antisémitisme charrie autant de mensonges que de malentendus. Il ne possède aucune réalité. Quand on parle de racisme à l'encontre des Arabes, qui sont des Sémites indiscutables, eux, que n'use-t-on pas de ce terme réducteur et amalgamant?
Puisque l'on évoque l'islamophobie plus que latente depuis la guerre contre le terrorisme et le mensonger 911, que l'on oublie la confusion de l'antisémitisme et que l'on emploie en lieu te place le terme rigoureux de judéophobie, ainsi que le fait par exemple un propagandiste notoire du sionisme, le fort alambiqué Taguieff. On peut aussi évoquer l'antijudaïsme, qui serait un synonyme de judéophobie. On utiliserait ainsi un terme qui désigne l'acception religieuse, la seule définition cohérente du judaïsme, et qui cesserait les malentendus et les mensonges implicites. Bien entendu, le judaïsme ne possède qu'une place mineure dans le monothéisme, une place fort passionnante, qui ne vaut qu'en lumière des monothéismes universalistes ultérieurs. Pas de judaïsme sans christianisme ni Islam.
Si le terme d'antisémitisme a pris une place aussi importante, ce n'est pas parce que le drame abject et ignoble de la Shoah a eu lieu. Si c'était le cas, les autres génocides seraient promus à l'unisson et l'on ne pourrait guère évoquer le problème des Arméniens et de la Turquie européenne sans provoquer des tollés médiatiques et des manifestations monstres dans les rues des capitales occidentales. C'est faire montre d'une grande naïveté sur la bonté humaine, spécialement dans les affaires politiques et le règlement des conflits internationaux. Au lieu de quoi l'exclusivité du syndrome estampillé Shoah et de son dérivé la damnation de l'antisémitisme indique la disporprotion et la véritable intention du remue-ménage frisant parfois l'hystérie mensongère.
Au lieu d'estimer que la publicité disproportionnée faite à l'antisémitisme n'est plausible que parce que les sionistes dominent le monde, et derrière les sionistes les juifs, en tout cas certaines familles, des dynasties par exemple de financiers et de banquiers, examinons l'histoire récente. Nous découvrons que ce sont des impérialistes occidentaux, des Français et surtout des Britanniques, qui ont orchestré la monté du sionisme et qui sont les pères fondateurs de l'Etat d'Israël. Pas des juifs. Les premiers sionistes sont des chrétiens issus d'hérésies protestantes. Vous protestez? La manipulation patente de l'antisémitisme émane ainsi moins des cercles putatifs du judaïsme que des maîtres des juifs : les impérialistes occidentaux.
Les antiantisémites sont les bras armés doctrinaires des occidentalistes. Les juifs sont instrumentalisés par les impérialistes d'Occident qui se sont servis de certaines élites juives pour mettre en place leur politique de domination et empêcher les critiques. Comment critiquer une victime sans être bourreau? C'est la rengaine complaisante que l'on entend derrière les couplets de l'antisémitisme et les complaintes des antiantisémites qui sont des censeurs propagandistes et idéologiques.
De la même manière que les populations occidentales sont les marionnettes de leurs factions oligarchiques occidentalistes, les populations juives sont les marionnettes des factions oligarchiques sionistes qui leur donnent une publicité indécrottable et détestable en croyant tirer la couverture à eux et sortir les marrons du feu. Encore convient-il de préciser que les factions oligarchiques juives sont les marionnettes des factions occidentalistes et que dans ce jeu de dupes les plus visibles sont les moins influents : les factions juives sont des valets des oligarques véritables.
Dans ce jeu de dupes toujours, les factions juives croient monter en grade et en influence, à l'image de certains sionistes de l'époque américaine triomphale comme le grotesque Maurice Greenberg ou son ami le dévoyé Henry Kissinger. Un peu de sérieux. Quelles ont été les premières victimes de la terrible crise financière qui s'est abattue sur les États-Unis depuis l'affaire des subprimes? Les financiers sionistes en premier lieu. Avec en symbole médiatique l'ancienne star des traders, l'ironique saint Bernard Madoff. Le phénomène du bouc émissaire risque de se reproduire à cause de l'instrumentalisation du judaïsme par le sionisme, à cause du statut ambigu de l'identité religieuse juive et à cause du mensonge contenu dans le sens d'antisémitisme. Les populations juives sont instrumentalisées en premier lieu par ceux qui se prennent pour leurs élites, leurs hérauts et leurs réussites.
C'est toujours ainsi que les trahisons se passent : ce sont les proches qui vous dégomment. Demandez à César ou à Sankara. S'il va de soi que les juifs dans leur immense majorité ne sont pas responsables de l'instrumentalisation idéologique qui est faite de leur religion et de leur identité, ils sont responsables en ce qu'ils se taisent et qu'ils adoptent la politique de l'autruche. Proches en cela des Occidentaux, dont ils sont les frères, les familiers et les apparentés, ils se conduisent comme des moutons de Panurge, sans se rendre compte que le berger est un guide aussi pervers qu'irresponsable. Il indique à ses brebis ébaubies la direction de l'eau, non parce que leur mort sert son plan sardonique, mais parce que sa barque prend l'eau de toutes parts - irrémédiablement. Diablement.

lundi 7 septembre 2009

No comment

Vous voulez démasquer l'imposture de la philosophie. Écoutez les Nouveaux chemins de la connaissance sur France Culture. Avec ces tristes réactionnaires masqués en progressistes, tout est nouveau. L'émission de commentaire philosophique animée par le sirupeux professeur de philosophie Raphaël Enthoven et sa légion de Normaliennes plus brillantes les unes que les autres a changé de case horaire durant l'été et prend de la consistance : vous voulez dire, du narcissisme ampoulé, à l'image de son animateur, qui ne se rend plus compte que ses inflexions chics et snobinardes le confondent de ridicule taiseux. Enthoven Jr. est un germanopratin aussi vide que maniéré, un commentateur de philosophie qui ne vaut rien, strictement rien.
Sa réussite académique et scolaire illustre la faillite de l'académisme et de l'élitisme : on forme des répétiteurs savants, des perroquets fous, qui n'apportent rien de nouveau et qui à force de rabâcher l'air des autres finissent en roquets faux et en fauves pervers. Il serait temps de comprendre que l'amalgame de la philosophie et de l'histoire de la philosophie permet à de purs répétiteurs de passer pour des créateurs. La création de type immanentiste est laissée aux experts ou aux commentateurs, selon qui seule l'évocation ultra précise du donné passé ressortit de la pensée et de la création.
Créer n'est pas imiter. Nos clinquants académistes ont d'autant plus de difficulté à intégrer cette idée pourtant simple qu'ils sont perclus d'arrogance du fait de leur réussite scolaire. Leur égo boursoufflé, surdimensionné, peine à admettre qu'il sont des savants certes, mais que leur savoir ne leur délivre en aucun cas le visa de la création, de la différence, de l'originalité, de l'innovation, du changement. Autant il importe de respecter le savoir qui se donne comme tel, autant il est capital en cette période d'effondrement systémique de saisir l'imposture immanentiste qui consiste à amalgamer la création et l'imitation.
Comme il est facile de fabriquer un perroquet savant et qu'il est encore impossible de créer un créateur, nos immanentistes saisis de bouffées de démesure entendent personnifier la création au sous-nom de leur académisme pompier et pompeux. Heureuse justice immanente ou cru rappel des faits, simple piqure de rappel peut-être, l'académisme créatif accouche du médiocre et du clinquant. Les savants jouant le jeu de la création sont des pédants et des snobs qui évoquent irrésistiblement le comique du clan Verdurin.
Chez Proust, le snobisme vient de la rencontre du sentiment de supériorité avec l'erreur la plus obvie. D'où vient cette erreur? Les Verdurin croient que les valeurs de leur clan sont supérieures - justement. Mais l'illusion de supériorité repose sur l'académisme forcené, la répétition viscérale, l'imitation délurée. Parmi les mille passages indiquant avec un humour féroce et satirique ce lien entre le snobisme et l'académisme, soit l'erreur fondamentale d'une époque folle, je pense aux interventions du professeur Cottard, qui se croit supérieur parce qu'il débite un savoir médical reconnu - de son temps.
Quand Cottard transpose ce savoir à d'autres disciplines, en particulier à la création artistique, il sombre dans les outrances du snobisme et de l'illusion replète. Le lecteur rit de ce personnage ridicule, qui se croit d'autant plus au-dessus qu'il est dans les choux. Idem avec les Normaliens de NCC (abréviation classe et lasse, comme cette manie de l'abréviation qui saisit cette génération de propagandistes immanentistes versés dans le commentaire et la cabale fort peu ésotérique).
L'ambition de ces jeunes (mauvaises) gens est de prouver qu'ils sont les meilleurs. Tout simplement. Comme ils sont mauvais, alliage de l'excellence mimétique et de la nullité créatrice, nos étalons-plombs font dans les tics du toc : prouver qu'ils innovent par les méthodes les plus éculées qui soient. Chaque semaine des NCC est consacrée à un thème ou un auteur, qui donnent lieu à des commentaires érudits en compagnie d'invités excellant dans leur savoir particulier - qui se prennent le plus souvent pour des créateurs.
La semaine du lundi 31 août au vendredi 4 septembre est consacrée aux philosophies d'ailleurs en partenariat avec le magazine de philosophie branché Philosophie magazine et sous le patronage du ponte de ce type de philosophie qui consiste à commenter sans rien inventer - Roger-Paul Droit.
Que le monde des Normaliens est petit! Normal qu'Enthoven ne travaille qu'avec des Normaliens et n'invite que des Normaliens, tous agrégés de philosophie et repus de titres scintillants - ou presque. Ce n'est pas tout : Roger-Paul Droit, lui-même Normalien et agrégé de philosophie, collabore aux thèmes philosophiques du magazine ultralibéral Le Point, là où œuvrait le grand propagandiste atlantiste Revel. On y retrouve le père de Raphaël, l'éditeur classieux et commercial Jean-Paul, ami de BHL.
Comme par enchantement, BHL intervient en fin de numéro pour nous gratifier de numéros nullissimes et décalés, où il se prend pour Mauriac, alors qu'il n'a toujours pas compris que ses titres - Normalien et agrégé - ne lui confèrent en rien des facultés de création, au demeurant chez lui totalement absentes. Pour ce qui est de Philosophie magazine, dirigé par un certain Alexandre Lacroix (apparenté au philosophe personnaliste Jean Lacroix?), Raphaël Enthoven en est un conseiller et y livre chaque mois une chronique affligeante de goût convenu. Pour donner dans l'original, Enthoven abonde en jeux de mots sans se rendre compte qu'ils sont les maux de sa vacuité de pensée et de style.
Si tu n'as pas de style, lâche ton stylet! Enthoven Jr. abonde en opus flasques à la mesure de ses déficiences qualitatives. Si l'on veut se donner la peine de juger, que l'on parcourt son traité de philosophie dernier, une récupération systématique de ses chroniques éparpillées. Le marigot de la philosophie parisianiste, circonscrite en son cercle intime à Saint-Germain des Pets, croit sans doute que le maître-mot de la différence, c'est la répétition. Créer, c'est imiter.
Rien d'étonnant dès lors à ce que cette mentalité perverse accouche d'une méthode hilarante et incohérente, selon laquelle le neuf est l'ancien. C'est ainsi que R.P. Droit, comme un iota d'Ionie, clôture cette semaine par une intervention remarquable : on n'y apprend rien. Le brillant ici consiste à abonder en références savantes et en doctes considérations puisées à la meilleure source de l'érudition. Droit (dans ses bottes) reprend le à la mode Nietzsche pour expliquer que l'affirmation inconditionnelle exprime la différence entre la philosophie et la sagesse.
La spécificité de la philosophie serait de dire oui à la vie, quand la sagesse se contenterait d'accepter la vie avec ses oui et ses non. Droit oppose les vies de Diogène le vivifiant à un saint mortifère du non (dont j'ai oublié jusqu'au nom). Droit comme Iéna se rend-il compte qu'il dit vague par ses courants d'air philosophiques? D'abord, toujours affirmer est impossible. Rester toujours impassible ne l'est pas moins. Pour ce faire, il faut intégrer une mentalité dans laquelle le néant existe. Si le néant existe positivement, alors effectivement l'Éternel Retour est une mentalité qui se conçoit : quoi que tragique, le sensible demeure le seul réel et mérite d'être entièrement acquiescé.
Accessoirement, l'on finit fou, mais c'est un pis-aller dans ce monde joyeux, chaotique et si imprévisible. Parler pour ne rien dire, méthode de cette clique de Normaliens convenus et stéréotypés, dont l'excellence virtuose cache à grand peine la supercherie : rien de nouveau, sous le soleil - que du commentaire. No sun, no comment. Quand on est dans l'hétéronome, le commentaire, OK. En philosophie, le commentaire autonome, KO. C'est ainsi qu'à la suite de l'intervention vide de Droit, nous avons affaire à la grande innovation éditoriale des NCC 2009/2010 : la chronique finale d'une Normalienne agrégée de philosophie qui va nous présenter un livre. Du resucé et du pompé, quoi.
On a l'habitude. Pourtant, l'annonce vaut le déplacement. Après avoir fait la promo classique de Philosophie magazine, partenaire naturel et excellent (dixit Jr.) de l'émission affiliée du sieur Enthoven Jr., notre Adèle normalienne nous explique que le numéro consacré à quitter l'Occident pour découvrir l'ailleurs est construit sans aucune référence à un penseur occidental (Adèle propose poseur en place de penseur). Pour preuve de ce numéro d'équilibriste admirable, Adèle ose un exemple : afin de rendre accessible les philosophies d'ailleurs à nos cerveaux d'Occidentaux, comme si les Occidentaux n'étaient pas des hommes de la même race que ces penseurs de l'ailleurs, Adèle nous emmène chez les Inuits.
Afin de mieux comprendre la philosophie inuit, Philosophie magazine a interrogé l'anthropologue français Jean Mallaurie, un grand ponte français de l'académisme exotique, éditeur de Lévi-Strauss et auteur à succès. Je manque de tomber de mon siège tellement je m'esclaffe. Voilà une vertu de ces historiens de la philosophie : leur bêtise est fondante de naïveté. Pour comprendre la philosophie inuit, c'est inouï, on convoque un traducteur, interprète et commentateur français!!!
Outre cet ethnocentrisme travesti en culte de la pensée de l'ailleurs, Adèle s'attèle à nous détailler en quoi consiste la philosophie inuit... Roulement de tambour : "La Nature est chargée d'énergie, dans laquelle il s'agit de puiser pour établir une harmonie fusionnelle". Que c'est neuf! Que c'est renversant! Le but des philosophes inuits est de se trouver englobé dans cette nature, comme l'animal ou la pierre. Révolutionnaire! Ma compréhension du monde s'en trouve bouleversifiée! Je pèse mes mots d'émotion. Conclusion tout à fait logique d'Adèle la rationnelle : on peut donc bien parler de philosophie inuit, à condition de comprendre qu'il s'agit d'une philosophie de la constatation et non de l'argumentation.
N'importe quoi. On va arrêter là le massacre réflexif. Adèle, tes cachetons. Pas des ecstas, des tranquillisants. Cette fumeuse philosophie que voilà s'apparente à des conceptions religieuses de type animistes. A moins de vouloir tout récupérer sous l'étendard décati de la philosophie, qui à force de s'épuiser à faire sens reprend les anciens sens pour les intégrer aux nouveaux faux sens, on nage dans la mauvaise interprétation et la confusion patente. Sens interdit. La technique du commentaire permet de tout commenter et d'opérer des distinctions fallacieuses entre les donnés datés. Une fois le postulat sur le caractère philosophique des Inuits entériné, ne reste plus qu'à différencier les philosophies de la constatation des philosophies de l'argumentation et à s'extasier sur le caractère révolutionnaire de cette constatation, en oubliant que l'on désigne le vieux polythéisme comme un ouvrage dernier cri.
Bref, une fois de plus, une fois de trop, on a fait du neuf avec de l'ancien. Par ailleurs, l'expression de "philosophies de l'ailleurs" est à rapprocher de la valeur que Rosset, l'immanentiste terminal, confère à ce terme. Enthoven Jr. est un disciple fervent de Rosset. Selon Rosset, l'ailleurs est le synonyme de la duplication fantomatique. Selon cette grille de lecture, les philosophie de l'ailleurs désignent l'application de l'illusion : les philosophies de l'ailleurs sont illusoires! Sous couvert d'étudier par ouverture d'esprit les différences déniées injustement, on sous-entendrait grossièrement que seul ce qui est occidental est philosophique.
Non seulement c'est une mentalité emplie de préjugés, mais en plus c'est vraiment du recyclage. Pensez-vous que j'exagère? Eh bien, rendons-nous à l'émission consacrée à la philosophie africaine. Vous allez prendre conscience de l'ampleur des préjugés qui animent sous couvert d'ailleurs les cervelles trop conformistes de la bande à Enthoven Jr. Nous avons eu droit à un examen des pensées hébraïques, tibétaines et indiennes. Cette fois, on ne parle plus de pensées africaines, mais de philosophie. Au départ, ça fait mieux, mais vous allez vite comprendre le piège.
On invite deux commentateurs de philosophie, qui se sont distingués par des commentaires sur des commentateurs. Pigé? Piégé? Le but est de dresser le tableau de l'histoire de la philosophie africaine. Au lieu d'aborder les sagesses africaines, ou les pensées religieuses africaines, on se limitera à l'étude de ce que les commentateurs africains sous-pensent de la philosophie occidentale. Le tout sous couvert de critiquer le discours de Sarkozy à Dakar, déjà attaqué par l'étendard ultralibéral antiraciste de gauche BHL comme quintessence du racisme. Hegel est ébranlé, mais seulement pour ses envolées racistes, qui seraient la référence philosophique derrière le discours de Sarko/Guaino.
Autant vous le dire de suite : la méthode consistant à critiquer l'occidentalisme passé pour le remplacer pour un occidentaliste du jour est de l'impérialisme néocolonialiste. Au lieu de nous bassiner avec l'histoire de la philosophie africaine contemporaine, puis l'adaptation des philosophes occidentaux à la décolonisation africaine, pourquoi avoir invité un spécialiste de Cheikh Anta Diop, le théoricien (contesté) de l'afrocentricité comme reconquête de l'histoire africaine et de l'Egypte antique, pour nous parler de commentateurs mineurs et de néo-hégélianisme proto-africain?
Le plus stupéfiant dans ce néocolonialisme déguisé en antiracisme avant-gardiste (à la sauce Dray?), c'est de constater la liste des sujets de discussion abordés au cours de cet entretien, qui se veut une copie fidèle de l'art de la conversation légué par le Grand Siècle et la haute culture française. J'ai dressé le relevé. Que l'on juge :
1) citation de Sartre autour de la négritude, de l'imaginaire et de la décolonisation.
2) De l'usage de Hegel retourné contre le racisme occidental, en particulier de son concept de négation.
3) Un certain commentateur camerounais Towa, dont la stature est mineure au sein des commentateurs, ce qui en dit long sur son statut philosophique, sera utilisé pour aborder l'usage que l'on peut faire de Hegel en Afrique.
Pourtant, Towa a fermement critiqué l'amalgame grossier entre vision du monde et philosophie, amalgame auquel se livrent sans ciller les commentateurs partisans des NCC.
En outre, on aborde brièvement les maîtres de Towa, Goldmann, Ricoeur et Marcuse, trois Occidentaux.
4) On passe à partir de Hegel à la critique du discours de Dakar de Sarkozy.
Faux débat autour de Merleau-Ponty et d'éventuels préjugés colonialistes dans certains de ses écrits.
5) Bergson.
6) On se demande quand même si Sartre n'était pas un peu ambivalent en matière de préjugés colonialistes et impérialistes (tu m'étonnes!).
7) Pour finir, Enthoven Jr. annonce la fin de l'émission sans avoir évoqué à aucun moment la philosophie africaine. Petit exploit de désinformation, il aura abordé l'histoire de la philosophie occidentale par le prisme de l'histoire de la philosophie africaine contemporaine, en laissant entendre :
a) que cette histoire de la philosophie africaine est si moribonde qu'elle copie servilement l'histoire de la philosophie occidentale;
b) qu'il n'existe pas de philosophie africaine, seulement une histoire fragile de la philosophie africaine;
c) que les critiques contre la mentalité impérialiste occidentale n'obèrent en rien la supériorité de l'Occident en matière de philosophie (qui est la plus haute activité humaine il va sans dire).
Quand on a compris que la mentalité des clones-clowns identiques au sinistre Enthoven Jr. consistait à rédupliquer l'antiracisme raciste de leurs devanciers, en particulier celui des Nouveaux philosophes emmenés par (ex) beau-papa BHL, on comprend comment on peut charrier un néocolonialisme, un néo-racisme et un néo-occidentalisme qui se présentent comme des oppositions ultra tolérantes et ultra critiques au colonialisme, au racisme et à l'occidentalisme dans la mesure où elles ne changent rien du tout.
Toujours la tactique du neuf avec l'ancien. Il serait temps de se demander si l'élitisme extrémiste qu'affiche Enthoven Jr. dans le choix de ses invités ou dans son amalgame grossier entre philosophie et pensée religieuse, surtout quand la pensée religieuse est primitive ou polythéiste, ne ressortit pas tout simplement de l'intolérance la plus évidente, de l'occidentalisme, de l'impérialisme ou d'un sentiment diffus de supériorité qui tiendrait autant à ses titres universitaires, comme d'autres exhibent leurs titres de noblesse, qu'à ses origines de sioniste proto-spinoziste et ultra-nanti sis aux abords du Boulevard Saint-Germain.
Le plus simple sera de citer le commentaire Wikipédia concernant le commentateur camerounais Towa lui-même : "Marcien Towa, philosophe camerounais né vers 1935 a pourfendu les thèses de Léopold Sédar Senghor sur la négritude qu'il assimile au néo-colonialisme. Dans « L'essai sur la problématique philosophique de l'Afrique » (1971), il dénonce l'éthnophilosophie qui assimile la philosophie à n'importe quelle vison du monde. Mais dans « L'idée d'une philosophie africaine » (1979), après avoir critiqué la pensée mythique, domaine de l'opinion reçue, il tente en s'appuyant sur les exemples empruntés à l'Egypte et aux contes de l'Afrique noire, de montrer qu'il y a une véritable tradition philosophique africaine."
A-t-on abordé ce sujet autrement plus intéressant que l'histoire de la philosophie africaine, qui aurait permis de citer des penseurs autrement plus pertinents que Hegel ou Sartre sur l'Afrique? Que nenni, on s'est contenté de commencer l'émission en prétendant sortir l'Afrique de la naturalité et du colonialisme pour au final mieux l'y enfoncer. Je m'étonne que des commentateurs de philosophie africaine aient accepté de se laisser manipuler de la sorte et de n'aborder l'Afrique qu'à la condition expresse de n'en pas parler en propre, seulement du côté du prisme déformateur et colonialiste de l'Occident.
C'est un scandale, qu'on vous dit! Comprenez-vous enfin pourquoi les NCC abordent la philosophie africaine - et pas la pensée africaine? Si vous voulez conforter l'idée selon laquelle Enthoven Jr. propage une propagande d'occidentaliste impérialiste et colonialiste, alors venez-en à l'émission consacrée à la pensée juive. Cette fois, il n'est plus question de philosophie juive. Quand on aborde le judaïsme, on redevient miraculeusement rigoureux - et dénué de mauvaise foi. Serrait-ce qu'Enthoven Jr. vienne d'un milieu sioniste irréfutable et qu'il a invité un rabbin du même tonneau?
On va tout de suite comprendre à quel type de commentateurs nous avons affaire, en particulier Enthoven Jr., qui est tout sauf objectif et qui ajoute à la médiocrité la partialité la plus veule. Le rabbin commence par définir la pensée juive comme le lieu de l'hétéronomie, soit la pensée humaine comme commentaire de la parole divine. Soit. Il s'agit ni plus ni moins d'une approche théologique, qui n'a rien de spécifique au judaïsme, contrairement à ce que le rabbin et Enthoven cherchent à faire entendre.
La définition de l'interprétation juive consiste à adapter la parole divine à ses contemporains. C'est exactement le travail de n'importe quel théologien par rapport à l'immuabilité de la parole divine. La tâche du commentateur nous ramène aux historiens de la philosophie. Qu'un théologie soit commentateur de la parole divine se comprend : la parole divine est inépuisable et infinie. Mais qu'un commentateur de philosophie commente indique qu'il épuise la parole humaine.
Enthoven Jr. appartient à la caste élitiste et narcissique des destructeurs de la pensée, qui ne pensent pas et qui font mine de penser en dépensant les pensées - des autres. Enthoven Jr. est passé du statut de commentateur juif à celui de commentateur philosophique. Il a fait pire que ne pas évoluer : il a régressé, bien en dessous d'un Derrida ou d'autres herméneutes, devenus commentateurs sans doute parce qu'ils étaient marqués par le judaïsme et qu'ils entendaient faire de la philosophie un gigantesque terrain de commentaire reconverti en domaine de la pensée.
Je ne sais pas si l'on se rend bien compte, mais en se dépensant à commenter sous prétexte de penser, ces gens ont détruit la pensée. Pas la pensée humaine, mais la pensée philosophique, siège de la mauvaise foi et du mensonge retentissant depuis cinquante ans au moins. Enthoven Jr. fait pire que détruire : il explique pourquoi il se range dans la catégorie des rebelles du sionisme. Dieu reconnaîtra les seins. N'a-t-il pas épousé Spinoza - plus qu'une Carla B. ou n'importe quelle actrice d'obédience sioniste? Spinoza est ce juif chassé de sa communauté pour blasphème.
Spinoza a le front de demander si Spinoza ne serait pas plus juif que les juifs qui l'ont excommunié au motif qu'il ferait avant tout du commentaire. Ah bon? Faire du commentaire, c'est être juif? Le rabbin a quand même le bon goût de rétorquer qu'il ne suffit pas de commenter pour être juif. Encorde faut-il reconnaître que l'origine de la parole juive est divine et qu'elle n'est pas interprétable. L'hyperrationnalisme interprétatif de Spinoza en fait certainement un herméneute, mais d'un type particulier : un immanentiste qui interprète tout et qui de ce fait est le lointain ancêtre d'un Derrida. Saisi par la folie du commentaire, notre malsain déconstructeur (qui détruit le toc et ne reconstruit point) en est venu petit à petit à tout commenter, surtout les marges, dans un style abscons et jargonnant de surcroît.
Enfin, le lien entre l'idéologie sioniste et le judaïsme est abordé. Ce qui frappe au cours de cette analyse, c'est qu'à aucun moment, le bien-fondé du sionisme et/ou d'Israël ne sera remis en question ou discuté. On postule qu'Israël est forcément un État bon et inaliénable. Le sionisme est forcément une idéologie positive. C'est ça, le commentaire? On critique tout, sauf les idéologies et les peuples? Enthoven Jr. fait mine de poser une question philosophique concernant le lien entre la loi juive et la loi démocratique israélienne, mais chacun a compris son parti-pris idéologique extrémiste. Il se montre fervent supporter d'Israël et du sionisme à la mode spinozo-rebelle. Loin de se calmer, il dérape vigoureusement en évoquant les juifs extrémistes et minoritaires qui seraient proches de la théocratie iranienne.
Du pur BHL chez le fils du meilleur ami de. Une paille ma caille. Peccadille de racaille. Coïncidence sans faille. Évanescence du rail. Il va sans dire que l'Iran est de facto une théocratie extrémiste et mauvaise, quand Israël serait de jure un État pas comme les autres, où le mélange entre théocratie et démocratie serait possible. Un État extraordinaire et hors normes. Bigre! La mauvaise foi est palpable dans cette fausse distinction, ce règne du deux poids, deux mesures, cette argutie permanente, et l'on comprend que l'examen de la pensée juive aura donné lieu au soutien inconditionnel au sionisme et à Israël sous prétexte d'interrogations pseudo-philosophiques sur la compatibilité entre théocratie et démocratie, entre loi divine et loi humaine, etc. La mauvaise foi est palpable dans des distinctions foireuses pas comme les autres. Retenez la justification irréfutable : Israël n'est pas comme les autres, donc il est excusé dans ses crimes, ses illégalités et son terrorisme.
Cet irrationalisme est la marque de fabrique de la propagande, qui s'appuie sur l'inexplicable. Nous y sommes. Pas comme les autres. Inexpliqué. Pendant qu'Enthoven Jr. cite pour finir Jankélévitch sur le juif, la différence et l'antisémitisme, nous laisserons la nullité abyssale du propos à l'entière responsabilité de ses auteurs propagandistes. Selon cette citation, le juif est inattaquable. Il découle soit de la construction de l'antisémitisme, soit de l'expression de la différence. Dans les deux cas, il sort du lot et il échappe à toute possibilité de critique. Inattaquable, qu'on vous dit. Du pur antiantisémitisme, du pur antiracisme, le tout sur fond d'intolérance, d'élitisme, d'inégalitarisme et de racisme larvés.
Bingo! banco! Nous comprenons que la supériorité élitiste, ethnocentriste, impérialiste et sioniste qui émanait du ton d'Enthoven Jr. lors de cette émission repose sur l'idée qu'il appartient à la caste de ceux qui échappent à la critique. Enthoven Jr. peut tout se permettre. Inexplicable, il est l'incarnation de l'homme supérieur. Qu'il dérape avec Carla B., la morale n'existe pas. Spinoza et Nietzsche. Qu'il dérape avec ses commentaires lamentables, en écrivant ses compilations de sornettes potaches, Enthoven Jr. sera toujours un supérieur. Ce sentiment de supériorité, qui n'est pas l'apanage du sionisme, mais qui indique que le sionisme est le rejeton de l'occidentalisme, sous-tend que la mentalité de ces élitistes flirte dangereusement avec le racisme. Le raciste se croit supérieur du fait de son appartenance à une race supérieure.
L'élitiste se croit supérieur de fait de son appartenance à une élite - supérieure. Élite intellectuelle, sociale et idéologique chez Enthoven Jr. C'est ainsi qu'il s'autorise toutes les cochonneries intellectuelles en citant Clément Rosset comme parole d'Évangile (évangile immanentiste peut-être!); en proposant la pensée juive comme pensée d'ailleurs, alors que le judaïsme est intime à la culture occidentale et française; en propageant les pires préjugés sur les cultures africaines réduites à la philosophie africaine.
Heureusement que je connais quelque peu le judaïsme - et certains juifs. Si je m'en tenais à la discussion entre Enthoven Jr. et le rabbin, je croirais que le juif est un être qui se croit différent, supérieur, incontestable (si on le conteste, on est antisémite), narcissique et incapable de comprendre le monde (ce qui est un comble pour un autoproclamé philosophe).
La seule idée que je comprends au sortir de cette discussion stérile et mensongère, c'est que l'amalgame ambigu mais net entre le sionisme et le judaïsme par le rabbin et Enthoven Jr. leur permet de conforter et d'exprimer la mutation du religieux en idéologie. Il va de soi que ces deux juifs sionistes ne représentent ni le sionisme, ni surtout le judaïsme. Il va de soi que nos deux commentateurs n'arriveraient pas à l'orteil de Maïmonide, ce qui est apaisant pour le judaïsme et pour l'homme. Mais cette mutation vers l'idéologie, ici exprimée par le destin de certains juifs ayant autorité, indique le dessein de l'immanentisme. Détruire les religions et faire en sorte qu'elles s'adaptent au nihilisme.
Chose faite avec le projet sioniste, qui est un projet idéologique patent et qui a le mérite de transformer une religion de l'entre-deux (entre polythéisme et monothéisme; tribalisme et universalisme) en idéologie de plus en plus raciste, violente, destructrice, prédatrice, colonisatrice et impérialiste à mesure qu'elle fait injure au réel. Ce n'est pas le judaïsme qui est nauséabond. C'est sa version idéologique extrémiste et élitiste. Ce n'est pas l'Occident qui sent le poison. C'est sa version occidentaliste, dont l'atlantisme est à cette heure l'expression la plus avariée et fidèle.

dimanche 6 septembre 2009

Gare aux guères des guerres branchées

Il est malheureusement prévisible que la crise systémique actuelle débouche sur la guerre. On sait très bien que les périodes de crise sont liées aux grandes ères de guerre. Par ailleurs, l'époque présente d'oligarchie mondialisée appelle une guerre de nature financière, c'est-à-dire incitée par les grands groupes industriels et bancaires de la mondialisation, qui ont intérêt à susciter le conflit pour accroître leurs profits déjà monstrueux et assoir leur mainmise sur l'économie mondiale. Parler de guerre à venir constitue déjà une provocation et un manque de discernement. L'impérialisme occidentaliste a déjà déclenché des guerres pour sauver son emprise déclinante sur le monde. C'est la stratégie explicite énoncée notamment par la cabale du PNAC à la fin des années 1990, en lien avec des projets plus généraux et atlantistes comme le New Citizenship Project et des fondations-paravents de l'oligarchie financière atlantiste.
Je pense surtout aux guerres dramatiques et inexcusables du Caucase et de l'Irak. Les guerres sont principalement des manœuvres de déstabilisation, de harcèlement, que l'on pourrait plus adéquatement regrouper sous le terme de guerres asymétriques. Certes, des dizaines de milliers de soldats occidentaux sont mobilisés dans les conflits afghans et irakiens pour asservir ces pays (et accessoirement les piller à merci), mais le principe des guerres impérialistes au profit de l'Occident revient à semer la pomme de discorde, le chaos, fidèle en cela à la stratégie de l'Empire britannique, qui n'est guère originale, mais qui reprend le principe impérialiste : le plus facile en matière de guerre revient encore à diviser pour régner.
C'est moins coûteux que de maintenir une force d'occupation dans un pays conquis et en voie de soulèvement. Nous retombons sur la pensée maléfique et diabolique qui a conduit au paroxysme du 911 et qui porte en son sein la démarche terroriste manipulée néocoloniale. Le terreau du terrorisme n'est pas tant la révolte ultra violente et chaotique des dominés contre les dominants, que l'instrumentalisation de ce rapport de classes asymétrique, pour reprendre un vocable marxiste, à des fins impérialistes, postcolonialistes et oligarchiques.
Le terrorisme est l'acmé et l'arme la plus efficace de la guerre asymétrique. On utilise des groupuscules terroristes, comme par exemple les hordes islamistes terroristes dont la plus célèbre et la plus mensongère est cette hydre invisible et magique d'al Quaeda, pour mener à bien cette guerre asymétrique et éviter au maximum le déploiement onéreux et ruineux d'armées classiques. Dans tous les cas, on se garde de s'en remettre à la puissance militaire pure, fût-elle à son avantage de manière dissymétrique et évidente.
Il est certain que l'impérialisme occidentaliste dispose d'une force de frappe sans commune mesure avec celle de ses ennemis putatifs, comme les pauvres Irakiens ou les paumés Afghans, mais cet impérialisme perd en moyens belliqueux à mesure que son effondrement progresse. Le recours à la guerre asymétrique et à la stratégie perverse du chaos permet de prolonger la domination sans moyens conventionnels de domination - comme c'est le cas de toute stratégie militaire classique.
Quand on a compris que la guerre asymétrique était le principe général et directeur/directif de l'impérialisme en voie de décomposition, comme c'est le cas actuellement, et comme la nébuleuse al Quaeda nous en donne une illustration aussi poussée que décalée (donc cocasse), il reste à s'interroger sur la menace principale qui attend l'Occident une fois que l'on a compris que sa politique impérialiste était quoi qu'il advienne condamnée - con et damnée, donc. Le principal danger est un soulèvement violent, au demeurant justifié en tant que soulèvement, contre cet impérialisme injustifiable et criminel.
On parle bien entendu fort peu dans nos terres démocratico-libérales, où la liberté d'expression serait la règle, mais : les méthodes impérialistes utilisées par l'Occident sont non seulement fort meurtrières, mais encore en totale contradiction avec les principes démocratiques édictés par l'Occident lui-même (les fameuses Conventions issus des immortels Principes Universaux et autres Droits de l'Homme). L'usage d'armes non conventionnelles à uranium appauvri en Irak et dans d'autres régions laisse présager de haines millénaires et de désirs de vengeances pour de nombreux siècles. Que se passera-t-il quand l'Occident n'aura plus les moyens de son impérialisme belliqueux?
C'est le lynchage des populations occidentales qui est le spectre le plus à craindre. Dans cette optique, la vengeance n'est jamais bonne conseillère, mais demeure le seul moyen de sortir d'une situation d'impérialisme de plus en plus viciée et extrémiste. L'extrémisme est la réponse à l'extrémisme. La destruction révolutionnaire est la réponse à la destruction impérialiste. Au départ, la contestation commence par émaner d'esprits modérés et enclins au compromis. C'est en empirant que la contestation connaît une efficience tragique et terriblement sanguinaire. Cette efficacité de l'extrémisme dans les processus anti-impérialistes et révolutionnaires implique que la violence soit utile au changement politique de fond et au changement des mentalités.
Il est peu probable que l'on fasse l'économie (c'est le cas de le dire) de ce type de violence et d'extrémisme. L'Occident ne baissera pas la tête et n'a plus intérêt à se rendre ou à reconnaitre sa défaite. Il est allé trop loin dans l'abjection et la domination pour pouvoir revenir en arrière et accepter sa défaite. Ces formes d'insurrections violentes et vengeresses, aveugles et extrémistes, ne sont pas impossibles à prévoir.
Elles prendraient grosso modo la forme de soulèvements violents du Sud contre le Nord. Schématiquement, l'impérialisme a conduit l'Occident, soit le Nord-Ouest de la Terre, à coloniser les pays du Sud. La fin de cet impérialisme implique le soulèvement des colonisés, des impéralisés et des dominés. Il serait idéal que ce soit par des moyens pacifiques et rationnels que le renversement se produise. Il suffit de se balader quelques instants en Afrique pour sentir la colère croissante des populations martyrisées par l'esclavage et le colonialisme occidentaux.
Occidentaux occis, n'attendez aucun discernement des peuples du Sud, alors qu'ils appartiennent à la même espèce que vous et qu'ils suivent les mêmes types de réactions psychologiques et nerveuses. En l'occurrence, la colère, la violence et ce genre d'actions peu rationnelles et peu modérées. Vous n'avez pas fait mieux, puisque vous avez asservi le Sud pendant quatre cents ans et que la seule réponse à votre impérialisme déclinant a conduit à l'accroissement désespéré de la violence impérialiste, soit à la guerre, au terrorisme et à ce type d'actions débiles.
Dans le cadre de guerres entre le Sud et le Nord, les premiers à payer seraient les élites oligarchiques transversales : les élites autochtones du Sud qui collaborent et appliquent localement les projets de l'oligarchie mondialiste; et les élites du Nord, qui sont les centres terminaux du système impérialiste et les cerveaux du système oligarchique exploitant avec cynisme et déraison les richesse du monde. Dans ce renversement forcément violent, comme tout type de renversement, il s'agit de rappeler que les victimes collatérales, pour rendre une expression hypocrite et abjecte usitée en Occident pour cacher la violence sous des travers de justice scientiste, seront forcément les populations d'Occident, dont la culpabilité est d'ordre indirect, latent, souvent motivée par la mollesse, la paresse et la détresse.

jeudi 3 septembre 2009

Le péril oligarchique

Pour ceux qui ne comprennent pas les récentes annonces à propos de la dislocation des États-Unis, des prédictions économiques qui s'appuient sur des faits irréfutables, comme celle qui suit :
http://www.alterinfo.net/Effondrement-des-USA-dans-2-mois_a36228.html
pour ceux qui veulent cependant comprendre, que l'on saisisse bien les attentes qui se tapissent derrière des appellations contrôlées, brevetées et longtemps déniées comme le Nouvel Ordre Mondial. Il ne s'agit pas d'opérer une destruction totale, une néantisation absolue et définitive qui retentirait comme un cataclysme. L'effondrement de l'Occident est le résultat d'un long processus d'impérialisme, selon lequel l'impérialisme est le cycle qui finit inévitablement par s'autodétruire après avoir détruit. Les gens se moquent des prévisions de type apocalyptique en haussant les épaules : la fin du monde, bonnes gens, ce n'est pas pour maintenant!
S'il est impossible de prévoir la disparition de l'homme, ne serait-ce que parce qu'elle est inconcevable pour l'homme, ou parce que l'homme se figure en éternel dinosaure, il est tout à fait possible de comprendre que l'apocalypse du Nouvel Ordre Mondial ne désigne pas la disparition subite, voire instantanée de l'homme. Pour le dire en deux mots, il ne s'agit pas de se réveiller un mardi matin, tout va très bien Madame la Marquise, avant de constater effaré et hébété que le lendemain, il n'est plus rien - sauf soi-même l'observateur miraculé et suspect.
On ne passera pas du quelque chose au rien en une fraction de seconde. Ce n'est pas instantanément que s'opèrera la destruction du système - d'autant que le système qui s'écroule est unique. Par contre, il est ahurissant de constater que les populations occidentalistes légitiment les mesures destructrices qui les détruisent, comme les taxes pseudo-écologiques ou les mesures de réduction draconiennes des services de santé. Cette réaction résignée résulte d'une incompréhension radicale du processus de destruction qu'on projette sur d'autres phénomènes (naturels et inhumains) alors qu'il émane avant tout de soi (l'Occidental).
Pour se rassurer, on définit la destruction comme instantanée et l'on en déduit que si les choses roulent tant bien que mal sur quelques ans, c'est la preuve qu'aucune destruction n'est possible - en tout cas effective. Cette conception du réel révèle un nihilisme acharné, palpable dans l'immanentisme moderne, selon lequel la différence n'existe pas - elle est remplacée par le néant. Ce refus du changement se manifeste notamment dans la conception du Libéralisme Éternel, alors que l'histoire du libéralisme remonte au mieux à la Renaissance - pas avant.
Quand on comprend que le phénomène de destruction ne peut être que progressif, sauf dans les cas de cataclysmes naturels ou ultraviolents (genre bombe atomique), on cerne mieux quel type de destruction nous sommes en train de connaître. En gros, nous sommes passés de sociétés qui vivaient sous un régime démocratique mitigé à des sociétés purement immanentistes.
En politique, l'application ontologique du nihilisme renvoie à l'oligarchie. Dans les temps qui ont suivi les Lumières et les Révolutions d'Occident, les sociétés qui se sont mises en place ont suivi un développement typiquement immanentiste, avec une forte touche de démocratie et de républicanisme. Il s'agissait bel et bien de régimes impérialistes et coloniaux, mais à l'intérieur de ces régimes coexistait la tentative d'accorder la prééminence à l'amélioration des conditions d'existence.
Précision d'importance : dans une mentalité immanentiste comme celle qui se met en place à partir des Lumières, la prédominance des valeurs est accordée au sensible, à ce que Nietzsche appelait les apparences. Cette conception dénote un républicanisme de type immanentiste. Le facteur oligarchique est l'ingrédient principal de ce républicanisme ambivalent : en effet, de même que la démocratie athénienne fonctionnait sur l'intégration des esclaves et des métèques à la société des hommes libres, de même les démocraties libérales occidentales n'ont pu s'agrandir qu'en développant le système colonialiste et impérialiste.
On glose souvent sur les vertus de la société de marché, qui serait indissociable de la démocratie. Outre que cette compréhension est obtuse et fausse, elle fait fi de l'évidence historique : la prééminence de l'oligarchie dans la tambouille libérale. Au moment où l'oligarchie est en train de triompher purement et simplement, où moment où les facteurs qui encadraient l'oligarchie sont en train de disparaître des sociétés démocratiques libérales d'Occident, il est temps de rappeler que cette sacrosainte liberté (chérie) ne s'est jamais développée qu'en Occident. La démocratie à l'intérieur des terres occidentales n'a été compatible qu'avec la prédation oligarchique à l'extérieur, notamment sur les terres asservies à l'impérialisme occidentaliste.
Cette dimension de la démocratie libérale la rend de fait plus oligarchique que républicaine. Par ailleurs, les affirmations optimistes sur l'extension de la démocratie libérale, son progrès et sa facultés à gagner l'ensemble de l'humanité, sans seulement demeurer circonscrite à une partie de l'Occident, ressortissent désormais des techniques de propagande les plus évidentes. L'on appris qu'un Revel en France, grand propagateur de ce type d'arguties, était un agent stipendié des cerces atlantistes les plus virulents (ultralibéralisme et mondialisation au prévu programme).
Si l'on ressitue ce processus de l'immanentisme, on comprend que l'avènement du NOM, qui est présenté comme un espoir incommensurable pour l'humanité, signifie en fait que le processus immanentiste est entré dans sa phase terminale de destruction effective. Il ne s'agit pas de querelles de chiffres ou de partisaneries puériles. Il est irréfutable que la crise économico-financière actuelle est insoluble et que toutes les annonces de reprise sont des Arlésiennes aux lendemains amers.
Dès lors, vers quel type de société se dirige-t-on? Vers des sociétés oligarchiques. C'est-à-dire des sociétés inégalitaires où une petite minorité dirigera politiquement et possèdera économiquement l'insigne part des richesses, tandis que la majorité asservie, manipulée et croulera sous le poids de la pauvreté et de la souffrance. Si l'on pense que j'exagère, que l'on tourne son regard principalement vers deux types de sociétés :
1) les sociétés africaines;
2) la société chinoise.
Dans les sociétés postcoloniales africaines, le colonialisme économique ayant succédé au colonialisme politique prédomine. Dans la société chinoise, l'alliance du capitalisme le plus sauvage avec le dirigisme d'État montre vers quel type de société se dirigent les sociétés postlibérales, une fois que l'on a compris que le libéralisme est mort - symboliquement en 2009, soit vingt ans après la chute du Mur de Berlin.
La société chinoise condense idéalement le libéralisme et le communisme, soit les deux versants idéologiques de l'immanentisme tardif et dégénéré, Adam Groucho Smith et Marx, étant entendu que l'entreprise de mutation ontologique, notamment personnifiée par la folie Nietzsche, a échoué irrémédiablement dans les délires politiques les plus controuvés. La liberté libérale additionnée au dirigisme d'État communiste permet d'ôter du communisme l'idée d'intérêt général de l'État et du libéralisme l'individualisme forcené.
L'intérêt général est remplacé par le profit oligarchique de quelques familles. C'est en quoi le modèle chinois fascine les adeptes du NOM : il leur montre que politiquement et historiquement, l'adaptation des sociétés collectivistes communistes à l'idéal oligarchique est compatible. Au final, si l'on veut comprendre vers quel type de société se dirige l'Occident, une fois qu'on a mesuré que l'effondrement systémique menait à une diminution drastique du niveau de vie occidental et à une indexation du niveau de vie des populations occidentales au niveau de vie des populations victimes de l'oligarchie occidentale, soit le reste du monde, il faut au préalable rappeler que l'Occident a connu les prémisses de l'expérience de la baisse du niveau de vie après le choc pétrolier du début des années 70.
La sortie des États-Unis des accords de Bretton Woods en 1973, sous la houlette de George Shultz, qui se matérialise par la dématérialisation du dollar, soit la fin de l'indexation du dollar (monnaie de référence internationale) à l'étalon-or, marque le début de la fin des Trente glorieuses, soit de la fin de la prospérité libérale pour les sociétés qui profitent du système oligarchique. Ces sociétés connaissent un premier effondrement qui se caractérise par la baisse irréfutable du niveau de vie, depuis les années 70 jusqu'à maintenant.
Sans entrer dans les détails qui noient le poisson, c'est-à-dire qui divertissent de l'essentiel, il convient de noter que le système immanentiste en crise est un système au fonctionnement matériel. Il est normal et prévisible que ce soit les indices de la prospérité matérielle qui retranscrivent cette crise. Maintenant, l'effondrement systémique occidentalistes induit que les sociétés privilégiées connaissent le même destin funeste que les sociétés victimes. Au final, c'est à l'Afrique que l'on revient coûte que coûte.
Que l'on soit persuadé que c'est en Afrique que se situe le destin du réveil humain, de la prospérité et de la grandeur de l'avenir - ou que l'on défende les intérêts mondialistes et oligarchiques qui enserrent de leur gangue mortifère l'évolution humaine, bloquée inextricablement au stade pervers et injuste de la mondialisation nihiliste; dans les deux cas opposés, on en revient à l'Afrique. L'étude des sociétés africaines contemporaines donne le meilleur aperçu de ce que serait l'Occident si le projet du NOM parvenait à ses fins.
NOM : Nouvelle Oligarchie Mondiale, dans laquelle s'opposeraient deux castes schématiques : la caste des dominateurs, ultra minoritaires et ultra dominateurs; la caste des dominés, ultra majoritaires et ultra manipulés. Cette simplification extrême et radicale du système des castes de type hindou prétend se référer à l'expérience atavique des sociétés et de leur fonctionnement politique. L'argument-massue pour légitimer l'inégalitarisme oligarchique est des plus faciles : ce qui a fonctionné fonctionnera.
La mentalité oligarchique considère que les régimes républicains sont l'exception, spécifiquement les régimes démocrates, et que l'essentiel de l'histoire humaine fonctionne sous modèle impérialiste. Les oligarques sont persuadés que le régime oligarchique est la règle commune et que le régime républicain est l'exception - à bannir.
Le grand modèle de ces individus reste l'Empire romain, en tant que Rome est le symbole de la puissance occidentaliste. Seul petit hic ad hoc : les partisans de l'oligarchie moderne, qui prend le nom de NOM ou d'ultralibéralisme (néolibéralisme pour la variante), ont simplifié le système des castes hindoues sans se rendre compte de la fausseté de leur équilibre. Pour revenir en arrière, soit du monothéisme vers le polythéisme, mission impossible!
La seule possibilité pour sortir de l'ornière immanentiste, soit du nihilisme moderne, est de trouver un mode de succession au transcendantalisme. Dans la spécificité du processus immanentiste, la destruction mène à l'élimination progressive et définitive des différences immanentistes. C'est ainsi que les multiples immanentismes issus des Lumières (et avant de l'humanisme) se sont réduits comme peau de chagrin jusqu'à n'être plus que deux au stade de l'immanentisme tardif et dégénéré (dix-neuvième siècle environ).
Relisez la peau de chagrin : à la fin de l'histoire, quand la peau se contracte jusqu'à se dissoudre, le héros meurt. Au stade du dualisme, le collectivisme s'oppose au libéralisme - le progressisme au pragmatisme. Pour que l'immanentisme perdure ou se révèle viable, il aurait fallu que l'immanentisme soit capable de progrès. Quand on en arrive au stade tardif et dégénéré de l'immanentisme, il est déjà trop tard.
Le prophète Nieztsche, qui est bien un dionysiaque par sa folie exacerbée et maléfique, avait cerné le problème en proposant en lieu et place du progrès dans ce réel-là, de type sensible, une mutation de ce sensible vers l'Hyperréel, enfin compatible avec la mort de Dieu et les aspirations de l'homme à remplacer efficacement Dieu. Quand l'alternative progressiste s'effondre en premier, ce qui était prévisible, puisqu'elle impliquait la réussite du changement impossible, l'immanentisme atteint son stade terminal en plein triomphe.
Il pérore qu'il est arrivé à la fin de l'histoire - c'est le cas de le dire : son agonie se présente comme l'incarnation de la réussite la plus sublime. Que dirait-on si un cancéreux de phase terminale vous expliquait que jamais il ne s'est senti aussi bien et qu'il est parti pour une seconde jeunesse? C'est ce qui se produit avec l'immanentisme terminal, qui est désormais connecté sur le mode unique/agonique avec une fierté grandiloquente et cocasse.
C'est ainsi que nous subissons jusqu'à satiété des discours alambiqués et propagandistes sur le triomphe du libéralisme, sur la fin de l'histoire, ce qui revient à sous-entendre que le libéralisme a dépassé l'hégélianisme et qu'il constitue le triomphe de la raison. On peut tout aussi bien ajouter les gloses extatiques sur les mutations du libéralisme en néolibéralisme ou ultralibéralisme, le remplacement du réel par le désir (l'annonce fantasmatique de la reprise de la crise se fonde sur ce mode). Ce qu'il faut comprendre, c'est que le processus de globalisation qu'on nomme mondialisation est l'expression nominale et explicite de cette unicisation réductrice et destructrice.
Dans tous les cas, l'unicité de l'immanentisme terminal de type pragmatique coïncide avec son triomphalisme moribond. Nous en sommes à un stade où l'effondrement de l'immanent est imminent et où les sociétés occidentales favorisées par la conjonction de l'oligarchie et de la démocratie libérale vont connaître le même sort que les sociétés dominées et colonisées par leur impérialisme. Les populations occidentales n'ont plus conscience de ce qui se produit. Elles vivent dans une hébétude qui s'apparente à de l'inconséquence et qui évoque tristement les émerveillements de l'enfant gâté face au jouet qu'il vient de casser et que ses parents vont lui remplacer - d'office.
L'Américain LaRouche a résumé de manière pertinente et peut-être un peu polémique, voire outrée, cet état de faits dans une récente déclaration :
http://www.solidariteetprogres.org/article5761.html
Les populations occidentales accepteront-elles le sort des populations qu'elles ont opprimées par le passé par leur colonialisme et leur impérialisme - la domination outrageante que leur conférait leur supériorité technique et scientifique? Le seul espoir réside dans le fait que la transposition historique d'un état de fait passé vers un état futur est rigoureusement impossible. Outre l'évolution de l'Inde antique à l'Occident d'aujourd'hui, cette conception empreinte d'un racisme occidentaliste, qu'un Hegel a exprimée dans ses écrits sur les pérégrinations de la Raison dans l'histoire, omet de considérer un fait capital : les régimes oligarchiques et impérialistes détruisent férocement.
Quand ils sont adossés à des religions solides, ils tiennent un certain temps, comme c'est le cas de l'Empire romain ou de l'empire perse. Il arrive que les régimes oligarchiques se succèdent sur fond de religion identique, comme c'est presque le cas avec l'hindouisme. Tant que les régimes politiques sont pluriels, l'effondrement d'un régime n'entraîne pas la chute des autres régimes, soit la chute de l'homme. Alors qu'avec l'unicisation baptisée mondialisation, l'effondrement du régime oligarchique unique pose crument et directement le problème de la survie de l'espèce humaine.
Pas le spectre du cataclysme en une heure, ce qui serait envisageable avec une comète ou une catastrophe naturelle. Pas non plus une attaque nucléaire intentée par un dictateur maboul, comme on nous en serina le danger improbable avec feu Saddam Hussein, un ancien agent des Occidentaux dans sa région, sans doute un satrape violent et brutal, mais guère plus dangereux qu'un potentat local et mégalomane, longtemps soutenu par ses mentors impérialistes, puis soudain lâché par eux pour les mêmes raisons inavouables.
Toutes les menaces de ce type, en particulier la menace écologique, sont instrumentalisées par les oligarques à des fins malthusiennes. La vraie menace pour l'homme est la cause de l'eugénisme : non pas les périls écologique, nucléaire ou cataclysmique, mais le vrai péril - oligarchique. Disparition progressive et non brutale. Disparition non consciente. Les oligarques n'ont pas conscience qu'ils mènent l'humanité vers la destruction. Ils veulent réduire la population mondiale et surfer sur la vague de la décroissance et de la mauvaise conscience écologique pour expliquer que les hommes sont trop nombreux.
Le nihilisme est religion du déni - l'immanentisme moderne ne fait pas exception. Quand on est nihiliste, on n'en a pas conscience explicite - ou alors de manière minoritaire et totalement individualiste. Encore se montre-t-on inconséquent, à l'instar d'un Cioran ou, de manière plus cocasse et inquiétante, de son complice le psychanalyste amateur de jeunes adolescentes asiatiques Roland Jaccard.
Si vous rêvez d'un projet oligarchique qui passe par l'effondrement du niveau de vie imminent et inéluctable, la refonte des États-nations modernes en fédérations d'inspiration oligarchique, enfin la disparition humaine sur fond de désespoir et d'enfermement mental, d'absence de sens et de technologies délirantes (d'autant plus que l'homme se sera enfermé sur sa terre), poursuivez dans ce sens. Il est certain que vous parviendrez à vos fins - nihilistes. Si vous attendez au contraire que l'homme poursuive son aventure, qui s'est toujours caractérisée par la conquête et par l'évolution vers la domination de son environnement, visez l'espace.
Autant le nihilisme et l'oligarchisme enferment l'homme sur Terre, dans le projet bloqué et borné de la mondialisation finale et finaliste, autant le véritable amour de l'homme, qui ne passe par par le retour à l'humanisme, mais par l'avènement de nouvelles formes religieuses, appelle l'espace. Seul l'espace sauvera l'espèce. Quant à l'oligarchie, elle détruirait l'espèce pour des espèces : sans valeur et sans teneur.