mardi 9 février 2010

La théorie du complotisme

«La justice des hommes est toujours une forme de pouvoir.»
Chamfort.

Entre le refus du complot comme structure sociale courante et le complotisme exacerbé comme explication réductrice des phénomènes, il doit y avoir un entre-deux plus raisonnable. Simple : les complots existent en grand nombre, en particulier dans les aléas du pouvoir. On accepterait à la rigueur l'existence des complots à condition qu'ils soient marginaux et qu'ils ne conditionnent pas le pouvoir. Pourquoi? Les complots existent. La théorie du complot est fausse. Ne pas plus suivre la théorie du complot que la théorie du complotisme. Taguieff ne vaut pas mieux que l'illuminé de la foire complotiste. Le refus du complot travesti en complotisme étriqué tout comme le complotisme simpliste et translucide, le complotisme tout-explicatif, sont deux phénomènes complémentaires qui révèlent le manque abyssal d'une époque qui a assassiné Dieu. Tout expliquer par le complot, c'est reconnaître qu'on ne peut tout expliquer par l'homme. L'explication globale par le complot est insuffisante - délirante. Refuser la critique des complots sous le prétexte de la critique exacerbée du complotisme, c'est verser dans l'irrationalisme. Dans les deux cas, l'irrationalisme est paranoïaque; la paranoïa est irrationnelle (sous ses atours hyperrationnels). Si l'on en arrive à ces dérives d'hyperrationalisme irrationnel, c'est que l'on a versé dans le délire du désir - dans le mode explicatif de l'Hyperréel, selon lequel le désir humain est complet. La partie est devenue le tout. Comme le désir ne remplace pas le réel - prendre ses désirs pour des réalités -, il en vient à produire des refus du réel qui sombrent explicitement dans l'irrationalisme - implicitement dans des délires interprétatifs du réel qui sont des désirs de toute-puissance emplis de puérilité et de déni (refus d'accepter que la toute-puissance est l'ennemi du désir).

Internez Gutenberg

Je tombe sur une bribe d'émission télévisée concernant les dangers d'Internet concernant la sacro-sainte vie privée de mentalité individualiste et libérale. Il va falloir songer à rapprocher la nocivité des émissions télévisées des émissions à effet de serre. La télévision est-elle un péril ontologique comme on parle de péril écologique? Il est drôle d'entendre des journalistes du format dépassé, Gutenberg ou néo-Gutenberg, s'ériger en juges moralisants et autonomes de l'enfant turbulent Internet, investis du pouvoir de responsabilité, comme des parents qui fiers de leurs prérogatives émettraient leurs avis éclairés sur l'éducation de leur progéniture turbulente.
Les médias traditionnels et officiels se trouvent si dépassés par la révolution Internet qu'ils n'arrivent plus qu'à poser en moralisateurs raseurs. Ils se donnent l'impression de supériorité comme si leur antériorité signifiait leur précellence mondaine. En réalité, ils se montrent cyniques. Sinistres? Le ton qu'emploient d'ordinaire les médias Gutenberg pour qualifier Internet est révélateur de leur jalousie camouflée en sérénité. Quand ils abordent la question de leur successeur inavouable, les Gutenberg manifestent un tel refus de la mort qu'ils en viennent presque toujours à mettre en garde contre les dangers d'Internet, les manipulations, les récupérations, les exactions.
Souvent on nous ressasse la pédophilie, comme si la Toile était un réseau investi presque exclusivement par les maniaques et les pervers fantasmatiques. On dénonce le complotisme d'Internet pour critiquer la qualité de l'information qui circule sur Internet. L'information Internet serait moins libérée que dénaturée, viciée, mensongère. Il est vrai qu'en se fiant aux informations Gutenberg, la high quality est au rendez-vous. Le mimétisme pur serait-il l'expression de la qualité? Une fois de plus, notre émission revient sur l'absence de sécurité attachée à l'identité. Internet serait juridiquement incontrôlable. L'usager Internet se mettrait en danger chaque fois qu'il accord sa confiance naïve à Internet en délivrant des informations personnelles.
Gutenberg désinforme-t-il? Le prétexte sécuritaire est idéal pour autoriser une reprise en main autoritariste d'Internet. La censure veille. Après avoir contrôlé Gutenberg jusqu'à propager des informations présentées comme fiables, voilà maintenant qu'elle enrage de la révolution Internet et qu'elle envisage d'y mettre son grain de sel. La fiabilité équivaut à la censure baptisée contrôle? Ce qui ne se laisse pas contrôler serait-il inférieur? Après le coup du jugement moraliste, l'émission donne dans le tic de la paranoïa exacerbée. C'est d'un profond comique si l'on s'avise que les médias Gutenberg ressassent le subterfuge éternel de la critique du complotisme sur Internet. C'est-à-dire que Gutenberg dénonce la paranoïa Internet avec paranoïa.
Projection classique, bien connue des psychologues. C'est surtout un combat perdu d'avance. Quoi que les médias Gutenberg tentent, ils ont perdu. Ils sont dépassés - par l'innovation qui contourne le contrôle classique. Ils ne rattraperont pas leur retard parce que leur retard est qualitatif. Ils sont en retard d'un lièvre - d'un format, d'un changement, d'une forme. Le tort tue. Ils ont raté le train, pas le wagon. Les Gutenberg sont des juges séniles et pervers. Ils projettent sur Internet ce qu'ils sont plutôt. Effectivement, l'absence de contrôle sécuritaire d'Internet révèle en creux l'obsession paranoïaque qui sévit dans les médias contrôlés de Gutenberg.
Effectivement, les clones Gutenberg sont si stéréotypés qu'ils ont sombré dans la sclérose débilitante. Au final, les jugements caricaturaux et à l'emporte-pièce de Gutenberg sur Internet sont drolatiques : il s'agit de dénoncer l'accroissement de liberté et le caractère libéré d'Internet. Éructer contre le format plus souple et maniable. Au nom des défauts, critiquez les qualités! Au nom de la réaction, critiquez le changement! Les critiques n'y pourront rien - critiquer : quels que soient ses défauts effectifs, la supériorité d'Internet lui a déjà fait emporter la partie. C'est parti. Parti pris. Paris pris? Internez le pépère Gutenberg!

samedi 6 février 2010

L'espace de Gaza

"Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai."

Tandis que l'Occident réalise son programme étymologique, tomber sans se relever, la télévision, la caisse de résonance de la mentalité oligarchique, relaye en toute candeur des débats artificiels, faméliques et controuvés. Les médias déconnectés du réel donnent la parole à des intervenants de l'ancien monde, pour ne pas dire de l'outre-tombe. C'est ainsi que l'on supporte des esprits brûlants de brillantine nous refaire le coup de l'antisémitisme récurrent à propos de l'affaire pourrie du moment : l'éclat du socialiste populiste Frêche, ultra-sioniste hilarant et caricatural.
A chaque fois que vous entendez un orateur seriner avec pompe et ostentation qu'il est contre l'antisémitisme, démasquez l'imposture du discours faisandé. La mentalité oligarchique occidentale est tellement imprégnée d'idéologie sioniste qu'elle en vient à soupçonner d'antisémitisme un ultra-sioniste! Tu parles d'un jeu malsain! Un jeu truqué? Les clowns manquent de clones? Les clones dans les clous? Ça pue la mort, ces ébats d'idées-ologies.
Au moment où la maison s'effondre, certains courtisans se demandent s'il faut réaménager le dernier étage, quand d'autres s'indignent du travail des plombiers. A part ça, madame la marquise - tout va très bien? A part ça... Que voulez-vous que je vous dise? Si vous analysez les vrais problèmes, la question du sionisme est moribonde - le sionisme est la vedette instrumentalisée par l'impérialisme financier britannique. Le sionisme fait mine de régner alors que c'est une marionnette, à la mesure de son premier ministre actuel, qui n'est pas seulement un extrémiste patenté, mais dont les accointances avec les milieux financiers indiquent qui dirige Israël.
Prêter à Israël un pouvoir hégémonique, c'est ne pas comprendre que les décisions sont prises dans les cabinets d'affaires en connexion avec les milieux financiers - dont l'épicentre se trouve à la City. Tel devrait être l'enjeu. Israël est un jeu. Israël a tiré sur la corde. Israël n'a pas stoppé son hypercolonialisme. Il s'est enferré dans une logique autodestructrice. Les crimes du colon hyperréel Israël sont inouïs et innombrables.
Plus Israël est au bord de l'abime, plus il accélère. Écoute, Israël? C'est inaudible. Fais la sourde oseille. Quand les Israéliens perdront leur protecteur, vers qui se tourneront-ils? OTAN, suspends ton vol! La France de Sarkozy s'est vautrée dans l'impérialisme cordial. L'administration Obama est le veau dur du ventre de l'impérialisme confédéré. On condamne l'antisémitisme. L'antisémitisme excite. L'antisémitisme existe. Pas contre les Israéliens, contre les Sémites authentiques. A commencer par les Palestiniens. A continuer par les Gazaouis. A terminer par les musulmans?
Toute forme d'islamophobie d'Occident est de l'antisémitisme? Les sionistes s'arrogent l'exclusivité du terme dans la mesure où ils le détournent, le pervertissent et le diabolisent. Pourquoi employer le terme d'islamophobie? Parce que l'Occident a lancé le terme de sa politique d'impérialisme contre les musulmans? Les musulmans ne sont pas sémites? La haine des Sémites recoupe l'islamophobie puisque les populations d'Occident confondent musulmans et Sémites.
Ne pas fondre juifs et Sémites. Les juifs ne sont pas Sémites. Les Sémites sont arabes. La plupart du temps. La confusion et l'amalgame détournent du détournement, des méthodes de pirates, des mots qui dupent les maux - instrumentaliser l'émotion. Oubliez les guerres, les vilenies et les les persécutions. Oubliez la désinformation, la propagande et la diversion. On ne va pas critiquer Israël toutes les cinq minutes; l'Égypte atlantiste; la trahison de la Palestine. Critiquer, c'est damner le changement.
C'est emmurer l'identité. C'est affamer les Gazaouis. Il faut proposer. Il faut créer. Il faut innover. La solution, tout le monde la connaît. La dissolution, c'est la résolution à deux États. On propose la paix fumeuse sur les ruines du racialisme, de l'impérialisme et du colonialisme de l'Hyperréel (également sobriqueté décolonisation). Un État laïque et multiconfessionnel : pour instaurer l'unité, rien de tel qu'un programme futuriste. Réhabilitez la Palestine. Sauvez les colons d'Israël. La seule issue est tournée vers l'espace.
Israël subsistait des espèces? Visez l'espace. Un pharaonique programme spatial : enfin de la justice! Enfin du respect! Enfin de la communauté! Enfin de l'identité! Dépassez les spectres du passé hypercolonial. A l'heure où les États du Pacifique et d'Afrique se tournent vers la prochaine destination de l'homme, vers l'harmonie du sens, vers la croissance bien comprise, dotez Gaza d'un centre spatial. Mieux que la paix : l'espace. Gaza, antre du futur. Cœur de l'avenir. C'est avec les prochaines armes que l'on construit.
Avec les bombes, on détruit. On assassine. On brûle. En mémoire des enfants martyrisés, imitez le Pacifique. Invitez l'Afrique. Irritez l'impérialisme. Le plus beau symbole : que les prochains colons soient de Gaza. Pas des colons terrestres. Des colons de l'espace. Vive le colonialisme spatial! Vive l'impérialisme spécial! Vive l'écologie spectrale! A bas la décroissance mondiale! Occidentaux, encore un effort : si vous voulez sauver vos ruines, sauvez Gaza. Les Occidentaux sont liés à Gaza. Ils sont responsables de Gaza.
Après avoir doté Israël de l'arme nucléaire, dorlotez Gaza de l'âme spatiale. Gaza est le centre de notre futur. Gaza est le cœur de l'Occident. Si Gaza s'ouvre à l'espace, Israël sera sauvé du zoo. La rédemption aura sonné. L'Occident pourra déployer ses républiques lavées de l'impérialisme meurtrier. Gaza était la victime emblématique? Le martyr famélique? Contre l'impérialisme monétariste, l'impérialisme spatial. Gaza vitrine des peuples de l'espace. Quand l'ancien monde suinte la division, Gaza unifie l'homme.

vendredi 5 février 2010

Afrique à venir

Dieu est du côté de l'Afrique. Pas du fric.

Tourne-toi vers l'Afrique - et vois le monde changer. La mode de l'Occident est finie. Occident : que l'Occis tombe n'est pas une nouvelle - la tombe de l'Occident était déjà creusée. La chute de l'Occident est inscrite dans son étymologie. La chute de l'Occident est programmatique. La chute de l'Occident est prophétique : l'impérialisme ne triomphera pas. Le colonialisme ne passera pas. L'esclavagisme ne gagnera pas.
Pourquoi se tourner vers l'Afrique quand les premières victimes de la mentalité impérialiste, oligarchique, esclavagiste et colonialiste sont les Africains eux-mêmes? L'Afrique s'est trouvée dévastée par quatre cents ans de politique destructrice, prévaricatrice et raciste qui l'ont épuisée, dévastée, rendu exsangue. Les premières victimes du colonialisme sont les colonisés. Les victimes sont les premières à reproduire le schéma chaotique qui mène vers l'abîme.
Les pédophiles sont souvent victimes de pédophilie. Itou avec les colons : ils sont les victimes ultimes et définitives du colonialisme. Les Africains contemporains n'échappent pas à la règle, qui ont tellement intégré la mentalité qui les détruit, la mentalité coloniale - qu'ils sont les premiers colons de leur colonisation. Les premiers esclavagistes de leur esclavagisme. Victime et bourreau, c'est un scandale qui vaut malédiction. Les Africains adorateurs du système qui les opprime! Les victimes sont les premiers bourreaux d'eux-mêmes?
Si l'on veut poursuivre dans le tableau noir, les victimes sont bourreaux et les bourreaux sont victimes. Les premiers colons sont les colonisés, mais les victimes les plus importantes sont les bourreaux eux-mêmes. C'est le maître esclave de son esclavage. Dans ce schéma, l'OCcident est damné faute d'avoir été condamné. La première victime d'un viol n'est pas tant la victime, dont la souffrance est indéniable, que le bourreau, dont le châtiment dépasse de loin l'opprobre compréhensible qu'il provoque.
Idem avec l'esclavagiste qui souffre encore plus du système esclavagiste qu'il met en place que l'esclave. C'est dire! L'esclavage est condamné par l'esclavage. L'esclavagiste est damné par l'esclavagisme. De ce point de vue, il n'est pire condamnation que l'absence de condamnation effective. Elle engendre la damnation. N'allez pas le dire à Dostoïevski ou à l'Empire romain. C'est ce qui attend l'Occident dont on dira plus tard qu'il fut l'espace d'un temps, le temps de la domination technique, un terrible maître, un impitoyable travesti en masque de la liberté et de la démocratie.
L'Occident tombera tôt ou tard. Bonne nouvelle : il s'effondre en ce moment. Finalement, les crises sont de formidables tremplins pour changer, croître, progresser. Au lieu de l'infâme décroissance aux relents impérialistes, la croissance vers l'espace pour sauver l'espèce des espèces frelatées. De ce point de vue, l'insoutenable est en train de se produire. La transition vers le changement de paradigme, la nouvelle ère de culture, le nouvel air du religieux, est assurée par l'Asie.
Pendant que l'Occident se chauffe la bile en essayant d'accroître sa domination dans la décroissance, l'Asie assure la transition. L'Asie est un pont. L'Asie est un tremplin. Demandez aux Indiens. C'est à la victime primordiale d'assurer le changement de paradigme et le nouvel enfant systémique. Le divin changement. Le devin enfant. Fin du système impérialiste occidental. Place au changement. Place à l'Afrique. Pas l'Afrique de maintenant. L'Afrique de demain. L'Afrique d'hier. Qui a oublié que l'Afrique était la source?
Qui a oublié l'Afrique d'avant? Qui a oublié les cultures foisonnantes? Les langues chargées d'humour? Les royaumes chantés d'amour? C'est au nom du passé que se construit le futur. L'Occident n'a jamais réussi qu'à instaurer une période de transition. L'Occident a rendu un fieffé service : sa domination sclérosée a conduit vers l'espace. Merci de tomber en fin de course.
Place au relais sans terme : place à l'Afrique. Place à demain. C'est logique : si les Africains ont supporté l'esclavage et la colonisation, c'est qu'ils peuvent tout endurer. Quand on survit à la destruction, on est solide. Quand on surmonte l'empoisonnement, on est trop fort. Quand on affronte la déchéance, on tient la roue. Les Africains nous indiquent ce à quoi aboutirait la décroissance : la déculturation, l'inégalitarisme, la paupérisation, la mort.
L'inoxydable Afrique n'explique pas assez le futur de l'Afrique à terre. Les vaincus d'un système sont les mieux armés pour apporter le changement - porter le nouveau paradigme. Nous sommes à la fin du système. Nous sommes à la fin du transcendantalisme. Nous sommes à la fin du monothéisme. Les ultimes victimes du système actuel sont les Africains. Quels que soient leurs torts, là n'est pas la question. La question est : à partir du moment où lles victimes terminales survivent au martyr en place, elles sont les pionniers de demain.
Les victimes sont des pionniers. Regardez les chrétiens : considérés comme des crétins, ils ont incarné le monothéisme. Ils ont occis les Romains. Les chrétiens étaient des pionniers : c'est pour cette raison qu'ils furent persécutés par le système impérialiste décadent et agonisant. C'est parce que la culture africaine porte en son sein luxuriant le changement systémique que les Africains sont les damnés du mondialisme.
C'est à ce genre de paradoxe que se mesure l'existence du divin : Dieu donne et Dieu reprend. Dieu est du côté des victimes. On le sait depuis le Christ. Mohamed était dans la grotte de l'exil. Dieu est du côté de l'incompris. Dieu est du côté du changement. Dieu est du côté de l'Afrique. Pas du fric. Dieu a donné à l'homme l'espace. Dieu triomphe du diable. Le changement triomphe de la sclérose. Changez. Pariez sur le perdant gagné d'avance. Misez sur l'Afrique. L'obole de la parabole. La rédemption de l'Occident est en Afrique.

jeudi 4 février 2010

Complosophisme

Ne laissons pas les sophistes occuper le terrain de la critique du complotisme. On peut ne pas être complotiste tout en se montrant résolument adversaire des sophistes. Les sophistes sont ce label délivré par Platon pour désigner les penseurs de son époque qui profitent de la crise du sens instillé par l'effondrement du polythéisme et qui prétendent développer des théories qui toutes se placent du côté du plus fort. Platon identifie le danger antirépublicain et oligarchique du nihilisme - représenté par un Gorgias.
En particulier, il montre que la pensée sophistique se développe à partir de fondements inconséquents, irrationnels et contradictoires. On ne peut justifier rationnellement de la loi du plus fort. Calliclès en est la caricature, Gorgias l'emblème. Aujourd'hui les sophistes sont revenus avec usure. Ils occupent d'autant plus la place-force de l'impérialisme occidental qu'ils profitent d'une crise du sens bien supérieure à la crise polythéiste. Nous vivons une époque d'effondrement de l'ensemble du transcendantalisme. Les sophistes ressurgissent pour imposer la forme moderne du nihilisme - l'immanentisme.
Dans le cadre du complotisme, il importe pour les experts-sophistes de défendre la démocratie et la liberté. C'est beau de défendre démocratie et liberté, mais il serait opportun de rappeler qu'en l'occurrence, nous affrontons une conception dévoyée de la démocratie et de la liberté, soit de la démocratie et de la liberté libérales. En deux ou trois mots, la démocratie et la liberté sont appréhendées comme un ensemble fini et stable. C'est dans le cadre de la défense conservatrice du pouvoir que la critique complotiste s'épanouit. Épanouissement plus que suspect si l'on s'avise que critique et pouvoir font forcément mauvais ménage.
Là n'est pas le pi(t)re. La critique du complotisme est sophistique en ce qu'elle se place du côté du pouvoir. Elle défend le droit des plus forts. Les arguments qu'elle déploie ne concernent jamais l'examen de la vérité, mais l'analyse des rapports de force. Qu'est-ce que le complotisme? Au départ, il s'agit de dénoncer une propension pathologique à expliquer le surgissement des événements humains par des complots. Il s'agit moins de remarquer que les complots existent que d'énoncer que les complots expliquent.
Selon cette conception, le complotisme est une erreur manifeste, qui débouche sur des interprétations bariolées et pittoresques (le complot des reptiliens pour prendre un exemple drolatique). Le glissement de sens amalgamant et pervers intervient quand on prétend nier l'existence de complots à l'intérieur des institutions. Le complotisme devient prétexte au déni de complots : on amalgame complots et complotisme. Cette démarche rhétorique s'apparente à un sophisme qui réhabilite le droit du plus fort sous couvert de critiquer le complotisme. Sous-entendu : toute insinuation de complot visant le pouvoir est fausse.
Le complotisme présente ainsi deux sens différents, voire ambivalents :
1) La critique des théories explicatives du réel à partir de fondements complotistes;
2) La critique des dénonciations de complots intervenant dans les strates du pouvoir.
Si la critique 1 est de bons sens, il apparaît qu'elle est utilisée de manière perverse et propagandiste pour détruire la critique 2. Est-il fondé de nier l'existence de complots à l'intérieur du pouvoir? Réponse de bon sens : il est œdipien de nier que des complots existent à l'intérieur du pouvoir. Cette prétention mensongère se révèle destructrice. Tout déni détruit. Dans le cas du complot d'État, le refus de considérer son existence détruit les institutions et corrompt à la manière d'un poison mortifère l'exercice du pouvoir.
J'aimerais revenir sur le cœur du déni nommé complotisme : le complot d'État. Les théories complotistes distillées par les chantres professionnels du conservatisme à tendance réactionnaire (comme Taguieff en France) acceptent à la rigueur de considérer les complots marginaux ou mineurs (comme le complot al Quaeda), jamais l'existence pourtant irréfutable des complots institutionnels ou officiels. Il est inadmissible pour les critiques officielles et partisanes du complotisme d'admettre que des complots peuvent advenir dans les cénacles du pouvoir.
C'est un déni qui en dit long sur le degré de discernement et d'indépendance de nos experts en complotisme, qui passent de plus en plus pour des propagandistes caractérisés au service de la défense et de l'apologie du pouvoir. Le deuxième point étroitement relié au déni est amusant : il paraît inconcevable de reconnaître l'existence de complots, a fortiori institutionnels, en régime démocratique. Comme si la possibilité de complots en régime démocratique sapait les instituions démocratiques qui reposent largement sur des principes de responsabilité humaine.

La décroâssance

Ave Decaesar! Morituri te salutant!

Maintenant que les économistes formatés sont contraints de reconnaître que le principe impérialiste britannique est exsangue et moribond, le noble prétexte pour sortir de l'ornière se nomme décroissance. Le scandale tient moins au désir de ne plus polluer (fantasme de pureté dont Rousseau est un garant éclairant) qu'à l'idéal de sauver l'homme en préservant le monde. Comme si la décroissance nous garantissait la dépollution! Plutôt la mort - fatale.
La décroissance serait-elle une forme de pollution idéologique - terminale? Avouez que ça aurait du panache, la décroissance polluante! C'est pourtant évident : à moins d'instaurer une utopie harmonieuse, où l'homme contrôlerait le meilleur des mondes, l'objectif décroissance implique que les plus forts imposent aux plus faibles leur pollution. C'est dire que la décroissance porte le masque de l'oligarchie, ce qu'elle n'est pas prête à admettre.
Fidèle aux dames de (grande) vertu qui s'ingénient à constater que leur remède entraîne la contrainte, les décroissants sont des béotiens navrés d'admettre que le seul horizon pour l'homme tient à la décroissance. Haussement d'épaule, roulement de tambour. On leur dit qu'ils ont tout fou? Zéro pinté? L'erreur fondamentale des décroissants tient à la spécificité de l'homme. L'homme n'est pas un animal - comme les autres. On croit qu'en ramenant l'homme à la bête, on énonce la lucidité et la rigueur?
Par les temps qui courent, on ferait mieux de se défier de la rigueur. La rigueur mène au froid de l'âne. Frais de l'homme? L'homme est supérieur aux autres animaux par la spécificité de sa représentation. L'animal se meut dans un univers stable et inchangé. L'homme au contraire a accès au changement, soit à la notion d'infini. Du coup, l'animal n'évolue pas, fixé dans un univers rassérénant. Est-ce la raison pour laquelle les matérialistes promeuvent une représentation toute animale de l'homme?
En tout cas, l'histoire humaine confirme que l'homme ne cesse d'évoluer, de se développer, de croître. Rivé à l'absolu, l'homme ne cesse de croître. C'est un constat imparable pour les adeptes de la décroissance : l'homme n'a cessé de croître - et il devrait décroître? L'examen ontologique le plus élémentaire indique qu'il en est incapable. L'homme est programmé pour changer et croître. Il faut adhérer à l'idéal de mutation pour espérer changer la nature humaine - en faire un décroissant harmonieux, maître de sa décroissance. C'est la première des (innombrables) contradictions de la doctrine décroissante, qui n'est jamais que de l'impérialisme terminal et suicidaire travesti en bons sentiments écologico-illogiques.
Prolongement logique de cette décroissance irrationnelle : la doctrine décroissante n'est compatible qu'avec un schéma matérialiste, de préférence issu de l'idéologie. Les idéologies promeuvent une conception fixe et stable de l'idée, à la faveur d'un renversement dialectique du platonisme. Selon cette approche, le matérialisme décroissant est tout aussi compatible avec des idéologies capitalistes que progressistes. Les décroissants se réclament avec une ardeur égale de l'ultra-libéralisme comme du marxisme. L'opposition des décroissants progressistes aux décroissants pragmatiques n'est jamais qu'une opposition interne et moins significative que la communauté scandaleuse et insoutenable qui les unit.
Raison pour laquelle on trouve parmi les cercles décroissants les grands capitaines de la finance postindustrielle comme les partisans les plus radicaux des thèses postmarxistes. Dans les deux cas, l'idéologie qui rapproche ces faux adversaires est un secret d'Impolichinelle : l'idéologie libérale. Si l'on remonte à l'ontologie de la décroissance, on tombe sur de l'immanentisme caractérisé. La décroissance est bien une forme religieuse, comme l'indiquent les outrances pittoresques des écologistes, qui souvent manifestent un zèle inconséquent, voire pathologique dans leur attitude militante.
D'un point de vue ontologique (la forme religieuse spécifique du nihilisme), c'est l'erreur du matérialisme qui indique l'errance de la décroissance - son curieux statut écologico-économique, entre impossibilité et irrationalisme. Si l'on se rend sur le site du pompeux Institut d'Études Économiques et Sociales, la caution intello emblématique du progressisme décroissant, on se rend vite compte que les décroissants progressistes de la revue Décroissance sont des radicaux qui semblent vanter leur proximité avec l'approche trotskiste de Lutte ouvrière. Quand on a compris que le progressisme décroissant était théoriquement plus révélatrice que le pragmatisme ultra-libéral, du fait du changement assumé (et assuré) qu'il propose, on est surpris de constater que la décroissance repose sur un équilibre doctrinal des plus précaires.
Il est vrai que la surprise est gage de naïveté; tant la décroissance s'apparente à ces manifestations bigarrées et égarées de stade terminal d'un processus, qui foisonnent d'autant plus qu'elles déraisonnent ferme. Souquons, matelots! Le stade terminal du marxisme correspond en gros au marxisme scientifique d'un Althusser. Idem avec la décroissance qui ressuscite un postmarxisme d'apparat pour mieux convoquer à son autorité (autoritaire) la science la plus experte qui soit. Moyennant quoi, la décroissance postmarxiste n'est jamais que le gage de l'immanentisme terminal, faisandé et autodestructeur.
Si l'on cherche les références ontologiques de la décroissance progressiste et intelllectualiste, on tombe sur la citation définitive d'un philosophe à n'en pas douter inoubliable, un certain Kenneth Boulding, contemporain né à Liverpool et naturalisé américain. Notre avant-gardiste dépenseur avait pris la mesure décisive de la dimension économique de la décroissance en présidant l'American Economic Association. On voit déjà que l'économie dérive vers l'écologie et que l'écologie est appréhendée en termes de décroissance.
De là à imaginer que notre philosophe anglo-saxon est pénétré par les conceptions impérialistes du libéralisme britannique et par l'histoire fort peu écologique de la Compagnie des Indes, il y a un pas que nous n'avons pas le temps d'étudier, éberlué que nous sommes par l'affirmation de notre bon Boulding : «Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Mazette! Opération cash-cache?
Selon le postulat indémontré de Boulding, la croissance est impossible dans le monde si et seulement si le monde est fini. Non seulement l'histoire enseigne l'inverse, mais l'histoire scientifique en particulier. Il n'est pas possible d'envisager le matérialisme comme une approche pérenne du sens. Voilà qui nous ramène au sens premier du sens : avant de renvoyer aux problèmes complexes de valeur et d'existence, le sens désigne la direction.
Croissance ou décroissance? L'erreur de Boulding est fatale - à la décroissance. La décroissance n'est possible que dans un monde matérialiste. Selon Boulding, Platon a tort parce que Marx a raison. C'est une oraison intéressante. L'histoire nous enseigne pourtant que l'homme n'a cessé durant sa vie de trouver de nouvelles formes de technique, de découvrir de nouvelles théories scientifiques et d'élargir sans cesse son horizon religieux. Bref : l'homme incarne le changement. L'homme incarne la croissance. C'est assez gênant pour le parti inverse : la décroissance.
C'est cette constante exponentielle que la décroissance entropique entend briser au nom de l'erreur la plus obvie du matérialisme. Nous en sommes à un stade de déliquescence où l'erreur matérialiste apparaît sous son jour le plus révélateur. Les masques tombent. Les marques tondent. Si le spectateur engagé dans le cycle occidental décroissant ne discerne pas la supercherie, c'est qu'il se trouve dans le déni œdipien. Impossible d'adhérer au fondement théorique de la décroissance. Impossible sur ce coup de donner tort à Platon contre son alter ego Boulding. Mort à Gödel, vive le comportementalisme?
La décroissance est tellement traversée d'erreurs structurelles qu'elle repose comme le soldat de Rimbaud dans Le Dormeur du Val : "Il a deux trous rouges au côté droit". Refus du changement, matérialisme exacerbé : la décroissance ne peut être que la théorie de l'immanentisme fin de course. C'est sinistre, un décroissant. C'est un impérialiste idéaliste et inconscient qui légitime le vice sous des vertus raisonnées. Un sophiste qui accentue la domination impérialiste au moment où l'impérialisme chute. Le moribond est d'autant plus dictateur qu'il est moribond. La décroissance indique explicitement sa fin. Il faut être coincé dans les rets de l'impérialisme décroissant pour soutenir un tel processus mortifère. Que décroître c'est apprendre à mourir. A gésir. A gémir.

mercredi 3 février 2010

Un juif juste, juste un juif

Ça va continuer longtemps, le cirque culpabilisateur et victimaire? La Shoah mérite droit de mémoire et critique constante. Pas culpabilisation et victimisation. On n'est pas victime de père en fils. Faut arrêter le cinéma autour de la Shoah, des juifs et des persécutions. A force de tirer sur la corde, le phénomène du bouc émissaire se relance. A-t-on oublié la phrase de Schoelcher : "Les victimes d'hier sont les bourreaux de demain"? C'est le cercle vicieux. On sort la victime du commun de la communauté pour la placer au-dessus des lois. Au nom de leur martyr récupéré, les juifs sont hissés en émissaires de boucs. Qu'on soit rejeté ou adulé, ce sont deux phénomènes identiques et ambivalents.
On passe d'une catharsis à l'autre. Les juifs devraient refuser de se trouver au-dessus des lois. Ça commence avec le terme inepte et répugnant d'antisémitisme qui ne désigne pas les juifs. Ça continue avec l'amalgame entre judaïsme et sionisme. On ne sait même plus quelle est l'identité du judaïsme. C'est une religion, une idéologie, une tribu ou - bien? Ça se finit avec l'histoire de la majuscule. Les mots ont un sens. Le langage exprime l'essence. La preuve avec le coup pendard des Juifs. Le respect est minuscule quand il s'attache aux majuscules. Nous vivons dans un monde de confusion au nom des droits et des valeurs. On a perdu le sens dans l'aventure postmoderne (terme lui-même insignifiant).
On nous bassine avec Mahomet - l'appellation soi-disant occidentale du prophète de l'Islam. On instille l'insulte dans un terme neutre. Hein, Voltaire - intellectuel rentier antiesclavagiste de la Compagnie des Indes? Et après, on n'est pas islamophobe? A chaque fois que vous entendrez Mahomet, vous lèverez votre chapeau. La haine suinte par tous les porcs de nos chers judéo-crétins. Et les juifs - une majuscule antisémite? La confusion ou la fusion? La réponse de bon sens : pas de majuscule. Les juifs désignent une religion. Pourquoi pas des Chrétiens et des Musulmans?
On n'a aucune raison d'écrire Juifs à moins de participer à la culpabilisation victimaire qui confond le respect et la courtisanerie. Écrire Juifs, c'est participer à la bouc martyrisation des Juifs. Ce n'est pas parce que les juifs ont été persécutés qu'ils sont au-dessus de l'orthographe. Au-dessus des maux - au-dessus des mots. Tu parles! Les mêmes lois pour tous : c'est ce qu'on peut souhaiter de mieux aux persécutés et aux victimes.
Dans le fond de l'antisémitisme, on confond le peuple religieux (les juifs) avec le peuple géographique (les Palestiniens). On y ajoute une pincée de complexité politique (l'État-nation repose moins sur l'identité géographique que sur des principes d'identité rationnels) et une dose de complexion idéologique (le sionisme comme phénomène impérialiste, colonialiste et fictionnel). Le feuilleton sioniste abolit la critique. Les Juifs sont une nation géographique. Enlevez cette minuscule que nous ne saurions voir! Dites aux juifs qu'ils sont assujettis aux mêmes lois. Dites aux Occidentaux qu'ils sont des hommes?
Laissez les juifs tranquille! Vous utilisez les Juifs pour enfoncer le clou de l'impérialisme d'obédience occidentale et britannique! Affirmation universaliste scandaleuse pour ceux qui aimeraient que les Juifs soient au-dessus des lois? Moïse, au secours! Ils ont violé tes tables! Qui, ils? Les juifs? Les sionistes? Les impérialistes qui édifient leur royaume en installant leurs modèles instrumentalisés et diabolisés au-dessus du commun des peuples. Être au-dessus de la loi, c'est le pied? Le panard? La panade! Ne pas répondre de ses crimes. Ne pas répondre de ses délires. Ne plus entretenir d'autre loi que le plus fort.
Gazer Gaza - indemniser l'ONU. Dénier ses crimes de guerre. Crime de surhomme contre l'humanité. Gaza est l'humanité. Les Israéliens - des surhommes? Des sous-hommes? Moïse a donné la Loi. Dans un acte victimaire, ses héritiers le poignardent en abolissant la loi. Contre la loi de Dieu, la loi du plus fort. Contre les lois, la lie. L'hallali des élus de l'Hyperréel. Si tu respectes les prophètes, dis Mohamed. Si tu respectes les juifs, n'ajoute pas de majuscule. Le majeur est simple; le mineur est compliqué.