vendredi 16 janvier 2009

On nous cache peu, on nous dit beaucoup

"Ce pouvoir qu'ont les mots de tenir à distance les vérités les plus éclatantes."
Marcel Aymé.

J'ai rédigé un commentaire qui est une analyse critique d'un article de Bourseiller paru dans le magazine Le Monde 2. Cet article est emblématique de la propagande qui sévit en Occident, propagande consistant à nier les complots sous le terme générique et infamant de complotisme. Une légère nuance tend à pervertir la reconnaissance irréfutable que les complots existent bien : il s'agit de faire mine de reconnaître les complots pour mieux répéter en sourdine que les complots ne sauraient en aucun cas concerner l'Occident moral, libéral et démocratique. Ben voyons. Il est certain que lire l'article de Bourseiller et mon long commentaire prend du temps. Justement. Des propagandistes comme Bourseiller jouent sur le manque de temps pour instiller leur rhétorique mensongère ou inexacte : il faut du temps pour se documenter, du temps pour critiquer; du temps pour comprendre. Je voudrais juste que le lecteur comprenne lui que ce n'est pas en lisant des articles comme celui de Bourseiller qu'il progressera dans la recherche de la vérité factuelle et de l'approfondissement critique. Au contraire, il se perdra dans les miasmes de la propagande, qui consiste à jouer sur les bribes de savoir, les morceaux de faits et les évènements tronqués. Au final, le visage qui se dessine n'est pas celui de la démocratie telle qu'elle se présente sous ses atours progressistes et idéalistes. C'est celui de la propagande oligarchique, qui a compris que le meilleur moyen de propager son message idéologique revenait à utiliser le canal des médias officiels et de la démocratie libérale, qui sont à la botte du pouvoir et qui ne critiquent le pouvoir que pour mieux le conforter par la fausse critique, superficielle et lénifiante. La preuve.

http://christophebourseiller.zumablog.com/index.php?sujet_id=10992


On peut rajouter à l'article le chapeau de présentation qui figure dans l'article sur papier :

"Sommes-nous sans le savoir sous la coupe de quelque organisation secrète? Internet favorise la propagation des théories les plus fantaisistes, parfois relayées jusque dans la sphère politique. Tour d'horizon des complots qui nous menacent avec l'acteur et essayiste Christophe Bourseiller."


L'article de Christophe Bourseiller intitulé On nous cache tout on nous dit rien, du Monde 2 daté du samedi 3 janvier 2009, devrait me faire sourire : je suis habitué aux articles des journalistes de la presse officielle qui déversent leur flot rituel de propagande au nom de journalisme. La désinformation patente et haletante s'opère toujours au nom de l'information la plus fiable, précise, objective.
J'ai déjà identifié les méthodes de désinformation, de propagande et d'endoctrinement et les méthodes de la propagande classique comme de la propagande contemporaine. Verdict : pas de changement de méthode dans le fond. Amalgame, diversion, voire carrément mensonges et inexactitudes sont les mamelles de la propagande. C'est ainsi qu'à l'époque de l'affaire Cotillard, bel exemple de diversion, on nous expliquait que Cotillard remettait en question les attentats du 911, alors qu'elle remettait en question la version officielle des attentats. Ce n'est pas la même chose : au pis, Cotillard sombrait dans le révisionnisme - pas dans le négationnisme.
En histoire, il faut se montrer prudent avec l'accusation rémanente de révisionnisme, qui est un gros mot trop facilement employé et un curieux moyen de diversion. Vidal-Naquet expliquait ainsi en historien reconnu que l'histoire consistait en une perpétuelle révision, au sens critique.
Autant dire qu'il y a les révisions contestables à côté des révisions historiques/historiennes et que le terme de révisionnisme peut servir à stigmatiser deux démarches divergentes, l'une contestable, l'autre noble. C'est assez gênant, comme amalgame. De même avec l'appellation de complotisme : outre qu'il est le plus souvent relayé par des modes de pensée atlantistes, voire franchement néoconservateurs, le complotisme renvoie à des réalités franchement divergentes, certaines antithétiques : à une extrémité, tout expliquer par une cause unique, parfois jumelée avec une intention franchement détestable et haineuse comme le racisme; à l'autre extrémité, nier que les complots existent, travers qui ne vaut guère mieux que le précédent. Dans le premier cas, le complotisme est avéré; dans le second cas, il est calomniateur.
L'évolution des articles consacrés au complotisme suit une courbe moins favorable que manipulatrice. D'un côté, l'on accepte de présenter plus réellement les faits, en les déformant moins et en les relayant un tant soit plus. En gros, on reconnaît (enfin!) qu'il existe des complots, voire des complots d'État, ce qui implique que la plupart des complots, surtout les signifiants, émanent des sphères du pouvoir. De l'autre, on reconnaît d'autant mieux les complots, en particulier les complots officiels, qu'il s'agit in fine de sous-entendre que si des complots ont eu lieu, cette fois ce n'est pas le cas - en démocratie - en régime libéral.
Autrement dit, le complot existait - en totalitarisme, mais il n'existe plus - en démocratie. Argument en toile de fond : la démocratie a rendu caduc le complot. Triomphe de la démocratie; misère du complotisme. Que le complot et la démocratie fassent mauvais ménage, je veux bien - sur le principe. Mais ce n'est pas la preuve que le complot démocratique n'existe pas, tant s'en faut. C'est juste la preuve que les complots détruisent la démocratie et qu'admettre le complot en démocratie, c'est admettre que la démocratie va mal. Comprend-on à présent en quoi le complotisme vient placer un voile pudique sur l'existence des complots? Le complotisme est une véritable censure. Loin de diminuer la difficulté, il la renforce. Les complots sont réfutés au nom du complotisme, les complots réels comme les complots fictifs.
Les preuves abondent que les complots démocratiques existent de manière irréfutable. L'article, loin d'être objectif, relaye le prisme d'une certaine propagande, la pire de toutes : il s'agit de propager le préjugé selon lequel l'information des médias officiels en régime démocratique est objective, pertinente, irréfutable. Dès lors, toute contestation relève du dérangement mental, puisque la démocratie est transparente.
Selon ce raisonnement, on comprend que la propagande en faveur de la démocratie se trouve un accusé facile : Internet. Comme par hasard, Internet est le seul des médias qui échappe au contrôle du pouvoir. Internet est aussi le dernier des médias en date. Son fonctionnement interactif, bien moins contrôlable, a permis une libération de l'information et une capacité à propager des échanges différents de ceux que le canal officiel démocratique propage.
Sans doute cette faille, voire cette faillite sont-elles difficiles à admettre pour le citoyen démocratique : mais les médias officiels convergent pour propager les informations essentielles en faveur du système. Internet est moins contrôlé et moins contrôlable, donc plus manipulable, moins enclin aussi à ne propager que la version officielle, systémique et démocratique du réel.
L'effet de cette avancée décisive, qui est comparable à l'invention de l'imprimerie, c'est que l'on prend conscience qu'il existe une propagande démocratique et que la démocratie déverse sa propagande comme les régimes totalitaires qu'elle tend à dénoncer avec vigueur et une certaine suffisance. La démocratie constitue-t-elle la fin de l'histoire et le zénith du progrès, comme le suggère Fukuyama? Est-elle indépassable, comme le pensait Revel?
Il faut à tout le moins souscrire à ces questions stupides et grandiloquentes pour sous-entendre que les complots en démocratie sont inexistants et caducs. Le complotisme est ainsi l'argutie au service du refus du complot, en particulier du complot intenté par des officiels. Le complotisme est un slogan oligarchique en ce qu'il sert objectivement les intérêts de ceux qui ont intérêt à ce que la propagande démocratique ne soit pas affectée par les accusations destructrices de complots. Rien n'est pire en démocratie qu'un complot intenté officiellement. Mais rien n'est plus possible. C'est ce que l'accusation de complotisme vient occulter avec fracas.
En tout cas, l'on comprend les critiques incessantes qui pleuvent sur Internet, comme si par opposition aux médias officiels et traditionnels, télévision, radio, presse, Internet constituait un outil moins fiable car moins contrôlé. Un outil complotiste? J'ai bien peur que ce soit l'inverse : il est plus fiable car moins contrôlé, ce qui ne signifie certainement pas qu'il soit totalement fiable. Simplement, le principe de vérification recoupe le principe de vérité. En l'occurrence, l'application de ce principe au présent article est dévastatrice, comme nous allons le démontrer tout de suite.
Il est inquiétant de se demander si un jour, bientôt, plus tard, Internet sera récupéré et contrôlé comme peut l'être la télévision aujourd'hui. Récupéré - par qui? Deux cents chaînes et parfois deux cents répétitions des mêmes erreurs - peu ou prou. De l'Internet poubelle comme il existe de la télé poubelle? On objectera qu'il existe dans Internet le meilleur et le pire. Certes. Mais l'avantage indépassable d'Internet sur les médias officiels et traditionnels, c'est précisément qu'on peut choisir sans subir, comme ce n'est pas le cas pour la télévision et pour tous les médias contrôlés. Si je voulais oser un mauvais jeu de mots, je lancerais que la différence entre Internet et la télévision, c'est que la télévision ne nous laisse pas le choix - du pire.
Avec Internet, on peut recouper, vérifier, faire un travail d'approfondissement critique inégalé : auparavant, avec les anciens moyens d'information, le même travail aurait occupé plusieurs personnes pendant plusieurs jours - et à plein temps. Désormais, en quelques minutes et quelques clics, la vérification peut s'opérer. Il arrive que la technologie soit positive, au service du progrès et non au service de la censure oligarchique...
Maintenant, résumons l'argument central de Bourseiller, qui est emblématique de la manière de propager la propagande démocratique et d'amalgamer le vrai et le faux, le réel et l'illusion. En gros, Bourseiller part d'un postulat par définition indémontré : ce qui s'oppose à l'information officielle (et démocratique) est faux, voire franchement cinglé. Selon ce genre de raisonnement, ce qui émane du pouvoir est forcément positif parce que le pouvoir est démocratique. Il s'agit moins d'une servilité devant le pouvoir que d'une servilité devant la démocratie. Comme si la démocratie signifiait l'ère du Bien, argutie qui rappelle fâcheusement certaines envolées néoconservatrices, émanant notamment de l'arbre qui cache la forêt, W. - le Pire Président de l'Histoire Humaine et Réelle...
On retrouve la diversion et l'amalgame comme techniques de propagation du faux à partir de ce postulat.
Diversion : à aucun moment dans cet article (comme dans les autres articles du même acabit), on n'aborde le fond du problème, qui est évacué comme s'il constituait l'évidence. Bien entendu que la version officielle démocratique est juste! Bien entendu! Pas question de revenir sur cette évidence irréfragable. La version officielle démocratique est juste, la contestation est fausse. Point. Barre. La diversion tient à la dénonciation du mensonge, soit à l'assimilation de la contestation de la version officielle démocratique au mensonge.
Problème : cette technique est identique à celle utilisée dans les régimes de censure et dénoncée par toutes les écoles favorables à la liberté d'expression. C'est donc que la démocratie libérale produit des formes de censure au moins aussi énormes que le totalitarisme, avec peut-être une gradation : car la censure démocratique se fait au nom de la liberté d'expression. C'est un procédé et un processus fort pervers.
Amalgame : toutes les contestations de la version officielle démocratique sont placées sur le même niveau, celui de l'erreur monolithique, avec la même valeur, comme de juste absolument négative. Contester, c'est être dans l'erreur, quel que soit le type de contestation. L'amalgame consiste à penser et expliquer que l'erreur de la contestation est finalement identique puisque l'erreur tient à la contestation. C'est ainsi qu'essentiellement la contestation contiendra tous les types d'erreur.
Cette technique permettra dans une énumération fâcheuse de placer bout à bout des contestations qui n'ont rien à voir, en laissant implicitement entendre qu'elles sont identiques - puisqu'elles contestent. L'amalgame revient ici à énumérer pour assimiler. J'appellerai ce procédé énumération amalgamante.
Là encore, le procédé démocratique est identique au procédé dénoncé dans les régimes totalitaires : le dissident est forcément un prototype identique en ce que toutes les dissidences sont identiques. Les dissidences convergent en la figure unique du dissident stéréotypé. Et comme le dissident aux yeux du pouvoir officiel a tort, il a tous les torts en tant qu'il présente la même identité. Dès lors, s'il a tort, il est vicieux, pervers, fou, malade, méchant, raciste, teigneux... A-t-il de surcroît du poil dans les oreilles, le crime suprême - à en croire le grand théoricien néodémocrate Daniel Pipes?
Quand on prend conscience que l'amalgame et la diversion sont les techniques utilisées par Bourseiller à partir d'un postulat indémontré et faux (la version officielle et démocratique est indiscutable puisque vraie), on comprend que son article reposera sur une somme d'erreurs qui constituent le lit de la propagande.
Erreurs qui subissent une certaine inflexion en ce qu'elles ne sont plus des erreurs factuelles patentes, comme lorsque les médias officiels relayaient noir sur blanc que Cotillard avait prétendu que les attentats du 911 n'avaient pas eu lieu. Bourseiller illustre une certaine reconnaissance du réel pour mieux le réfuter : désormais, on ne déforme plus implicitement, mais on amalgame - implicitement. On n'est plus menteur patenté, mais - de mauvaise foi. Est-ce plus glorieux pour des professionnels de la vérité factuelle?
Dans le fond, la mentalité des journalistes de la version officielle démocratique n'a pas changé. Si les contestataires de la version officielle démocratique sont des théoriciens dérangés du complot, alors il n'est pas seulement temps de fermer Internet ou de le règlementer démocratiquement. Il convient en premier lieu de réfuter toute contestation comme mensonge et déraison.
Si Bourseiller veut faire un tour d'horizon des théoriciens du complot, que ne relaye-t-il pas toutes les théories du complot? Que ne produit-il une définition claire du complot et du complotisme qui permette de distinguer enfin entre les faux complots et les vrais? Au lieu d'agir de manière exhaustive et instructive, il saute du coq à l'âne, il produit un panel soi-disant emblématique et représentatif, en réalité des plus contestables, ce qui est le meilleur moyen de déformer les faits et d'illustrer le postulat ou la pétition de principe initiaux.
Les illustrations servent d'autant plus à ne surtout pas démontrer le postulat qu'elles sont elles-mêmes des affirmations jamais étayées et démontrées. On illustre pour ne pas argumenter et on illustre sans illustrer : à partir du postulat, on poursuit sur le schéma de la pétition de principe, selon lequel il ne sert à rien de démontrer ce qui est évident. Peut-être Bourseiller est-il un ami de Nieztsche, qui tenait en horreur les formes de dialectique et d'argumentation, et un ennemi de Socrate, le partisan de la maïeutique?
La pétition de principe est un procédé logique illustre et consternant, rigoureux dans sa malhonnêteté. Pour la déontologie du journaliste, l'usage de la pétition de principe est franchement un tic déplorable et inquiétant.
Je vais examiner au fil de l'article les amalgames et les diversions. C'est un exercice fastidieux et long, que j'espère cependant et surtout au service de l'esprit critique.

1) Première rumeur (au sens où la rumeur passe par Internet et s'avère fausse) : la crise financière actuelle a été programmée pour favoriser l'éclosion de l'améro contre l'euro et les desseins du Nouvel Ordre Mondial. L'extravagance de cette rumeur n'est pas étayée.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_mon%C3%A9taire_d%27Am%C3%A9rique_du_Nord
Bourseiller peut-il nous l'expliquer au lieu de l'asséner? Peut-il nous montrer en quoi les documents complotistes présentés sont faux et délirants? En quoi le complotisme est patent? Non, il n'a pas le temps. Il s'agit seulement de reprendre la version de la thèse officielle, selon laquelle la crise financière actuelle n'était pas prévisible et relève du hasard inexplicable. On notera qu'on amalgame en quelques lignes la théorie de la création d'une fédération américaine et la crise financière, le Nouvel Ordre Mondial, l'euro... Il faut suivre entre tous ces amalgames qui fonctionnent comme des séries disparates et capricieuses! A chaque fois, il s'agit de se placer du côté de ceux qui estiment implicitement que les complots n'existent pas et que les dénonciateurs de complots sont des complotistes, soit des esprits dérangés hurlant aux complots fictifs.
Problème : un méchant complotiste cité dans l'article, Lyndon LaRouche, met en garde depuis longtemps contre cette crise comme effondrement systémique inéluctable; et son représentant français, Cheminade, un économiste autrement plus compétent et diplômé que Bourseiller sur le plan académique (HEC et ENA entre autres), avait mis en garde dès 1993 contre la politique financière et monétaire suicidaire du système libéral, démocratique et mondialiste.
http://www.solidariteetprogres.org/article3994.html?var_recherche=fachoda
Malheureusement, Bourseiller assène ses certitudes sans entrer dans le fond et le détail. Son illustration n'est absolument pas pertinente en ce qu'elle conforte son postulat initial : les illustrations seront ainsi tout aussi indémontrées que le postulat, opérant une gradation dans l'indémontrable qui finit en paradoxal dogmatisme démocratique, laïc et libéral. L'énumération illustratrice servira à illustrer le postulat sans jamais le remettre en question. Le fait de ne jamais discuter la thèse initiale est contraire aux principes du journalisme, qui consistent à donner la parole à toutes les thèses sans prendre parti. Au contraire, ici, dans cet article emblématique des méthodes de la presse officielle démocratique, le parti-pris est évident et confine à la propagande.

2) Bourseiller se garde bien de consacrer son article aux mécanismes financiers de la crise. Il avait pourtant matière à approfondir! Bourseiller aime les postulats, les pétitions de principe et la superficialité. Son parti-pris est irrévocable : "On peut sourire d'un scénario à ce point extravagant." L'extravagance a-t-elle été discutée, prouvée, étayée? Nullement. D'autant plus assénée qu'elle n'est nullement démontrée. Seulement postulée et d'autant matraquée. D'ailleurs, Bourseiller passe déjà à un autre thème : les divagations de Cotillard. Surtout suivre un rythme raide et haletant au lieu d'approfondir et de prendre le temps. Quel est le thème commun entre la crise financière, expédiée en quinze lignes, et Cotillard? Le complotisme? Autant dire que le point commun n'est pas évident. C'est dire que Bourseiller balaye le spectre illustré de son postulat pour mieux ne pas le discuter.
D'autre part, en choisissant des thèmes aussi épars et nécessitant le plus souvent un tout autre approfondissement que celui auquel il se tient, par souci de demeurer sur la ligne de son postulat, Bourseiller noie son lecteur sous une masse d'informations et de données qu'il est impossible en aussi peu de lignes de maîtriser et de comprendre. Bourseiller rétorquera sans doute que son lecteur pourrait se montrer aussi informé que lui, l'auteur. Mais c'est se moquer du monde : car Bourseiller se contente de passer du coq à l'âne sans jamais détailler ni étayer.
Bourseiller postule que le lecteur est informé de tous les sujets. Ce postulat est de mauvaise foi : c'est impossible. Un sujet aussi complexe que la crise financière actuelle nécessite plusieurs années de documentations sérieuse pour être compris. Les autres sujets nécessitent au moins plusieurs mois. Ce n'est certainement pas avec l'article de Bourseiller que le lecteur pressé se renseignera, puisque cet article postule sans jamais contester le postulat. Le cercle vicieux est indépassable. La quadrature du cercle, insurpassable. Nous nous trouvons bien devant un exercice de propagande typique.

3) D'ailleurs, les positions de Cotillard ne sont même pas discutées. Vite, vite : au suivant! Bourseiller a un quota (de lignes) à respecter. La position de l'auteur est tout aussi définitive pour Cotillard que pour la crise financière. Après les extravagances, il s'agit d'emblée ici de "divagations". Nul besoin de discuter la thèse officielle démocratique : Cotillard fait des vagues parce qu'elle divague.
Avant de poursuivre le catalogue des divagations et des divagateurs postulés et non démontrés, ce qui constitue la quintessence de la calomnie et de la désinformation, constatons que Bourseiller reprend un extrait de Cotillard qui se demande si certaines versions officielles sont vraies ou si elles ne reposent pas sur des complots imaginaires. Elle cite en vrac et pêle-mêle Coluche, les Américains sur la Lune et le 911. Le lecteur est-il en mesure de maîtriser ces sujets? Je suis moi-même dépassé et suis peut-être un ignare crasseux. Je connais fort bien le dossier nébuleux et hallucinant du 911, mais serais bien incapable de me prononcer sur l'affaire Coluche ou les rumeurs de manipulations concernant l'alunissage d'Apollo. Bourseiller propose-t-il au moins des pistes de documentation et d'approfondissement? Que nenni, il fonce, il hennit - son lit de propagande.
Est-il honnête de noyer son lecteur sous des informations aussi peu vérifiées et étayées? Pis : est-il honnête de laisser entendre que la version officielle est forcément juste? Est-il plus honnête de laisser entendre que les complotistes estiment que la version officielle est toujours faussée et qu'elle repose sur la structure du complot? La logique de Bourseiller est consternante : si tout est faux pour le comploteur, c'est qu'en réalité et en vérité, tout est juste du côté de la version officielle. Amalgame et diversion sont les mamelles de l'illustration!

4) Bourseiller file. Filou? Après Cotillard, Bigard. Point commun : les deux acteurs ont dénoncé la supercherie de la version officielle du 911. Bigard plus spécifiquement que Cotillard. Bourseiller cite certes Bigard, qui reprend les révélations de Meyssan et de quelques autres complotistes, mais l'illustration de Bigard sert seulement à nourrir son postulat : il s'agit de comprendre le phénomène du complotisme comme mode de contre-culture. A aucun moment, la vérité des propos de Bigard n'est discutée, comme si leur validité coulait de source. Pourtant la vraie question serait : si Bigard ose remettre en cause la version officielle du 911, est-ce folie? Supercherie? Publicité malsaine? Révisionnisme?

5) Vite, vite, on passe à Meyssan. Qu'on attendait impatiemment le maléfique enfant! Le cas Meyssan... Après tout, rayon français, on touche au fondement de la contestation sur le 911, qui semble être chez Bourseiller la quintessence de l'illustration complotiste. On comprend le cheminement logique de Bourseiller qui remonte à la racine : après tout, Cotillard et Bigard n'ont fait que relayer des propos tenus par Meyssan. Après tout, Meyssan est même le premier analyste à avoir contesté la version officielle américaine concernant l'attentat contre le Pentagone. Meyssan n'est pas de la dynamiste. C'est un missile : n'a-t-il pas connu un succès international peu commun pour un livre-évènement?
Bourseiller résume de manière honnête les propos de Meyssan, mais sans prendre parti. Autant dire qu'en ne prenant pas parti, il prend parti : ne prenait-il ouvertement pas parti auparavant contre le complotisme, quand il tançait les sorties de Cotillard et de Bigard? Cette fois, il ne dit rien. Cette partialité, ce parti-pris, qui consistent à se montrer neutre après avoir fait preuve d'engagement, n'est pas digne d'un journaliste. Il illustre le paradoxe de la neutralité engagée, stratégie bien connue des paradis fiscaux, et place-forte de l'hypocrisie et de la mauvaise foi. En tout cas, à aucun moment Bourseiller le prudent ne discute du bien-fondé des arguments de Meyssan.
Du coup, le lecteur se pose certaines questions : faut-il en conclure que Meyssan est catalogué complotiste compulsif ou qu'il a dénoncé un complot avéré? L'absence d'informations n'invite guère à l'esprit critique et à la contestation, qui s'apparente à un acte osé dans le cas du 911, puisqu'elle revient, rien de moins, à contester les institutions américaines, les médias américains et affiliés et la version officielle systémique et démocratique. Bigre! Rien de moins! Pas facile de s'aventurer sur ce terrain pour le lecteur du Monde 2, sensé être en moyenne un cadre actif et dynamique de la classe moyenne supérieure française. Si le cadre moutonnier se mettait à contester le système pour lequel il travaille, que se produirait-il? Une révolution antidémocratique et liberticide?
En même temps, l'absence de débat chez Bourseiller (un paradoxe journalistique!) indique qu'il exprime sans doute la gêne dans certains milieux bien informés, notamment journalistiques. On commence peut-être à admettre qu'il n'est pas si évident que les arguments des complotistes puissent être balayés d'un revers de main, surtout concernant le 911. Après tout, si la guerre en Irak et la guerre en Afghanistan repose sur des fumisteries, comment expliquer que le prétexte à la guerre contre le terrorisme soit transparent? Et si les journalistes craignaient qu'on exige d'eux des explications dans quelques années à l'aune de leurs articles de mauvaise foi?

6) Au lieu d'approfondir, Bourseiller poursuit son catalogue superficiel, tel un train lancé à pleine vapeur et qui ne pourrait plus ralentir ou s'arrêter. Hyperactif compulsif, il aborde sans sourciller le cas von Bülow, ancien ministre allemand. Encore un complotiste qui a contesté la version officielle du 911. Décidément, Bourseiller va passer pour un monomaniaque : le 911 est l'école de l'obsession et du complotisme! En tout cas, le lecteur suit une ligne peu linéaire : on commence par les assertions de deux comédiens; on transite par les démonstrations d'un analyste politique engagé; on en vient aux explications d'un ministre. Le moins que l'on puisse constater, c'est que le degré de compétence, de qualification et de vraisemblance diverge notablement entre ces divers avis. Vu?
Dans le cas de Cotillard ou de Bigard, les impétrants n'ont aucune qualification reconnue pour s'exprimer : ils parlent au mieux en citoyens, ce qui ne signifie nullement qu'ils divaguent. Dans le cas de Meyssan, son parcours indique qu'il est qualifié pour s'exprimer : il serait plus intelligent d'analyser froidement les arguments et les analyses qu'il a produits dans ses ouvrages et ses articles plutôt que de le rabrouer comme un dément affublé de tous les vices et de toutes les tares. Bien entendu, l'examen critique n'est jamais entrepris. Pourquoi? Serait-il plus facile de caricaturer et de simplifier, voire de calomnier, que d'accepter la complexité, la nuance, la remise en question, la critique?
Le cas de von Bülow devient intenable. Un ancien ministre démocratique de l'Allemagne ouest-allemande s'exprime, dont les propos sont terribles. Difficile de faire avis moins éclairé. Le moins que l'on puisse oser, c'est que le complotisme et la contestation émanent cette fois du cœur du système : von Bülow est un spécialiste des services secrets et a publié un livre sur le sujet. Bien entendu, on se contente de le citer et de le répertorier comme partisan de la ligne complotiste de Cotillard et Bigard, sans entrer dans le détail de ses arguments et sans prendre la peine de le réfuter ou de le confirmer. Au mieux, le lecteur est indécis : s'agit-il d'une dénonciation d'un renégat comme complotiste et dérangé ou d'une indécision prudente? Von Bülow serait-il devenu cinglé? Aurait-il pété les plombs comme d'autres larguent les amarres? Que penser de l'intervention de ce politique manifestement expert et qualifié dans l'arène des extravagances et des divagations? Peut-on le disqualifier comme un saltimbanque décalé? Ne se rend-on pas compte qu'on traite les complotistes et les contestataires comme de classiques dissidents : fous, vicieux, méchants, haineux?

7) Le lecteur n'aura pas le temps de se poser trop de questions. L'article est conçu comme un catalogue au rythme effréné. S'agit-il de calquer le modèle de la publicité aux images kaléidoscopiques se succédant à grande vitesse? Plus pervers, s'agit-il d'importer en écriture journalistique la technique de l'endoctrinement par les images subliminales? Avec la vidéo, on introduit des images subliminales subrepticement dans un défilé ininterrompu d'images plus ou moins anodines. En écriture, il s'agirait de sublimer l'approfondissement naturel par un défilé incessant au summum de l'apparence et de l'immédiat. Dans ce cas, monsieur Bourseiller...
Bourseiller cite à présent un Anglais. Après trois Français et un Allemand, nous nageons en plein œcuménisme mondialiste : du cosmopolitisme et du mélange identitaire! Après von Bülow, on aurait pu supposer que le choix de l'Anglais se porterait sur Meacher, puisque cet ancien ministre de Blair s'est exprimé en termes de contestation virulente contre la guerre contre le terrorisme et contre la version officielle du 911. Mais Bourseiller souhaite manifestement élargir son propos et ne pas s'en tenir uniquement au 911.
Surprise du chef, il retient un certain David Icke. Si je connais bien les travaux de Meyssan et de von Bülow, cet Icke m'est étranger. Je me mets à la place du lecteur ignorant : comment juger la valeur des assertions produites dans cet article si je ne connais pas le dossier 911, la crise financière mondiale actuelle ou la réalité du Nouvel Ordre Mondial? Le choix d'Icke est stupéfiant, voire hallucinogène. Que l'on en juge. Selon Bourseiller, Icke est un ancien athlète de haut niveau dont la popularité s'explique plus par les théories complotistes que par le talent de sportif. Qu'affirme Icke? "Le monde est gouverné en coulisses par des reptiles humanoïdes, fruits abjects d'une hybridation forcée entre des lézards extraterrestres et des humains."
Manifestement, Icke soutient des propositions qui n'ont rien à voir avec les contestations précédentes et qui, si elles sont avérées, mériteraient de nombreuses précisions. Il est certain que le 911 a eu lieu; il n'est pas du tout certain que les reptiliens existent. En tout cas, prévenez-moi, car je suis loin d'être au courant.
Ici, Bourseiller tombe le masque et montre à quel point son énumération est amalgamante et de mauvaise foi. En effet, il mélange intentionnellement le spécialiste politique von Bülow, qui remet en question la version officielle du 911, et Icke, qui remet en question la race des dirigeants de ce monde et qui dévoile l'existence d'une autre race que la race humaine, la race des reptiliens. C'est donc que von Bülow, Meyssan et Icke sont insidieusement comparés, amalgamés, placés au même niveau! Pourtant, leurs propos n'ont rien à voir. Si Meyssan ou von Bülow dénoncent un complot, c'est un complot humain, tout à fait plausible dans l'histoire humaine. Icke dénonce un complot, mais de nature non humaine et totalement inconnue jusqu'à présent.
Mettre sur le même plan des assertions aussi divergentes, c'est laisser entendre que tous les contestataires et toutes les dénonciations du complot sont au fond identiques : Cotillard, Bigard, Meyssan, von Bülow, Icke, même combat! Tous des cinglés, tous des flippés, tous des malades! Au fait : cette technique d'amalgame relève de la diffamation. L'article d'un seul coup perd toute crédibilité et dévoile qu'il est une manipulation révoltante et un exercice de propagande indigne du journalisme libre et démocratique.
Je tiens à préciser ici que les travaux de Meyssan n'évoquent jamais le complot des reptiliens, dont j'ignore personnellement tout, et que l'on pourrait en appeler au jeu des intrus dans cette énumération. L'intrus dans cette liste de complotistes dénoncés, de contestataires avérés, serait le flamboyant Icke, qui est le seul à introduire une explication complotiste faisant intervenir une race largement inconnue et non reconnue.
Que se passe-t-il, monsieur Bourseiller? C'est la seule question à poser. Désormais, quelles que soient ses intentions, l'article n'est plus du journalisme au sens noble. C'est manifestement de la désinformation.

8) Poursuivant tambour battant son catalogue hétéroclite de satire exemplaire et illustré du complotisme désaxé, Bourseiller cite maintenant LaRouche. Rien à voir avec Icke. Pourtant, sans sourciller, Bourseiller explique que "Lyndon LaRouche reprend à son compte certaines affirmations de David Icke. Il réfute cependant le scénario reptilien." Donc, si on prend le temps d'analyser, soit si l'on casse le rythme ininterrompu de l'article, LaRouche n'a rien à voir avec Icke puisqu'ils se trouvent en désaccord sur l'essentiel et que leur accord reposerait sur le superficiel. Pourquoi essayer dès lors de les comparer? J'ajouterais que des accords superficiels peuvent se révéler purement fortuits et sans grande signification.
Au lieu de suivre la présentation vaguement moqueuse que Bourseiller dresse de LaRouche, présenté comme éternel candidat d'obédience trotskyste à l'élection présidentielle américaine, nous noterons plutôt que LaRouche est le principal économiste à avoir prédit l'effondrement du système et avoir produit une théorie économique séparant l'économie physique de l'économie spéculative. N'est-il pas étrange, pour le moins, de présenter quelqu'un en fonction d'une qualité secondaire, en évitant soigneusement d'aborder sa caractéristique principale? Serait-ce qu'on veut ranger LaRouche dans la case complotiste/dérangé - et non comme économiste, par ces temps de tempête financière?
Cet oubli fâcheux et significatif recoupe le fait que LaRouche est cité comme complotiste dans une liste de complotistes qu'il s'agit manifestement de disqualifier malgré leur caractère hétéroclite implicitement reconnu (ce qui contredit le postulat officiel présentant la contestation comme monolithique). Or Bourseiller a commencé son article en dénonçant les explications complotistes dans la crise monétaire actuelle.
S'agit-il de discréditer LaRouche sans le rapprocher de ce qui fait sa pertinence? Pourquoi taire l'essentiel et nous divertir avec le superficiel de cette manière? Pourquoi illustrer toujours en cultivant la diversion et en évitant soigneusement l'approfondissement? Quelle est cette technique qui consiste à présenter les gens sous des identités vagues et inexactes après les avoir injustement catalogués? Que dirait-on si l'on présentant Zidane comme un jardinier alors que son principal mérité est d'avoir joué au football? Serait-ce simplement pertinent et honnête?

9) Bourseiller ajoute une phrase conclusive pour qualifier l'énumération des complotistes, énumération qui se veut emblématique, qui n'est pas exhaustive et qui mélange des contestataires du système fort différents sous une appellation générique implicitement homogène (le complotisme) : "Nous voyons ainsi se démultiplier les scénarios les plus oniriques." Onirique : selon la définition du TLF, l'onirisme se rapporte au rêve, ce qui signale déjà le caractère illusoire de la contestation de type complotiste. Mais l'onirisme caractérise aussi un problème psychiatrique tendant à confondre le réel et la réalité. Insidieusement, l'amalgame psychiatrique est ainsi fortement suggéré. Le complotiste est un délirant, un doux dingue, voire un fou furieux.
Le moins qu'on puisse constater, c'est que l'emploi de cet adjectif n'est pas connoté positivement, mais qu'il renforce, toujours de manière insidieuse, implicite et subliminale, le caractère illusoire du complotisme. Or, l'énumération qui suit est typiquement propagandiste, amalgamante et contestable. Faut-il en conclure que les complotistes énumérés sont les seuls oniristes ou que l'auteur de cet article, le sieur Bourseiller, est lui-même un adepte de la méthode onirique en lieu et place de la méthode journalistique?
Si l'onirisme tend à mélanger le rêve et la réalité, dans des proportions plus ou moins délirantes et psychopathologiques, faisons un peu de contre-projection : si Bourseiller onirise plus qu'il n'ironise, alors sa technique tend à confondre l'irréel et le réel. C'est moins de la folie que de la perversion : il s'agit en effet de ridiculiser et de rejeter les accusations contre le système sous l'appellation quasi injurieuse de complotisme. Le vague et faux examen critique n'est que le prétexte à définir comme faux, flou et fou toutes les accusations systémiques.
Par ailleurs, Bourseiller prend implicitement position en reconnaissant explicitement que les complotistes sont au mieux des rêveurs, au pis des fous furieux. Pourtant, il use d'une technique insidieuse présente dans la publicité : l'implicite suggestif, consistant à associer des images hétéroclites pour les amalgamer. C'est ainsi que la publicité associe l'image d'un produit avec une image valorisante, qui n'a rien à voir avec le produit. Un paquet de lessive avec une plage. Bourseiller avec les mots fait de même : il associe le complotisme avec l'onirique, soit avec une valeur implicitement dévalorisante.
Bourseiller ne se contente pas de dévaloriser. Il utilise une technique de suggestion et d'implicite qui sert les stratégies retorses de la propagande et qui se révèle contraire à l'explicitation de l'investigation journalistique et de l'analyse de bonne foi. On mesure donc à quelle entreprise se livre le libre Bourseiller en suggérant au lieu d'analyser. L'esprit critique est la vraie victime collatérale de cet article et de cette méthode, qui privilégie l'émotion à la raison. L'efficacité de la technique est d'autant plus avérée que les études montrent que le lecteur moyen du Monde 2 ne recherche pas une lecture approfondissante, mais une lecture superficielle et rapide (du genre de celle que l'on effectue le matin dans le RER parisien).

10) La phrase conclusive est suivie d'une phrase de transition visant à introduire une nouvelle énumération : "Trois rumeurs parcourent actuellement la planète conspirationniste". Bigre! Après les six complotistes passés au peigne fin, pour ne pas dire léger, trois rumeurs récurrentes. On notera que le terme de rumeur est connoté là aussi péjorativement puisque la rumeur désigne une information peu fiable, voire carrément erronée. Comme la rumeur est associée à l'onirique, les deux termes renvoient à un système de pensée non fiable, illusoire, voire fondé sur le délire. On notera que les deux qualificatifs employés par Bourseiller pour connoter le complotisme sont la rumeur et l'onirisme, ce qui suffit à caractériser la vision péjorative au moins insidieuse et implicite.
Si l'on garde présent à l'esprit que les connotations surviennent de manière non démontrée et totalement arbitraires, après un postulat initial servant de démonstration simpliste, on a une idée du contenu et de la stratégie de cet article. Le Monde serait-il devenu un organe de presse relayant de la propagande en lieu et place de l'information?

11) "Planète conspirationniste" : si la description de la contestation se limite à l'emploi péjoratif de cette appellation, on peut douter de sa valeur et de sa véracité. Allons plus loin : derrière la critique du complotisme sourd une critique connexe et associée : la critique d'Internet. Si l'on suit le raisonnement d'un Bourseiller, soit d'un journaliste au service de la propagande systémique, Internet est un outil complotiste, et, de ce fait, un outil onirique empli de rumeurs. Le lecteur assiste-t-il sans être prévenu au règlement de comptes que les médias démocratiques et officiels lance pour contrer le surgissement d'un nouveau moyen d'expression et d'échanges qui remet en question leur situation de monopole et de cartel - et qui risque carrément de les rendre périmés et ringards?
Il serait instructif d'envisager les médias officiels et démocratiques, qui se présentent comme des entités et des opinions démocratiques, comme des cartels oligarchiques. On connaît les études qui montrent que les groupes de presse sont tenus par les mêmes multinationales, des banques ou des marchands d'armes. Si Lagardère ne vient pas à toi, Bourseiller vient à Lagardère... C'est le cas du groupe Le Monde, tenu par Lagardère.
Peut-on accepter l'exigence fière d'indépendance de la presse à l'aune de pareilles associations oligarchiques? Quand on constate quelles méthodes emploient les journalistes de ces groupes de presse, on vire carrément à l'amer : l'échec de la démocratie libérale se traduit par le règne insidieux de l'oligarchisme! La cartellisation de la presse indique que les divergences sont formelles, parfois artificielles, et qu'elles n'affectent jamais le consensus touchant aux intérêts du système. Normal : si les groupes de presse obéissent à la logique de cartellisation de nature oligarchique, la situation de monopole tombe sous le coup de l'interdiction juridique et libérale, en tant qu'elle provoque une dangereuse homogénéité entraînant des collusions d'intérêt entre le pouvoir et les contre-pouvoirs.
Comprend-on dès lors que la dénonciation d'Internet par les médias officiels est d'aussi bonne foi que la dénonciation du complotisme? Qu'elle suit les mêmes procédés rhétoriques et déontologiques? Non la déontologie de la presse libre, mais la déontologie de la propagande.

12) Les trois rumeurs ont un statut particulier. Elle sont sensées être emblématiques des rumeurs récurrentes qui parcourent la Toile. Quand? En 2008?
En tant qu'utilisateur fréquent d'Internet, je n'ai jamais entendu parler de ces rumeurs telles quelles. J'ai demandé à de nombreux utilisateurs d'Internet de confirmer ou d'infirmer mon expérience. Personne n'avait entendu parler de ces rumeurs. Puisque Bourseiller présente le complotisme comme une théorie spéculative totalisante et psychopathologique, il est intéressant de constater qu'il cite en contradiction (prévisible) trois rumeurs dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont particulièrement contestables, douteuses et fragiles.
La méthode qu'utilise Bourseiller est fondée sur la rumeur. Pour dénoncer la rumeur, il y a mieux, à moins que ce ne soit de l'ironie. Bourseiller a-t-il entendu parler de l'apologue de la paille et de la poutre? Dès lors, comment vérifier ce qui est hautement incertain voire improbable? Comment jauger de l'impact des rumeurs que cite Bourseiller? Si ce sont des rumeurs qui sont massivement validées par les internautes, il y a de quoi trembler; mais si ces rumeurs sont plus que problématiques, c'est la présentation de Bourseiller qui laisse à désirer et qui fait frémir.
Non seulement je penche pour la seconde hypothèse, mais encore j'aimerais ajouter un trait marquant et saillant dans le recours partial à ces trois rumeurs : il s'agit à chaque fois de forcir le trait, de caricaturer, en prenant des actes d'accusation et de contestation qui fleurissent dans la population, pas seulement sur la Toile, pour n'en conserver que les traits les plus extrémistes. A chaque fois, le point commun revient à présenter ces rumeurs comme étroitement associées au conspirationnisme le plus dégénéré, incohérent, délirant et ridicule.
La technique consiste donc à opérer la diversion pour écarter le vrai sujet et le discréditer. C'est le recours à la caricature discréditante qui permet cet effet. Au début de l'article, cette technique avait été utilisée pour écarter le sujet très grave de la crise financière en le réduisant au thème trivial de la représentation complotiste, dégénérée et débilitante de la crise financière. Comme si l'intéressant tenait moins à la crise financière qu'à la vision complotiste de la crise financière! Selon le prisme déformant de l'article, la représentation (caricaturale) importe plus que le réel.
Dans une mise en abîme fortement connotée, la représentation est privilégiée sur le réel dans la mesure où il s'agit d'éloigner le réel de l'esprit du lecteur au profit des problèmes de représentation. Cette diversion est redoublée en ce que les problèmes de représentation évoqués convergent par enchantement vers les cas psychopathologiques de représentation. Le prisme déformant de l'article, qui est une représentation partiale et partielle, est projeté sur la représentation des contestataires, assimilée à une représentation complotiste, soit particulièrement illusoire et contestable!
Le seul moyen de se sortir de ce cercle vicieux de la mise en abîme et de cette projection automatique et crapuleuse consiste à demander simplement et obstinément : mais le réel? Que faites-vous du réel? Bourseiller serait bien empêché de répondre car en tant que représentant de la mentalité occidentaliste et de la propagande démocratique et officielle, il s'est empressé d'évacuer le réel au profit des aspects les plus contestables de la représentation. Et pour cause : l'examen du réel suffit assez rapidement à discréditer la présentation réductrice de Bourseiller du complotisme et le postulat de Bourseiller selon lequel la version officielle est juste si elle est démocratique. C'est le réel qui se charge tout seul de démonter l'indémontrable des propagandistes de la démocratie en lambeaux.
Examinons ces trois rumeurs douteuses, dont le moins qu'on puisse suggérer est que le caractère intrinsèque douteux se redouble d'un statut douteux : en tant que telles, ces rumeurs ne sont pas aussi populaires que Bourseiller le laisse entendre. Mais Bourseiller n'invente pas ex nihilo. Il se contente, ainsi que la calomnie chez Beaumarchais, d'enfler jusqu'à la disproportion et l'outrance une rumeur fondamentale. On peut parler de la technique de la grandiloquence, de l'enflure ou de l'ampoulement.
On pourrait revenir en détail sur ces rumeurs, constater à quel point elles sont déformées, exagérées. Je me bornerai seulement à demander à Bourseiller s'il est en mesure de produire des références précises qui démontrent de manière irréfutable que ces rumeurs existent et qu'elles connaissent un succès aussi important qu'il le prétend. Si Bourseiller n'est pas en mesure de prouver ses assertions, c'est qu'il n'est pas journaliste, mais propagandiste. J'attends. Les faits sont généralement plus parlants que les interprétations et les hypothèses.
Quant au fond du problème, il semblerait que la dénonciation du complotisme serve à avaliser le fonctionnement des sociétés démocratiques et occidentales, dans lesquelles certaines évolutions peuvent paraître inquiétantes et contestables. C'est ainsi que l'ultralibéralisme, le mondialisme, le Nouvel Ordre Mondial, les sociétés secrètes influentes et reconnues sont avalisées si leurs dénonciations émanent d'esprit dérangés et farfelus, répertoriés comme complotistes. Bourseiller dénonce le complotisme comme l'ennemi de la démocratie libérale et occidentale : c'est donc qu'il défend à rebours ces valeurs sous prétexte de dénoncer les valeurs contestataires et complotistes. Bourseiller est un agent du système qui défend les valeurs du système.
Implicitement, les problèmes systémiques, comme la crise financière, ne sauraient être contestés car toute contestation systémique est contestable. Seule la contestation en faveur du système présente quelque valeur. C'est bien la vraie contestation qui se trouve discréditée en tant que telle, ce qui ne laisse pas d'inquiéter sur la pseudo-démocratie sous les plumes officielles, et sur le vrai visage de cette mentalité qui se tapit derrière l'ultralibéralisme et le mondialisme : intolérance et partialité seraient-elles les qualités de la démocratie libérale et occidentale? Bourseiller répercute ainsi la pensée ambiante du système libéral et occidentaliste, comme un bon élève est d'accord systématiquement avec l'autorité professorale parce que l'autorité professorale a toujours raison.
Il est terrible de constater que la seule contestation autorisée dans les médias démocratiques est la contestation favorable au système. On sait pourtant que la vraie contestation est celle qui porte contre ce qui dérange et qui présente de l'influence. La vraie contestation est toujours plus intérieure qu'extérieure. N'est-ce pas un procédé un tant soit peu puéril et fort peu journalistique? Je laisse au lecteur le soin de juger.

13) Bourseiller convoque enfin l'argument d'autorité qui lui permettra de donner une validité scientifique à son propos : après les illustrations ad hoc, en conclusion, la voix autorisée et qualifiée. Le postulat indémontrable et indémontré initial se trouvera ainsi appuyé par une parole d'experts. Décidément, quand la pétition de principe vient au secours du postulat, le lecteur a peu de chance de s'en sortir (grandi). Qui est l'expert, l'autorité brillante et irréfutable, qui s'exprime? Une certaine Véronique Campion-Vincent, présentée comme spécialiste du phénomène des rumeurs et auteur de La Société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes.
Encore une experte dont la prose et les idées éternelles seront oubliées poliment dans quelques mois? En tout cas, cette experte incontestable ne nous est même pas présentée, pas davantage que ses titres et ses références : il faut la croire sur parole! Ce qui démontre l'indémontrable est ainsi aussi indémontré que l'indémontrable. Que dit-elle, cette experte gage d'omniscience et de vérité? Seulement des propos convenus et fort peu éclairants, comme on va le voir.
Pour commencer, elle entame un rapprochement avec le diable, qui a pour but implicite de rapprocher les complotistes des obscurantistes et des fanatiques. Le phénomène religieux se trouve ainsi discrètement attaqué, voire discrédité. Est-ce une conséquence dégénérée et extrémiste de la critique des Lumières? Voltaire attaquait l'Infâme en tant que théiste; aujourd'hui on attaque l'Infâme sans prendre la peine de le distinguer du religieux? D'où la vraie question, problématique : qui est infâme? Le religieux en tant que tel? Ou la calomnie qui se présente comme démocratique, libérale et laïque, ayant dépassé depuis très longtemps le religieux?
Par ailleurs, la comparaison entre les complots et le religieux, guère valorisante, se redouble d'une défense du système et des élites. Si le complotisme vise un ennemi fantomatique et illusoire et que cet ennemi est défini comme "intérieur" et comme "les élites", c'est que l'ennemi illusoire désigne les élites occidentales. Bourseiller se rend-il compte qu'il défend implicitement les élites occidentales sous prétexte de critiquer le complotisme? Nous y sommes : la critique toute faite du complotisme permet de défendre les élites occidentales, soit le système oligarchique occidental, déguisé en mondialisme. Bourseiller est-il un des hérauts de l'oligarchie financière actuelle, qui utilise l'accusation de complotisme comme diversion contre la crise financière, le 911 ou le NOM?
Pis, en montrant que l'ennemi s'est déplacé de l'étranger vers les élites intérieures, on peut se demander si Bourseiller ne regrette pas ce changement, ce qui ferait de lui un xénophobe latent. En tout cas, Bourseiller se montre certainement conservateur patent, puisqu'il tient un discours qui défend et conforte les élites et le système libéral, démocratique et occidental. Bel exemple d'esprit critique qui consiste à défendre le système dont on fait partie en opérant au surplus des rapprochements contestables couverts par des paroles d'autorité inconnues au bataillon!
Où va-t-on? Citant toujours sa spécialiste de haut vol, Bourseiller verse dans l'ambigüité : il cite plusieurs sociétés secrètes comme les Bilderbergers ou les Skulls and Bones. D'excellents ouvrages écrits par des journalistes reconnus existent, qui détaillent le pouvoir de ces sociétés et leurs agissements. Bourseiller n'en souffle mot et se garde d'ajouter un commentaire. Au moins ne fait-il pas mine de ne pas les connaître comme un animateur de la chaîne France 5, Calvi je crois, en compagnie de l'inénarrable Jean-François Kahn, ancien patron de Marianne, qui incarne la contestation systémique, soit la contestation qui fait mine de contester le système alors qu'elle est mue par le système en personne.



On peut se demander si de manière fort ambiguë Bourseiller n'en vient pas à démentir tout ce qu'il a écrit et sous-entendu sur le complotisme comme onirisme et phénomène de rumeur quand il cite sa spécialiste attitrée : "Il y a toujours eu des complots. En très grande majorité, ils sont bien réels : leur existence est avérée."
Faudrait savoir! Si l'on se réfère seulement à cet aveu, alors tout ce qu'a écrit auparavant Bourseiller est plus que contestable : faut-il distinguer les complotistes des faux complots des dénonciateurs des vrais complots? Y aurait-il d'un côté des complots véridiques et de l'autre des complots imaginaires? Dans ce cas, il convient de ne pas condamner comme des dérangés ceux qui dénoncent les complots : les complots existent. Et si leurs assertions sont des élucubrations, au lieu de pérorer dans le vide sur leur nature fausse, il convient de démonter ces élucubrations en examinant l'erreur ou la véracité scandaleuses.
Bourseiller n'a eu de cesse de dénoncer le caractère saugrenu des contestations sans les analyser sérieusement. Pour finir, il reconnaît que la plupart des complots sont réels et que les rumeurs de complot sont malheureusement souvent fondées. Une vraie question s'impose : et le 911? Pourquoi le 911 serait-il de facto une affabulation si ce que dit la spécialiste convoquée de Bourseiller est vrai?
Non seulement les propos de Bourseiller reposent sur des éléments éminemment contestables, mais il se contredit lui-même en commençant par postuler que les contestations de la version officielle sont fausses et dérangées, puis en expliquant pour finir que néanmoins les complots existent. Bourseiller ne commet-il pas une duplication hallucinatoire et fantasmatique entre les complots avérés et le complotisme comme maladie du complot, psychopathologie non avérée et illusoire?
Comment Bourseiller peut-il ranger dans la catégorie des illuminés et des dérangés complotistes ceux qui dénoncent les complots? Faut-il en inférer que Bourseiller estime que tous les dénonciateurs de complots impliquant l'Occident, la démocratie et le libéralisme sont des complotistes et que les complots avérés n'impliquent seulement que le passé et les régimes non démocratiques? Dans ce cas, son propos est absurde. De surcroît, vu que mon hypothèse est implicite, ce qui vient à l'esprit d'un lecteur un tant soit peu attentif, c'est que Bourseiller se contredit manifestement et que ses distinctions et définitions sont plus que contestables. Mais quelle considération Bourseiller accorde-t-il à ses lecteurs, en usant d'amalgames, de diversions, de contradictions et d'approximations?
L'exemple que prend Bourseiller pour expliciter le propos de sa spécialiste est hilarant : le dépouillement des services secrets bulgares montrerait leur implication dans la tentative d'assassinat contre Jean-Paul 2. Au moins, pour une fois, nous avons un exemple historique concret! Bourseiller ne se contente plus d'affirmer sans faits, il cite! Cette distorsion méthodologique suffit à démontrer que les complots sont reconnus par Bourseiller quand ils n'impliquent ni la démocratie, ni l'Occident, ni le libéralisme. En effet, les comploteurs avérés sont dans l'exemple choisi des... communistes. Bourseiller relaye, au moins inconsciemment, la propagande atlantiste selon laquelle le Mal est communiste! Bourseiller serait-il nostalgique de Reagan? Ou serait-il un proche des cercles néoconservateurs (depuis la guerre d'Irak, plus personne ou presque ne se présente comme officiellement néoconservateur)?
Pour un journal soi-disant progressiste et impartial, décidément, l'entreprise de Bourseiller pue la propagande atlantiste : dénonciation du complotisme en phase avec les organes néo-conservateurs, apologie béate et unilatérale de la démocratie, manichéisme simpliste et réducteur, exemples douteux et manipulés...
Bourseiller n'aurait-il pas pu se pencher sur un cas avéré de complot, l'assassinat de JFK, qui implique certes le pays de référence de la mouvance démocratique et atlantiste, les États-Unis, mais qui au moins aurait le mérite de présenter quelque risque de vérité? N'aurait-il pas pu se fonder sur les lectures divergentes des Commissions parlementaires Warren 1964 et HSCA 1979 pour en inférer qu'un complot avait bien eu lieu, dépassant de loin le bouc émissaire sous fausse bannière Oswald et impliquant nécessairement le cœur des institutions américaines? Non, même cet exemple est orienté, partial, contestable et orienté. Que dire? Faut-il en rire ou en pleurer?

14) Pour finir, Bourseiller mélange de manière confusionnelle et partiale le complotisme et l'antisémitisme. Sous-entendu : l'antisémite et le complotiste sont dérangés et souvent si l'on est complotiste, on est antisémite (vice versa). On aura compris que pour compléter le binôme, on a ajouté à cette trilogie de choc l'extrême-droite idéale, qui regroupe en son sein monstrueux l'antisémitisme et le complotisme : Meyssan est ainsi associé au nationaliste Soral et à l'antisémite notoire Dieudonné.
Je ne prendrai pas la peine de réfuter ces amalgames depuis que l'antiracisme s'est effondré manifestement et que l'antiantisémitisme est en train de suivre la même pente savonneuse et déclinante. Je constaterai que cet argument de l'antisémitisme comme accusation de l'esprit antidémocratique et pervers est digne de l'atlantisme et que son instrumentalisation provient justement du nouvel antisémitisme inventé par Daniel Pipes : désormais, toute critique contre des Juifs, en particulier s'ils sont sionistes, sera antisémite.
Avec le nouvel antisémitisme, on empêche la critique contre des Juifs. Avec l'instrumentalisation de l'antisémitisme et son rapprochement avec l'instrumentalisation du complotisme, on empêche la critique contre la démocratie libérale et occidentale. Bourseiller est ainsi un agent de propagande de l'atlantisme, dont les thèmes sont proches des circuits de propagande néoconservateurs. Il se présente comme un journaliste, ce qui est ici faux quant à sa démarche; et quant à la démarche d'un journaliste écrivant dans le journal de référence du progressisme français. Double ruse qu'il fallait démonter : et si Bourseiller était simplement en tant qu'agent de l'atlantisme actuel un néo-conservateur, sinon explicite, du moins fort proche des principales positions du néoconservatisme : apologie de la démocratie occidentales et libérale, manichéisme, dénonciation du complotisme, défenses de toutes les valeurs occidentales, libérales et démocratiques...?
Peut-être faut-il poser une question fort gênante : si Bourseiller condamne toute contestation contre la démocratie occidentale et libérale, est-ce que notre voix officialisée et estampillée progressiste défend toutes les productions émanant de la démocratie occidentale et libérale? Il serait temps qu'il nous l'explique explicitement : cette précision opportune nous éviterait de perdre du temps et nous permettrait de comprendre comment la défenseur de la démocratie libérale et occidentale est logiquement le défenseur de la version officielle des médias démocratiques, libéraux et occidentaux...
Pour finir, j'insisterai sur la légèreté superficielle et contradictoire de Bourseiller qui définit le complotisme comme une vision totalisante : une seule explication permettrait d'interpréter tous les évènements et tous les problèmes. Cette cause serait ainsi malfaisante. Cette manière de penser existe bien. Mais il est profondément malhonnête de lier ce complotisme avec tous les complots et toutes les dénonciations contre le système dominant, démocratique et libéral. Bourseiller a raison de dénoncer l'existence du complotisme comme vision totalisante décelant des complots là où ils n'existent pas.
Bourseiller colporte la propagande la plus infecte et nauséabonde quand il confond (au sens de confusion) et quand il amalgame sous le terme de complotisme les complots imaginaires et les complots avérés. En particulier, il reprend une arme de propagande qui s'apparente à de la ritournelle à succès quand il dénonce comme imaginaires et complotistes les complots imputés aux régimes démocratiques et libéraux d'Occident. Bourseiller serait-il simplement un zélateur du pouvoir et un courtisan de notre époque épique?
Si l'on juge cette analyse trop sévère ou comme l'expression de la déception, que l'on se renseigne sur le parcours de Bourseiller. Nous avions vraiment de quoi nous montrer enthousiaste face aux potentialités d'un homme si extraordinaire qu'il ne se situe pas dans le bataillon du commun des mortels : journaliste, acteur, écrivain, philosophe, professeur, politologue, spécialiste des milieux d'extrême-gauche...
Comment un homme si diplômé, si brillant, si intelligent, si reconnu a-t-il pu produire un brouet aussi infect et médiocre? Comment le système en est-il venu à produire des ratés (je vise l'article, et non Bourseiller, dont je respecte la personne) aussi évidents au nom de l'académisme? Comment se fait-il que tant de spécialistes de l'extrême-gauche, certains gauchistes enragés/engagés, aient basculé ainsi vers le néoconservatisme, soit vers l'ultraconservatisme systémique et politique? Serait-ce que le système démocratique, libéral et occidental se trouve si gangréné et si menacé?

1 commentaire:

kiith75 a dit…

J'ai lu l'article de Bourseiller. C'est de la merde en barre, ya pas d'autre mot.

Au lieu de réfuter par des faits, il nous sort des théories ultrafarfelues pour décridibiler les thèses complotistes (reptiliens, hélicoptères noirs etc etc)

Un ramassis de conneries sans nom.

Qu'il aille donc faire un tour sur reopen911 pour voir réellement les thèses défendues par les différents mouvements pour la vérité et il se rendra compte que ca n'a rien à voir avec ses théories à la X-Files.