mercredi 6 août 2008

L'Epiphanie du pasteur Thomas Are: Prêt à regarder la réalité en face à propos d'Israël ?

http://www.alterinfo.net/L-Epiphanie-du-pasteur-Thomas-Are-Pret-a-regarder-la-realite-en-face-a-propos-d-Israel-_a22527.html

"Le 21 octobre (1948), le Gouvernement d'Israël a pris une décision qui allait avoir un effet durable et semeur de discorde sur les droits et le statut de ces Arabes qui vivaient à l'intérieur de ses frontières : l'établissement officiel d'un gouvernement militaire dans les zones où la plupart des habitants étaient arabes."
Martin Gilbert, "Israel : a History"

Par Paul Craig Roberts
CounterPunch, le 25 juillet 2008.
Article original : "Are You Ready to Face the Facts About Israel? "



L'Epiphanie du pasteur Thomas Are: Prêt à regarder la réalité en face à propos d'Israël ?
J'avais renoncé à essayer de trouver un Américain doté d'une conscience morale et du courage qui va avec, et j'étais sur le point d'abandonner mon clavier lorsque j'ai rencontré le pasteur Thomas L. Are.

M. Are est un pasteur presbytérien qui avait l'habitude de dire à ses paroissiens d'Atlanta (Géorgie) : "Je suis sioniste". Comme la plupart des Américains, le pasteur Are avait été séduit par la propagande israélienne et contribuait à la propager auprès de son assemblée de fidèles.

Vers 1990, le pasteur Are eut une prise de conscience qu'il a attribuée au chanoine de la cathédrale Saint-Georges de Jérusalem et auteur Marc Ellis, coéditeur du livre, "Beyond Occupation" [au-delà de l'occupation].

Réalisant que son ignorance de la situation sur le terrain l'avait rendu complice de graves crimes, le pasteur Are écrivit un livre en espérant éviter à d'autres de commettre les mêmes erreurs et peut-être se racheter en partie, "Israeli Peace Palestinian Justice", publié en 1994 au Canada.

Le Pasteur Are avait fait des recherches sur ce sujet et écrit un livre courageux. Il faut se rappeler que 1994 était bien avant le livre de Walt et de Mearsheimer, sorti récemment, qui a exposé le pouvoir du Lobby d'Israël et sa capacité à contrôler l'explication apportée aux Américains sur le "conflit israélo-palestinien".

Le pasteur Are commence par un compte-rendu de la première attaque contre les Palestiniens, un événement qui s'est produit avant que la naissance de la plupart des Américains aujourd'hui en vie. Il cite l'éminent historien britannique, Arnold J. Toynbee : "Le traitement infligé aux Arabes palestiniens en 1947 (et en 1948) était tout aussi moralement indéfendable que le massacre de six millions de Juifs par les Nazis. Bien que ce ne fût pas comparable quantitativement avec les crimes des Nazis, ce l'est qualitativement."

Golda Meir, considérée par les Israéliens comme une grande dirigeante et par les autres comme l'une des grandes criminelles de l'histoire, contestait les faits : "Ce n'était pas comme s'il y avait un peuple palestinien en Palestine et que nous soyons venus et les en avions chassés et pris leur pays. Ils n'existaient pas."

L'apologie de Golda Meir pour les grands crimes d'Israël contredit tellement les faits que l'on en reste abasourdi. Les camps de réfugiés palestiniens existent toujours à l'extérieur de la Palestine et sont remplis des Palestiniens et de leurs descendants, dont les villes, villages, maisons et terres furent saisis par les Israéliens en 1948. Le pasteur Are fournit au lecteur la description que Naïm Atik a faite de ce qui lui est arrivé, à l'âge de 11 ans, lorsque les Juifs arrivèrent à Beisan le 12 mai 1948. Des communautés entières de Palestiniens disparurent purement et simplement.

En 1949, les Nations Unies dénombraient 711.000 réfugiés palestiniens.[United Nations General Assembly Appendix 4, No. 15 ]

En 2005, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient [UNRWA] estimait que 4,25 millions de Palestiniens et leurs descendants étaient réfugiés hors de leur patrie.

La politique israélienne consistant à évincer les non-Juifs s'est poursuivit pendant soixante ans. Le 19 juin 2008, le Comité Laity en Terre Sainte a rapporté sur le site Window Into Palestine que le Ministère de l'Intérieur israélien est en train de supprimer les droits de résidence des Chrétiens de Jérusalem qui ont été reclassés comme "visiteurs dans leur propre ville".

Le 10 décembre 2007, le député israélien Ephraïm Sneh pérorait dans le Jérusalem Post qu'Israël avait remporté "une vraie victoire sioniste" sur le plan de partition de l'ONU "qui cherchait à établir deux nations sur la terre d'Israël". Ce plan de partition avait alloué à Israël 56% de la Palestine, laissant les Palestiniens avec seulement 44%. Mais Israël a altéré ceci au fil du temps. Sneh a fièrement déclaré : "Lorsque nous aboutirons à un règlement permanent, nous détiendrons 78% de la terre, tandis que les Palestiniens en contrôleront 22%."

Sneh aurait pu ajouter que ces 22% sont essentiellement un ramassis de ghettos séparés les uns des autres et séparés des routes, de l'eau, des établissements de santé et des emplois.

Le pasteur Are décrit que les abus contre les droits des Palestiniens sont la politique officielle d'Israël. Les assassinats, la torture et les passages à tabac sont routiniers. Le 17 mai 1990, le Washington Post a rapporté que [l'association] Save the Children [Sauvez les Enfants !] "a prouvé, documents à l'appui, les passages à tabac commis sans distinction, l'utilisation de gaz lacrymogène et les fusillades d'enfants chez eux ou juste à l'extérieur de chez eux, lorsqu'ils jouent dans la rue, sont assis dans leur salle de classe ou qu'ils se rendaient à l'épicerie."

Le 19 janvier 1988, le Ministre de la Défense Yitzhak Rabin, qui deviendra plus tard Premier ministre, annonça la politique de "raclées punitives" contre les Palestiniens. Les Israéliens ont décrit le but de cette raclée punitive : "Notre tâche est de recréer une barrière et d'amener à nouveau la peur de la mort aux Arabes de la région."

Selon Save the Children, le passage à tabac d'enfants et de femmes sont habituels. Le pasteur Are, citant ce rapport dans le Washington Post, écrivait : "Save the Children a établi qu'un tiers des enfants battus avaient moins de 10 ans et qu'un cinquième d'entre eux avaient moins de cinq ans. Près d'un tiers des enfants battus souffraient de fractures."

Le 8 février 1988, le magazine Newsweek citait un soldat israélien : "Nous avions reçu l'ordre de frapper à chaque porte, d'entrer et de nous emparer de tous les hommes. Les plus jeunes étaient alignés face contre mur et les soldats les frappaient avec des matraques. Ce n'était pas une initiative privée, mais les ordres de notre commandant de compagnie… Après que l'un des soldats eut terminé de battre un détenu, un autre soldat le traita de 'Nazi' et le premier homme lui rétorqua : 'Espèce de cœur d'artichaut'. Lorsque l'un des soldats essaya d'en stopper un autre qui frappait un Arabe sans raison, les coups de poings se mirent à voler." C'était au temps où la conscience n'avait pas encore été éliminée des rangs de l'armée israélienne.

Dans le London Sunday Times du 19 juin 1977, Ralph Schoenman, directeur exécutif de la Bertrand Russell Foundation, a écrit : "Les interrogateurs israéliens maltraitaient et torturaient les prisonniers arabes de façon routinière. Les prisonniers ont une cagoule sur la tête ou les yeux bandés et sont pendus par leurs poignets pendants de longues périodes. La plupart d'entre eux est frappée aux parties génitales ou ils sont abusés sexuellement d'une manière ou d'une autre. La plupart subissent des agressions sexuelles. D'autres reçoivent des décharges électriques."

Amnesty International a tiré la conclusion suivante : "Il n'y a aucun autre pays au monde où l'usage officiel de la torture prolongée est aussi bien établi et documenté que dans le cas d'Israël."

Même le Washington Post pro-israélien a rapporté : "Lorsqu'il est arrêté, un détenu endure une période de privation de nourriture et de sommeil suivant des méthodes institutionnalisées, et le prisonnier est obligé de rester debout durant de longues périodes avec les mains menottées en l'air et un sac crasseux lui recouvrant la tête. Les prisonniers sont tirés sur le sol, frappés avec divers objets, savatés, déshabillés et placés sous des douches glacées."

On se croirait à Abou Ghraïb [N. du T. : en Irak, la prison où les Américains faisaient subir toutes sortes de tortures aux Irakiens] ! Des reportages de presse affirment que des experts en torture israéliens ont participé aux tortures des détenus rassemblés par les soldats américains, ce qui faisait partie de la propagande du Régime de Bush pour convaincre les Américains que l'Irak était submergé de terroristes d'Al-Qaïda. Le 23 juillet 2008, le site Antiwar.com a posté un reportage de presse irakien selon lequel le gouvernement irakien avait libéré un total de 109.087 Irakiens "détenus" par les Américains. Evidemment, ces "détenus terroristes" avaient été utilisés pour les besoins de la propagande du Régime de Bush. Personne ne saura jamais combien d'entre eux ont été abusés par les tortionnaires israéliens importés par la CIA.

L'ouvrage du pasteur Are fait des suggestions intelligentes pour résoudre le conflit commencé par Israël. Toutefois, le problème est que les gouvernements israéliens ne croient qu'en la force. La politique du gouvernement israélien a toujours été de battre, de tuer et de brutaliser les Palestiniens pour les soumettre et les obliger à fuir. Quiconque en doute peut lire le livre du meilleur historien israélien Ilan Pappe, "Le Nettoyage Ethnique de la Palestine" (2006).

Les Américains sont un peuple crédule et naïf. Ils ont été pendant 60 ans complices des crimes qui, selon les mots d'Arnold Toynbee, "sont comparables en qualité" aux crimes de l'Allemagne nazie. Alors que Toynbee écrivait ceci il y plusieurs dizaines d'années, l'accumulation des crimes israéliens pourrait être maintenant comparable aussi en quantité [aux crimes des Nazis].

Les Etats-Unis mettent régulièrement leur veto sur les condamnations d'Israël par les Nations-Unies pour ses crimes brutaux contre les Palestiniens. Les contribuables américains insouciants ont été saignés pendant un demi-siècle pour fournir aux Israéliens les meilleures armes avec lesquelles ils attaquent leurs voisins, et l'Amérique - qui est essentiellement une nation captive - s'est laissée convaincre qu'Israël est la victime.

Voici ce que John F. Mahoney a écrit : "Thomas Are me rappelle Dietrich Bonhoeffer : un pasteur actif qui arrive à la réalisation dérangeante que lui et son peuple ont alimenté un terrible mensonge qui tue et torture des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Point n'est besoin d'être devin pour deviner qu'un tel pasteur, à son tour, risque de perturber ses fidèles. Le pasteur Are a fait son travail, et je pense qu'il a souvent et longtemps prié pendant qu'il écrivait son livre courageux."

Bonhoeffer était un théologien et un pasteur luthérien, qui fut exécuté pour sa participation active dans la résistance allemande contre le nazisme.

Le Professeur Benjamin M. Weir, du Séminaire Théologique de San Francisco, a écrit : "Ce livre mettra le lecteur mal à l'aise. Il vous demande de prêter votre voix au nom des sans voix."

Les Américains qui ne sont plus capables de penser par eux-mêmes et qui sont terrifiés à l'idée d'être désapprouvés par ceux de leur génération sont incapables de prêter leur voix à quiconque, sauf à ceux qui contrôlent le monde de propagande dans lequel ils vivent.

L'ignorance et l'indifférence des Américains sont une grande frustration pour mes amis du mouvement israélien pour la paix. Sans un soutien extérieur, ces Israéliens, qui croient dans la bonne volonté et qui ne partagent pas la croyance de leur gouvernement dans la doctrine de Lénine selon laquelle la violence est la seule force efficace de l'histoire, sont démunis par le soutien de l'Amérique à la politique de violence de leur gouvernement et privés de toute solution pacifique d'un conflit qui a commencé en 1947 par l'agression israélienne contre des villages palestiniens sans méfiance.

Le pasteur Are a écrit son livre avec l'espoir que la plume est plus forte que l'épée et que les faits peuvent évincer la propagande et celui établir une base pour un règlement juste de la question palestinienne. Dans son chapitre de conclusion, "Ce que les Chrétiens peuvent faire", le pasteur Are écrit : "Nous ne pouvons pas permettre à d'autres de dicter notre pensée sur quelque sujet que ce soit, en particulier sur quelque chose d'aussi important que la loyauté chrétienne, qui est testée par notre attitude vis-à-vis de la recherche de justice pour les opprimés. Savoir est un devoir chrétien."

Ce devoir a bien sûr un coût. Le pasteur Are écrit : "Parlez au nom des Palestiniens et vous vous ferez des ennemis ! Pourtant, en tant que Chrétiens, nous devons être prêts à soulever des questions que nous avons pour l'instant choisies d'esquiver."

Plus d'une décennie plus tard, le Président Jimmy Carter, véritable ami d'Israël, a essayé une nouvelle fois de faire prendre moralement conscience [de cette question] aux Américains avec son livre, "Palestine: Peace Not Apartheid". Carter a été instantanément diabolisé par le Lobby d'Israël.

Jusqu'à présent, soixante années d'efforts ont été exercées en vain par des personnes bonnes et humanistes, afin de rendre Israël responsable, mais ces efforts sont encore plus importants aujourd'hui. Israël a pris en otage la nation américaine qui est sur le point d'attaquer l'Iran et les conséquences pourraient être catastrophiques pour tous ceux qui sont concernés. Le but affirmé de cette attaque est d'éliminer tout soutien au Hamas et au Hezbollah afin qu'Israël puisse mettre la main sur toute la Cisjordanie et le sud du Liban. Le Régime de Bush est enthousiaste à l'idée de faire ce qu'Israël lui dit et les médias et les églises évangéliques "chrétiennes" préparent le peuple américain pour cet événement.

Il est paradoxal qu'Israël démontre que la véracité ne se trouve pas dans la croyance chrétienne dans le bien, mais dans la doctrine de Lénine selon laquelle dans l'histoire la violence est la force efficace, et que les églises évangéliques sionistes soient d'accord.

Paul Craig Roberts fut Secrétaire-adjoint au Trésor dans l'administration Reagan. Il a été rédacteur en chef associé de la page éditoriale du Wall Street Journal et rédacteur en chef collaborateur de National Review. Il est aussi le co-auteur de " The Tyranny of Good Intentions" [La Tyrannie des Bonnes Intentions].

Traduction : JFG-QuestionsCritiques"

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